Le terrorisme islamiste n’est pas un terrorisme comme un autre : c’est un terrorisme d’extermination
Quelques pensées préliminaires en guise d’introduction
Le reportage de Mohamed Sifaoui m’a inspiré quelques remarques que je vous livrerai ici-bas. Je commencerai par analyser la nature du terrorisme islamiste en ce qu’il contraste avec des terrorismes réellement indépendantistes comme ceux du Léhi israélien, de l’ETA basque ou de l’IRA en Ulster. Le terrorisme islamiste s’en distingue en ce qu’il considère comme légitime le meurtre de peuples entiers qu’il entame avec peu de moyens.
Par la suite, je reviendrai sur cet appui inespéré que recueillent les islamistes du tiers-monde et en Occident au nom du pacifisme mais surtout de la lutte anti-raciste dévoyée et de la religion de l’humanité que dénonce le philosophe Alain Finkielkraut. Il ne s’agit pas de confondre dans un même programme l’agenda des militants qui se réclament de ces mouvances et celui des islamistes mais de montrer que, une fois n’est pas coutume, une grande partie de l’intelligentsia se trompe de combat.
Ces intellectuels donnent à penser que l’islamisme est une conséquence de l’oppression alors qu’en réalité, c’est un totalitarisme nouveau qui se lève à l’est. Les mêmes intellectuels nous donnent à penser qu’il existe une et une seule relation de cause à effet possible entre les politiques des grandes puissances et d’Israël lesquelles auraient engendré la montée du fanatisme en terre Islamique. Comme-ci le traité de Versailles, en 1919, avait condamné l’Allemagne à ne trouver, en guise d’exutoire, que la folie criminelle du nazisme.
C’est une vision déterministe qui est à l’œuvre et qui nie que l’Homme ait le choix des armes. Cette perspective sur le monde ne laisse aucune place au hasard, elle rationalise à l’extrême le récit des évènements et recherche à toute chose une raison spécifique, déjà pensée, instiguée. À ce titre elle se laisse parfois séduire par des théories de complot ou par la thèse du pouvoir occulte de lobbies affairistes qui décideraient de la politique étrangère des grandes puissances.
En cela, ce type d’interprétation nie les responsabilités individuelles ou collectives (ceci étant dit, ils ne l’appliquent que pour un seul des deux camps). L’islamiste ne serait que le produit de la politique des grandes puissances. Islamiste, il n’en demeure pas moins une victime et c’est pourquoi il faut le soutenir contre les « impérialistes », quelque soient les crimes que cette idéologie ait poussé certains à commettre. Ces crimes sont, bien au contraire, à porter sur la lourde ardoise d’un monde occidental que, cette fois-ci, cette interprétation refuse d’exonérer de ses responsabilités.
Les Juifs jouent, une fois encore, un rôle central dans ce combat répétitif qui oppose le monde des démocraties à une partie de l’autre monde, soumise à l’emprise islamiste. Nuremberg et Auschwitz n’auront servi à rien sinon à un culte superficiel qui dénonce le nazisme sans chercher à en comprendre les causes et le mode opératoire. C’est d’autant plus dommage qu’un véritable travail de mémoire nous aiderait pourtant à réaffirmer avec force la leçon universelle que porte en elle la Shoah. Elle ne sert pas seulement à protéger les Juifs d’aujourd’hui ou à « enjuiver » les musulmans pour leur faire profiter d’une bulle protectrice semblable à celle des lois sur l’antisémitisme – dixit l’invention du terme d’islamophobie. Bulle fantasmée tant les uns et les autres espèrent essentiellement protéger de la critique leur credo politique. Cela démontre bien que la Shoah est interprétée comme un passe-droit, comme un privilège que tous s’arrachent pour devenir les nouveaux Juifs et nier aux Juifs réels d’être les mêmes Juifs aujourd’hui qu’hier.
