La France contre les Lumières: petite histoire d'une conversion
Entre la France telle qu’on me l’a apprise, à la maison et avec mes aïeux, et la France qui s’exhibe à mon regard, je ne peux m’empêcher de constater une disparité de plus en plus grande entre mon idéal français et la réalité. Contraste qui m’a amené à me poser certaines questions et dont je vous livre les réponses ici même.
Dans les années 1980, cette France là était encore reconnaissable quoique j’étais encore un enfant mais, depuis que j’ai l’âge de raison, le sens dans lequel évolue mon pays m’occasionne déceptions sur déceptions. Je le confesse, je suis ulcéré de voir la France soumise aux « invasions barbares » - je ne parle pas des immigrés - et gouvernée par des politiques pusillanimes - je parle bien de nos élus.
Ne vous attendez pas, toutefois, à un réquisitoire frontiste. La France de Pétain, de Maurras et de Le Pen me répugne autant que celle des rappeurs qui en appellent à sa destruction. Peut-être même plus encore car elle est de retour la France du « (dés)ordre moral » des vaincus et heureux de l’être. Les rappeurs et autres racailles demeureront un épiphénomène, juste bon pour le spectacle et sur lequel s’appuieront les nouveaux révisionnistes de la République.
Force est de constater que la France des Lumières, celle des idéaux révolutionnaires et de l’émancipation des Juifs est à l’agonie. La France qui exporte le meilleur d’elle-même a cédé la place à la France qui importe le pire des autres. Non, je ne suis pas juif tel Crémieux, et alors? Ç’aurait été un honneur pour moi d’être français de confession israélite. La France de Diderot et de Zola a opéré un recul inespéré face à la France du Maréchal et de Barrès. Reste-t-il un Aron à la France pour donner le change à Sartre? Non il ne reste qu’un solitaire Max Gallo pour réaffirmer sa fierté d’être français face à un Claude Ribbe qui révise l’histoire de la Grande Nation pour donner raison, idéologiquement parlant, à Vico, de Maistre et de Bonald!
La France d’aujourd’hui est multiethnique, c’est un fait, et qui eut crût, il y a vingt ans que les représentants des communautarismes allaient s’allier aux représentants de la France de race pour, d’un front commun, s’acharner à détruire la nation des droits universels de l’individu et du citoyen? Qui eut crût que la France de l’Empire, celle de Jaurès et de de Gaulle, qui combattit les nazis et les obscurantistes, allait oublier la leçon de Munich pour se complaire, une fois de plus, dans un lâche abandon des principes de la révolution, pourtant chéris dans tous les discours mais décriés pour leur caractère belligène? Certains voudraient même modifier les paroles de La Marseillaise!
La France qui n’en finit plus d’émerger, celle qui faisait prophétiquement dire à Coluche que Chirac était un nouveau Pétain, puise pourtant ses sources auprès du fondateur de la Ve République! L’affirmation à de quoi faire sursauter mais il suffit pour cela de relire « De Gaulle, Israël et les Juifs », de Raymond Aron, pour s’en convaincre un peu plus. Charles de Gaulle n’avait-il pas parlé d’« un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur »? N’avait-il pas évoqué, par la suite les « malveillances qu’ils [les Juifs] provoquaient, suscitèrent plus exactement dans certains pays et à certaines époques »?
Pour Aron, de Gaulle rouvrit, à l’occasion de son discours historique de novembre 1967, la voie à l’antisémitisme en France et ailleurs dans le monde. Je me souviens, en lisant « C’était de Gaulle » d’Alain Peyrefitte que le général lui-même ne niait pas une certaine harmonie entre les principes du Maréchal Pétain et les siens propres. Il y a un fond de Maurras dans le Gaullisme même si, indéniablement, de Gaulle était profondément démocrate et nullement antisémite, en dépit de ses remarques calomnieuses sur les Juifs.
