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L’Intégration a-t-elle échoué ?

Posted on jeudi, décembre 21, 2006 at 06:18PM by Registered CommenterLéviathan in , , | Comments1 Comment

Rédigé par Koenigstiger

Les émeutes de novembre 2005 ont (encore une fois) relancé l’éternel débat sur l’intégration.

Certains politiciens ou journalistes, pour souligner, cet état de fait, ont parlé des « émeutes du ramadan 2005 » en nous expliquant le caractère ethnico-religieux de ce qu’ils appelaient un « Djihad ».

Je voudrais ainsi revenir sur l’état de l’intégration en France mais aussi sur ce qu’elle implique. Un des problèmes de l’Intégration est que nous ne savons pas qui intégrer puisque, dans notre pays, la France, les statistiques ethnico-religieuses sont interdites.

C’est ainsi que nous avons vu fleurir toutes sortes de données allant de 5 à 20% de « musulmans » alors que les statistiques généralement acceptées par les spécialistes vont de 8 à 10% de la population totale (une des études les plus sérieuses sur la question, celle de la Brookings Institution, menée par Justin Vaisse et Jonathan Laurence « Integrating Islam » [i] donne le chiffre de 5 millions de musulmans soit 8% de la population métropolitaine ).

Ensuite, alors que les « élites » aspirent à l’intégration des populations immigrées ou d’origine immigrée, elles font tout pour les cantonner dans des catégories qu’elles distinguent des « Français de souche ». Ainsi est née la notion de « musulman ».

Qu’est-ce qu’un musulman ? Un musulman, c’est pour moi quelqu’un qui pratique l’islam, c’est-à-dire qui fait ramadan, qui va à la mosquée de son quartier et qui s’efforce de réaliser les fameux « cinq piliers » de l’islam. Si l’observance du ramadan est relativement élevée parmi les français d’origine maghrébine (puisque c’est d’eux dont on parle), la fréquentation des mosquées est relativement faible (10% selon certaines sources), c’est-à-dire qu’il y aurait tout au plus environ un bon tiers, tout au plus 50% de musulmans pratiquants parmi la « communauté musulmane ». Mais qu’à cela ne tienne, nos « élites » ont cantonné des citoyens français, des hommes et des femmes de tout âge, dans la catégorie « musulmans » tout en expliquant qu’il fallait que ces personnes s’intègrent à la société française.

On peut aussi souligner quelque chose d’assez incroyable. Prenons l’exemple d’un français de seconde génération (c’est-à-dire né en France) dont les parents sont algériens, ce français parle parfaitement notre langue, fait des études supérieures, a des amis d’origine maghrébine mais aussi des amis français « ethniques », boit de l’alcool, n’entretient aucun contact avec la religion musulmane et pourtant, parce que ses parents sont nés en Algérie, parce qu’il s’appelle Mohammed ou Ali, Rachid ou Kader, sera et restera aux yeux de nombreuses personnes « musulman ». Et pourtant, hormis son origine, est-il différent de la plupart des jeunes Français ?

Bien sûr, vous l’aurez compris, j’ai pris un exemple type mais uniquement dans le but de marquer le coup et de dénoncer cette hypocrisie qui consiste à considérer comme nécessairement musulmane une personne issue d’une famille d’origine maghrébine et à les opposer aux « français de souche ».

De récents sondages réalisés par le Pew Center montraient que 49% des « Musulmans » de France (j’emploierai l’expression « musulman » par commodité de langage) se sentaient musulmans avant tout, contre 46% qui se sentaient français. Seul bémol : parmi les moins de 35 ans, cette proportion était respectivement de 51%-40% [ii] .

On peut aussi souligner plusieurs éléments qui montrent une certaine intégration. Tout d’abord, plusieurs statistiques montrent que la plupart des maghrébins de seconde génération ne parlent pas, ou seulement de manière résiduelle, l’arabe ou le berbère. Ensuite, le taux de natalité des immigrées maghrébines (c’est-à-dire des maghrébines étrangères ou devenues françaises par naturalisation donc les « premières générations ») est de 2,8 et ce, à peu près pour toutes les nationalités d’origine ( tunisienne, algérienne et marocaine) selon l’INSEE [iii] .

Dès lors, comment analyser le problème de l’islamisme qui se développe dans les « Cités » ?

Paradoxalement, c’est l’expérience d’un autre pays, outre-atlantique, les Etats-Unis qui peut nous permettre de comprendre notre propre expérience. André Kaspi, dans « Les Etats-Unis d’aujourd’hui », soulignait le fait que les immigrants avaient tendance à s’intégrer mais que leurs enfants avaient tendance à revenir vers une culture paternelle idéalisée et à rejeter l’assimilation tandis qu’à la troisième et à la quatrième génération, cette dernière se réalisait [iv] .

Nous sommes peut-être en train d’assister au même phénomène à la différence que les jeunes maghrébins, totalement acculturés, trouvent leur « salut identitaire » dans une religiosité excessive.

Alors existe-t-il un problème d’intégration en France ? Je serais tenté de répondre de façon nuancée. Culturellement, on peut dire que les maghrébins ont été acculturés pour la majorité d’entre eux. C’est idéologiquement qu’une question nouvelle se pose. Beaucoup de maghrébins, comme l’a montré une enquête récente de la Brookings Institution se sentent français et ont confiance dans le système républicain et démocratique français. Par contre, d’autres rejettent notre démocratie et l’identité française, leur préférant une « identité musulmane » totalement abstraite.

Dans ce cas, il s’agit d’un problème idéologique et identitaire que ne peuvent résoudre les offres d’emplois publics, les allocations ou autres cadeaux mirifiques mais bien au contraire, une réponse adaptée, idéologique et constitutionnelle mais également en rendant à la Nation française, sa gloire qu’ont trop occultée les différentes « repentances ».

Entendons-nous bien : on n’intègre personne au néant. Si les Français dits « de souche » ne sont pas fiers de leur pays, personne ne peut l’être à leur place. Parfois même, ce sont les « immigrés » qui se sentent plus français que les français ethniques !

Bien sûr, on ne demande pas à la France de faire un négationnisme d’état, mais on lui demande de comprendre que ce n’est pas en restant dans le passé, qu’on construit l’avenir. Tant que les Français n’auront pas compris cela, la « question musulmane » restera toujours une grande inconnue dans notre politique nationale.

Koenigstiger


 


[i] Jonathan Laurence and Justin Vaisse, Integrating Islam (Washington: Brookings Institution Press, 2006). Présentation en ligne.

[ii] Céline Lesnes, « Les musulmans français sont plus tolérants que leurs voisins européens », Le Monde (Paris), 29 août 2006, 11. Lisible en ligne.

[iii] INSEE, Les immigrés en France, Édition 2005 (Paris : INSEE, 2005). Référence en ligne.

[iv] André Kaspi, « Une Nation d’immigrants » dans André Kaspi, Les États-Unis d’aujourd’hui. Mal connus, mal aimés, mal compris ( Paris : Éditions Plon, 2004), 50. Notice sur amazon.fr.

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Reader Comments (1)

Pas trop la force d'écrire un long post et de lire plus à fond ton article.

Les maghrebins que je connais ne se revendiquent pas tellement de l'Islam. Il se revendiquent de leur pays d'origine.

Faut dire que ceux que je connais sont venus non pas pour devenir"de bons français" mais pour gagner des sous et parfois et même souvent profiter d'un système avantageux. Donc c'est normal qu'ils ne se sentent pas français.

Je suis devenue belge après mon mariage mais je ne me sens pas belge du tout;...
décembre 24, 2006 | Unregistered CommenterMarie

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