Voilà qui démontre l’urgence d’un véritable travail de mémoire pour qu’enfin les Hommes, qu’ils habitent au Darfour ou, hier, au Rwanda et au Kurdistan, soient ou aient été secourus exactement comme nous aurions du secourir les Juifs dans les années 1930-40 – et, d’ailleurs, bien avant. Ces leçons mal apprises nous autorisent donc à nous fourvoyer encore une fois sur la nature réelle d’un totalitarisme qui monte : l’islamisme. Et c’est toujours au nom de ces leçons mal apprises que l’on prétend vouloir entourer de toute la bienveillance du monde les Palestiniens dont on déclare comprendre le terrorisme d’extermination, cette forme particulière que prend la lutte de ce peuple pour la destruction d’Israël, non pour son indépendance.
Car il existe, dans les collines de Cisjordanie/Judée Samarie une guérilla dont le mode d’action porte pourtant à croire que l’on à affaire, là, à une authentique guerre d’indépendance. Cette guerre n’est pas médiatisée, elle est ignorée pour servir une politique israélienne qui s’est trop attachée à discréditer les aspirations des Palestiniens à l’autodétermination et une politique islamiste qui, avec des alliés de circonstance trouvés en Occident, veut à tout prix condamner Israël et le détruire.
Certains arguent, dans ce qui ressemble au déni que nous devrions puiser dans l’histoire l’inspiration pour bien agir aujourd’hui, qu’aucune comparaison ne peut-être faite entre une époque et une autre. Il faudrait ne pas se retourner sur l’épisode nazi pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui car l’Homme est ancré dans son temps et ne peut en réchapper. C’est une option « philosophique » qui n’a pas mes faveurs et que je soupçonne d’être malhonnête et opportuniste : elle a été réactivée pour combattre un discours qui fait des analogies fréquentes avec l’épisode des accords de Munich, où, une démocratie, la Tchécoslovaquie, a été sacrifiée à Hitler pour sauver une paix précaire. Ces analogies entendent rappeler au monde qu’Israël est la seule démocratie au Moyen-Orient et ceux qui condamnent ces analogies essaient peut-être de nous le faire oublier.
Pourtant, cet argument qui entend combattre l’anachronisme au même titre que le racisme est confortable. Il permet à des intellectuels de justifier tous leurs partis pris sous prétexte que l’Homme ne peut s’arracher à son temps et à sa culture. En bref, chaque individu est forcément partisan et il ne peut aller contre son ressentir. Il faudrait l’accepter et le reconnaître. Ainsi de l’exploitation politique de la Shoah qui est à son paroxysme lorsque de fausses accusations de génocide fusent contre Israël. Vingt morts à Cana ou un mort à Gaza, c’est devenu un génocide. Pour un Arabe ou un Musulman identitaire, c’est intolérable de voir ses frères « massacrés » et tous les moyens sont bons pour se porter à leur défense. Or, cette banalisation de l’accusation de génocide au profit de sa propre « race » est irresponsable et criminelle : ce brouillard lexical qui change à sa guise le sens des mots et établit un ordre arbitraire des priorités nous a empêché de prendre conscience de l’état de détresse des habitants du Darfour et le décompte des morts continue de grimper à une vitesse vertigineuse, il en est, aujourd’hui, à 300 000 victimes.
La nature du terrorisme islamiste : au service d’une ambition illimitée, tous les moyens sont bons
Le journaliste algérien, Mohammed Sifaoui, engagé contre le terrorisme islamiste dans son pays et exilé en France nous a livré en février 2004 un documentaire sur les réseaux islamistes en France. M. Sifaoui avait infiltré, en maquillant, son identité et pendant trois mois, le milieu terroriste.