Or, il n’en va pas de même avec le gaullisme sans de Gaulle. Repris par Chirac, porté aux nues par le même Chirac, le néo-gaullisme n’a été qu’une succession de déceptions. Peut-être que comme la plupart des grandes idées, on ne mesure jamais mieux le gaullisme qu’en politique étrangère. C’est sans doute dans la nouvelle politique arabe de la France que le néo-gaullisme révèle ses affinités idéologiques. Il faut dire que la réponse qu’il apporte aux maux de la France, sur la scène intérieure, est étonnamment molle, tant elle confine à l’immobilisme général des institutions et n’ose pas affronter les intérêts bien retranchés des corporatismes des fonctionnaires et autres corps de métiers.
Par contraste, nous sommes pris à témoin par une politique étrangère fanfaronne, qui défie l’« hyperpuissance » Yankee à coup de prose à la tribune onusienne. Nous assistons à ce rêve d’une France qui refuse les a priori idéologiques pour être l’amie de tous et surtout des parias, (il faut sauver) Saddam d’abord et Mugabe ensuite.
Chirac conserve de de Gaulle cette vision des relations internationales où les acteurs principaux, les États, sont des monstres froids. Les intérêts de la France surpassent donc ses affinités démocratiques et la grandeur de la France se mesure désormais au nombre de mains terroristes que le locataire de l’Élysée parvient à serrer. Mais si seulement la politique étrangère de la France était demeurée strictement fidèle aux postulats réactualisés de Richelieu!
Le déni de toute idéologie normative n’est qu’une façade. La France emmenée par Chirac a, en effet, effectué plusieurs choix discutables ces dernières années, même en vertu du paradigme réaliste en relations internationales. Elle a choisi de communier avec les Arabes dans leur soutien partial à la cause palestinienne et ce, sans discernement et contre une démocratie israélienne assiégée par les chemises brunes de l’islamisme. À la tribune de l’ONU, ses représentants ont tenu des propos que Chavez et Kadhafi n’auraient pas renié. Nos représentants s’adonnent aussi à la démagogie et caressent dans le sens du poil l’intelligentsia antisionistes et antiaméricaine européenne tout comme l’opinion des leaders du tiers-monde. La France vote systématiquement toutes les résolutions condamnant Israël.
Face à l’Iran, la France joue le blocage en réclamant que Russes et Chinois soient associés à toutes les délibérations. Elle continue aussi, malgré tout, d’y investir des sommes colossales. Hier, la France avait choisi Saddam contre l’Amérique et ses intellectuels avaient comparé Bush à Hitler. Aujourd’hui, elle n’en peut plus qu’on lui rappelle Munich alors qu’elle négocie avec les mollahs. À l’OMC comme à l’ONU et dans tous les forums, la France défend un communautarisme international, elle défend la « reconnaissance des peuples » dans leur spécificité culturelle, spécificités qui expliquent qu’on ne peut « exporter » la démocratie, défense de ces spécificités qui tranche nettement avec son refus de défendre les valeurs universelles des droits de la personne.
Résolument jacobine à l’intérieur de ses frontières, la France est devenue ultramontaine sur la scène mondiale. Elle a choisi le monde multipolaire pour credo et a voué sa foi à la papauté onusienne. Elle soutien aussi l’Alliance des civilisations (occidentale et islamique, avec l’ayatollah Khatami dans le comité des sages). La France semble prête, avec Chirac, à ne pas laisser défaire la république islamique d’Iran. Elle appuie le geste russe en direction du Hamas, à l’heure où tous décrètent l’embargo sur le financement de l’Autorité Palestinienne (bien que l’aide humanitaire, contrôlée par les organismes internationaux, continue d’affluer). Elle refuse de placer sur la liste des organisations terroristes, le Hezbollah. Ses ambassadeurs se font remarquer tel, pour ne citer qu’un seul exemple, notre ambassadeur à Londres qui qualifia, l’été dernier, Israël de « petit pays de merde ».
