La puissance de la liberté... made in France
Les idées développées dans cet article m’ont été inspirées par le texte « Arrêtez de nous faire chier avec votre laïcité factice » écrit par N.R., une de celles qu’on appelle « beurettes » et qui s’insurge contre la naïveté et la complicité de nombreux intellectuels de notre chère patrie vis-à-vis de l’islamisme.
N.R. estime qu’au nom des idéaux de gauche, les musulmans sont prolétarisés, qu’au nom de la laïcité la critique de l’islam devient tabou – mais que son apologie est permise lorsqu’elle n’est pas un devoir, qu’au nom de l’antiracisme, Mahomet est porté aux nues comme le premier prophète féministe et qu’au nom de tout cela, le Coran est présenté comme le premier manifeste du progressisme.
Je reconnais la dedans une critique au vitriol de l’attitude de notre « intelligentsia », une critique semblable celle que j’ai déjà livré dans ces colonnes mais je dois aussi prendre garde à une tendance de ces « combattants de la liberté », tendance qui se revendique ouvertement « islamophobe », donnant là une raison d’être à un concept élaboré par les islamistes pour combattre la liberté d’expression lorsqu’elle dessert leurs intérêts.
En outre, cette tendance « islamophobe » s’approche dangereusement des idées « contre-Lumières » développées par un certain nombre d’ennemis, voici deux siècles, de la nation française issue d’un nationalisme émancipateur, dit libéral ou civique. Aujourd’hui, parce que ce libéralisme et cette tolérance leurs paraissent incapables d’endiguer la montée de l’islamisme, ils voudraient tout simplement revenir en arrière, aux temps où au nom de la croix, le croissant fût vaincu d’abord à Lépante en 1571 et à deux reprises aux portes de Vienne, en 1529 et 1683.
Non, mon propos n’est pas de défendre l’islam. L’islam, c’est un mot valise disait Elie Barnavi dans son dernier livre, « Les religions meurtrières ». Bien des choses contradictoires se disent et se font au nom de l’islam. L’islam est l’otage des hommes – et probablement leur création – aussi se prête-t-il également au jeu des uns et des autres, des obscurantistes et des laïques et du fanatisme comme de la tolérance. L’islam n’est donc pas un objet d’étude car le définir est aussi inutile que de tenter de prouver – ou de réfuter – l’existence des dieux.
Je suis tenté de dire dans un élan bien involontaire de nihilisme que l’islam n’existe pas. Qu’à force d’être pluriel, l’islam n’est plus tandis que l’islamisme, par contre, est. Il est l’islamisme, cette idéologie avec une vision intelligible du monde qui fixe les modalités de l’action du militant. Il donne un sens à la vie qui ne peut accepter ni l’humanisme ni la démocratie ni l’égalité ni la liberté. L’islamisme est un terme suffisamment précis pour que l’on sache immédiatement de quoi il s’agit, pas l’islam. C’est aussi et surtout une idéologie qui doit être combattue avec la plus grande fermeté, exactement comme hier le fascisme italien, le nazisme et le communisme soviétique, pour ne citer qu’eux.
Ces « combattants de la liberté » « islamophobes » sont en réalité nos obscurantistes à nous. Certainement pas les équivalents des islamistes mais nos anti-Lumières qui, au nom d’une culture occidentale devenue chez eux un monolithe, entendent combattre l’islam comme une nation ennemie. Dans leurs mots la France n’est plus la fille des Lumières mais redevient peu ou prou la fille aînée de l’Église aux temps où les chassepots firent merveille contre les troupes des autres Cavour, Garibaldi et Mazzini. La France, entend-on, doit se défendre contre l’islam comme hier Charles Martel refoula les « sarrasins » depuis Poitiers. L’islam est perçu comme une vague de barbares qui s’en prennent à l’Occident comme hier Attila à l’Empire romain ou encore, et cela vous surprendra peut-être, comme Adolf Hitler entendait refouler les slaves, « ces sous-hommes », au-delà de l’Oural.