C’est aussi un documentaire extrêmement révélateur sur la psychologie et les motivations du terroriste islamiste et que certains ont décrié pour jeter l’opprobre sur l’ensemble des musulmans. Qu’il soit dit et répété à ces voix chagrines qui voudraient sans doute qu’on ne dénonce pas un fascisme qui monte et préfèreraient qu’on s’en prenne au sionisme « raciste et colonialiste » par qui tout le mal serait arrivé (« always blame the Jews » … souvenez-vous), qu’effectivement il n’est pas question de fustiger l’ensemble des musulmans dont la quiétude ne saurait être troublée par ceux qui veulent viser juste, c’est-à-dire ne viser que les terroristes.
Il faut certainement avoir peur quand on a regardé ce genre de documentaire car nous ne sommes jamais assez alertes ni jamais assez préparés face au Mal absolu. Rien ne saurait excuser le terrorisme, que dis-je, un terrorisme très particulier parmi les terrorismes expérimentés par l’Homme. Particulier car il ne s’embarrasse d’aucune éthique et il serait juste de rappeler, à la lumière de l’histoire, que ni le terrorisme de l’ETA ni celui du Léhi ne ciblaient à l’aveugle les civils, femmes et enfants, vieillards et adolescents, avec les combattants, militaires ou policiers. Le terrorisme islamiste, d’ailleurs, cible essentiellement des civils désarmés. Ni victime collatérale ni victime de l’imprécision des bombes, le civil est la cible prioritaire. À cela, il y a une explication simple : ce terrorisme n’est pas politique, il est racial, ce n’est pas l’État « oppresseur » qui est visé : c’est la « race » des infidèles qui l’est.
En réalité, le terrorisme islamiste se distingue de la plupart des autres terrorismes contemporains en ce qu’il vise de manière indiscriminée les animaux que nous autres, infidèles comme mauvais musulmans – les musulmans qui n’accomplissent pas le « devoir » de Djihad – nous sommes à leurs yeux. C’est bel et bien un terrorisme d’extermination ou bien, au mieux, un terrorisme d’assujettissement, un terrorisme qui, lorsqu’il se donne la peine de lancer un ultimatum, dit que le choix est entre l’avilissement ou la mort.
C’est pourquoi rien, absolument rien ne peut excuser ce terrorisme là. Ce n’est pas un terrorisme aux objectifs limités qu’il serait possible de satisfaire par de nouveaux accords d’Évian, ce n’est ni de la résistance ni un combat des désespérés. Qu’il se déchaîne à New York comme en Israël ou en Iraq, en Indonésie ou à Londres et Madrid, il ne peut s’insérer dans le schéma de « la lutte des opprimés contre les oppresseurs ». C’est le terrorisme d’une idée – la terre donnée en héritage aux musulmans contre les infidèles – pas d’une logique d’émancipation. D’ailleurs, si tel était le cas, j’attend encore ces colonnes d’Africains affamés et happés par d’incessantes guerres civiles se transformer en kamikazes. Abandonnés à leurs bourreaux, ils rappelleraient ainsi à un monde qui les néglige au profit des causes médiatiques des musulmans que leur sort mérite sa juste part d’attention. Indéniablement, ce sort qui est le leur est plus abominable que celui des Palestiniens et des Iraquiens, au Darfour comme dans la région des Grands Lacs, en Angola comme en Somalie.
Cet argument suffirait à lui seul à définitivement reléguer l’islamisme dans la catégorie des idéologies ennemies de l’humanité comme, hier, le nazisme. Car c’est une espèce que l’islamiste entend exterminer et il le veut ainsi pour ce qu’elle est, pas pour ce qu’elle fait. En effet, ce qu’elle fait, cette espèce, s’explique à ses yeux par ce qu’elle est. Pourtant, il semble que cela ne suffise pas. Il semble qu’il faille toujours excuser le terrorisme islamiste et faire porter le blâme sur les mêmes : les Israéliens et les Américains principalement, l’Occident et ses amis en général, les blancs et ceux qu’ils ont blanchi – les démocraties indienne, philippine, israélienne, etc.