Au Liban, la France s’écrie face aux violations de l’espace aérien par la Heyl ha’avir mais ne souffle mot ni n’agit contre le trafic d’armes qui, de Syrie au Liban, alimente le Hezbollah en munitions toutes fraîches. Elle a accepté une résolution 1701 qui « respecte » la souveraineté d’un pays, le Liban, dans le contrôle des flux entrants et sortants alors même que ce pays a besoin de la France car il n’a précisément pas les moyens de défendre sa souveraineté. Au Darfour, la France s’allie avec la Chine et pousse des cri d’orfraie face à un George Bush qui évoque, dès 2004, un génocide. Il ne faut surtout pas prononcer ce terme qui nous obligerait à intervenir contre le gouvernement d’El Béchir.
Le quotidien Le Monde, pas plus tard qu’avant-hier, produisait un article sur cette région dévastée où l’on pouvait lire « réfugiés et déplacés du Darfour » mais pas une seule fois le mot génocide n’apparût! Il est vrai que le front de la condamnation du Soudan était emmené par les anglo-américains, ce qui lui donnait une saveur peu ragoûtante pour nous autres, partisans des escargots à l’ail contre les amateurs du poulet à la confiture.
Il est peut-être difficile, de prime abord, de cerner le fil conducteur d’une telle attitude. Pourtant, il n’en est rien. Derrière les intérêts commerciaux se cache un système de pensée relativement cohérent. Reprenons donc au moment de la guerre du Liban II. Agressé par le Hezbollah, Israël riposte avec vigueur tandis que la communauté internationale demeure interdite. Il ne se passe rien qu’elle puisse reprocher à Israël et l’Arabie Saoudite condamne même l’action du Hezbollah! Pourtant, à la première occasion, soucieuse de plaire aux Arabes, la France condamnera ce qui peut encore l’être : une réaction disproportionnée d’Israël. Quid d’une réaction proportionnée? Nul ne nous expliquera ce que c’est.
L’entourloupe sémantique était trouvée qui permettait à la France de se distinguer une nouvelle fois aux cotés des ennemis de l’État Juif et des propagandistes antisionistes. Après plusieurs semaines de combats acharnés, nous en oubliions même que c’était le Hezbollah l’agresseur. De nombreux journaux et intellectuels, à travers le monde, et comme entraînés par ce glissement de terrain verbal, commençaient même à titrer sur l’agression israélienne du Liban! D’autre part, l’on a volontairement réduit les motifs de la riposte et il nous a été donné de lire des articles ironisant sur la vigueur exagérée de la réponse israélienne pour l’enlèvement de deux malheureux soldats c’est-à-dire des combattants, après tout! Oubliées les attaques sporadiques à la roquette sur le nord d’Israël depuis plusieurs mois, tout cela se passait comme si le Hezbollah ripostait de ses missiles face à l’agression israélienne. La boucle est bouclée.
Israël est donc le fauteur de trouble quoique la diplomatie française n’ose, ne peut, le dire en ces termes sauf au sein du sérail élyséen ou après petit coup de rouge de trop, à Londres. C’est face au néoconservatisme rampant de la Maison Blanche que notre patrie s’est découvert une nouvelle vocation idéologique. Bien qu’elle demeure fidèle à son rôle de monstre froid dans l’arène internationale, la France a opéré un certain nombre de choix doctrinaires comme son opposition au « choc des civilisations ». Le 11/9 et la montée du terrorisme islamique réclamaient une réponse que la « guerre au terrorisme » lancée par les É-U semblait non seulement ne pas convancre, mais devoir être rejetée en bloc.
Pour la France, impuissance moyenne, seul le dialogue permet de résoudre les différends. La France a cédé au tout diplomatique au point même de refuser d’avance d’employer la force ou, du moins, de laisser paraître qu’elle est prête à de nombreuses concessions pour éviter d’avoir à le faire. Ce qui est incroyable est là, la puissance militaire qui devrait jouer le rôle d’un atout dans notre jeu diplomatique est en réalité devenue un handicap! Plutôt que de dissuader pour éviter d’avoir à être utilisée, elle sert désormais à donner carte blanche. C’est donc un choix qui est tout sauf pragmatique.