Cette conception du combat pour la liberté n’est pas celle des Lumières, elle n’est pas celle de la France des idéaux universels des droits de l’Homme, elle n’est pas celle de la France du Code civil, elle n’est pas celle de la France émancipatrice de Carnot Lazare et de Condorcet. Cette certaine idée de la France est parallèle à celle que Johan Gottfried Herder se faisait de l’Allemagne. Une nation ethnique ou la nation d’une ethnie assimilationniste, une nation de culture vindicative, une nation chrétienne, une nation où la communauté, la coutume et le préjugé social – devenu national – sont érigés en articles de l’identité française. Cette seule France, pensent-ils, peut lutter contre l’islam – et comment ne pas y voir l’émulation de ce qu’est devenu le monde islamique? – car l’autre, la France des laïcs, la France républicaine, la France émancipatrice, la France libérale, la France égalitaire, celle la même, a trahit la France éternelle, la France de Marianne au sein à l’air a débauché celle de Jeanne la pucelle.
Mettons nous d’accord sur une chose avant d’aller plus loin. Le nationalisme n’est pas et ne sera jamais de ma plume ce terme péjoratif qu’il est devenu aux yeux de la majorité des français, à cause de cette « intelligentsia » qui a voulu tuer la France pour que la paix des androgynes lui succède. En revanche, j’ajoute que je suis de ceux qui préfèrent téter le sein de Marianne que de contempler le fossile de la vulve immaculée de Jeanne.
Le nationalisme, Le Pen n’en est pas le champion. Ni lui ni de Villiers ni Mégret ni Chevènement. Mais Rousseau et Napoléon Bonaparte qui, chacun à sa manière, ont œuvré à la naissance de la Grande nation, du nouvel Empire de la Liberté qui, par delà le christianisme et les identitarismes, renverse les privilèges de caste et les pouvoirs arbitraires qui s’abritent derrière la défense de sanglants particularismes ethniques et religieux. La France clame que l’Homme, où qu’il soit, aime la liberté et notre Nation entend lui rendre ce goût universel qui lui a été confisqué par les tyrans et leurs complices, les clercs.
Il existe donc deux nationalismes qui constituent la face lumineuse et la face sombre de la modernité. Deux nationalismes desquels la France ne procède pas à égalité. Les citoyens par anticipation Turgot et Voltaire passent avant les retardataires Renan et Taine. La nation française n’est pas de la même graine que la nation allemande Elle est née concomitamment à la Liberté (moderne). Le français exista dès l’instant où les rois dont les frères et les cousins étaient membres de cours étrangères cessèrent de verrouiller l’Europe à leur profit et cessèrent de dicter aux citoyens français en devenir leurs devoirs et leur condition misérable. Ce n’est pas la monarchie la grandeur de la France, c’est la République et l’Empereur de la République.
La nation allemande naquit, tout au contraire, de la rancœur, de la volonté de revanche et du complexe d’infériorité d’une intelligentsia attachée à l’ordre ancien et ulcérée par les succès du Premier empire. Cette nation est née contre la Liberté. Ces philologues allemands sont les inventeurs de la prison des peuples, ils inséminèrent les Allemands d’une haine mortelle contre la France et contre les idéaux émancipateurs des Lumières. D’ailleurs, ces sentiments là n’allaient pas être étrangers, un siècle plus tard, à toute une génération de français contemporains de Renan et passablement antisémites. La nation allemande du XIXe siècle, jusqu’au nazisme et 1945, la Révolution nationale du Maréchal, le fascisme italien, le totalitarisme communiste étaient les ennemis de la liberté et de tout ce que chérit la France.