Petite histoire d’une cécité volontaire : pacifisme, idéologie anti-raciste et religion de l’humanité au service du projet islamiste
Dans ces circonstances exceptionnelles, où le terrorisme cherche à détruire notre existence même, le pacifisme cesse d’être une attitude moralement justifiable car il ne peut plus être que la poursuite de la lutte au service de l’ennemi. D’ailleurs, nul pacifiste ne manifeste contre la guerre d’extermination poursuivie par Khartoum, depuis trois ans, contre les peuples du Darfour mais on les retrouve par milliers pour défendre le Liban, après à peine deux semaines de guerre. C’est aussi le plus étonnant que cette « religion de l’humanité », thèse chère à Alain Finkielkraut, qui, au nom de l’humanité et de l’antiracisme, renforce sciemment les ennemis irréductibles des valeurs de liberté, de tolérance et d’égale dignité de tous.
Religion de l’humanité et idéologie de l’antiracisme car elle fabrique son propre paradigme c’est-à-dire qu’elle interprète la réalité en fonction de son propre système d’idées et, ce faisant, elle le réifie, elle en réduit la complexité à une vague querelle entre deux forces antagonistes. L’idéologie c’est ce qui pense pour nous (J-F. Revel) ou ce qui déforme en prenant forme (E. Morin). L’idéologie finit par nier la réalité au profit d’un ensemble de croyances – sa doctrine – qui conditionnent le comportement humain.
Idéologie de l’antiracisme car elle donne un sens particulier, simplifié et quasi mystique, au combat de ces camps antagonistes qui se forment au sein de la famille humaine : les « peuples aux pieds nus » s’opposeraient aux peuples oppresseurs pourvus d’armées et d’institutions modernes. Elle fait entrer dans la même catégorie le malheur des affamés d’Afrique et celui des Palestiniens frustrés dans leurs aspirations nationales. Elle déplace au profit de ces derniers la compassion qui revient de droit aux premiers. Elle prive les affamés d’une partie de la sollicitude qui leur reviendrait et attire une sympathie inconvenante pour les Palestiniens. L’aspiration nationale palestinienne devant être soutenue de manière appropriée, c’est-à-dire pas de la même manière que l’impérieuse question de la survie des habitants du Darfour.
Idéologie car elle donne un sens à l’histoire : la victoire de ces « peuples aux pieds nus » ouvrirait une ère de paix universelle parce qu’ils sont supposés faire triompher son système de valeurs, parce qu’alors, l’évidence s’imposera à la face de tous. Idéologie car elle définit des priorités à l’action qu’elle appelle « agir pour un monde plus juste » alors que cette justesse de l’action prônée est plus que discutable : c’est Israël et les É-U qui sont désignés comme les grands États criminels, à combattre en toute priorité et non pas ceux qui s’adonnent, et s’adonnèrent, à d’effroyables génocides que même la superpuissance Américaine n’aura jamais égalé. L’idéologie ne rétorque-t-elle pas de mauvaise foi que l’Amérique est tout de même coupable de ces génocides, même lorsqu’elle n’y est pour rien comme au Darfour, sur une simple présomption que des « lobbies » (juifs de préférence) et autres « complexes militaro-industriels » tirent les ficelles en coulisses? N’efface-t-elle pas, au nom de sa manière de voir le monde la responsabilité directe des acteurs concernés par les génocides comme lorsqu’elle récupéra l’accusation d’un Juif israélien, Ariel Sharon, du massacre de Sabra et Chatila, alors que ce sont des milices chrétiennes qui l’ont perpétré? Quid des massacres commis par l’OLP contre les populations chrétiennes libanaises dont on n’entend jamais parler et qui ne sont jamais condamnés? L’idéologie choisi ses coupables, elle impose de dénoncer certains crimes et d’en ignorer d’autres et elle le fait au nom de la justice. Elle impose de ne condamner qu’Ariel Sharon, pour sa négligence, plutôt que de rappeler avant tout la culpabilité du bourreau, pour son forfait [i] .