Pour Chirac, il le répète assez souvent, le monde islamique serait prêt à exploser et il ne faut surtout rien ajouter à la somme considérable des frustrations accumulées. Il faudrait résoudre le conflit israélo-palestinien en premier et faire preuve de retenue partout ailleurs. C’est-à-dire que la France ne dénonce pas le culte du martyr ni le rôle des médias arabes et des manuels scolaires ou encore le rôle des tyrans locaux qui rendent, justement, ce conflit si prolifique pour la cause des extrémismes. La France voudrait sans doute composer avec eux?
Où nous mènerait une posture qui n’ose s’opposer aux manoeuvres de l’ennemi mais est prête à composer avec ses effets? Justement, une telle attitude nous amènerait à laisser l’ennemi décider de notre conduite en nous faisant reculer devant des faits accomplis qui se succèderont tous à son avantage!
Conjurer le « choc des civilisations » implique un choix et celui de la France consiste en l’opposition à la politique américaine même si cela rime avec la division du camp occidental. C’est l’Amérique qui est la plus dangereuse, pas l’Iran. La guerre au terrorisme demeure un donné secondaire dans un jeu où les États continuent d’être les acteurs essentiels des relations internationales. Ce choix nous amène à mener, face aux faucons du monde islamique, une politique d’autruches. Nous nous retrouvons tels Chamberlain et Daladier à Munich, prêts à moraliser les tchèques pour que les Sudètes soient incorporés au Reich. La paix était sauvée pour que, quelques mois plus tard, Hitler nous mette devant le fait accompli en envahissant la Bohème Moravie. La Tchécoslovaquie n’existait plus.
Cette politique là ne date pas d’hier et les précédents sont nombreux qui de l’invasion de l’Égypte par Napoléon Ier au Second Empire qui se rêvait « puissance musulmane », en partant d’Algérie pour espérer essaimer dans l’ensemble du monde arabe, rêvait de faire contrepoids à l’Empire britannique des Indes. La hantise du « choc des civilisations », devenu arme idéologique pour la France, récupéré pour la cause hexagonale, qui accompagne toutes les prédications de notre diplomatie.
La France agit pour la paix et l’entente entre les peuples. Elle propose une vision alternative des rapports entre les peuples et, incidemment, cette perspective donnerait le beau rôle aux puissances moyennes qui ne peuvent plus se servir de leur force pour être influentes. L’ONU, ce « machin », est sacralisée autant qu’instrumentalisée pour enfermer les É-U dans un cadre juridique contraignant, les amenant à renoncer à leur hard power au profit du verbe et qui, comme pour l’arme nucléaire, sert d’égalisateur de puissance.
L’autre élément essentiel de ce qui pourrait s’appeler la « doctrine Chirac » [i] consiste à remettre au goût du jour le concert européen des nations. C’est la France, vaincue à Waterloo, signataire du Traité de Vienne et redevenue monarchiste, en 1815, qui refait surface comme la puissance du statu quo. Pour que ce concert des nations, à l’échelle du monde, puisse supplanter le monde unipolaire de l’après guerre froide, il faut que des blocs se constituent à la lisière de l’ « Empire Américain » et, petit à petit, grignotent sur sa zone d’influence. La France jouerait alors le rôle pivot de médiateur pour concilier les inconciliables. Forte de sa politique arabe, de sa rhétorique tiers-mondiste, elle espère être la seule à être écoutée de tous. Le style de « papy » Chirac s’y prête fort opportunément alors que de Villepin, à la tribune de l’ONU, chantait la vieille nation, pleine d’expérience et prodigue en conseils.
Comme en 1967 Israël aurait du écouter de Gaulle, en 2003, l’Amérique aurait du écouter Chirac. La France d’aujourd’hui est contre révolutionnaire. Metternich siège à l’Élysée et s’oppose au « Napoléon » de Washington et à son nouveau code civil révolutionnaire : la révolution démocratique mondiale chère aux néoconservateurs et, de toute manière, conforme à l’idéal révolutionnaire Américain, sa manifest destiny. Comment la France de Rousseau a-t-elle pu reprendre à son compte des fragments de la philosophie d’Herder contre le nouveau Condorcet américain? Herder disait que la divine providence avait, dans sa sagesse, séparé les hommes en nations de sorte que jamais la tyrannie d’un seul ne puisse s’exercer sur l’ensemble.