Pour combattre l’islamisme – et non pas l’islam – la France du XXIe siècle ne peut se permettre un retour aux idéaux anciens. Aux anti-idéaux anciens pour mieux dire, à ceux qui disent l’immuabilité de la condition humaine, cloîtrée dans l’ignorance et la misère qui en découle inéluctablement. La France a une histoire mais elle n’en est pas prisonnière. Ce qui fait les français c’est un ensemble intemporel de valeurs partagées, libérales et égalitaires, et une disposition vis-à-vis d’un passé assumé mais dont les contradictions sont, en pratique, dépassées. Qu’au nom de la laïcité, il se soit trouvé des sots qui voulaient interdire les sapins de Noël participe non pas de la défense de la laïcité mais d’un projet aux accents totalitaires qui veut déplumer les français de leur histoire et, finalement, les assimiler férocement à un culte nihiliste. La négation de l’histoire, comme son contraire le culte des formes passées de la condition humaine, n’est en aucun cas constitutive d’une nation française qui est issue des Lumières et ne connaît plus la nécessité d’un nouvel Édit de Nantes ni, son corollaire, la tentation de sa révocation. En cela nous demeurons en France des hussards de la Révolution.
Ce n’est pas la défense de la laïcité, de la démocratie et des idéaux Révolutionnaires qui amènera la France à courber l’échine face à cette fantasmagorique invasion islamique. Des chiffres exagérés sur l’immigration, cités par-ci par-là, et selon lesquels l’Europe deviendra dans un demi-siècle Eurabia et la France Frankistan sont aussi fallacieux que les théories du complot qui ont cours de l’autre coté de la Méditerranée. Comment vingt millions de musulmans deviendraient-ils majoritaires dans une Europe de quatre cent quatre-vingt millions d’habitants, en l’espace de seulement cinquante ans? Quel taux de natalité devraient-ils avoir pour se multiplier par vingt-quatre à l’heure où les frontières se ferment à l’immigration? Manifestement, il serait très largement au dessus des capacités biologiques de leurs femmes! Et qui a dit que tous sont les ennemis de la civilisation occidentale? Les sondages, quoique parfois inquiétants, particulièrement en Angleterre, détachent bien deux grands groupes d’Européens de confession musulmane : ceux qui défendront avec nous notre liberté commune et ceux qui tombent déjà sous la coupe des sophistes islamistes. Que n’avons-nous besoin de leur opposer nos sophistes nostalgiques de Godefroy de Bouillon?
D’ailleurs, ces mêmes sondages placent les français de confession musulmane ou descendants de parents musulmans comme étant les mieux intégrés d’Europe. Ce n’est pas un hasard en dépit du délitement de notre système d’éducation! En effet, la France a inventé un concept qui réaffirme la volonté de la nation d’amener à elle comme ses propres enfants les immigrants qui s’établissent sur notre sol par vagues successives. Juifs, polonais, italiens, espagnols, portugais, arabes, chinois et africains, par l’école, peuvent s’intégrer. Il n’a jamais été question d’assimilation et de maintenir que Poniatowski ne pouvait pas être français tant qu’il ne changeait pas son nom. La nation française, pour être ouverte et d’adhésion libre ne peut souffrir non plus du multiculturalisme qui invente des communautés et trace entre elles une frontière étanche. Parce que la nation française repose sur le génie créateur de l’individu, il faut à chacun des droits égaux aux autres, des droits aussi élargis que possible pour accentuer le déchaînement des énergies créatrices, il faut aussi une liberté égale pour tous, une liberté qui ne connaît ni la race ni la religion, et il faut des conditions de succès égales. En résumé, il s’agit ici d’une appartenance sans tâche à la nation, en vertu d’un esprit des Lumières qui distingue clairement entre les sphères de la vie, publique et privée, condition sine qua non pour extirper à jamais les privilèges – et leur corollaire, les inégalités – qui briment, justement, le génie qui en chacun de nous n’attend qu’une opportunité favorable de s’éveiller.