Une idéologie car dans ses interprétations toutes particulières on ne reconnaît plus la réalité : ne lance-t-elle pas des accusations de génocide (à Jénine comme à Cana) contre Israël, accusations que les commissions d’enquêtes – de l’ONU notamment – invalident ensuite dans l’indifférence générale – au nom d’un système d’idées qui filtre l’information utile? Cette indifférence qui refuse également de s’intéresser au sort de trois cent mille morts au Darfour, toujours au nom des priorités imposées par une certaine interprétation du monde. En effet, l’idéologie a ses priorités que les tragédies humaines laissent froide. L’idéologie donne un sens aux morts et donc leur attribue une valeur, valeur qui découle de leur utilité politique, de leur utilité à faire avancer la cause : dans le cas qui nous concerne, le sang arabe compte beaucoup plus que le sang juif et que le sang noir.
Enfin, idéologie car elle médiatise et porte toute son attention sur l’attentat-suicide, érigé en symbole du désespoir absolu, et ignore superbement les actions de groupes palestiniens armés dans la guérilla qu’ils livrent dans les collines de Cisjordanie contre les troupes israéliennes [ii] . Ces actions sont ignorées car elles ne coïncident pas avec cette lecture idéologique des évènements, lecture qui impose de dénoncer le sort fait « à un peuple désespéré » comme si c’était des cambodgiens livrés aux Khmers Rouges et « à un peuple humilié » comme si c’était des juifs livrés aux nazis, dans un gigantesque remake d’Auschwitz. En effet, il faut pour cette interprétation des choses des actes de suicide car l’idéologie peut les utiliser pour donner un sens conforme à sa doctrine : ces actes s’expliqueraient par le désespoir du à l’abandon, plus fantasmé que réel, des Palestiniens par le reste du monde. C’est que le kamikaze est érigé en icône, en témoin de l’oppression, en nouveau Christ des temps modernes, crucifié sur l’autel de la justice et de la liberté tel Christ hier au nom de son témoignage d’une foi épurée en Dieu.
L’idéologie confère aux évènements des symboles afin de soulever le cœur des Hommes et de les gagner à sa cause. L’objectif n’est pas stratégique, il n’est pas d’obtenir une indépendance réelle pour un peuple sans État, il ne se limite pas au strict nécessaire pour parvenir à cette fin, il ne se soucie guère de minimiser le ratio de sang versé contre la maximisation des avantages obtenus. Cette idéologie impose une montée aux extrêmes, les litres excédentaires de sang versé semblant confirmer la justesse de son interprétation, il faut que celle-ci, à son tour, renforce la tendance générale à faire couler le sang.
Pourtant, il devrait apparaître que la guérilla qui se livre en Cisjordanie mériterait que les Palestiniens s’y concentrent totalement et sacrifient l’attentat-suicide pour un mode d’action qui porte en lui-même un véritable espoir d’indépendance. Circonscrite aux territoires palestiniens, cette guérilla ne menace pas l’existence d’Israël, elle ne jure pas sa destruction mais au contraire elle dit le désir d’un peuple d’exister dans son État aux cotés des autres, de constituer une nation reconnue et respectée de tous sur un territoire non israélien et elle laisse grande ouverte la porte à un accord de paix pour une coexistence durable.
Pour conclure, l’islamisme n’a pas tant de succès parce qu’il en appellerait à une hypothétique fibre islamique « génétique » des musulmans ou parce qu’il incarnerait la révolution des opprimés. Bien au contraire, l’islamisme est un projet impérialiste nouveau, face auquel nous sommes désarmés, nous autres laïques, démocrates et partisans d’un monde d’individus libres, libres de leurs choix. Que nous soyons de gauche comme de droite, nous avons du mal à le combattre car il se présente sous la forme de la lutte du faible au fort. En conséquence, il ne cadre pas avec notre conception de la dialectique de l’opprimé et de l’oppresseur.