Mais Herder appelait aussi à l’exaltation par chaque peuple de sa particularité, il élaborait la philosophie d’un nationalisme de race, de sang et de culture concurrent de celui, dit libéral ou civique, des français, des anglais et des américains. Plutôt que de chanter la nation association d’individus libres, Herder louait la nation repliée sur sa culture populaire et ses préjugés où la collectivité sourcilleuse étouffait le génie individuel. Ce type de nationalisme combat l’universalisme des valeurs démocratiques au profit de l’affirmation d’un ego national démesuré. En somme, la France promeut aujourd’hui le nationalisme de type germanique dont font preuve la plupart des peuples arabes, islamiques et du tiers-monde. S’attend-t-elle à apaiser le monde où prépare-t-elle le terrain à l’avènement d’un nouveau bloc fasciste?
Ce n’est donc plus tant la République, rejeton de la révolution, qui imprime sa marque que la fille aînée de l’Église ou plutôt, désormais, de l’ONU. Cette exaltation d’un monde multipolaire, qui s’appuie sur toute une flopée d’idées issues des courants relativistes, conservateurs et anti-lumières, ne demeure pas sans répercussions sur la scène intérieure. La France jacobine est rattrapée par les ultramontains et cède du terrain. L’on voit s’esquisser une alliance entre tous les communautarismes et un ultra-catholicisme et un maurrassisme séculier qui se rêvent dans le monde d’Herder au sein même de la patrie. Les revendications des associations musulmanes pour le « respect » du prophète et du port du foulard trouvent un écho favorable auprès d’un certain nombre de catholiques qui comprennent qu’on puisse être offensé par le blasphème des caricaturistes. L’identitarisme communautaire d’un certain nombre de musulmans et leur antisémitisme trouvent un écho favorable jusqu’auprès du Front National où l’on se prend à rêver de revenir, avec l’appui des intégristes des minorités, comme Pétain hier, sur l’acquis de cette France laïque et démocratique qui réhabilita le capitane Dreyfus.
La plupart des juifs savent que pour demeurer français à part entière, il faut que leur patrie demeure fidèle aux idéaux révolutionnaires. Les quelques musulmans, qui constituent une forte minorité au sein de la minorité des français d’origine arabe et africaine, qui ne sont pas intéressés à s’intégrer n’ont pas cette ambition d’être français et donc, à vrai dire, craignent que la France demeure fidèle à ces idéaux là. La préservation, l’exaltation de leur identité particulière exige que la France cesse d’être en mesure d’assimiler et de transcender les particularités pour les fondre au sein de l’universalisme républicain, celui des droits sacrés de l’individu, celui qui s’adresse au cœur plutôt qu’aux artères sanguines. Il faut alors un statut particulier aux musulmans et pour y parvenir, il faut inciter les autres à réclamer un statut semblable pour eux-mêmes.
Rien de tel, pour cela, que de décrier le « manichéisme » issu des Lumières et de promouvoir la vision d’un monde flou où un kamikaze palestinien peut s’appeler combattant de la liberté. Cette entreprise de conversion du discours médiatique et politique s’inscrit en droite ligne dans le sillage de la politique étrangère tiers-mondiste de la France. L’antiaméricanisme fait œuvre de catéchisme pour le français qui cherche à nouveau sa particularité en ce monde. Ce sont les autorités de l’État qui, en usant des discours des leaders du tiers-monde ont, à l’intérieur, légitimé celui des fossoyeurs de la République.