En France, l’exigence d’intégration est une demande de cœur et d’esprit pas une réclamation de la chair et du gourdin. L’intégration, au contraire de l’assimilation, accepte que les français soient de couleurs différentes et de religions différentes. L’intégration va au-delà de ces apparences et s’adresse à chacun en son for intérieur : tout humain qui s’identifie aux valeurs françaises issues des Lumières est potentiellement un français. Comment, d’ailleurs, les valeurs anti-Lumières, qui nient que l’Homme puisse changer sa condition, pourraient-elles concevoir que des êtres nés de parents non français puissent devenir français?
L’assimilation ne marche pas parce qu’elle découle d’une définition de la nation qui ne se fonde pas sur des valeurs universellement partageables. Tout être humain est fondé à résister à l’assimilation, fondé à résister à ce qui le dépouille de son humanité. Mais nul n’a besoin de résister à l’intégration alors qu’il suffit de dire non et néanmoins vivre en tant qu’étranger sous la protection des lois françaises. Parce que personne n’est forcé d’être français, le pari de la nation française est que tous, pénétrés des idéaux révolutionnaires, les défendront avec d’autant plus d’ardeur. Ils défendront ce carré de liberté face aux assauts du despotisme d’ancien régime et de ses réminiscences et ils en prouveront la valeur supérieure face aux armées des ennemis de la liberté. Ce pari là est gagné depuis Valmy, en 1792.
Et si la Révolution a marqué le pas face au fanatisme d’un Robespierre et aux affres de la terreur, elle n’en est ressortie que grandie d’avoir armé le monde entier contre le totalitarisme. C’est bien pour qu’aujourd’hui, pour combattre le totalitarisme nouveau qui prétend se lever au nom du Coran, ce soient ces mêmes valeurs qui en triomphent, maniant le sabre et la persuasion au service de ces puissants idéaux : ceux qui au nom des valeurs de « Liberté, égalité, fraternité », au nom de l’égale dignité de tous les hommes, refuseront le relativisme des uns – nihilistes – et des autres – anti-Lumières – et abattront les ennemis de l’humanité et émanciperont ceux qui, temporairement, sont tombés sous leur influence.
Léviathan




Reader Comments (5)
Je lirai ton com après mes courses. Le sujet m'intéresse beaucoup.
Pour le moment je me contente de poster l'adresse d'un site de soutien aux infirmières bulgares et au médecin palestinien condamnés à mort en Libye.
http://www.bulgaria-france.net/lybie/liberation.html
Aidons-les tous et toutes. Ils ont besoin de notre soutien.
Bises à toi et à tout'
Par mon métier, je suis sur le terrain, et je peux t'affirmer que bien des jeunes ne se sentent ni se disent français; et leur communauté d'origine représente le quart de la nation. Et ce n'est pas de l'ordre du fantasme franchouillard, c'est une réalité comptable affirmée par A. Begag lui-même dans une interview au Figaro du 25/10/06.
"Selon ses pronostics, les prochaines législatives ne devraient guère faire entrer plus de six députés d'origine arabe ou africaine à l'Assemblée pour une population issue de l'immigration de plus de 15 millions de personnes en France. « C'est peanuts », a déploré Azouz Begag, le second ministre d'origine algérienne, avec Hamlaoui Mekachera, aux Anciens combattants. « Il y a 20 ans, je disais, si les autorités ne font pas l'ouverture sociale vers les banlieues, ne font pas entrer dans l'ascenseur social politique des enfants de banlieue, un jour, tous ces enfants vont sortir et ils vont brûler toutes les voitures », a-t-il rappelé, après avoir été questionné sur l’immigration et la gestion de la crise de Cachan. "
Mais dans 15 millions d'immigrés, Begag met tout le monde : espagnols, portugais, chinois, arabes et africains! C'est à dire pas que des non intégrés!
La part de ces derniers ne doit pas être supérieure au tiers de ces 15 millions.
@Marie:
Merci pour le lien. Ça fait 3 ans que je suis cette affaire et j'ai signé plusieurs pétitions. Mais je crois que maintenant la parole est à la diplomatie et à un arrangement avec la Libye pour leur sauver la vie. Il nous faut mobiliser en Europe pour que les diplomates ne cèdent pas.