Il faudrait, pour que nous reconnaissions un oppresseur, que celui-ci dispose de la bombe atomique et de F-16, il faudrait qu’il impressionne par la sophistication de son arsenal alors que l’histoire nous a livré maintes illustrations de la tyrannie que les « petits », que les « pauvres », que les « faibles » livrent à l’encontre d’eux-mêmes et parfois des autres. Je rappelle qu’on ne peut reprocher aucun génocide à Israël, puissance militaire pourtant redoutable et que le génocide du Rwanda a été réalisé avec l’aide d’armes légères et de haches. Des armes rudimentaires.
En outre, il faut bien constater qu’une fois de plus les Juifs sont au centre des débats lorsqu’ils ne se tapiraient pas dans les coulisses en tirant les ficelles, à en croire les islamistes et autres antisémites et leurs théories de conspirations et les « antisionistes » qui, de gauche comme de droite, dénoncent, sans se poser de question, des lobbies qu’ils se représentent comme tout puissants.
Il semble bien que toutes ces questions doivent hanter l’espace médiatique et intellectuel pour les décennies à venir et que cette représentation théâtrale grandeur nature cherche à convaincre les spectateurs que nous sommes. Il est vrai que l’arsenal déployé est à la hauteur de l’enjeu: l’avenir de lu Moyen-Orient basculera, en partie, pour ce que nous en penserons.
Pour finir, voici une citation tirée du texte Foucault et l’Iran: À propos du désir de révolution. Les auteurs s’interrogent en s’appuyant sur Vincent Descombes sur la responsabilité des intellectuels dans les grandes querelles politiques :
Vincent Descombes, dans son dernier ouvrage, s’interroge sur l’actualité de la philosophie. Il se demande si elle peut servir de guide pour qui veut prendre part a l’histoire et non seulement la contempler à travers des concepts. Son analyse le conduit à questionner la politique des intellectuels de Foucault Descombes lui reproche d’emprunter à Kant « la formule d’une sorte de politique des intellectuels » et de faire de ces derniers des spectateurs de la révolution. Il conclut en affirmant que cette politique des intellectuels conduit à une « forme d’irresponsabilité illimitée » parce qu’elle évacue la politique au sens ordinaire du terme.[iii]
[i] Le Professeur de Droit à l’université d’Harvard Alan Dershowitz a produit un ouvrage qui répond aux accusations les plus fréquemment lancées à l’encontre d’Israël. Il y répond en s’appuyant sur son expertise juridique et avance des arguments rarement évoqués par les médias grand public ou même pour public restreint. Lire : Alain Dershowitz, 2003, The Case for Israel, New York : Wiley. A. Dershowitz a aussi un site Web auprès de l’éditeur.
[ii] Il est très intéressant de savoir que la Cisjordanie a été, au cours de l’histoire, un lieu propice aux insurrections depuis les Maccabées aux forces de la Haganah en 1948. Seuls les Palestiniens ne semblent pas encore réaliser tout ce potentiel qu’offre ce terrain montagneux rempli d’endroits où des guérilleros peuvent s’abriter. Voilà qui coupe court à l’argument selon lequel le terrorisme est la seule arme que les Palestiniens peuvent utiliser face à une armée supérieure. Lire : Pierre Razoux, Tsahal. Nouvelle histoire de l’armée israélienne.
[iii] Citation tirée de Lawrence Olivier et Sylvain Labbé, « Foucault et l’Iran : À propos du désir de révolution », Revue Canadienne de Science Politique 24 (1991), p227. Le livre de Vincent Descombes qui est cité est : La philosophie par gros temps (Paris : Les Éditions de Minuit,1989).
D’autres sources seront ajoutées ultérieurement.




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