Championne de ce qu’on pourrait appeler la lutte anti-totalitaire en 1905, la France de 2005 se fait le héraut de la lutte contre l’impérialisme. Elle n’a pas pris note que ses idéaux l’ont emporté, aux É-U en 1776 et par la suite dans toute l’Europe car les anglo-saxons, économiquement et militairement plus puissants (et des alliés idéologiques), ont engrangé l’essentiel des dividendes de la démocratie. Il faut donc renverser la vapeur, et empêcher le monde de changer, pour espérer que la France reprenne le rang qui était le sien au XIXe siècle.
[i] Je reprend ce terme de chez Amir Taheri, The Chirac Doctrine: France’s Iraq-war Plan, National Review Online (2002). En ligne.
Autres sources :
David Pryce-Jones, « La diplomatie française, les Juifs et les Arabes », Commentaire 112 (2005-6): pp833-57. Disponible en ligne et en anglais: Jews, Arabs, and French Diplomacy: A Special Report,
Jérôme Tacin, « Un gaullisme usurpé », Commentaire 112 (2005-6): pp859-61.
Je crois qu’il est tout à fait approprié de reproduire ici un article qui défraya la chronique à l’été 2005. À l’époque, la Troïka européenne, l’UE-3 s’engageait dans une série de reculades face à l’intransigeance d’une République Islamique d’Iran qui déchirait tous les accords précédemment conclus après avoir avoué ne jamais les avoir respectés.
Europe — Thy Name Is Cowardice
By Matthias Dopfner
David’s Medeinkritik | January 7, 2005
[This article was originally posted in German in DIE WELT.de and was translated from German by Hartmut Lau.]A few days ago Henryk M. Broder wrote in Welt am Sonntag, “Europe — your family name is appeasement.” It’s a phrase you can’t get out of your head because it’s so terribly true.
Appeasement cost millions of Jews and non-Jews their lives as England and France, allies at the time, negotiated and hesitated too long before they noticed that Hitler had to be fought, not bound to agreements. Appeasement stabilized communism in the Soviet Union and East Germany in that part of Europe where inhuman, suppressive governments were glorified as the ideologically correct alternative to all other possibilities. Appeasement crippled Europe when genocide ran rampant in Kosovo and we Europeans debated and debated until the Americans came in and did our work for us.
Rather than protecting democracy in the Middle East, European appeasement, camouflaged behind the fuzzy word “equidistance,” now countenances suicide bombings in Israel by fundamentalist Palestinians. Appeasement generates a mentality that allows Europe to ignore 300,000 victims of Saddam’s torture and murder machinery and, motivated by the self-righteousness of the peace-movement, to issue bad grades to George Bush. A particularly grotesque form of appeasement is reacting to the escalating violence by Islamic fundamentalists in Holland and elsewhere by suggesting that we should really have a Muslim holiday in Germany.
What else has to happen before the European public and its political leadership get it? There is a sort of crusade underway, an especially perfidious crusade consisting of systematic attacks by fanatic Muslims, focused on civilians and directed against our free, open Western societies. It is a conflict that will most likely last longer than the great military conflicts of the last century — a conflict conducted by an enemy that cannot be tamed by tolerance and accommodation but only spurred on by such gestures, which will be mistaken for signs of weakness.
Two recent American presidents had the courage needed for anti-appeasement: Reagan and Bush. Reagan ended the Cold War and Bush, supported only by the social democrat Blair acting on moral conviction, recognized the danger in the Islamic fight against democracy. His place in history will have to be evaluated after a number of years have passed.
In the meantime, Europe sits back with charismatic self-confidence in the multicultural corner instead of defending liberal society’s values and being an attractive center of power on the same playing field as the true great powers, America and China. On the contrary-we Europeans present ourselves, in contrast to the intolerant, as world champions in tolerance, which even (Germany’s Interior Minister) Otto Schily justifiably criticizes. Why? Because we’re so moral? I fear it’s more because we’re so materialistic.
For his policies, Bush risks the fall of the dollar, huge amounts of additional national debt and a massive and persistent burden on the American economy-because everything is at stake.
While the alleged capitalistic robber barons in American know their priorities, we timidly defend our social welfare systems. Stay out of it! It could get expensive. We’d rather discuss the 35-hour workweek or our dental health plan coverage. Or listen to TV pastors preach about “reaching out to murderers.” These days, Europe reminds me of an elderly aunt who hides her last pieces of jewelry with shaking hands when she notices a robber has broken into a neighbor’s house. Europe, thy name is cowardice.
“All that is necessary for the forces of evil to win in the world is for enough good men to do nothing.” — Edmund Burke.




Reader Comments (9)
J'ai aimé ton analyse. Je mets en évidence le paragraphe ci-dessus mais j'aurais pu en mettre d'autres. Le constat est amer mais il est bien réel.
Il nous faut des gens comme toi qui amènent à une vraie réflexion.
Bonne journée
Pour la petite histoire, l'ambassadeur français de Londres qui parlait d'"un petit pays de merde", l'aurait dit étant "imbibé" et sous le coup d'une très grosse rancoeur conjugale, confondant ainsi problématique perso et politique. Il a été muté ensuite à Alger, où les bons vins et alcools sont plutôt rares; depuis il est décédé. Paix à son âme. Requiescat in pace !
@gossips: Chichi adore la bière, nos ambassadeurs forcent sur la piquette et Deschanel se balladait en pyjama!
"""Tout ensanglanté - en dépit du caractère bénin de ses blessures -, relativement hébété et vêtu de son seul pyjama, Paul Deschanel ne tarda pas à rencontrer André Radeau, ouvrier cheminot qui surveillait la zone de travaux, et auquel il se présente comme étant le président de la République. L'image des hommes publics étant à l'époque encore peu diffusée dans la population, le cheminot se montre sceptique – pensant à première vue avoir affaire à un ivrogne – mais conduit néanmoins le voyageur accidenté jusqu'à une maison de garde-barrière toute proche, où le blessé est soigné et mis au lit par ses sauveteurs. Le garde-barrière, Gustave Dariot, impressionné par la dignité du blessé et la cohérence de ses explications, part pendant ce temps prévenir la gendarmerie de Corbeilles. Pour la petite histoire, la femme du garde-barrière aurait dit à des journalistes : « J'avais bien vu que c'était un monsieur : il avait les pieds propres ! ». """ http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Deschanel
Que ce soit ça ou l'inverse, ça va à l'encontre des raisons pour lesquelles les Français votent FN puisqu'ils le font majoritairement pour lutter contre l'immigration (essentiellement maghrebine). Donc j'ai vraiment du mal à penser comme toi. Je serais plutôt du genre "conspirationniste" dans ce cas, et je me demande si Dieudonné ne fait pas une fausse récup rien que pour détourner les électeurs du FN (si le FN est pro-islamiste, alors les électeurs ne vont plus voter pour lui).
Ce qui se passe en France c'est une répartition des tâches entre de Villiers et Le Pen :
Le Pen avec les arabes, de Villiers avec les juifs.
Ensuite les extrêmes ne sont jamais purement nationaux. Comme l'extrême gauche, l'extrême droite a une internationale.
Le nazisme avait ses copains en Norvège, Belgique, Hollande, chez les arabes aussi (avec le Hadj Al Husseini), etc.
Il se trouve aussi une foule de français d'origine arabe pour voter Le Pen, notamment certains harkis.
Je posterai un jour un article la dessus, pour expliquer en détail les affinités pas si nationalistes que ça de l'extrême droite.
J'attends ton post avec impatience :-)
Ceci dit, les plus grands antisémites que j'ai rencontré dans ma ville, ce sont certains de mes anciens camarades PS.
Il note, en particulier, qu'il a voulu aller voir Le Pen tel qu'il est en mettant de coté la "rumeur" sur son prétendu racisme.
Il ajoutera aussi que le FN semble s'ouvrir sur les africains.
http://tf1.lci.fr/infos/elections-2007/0,,3355037,00-dieudonne-fete-explique-.html
http://www.laicite-republique.org/laiciteinfo/reslaica/reslaica16.htm