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Caricatures de Mahomet: réponse aux partisans de l'autocensure

Posted on jeudi, septembre 21, 2006 at 11:19PM by Registered CommenterLéviathan in , , | CommentsPost a Comment

Ce texte fut rédigé en plein dans la période de la polémique au sujet des caricatures de Mahomet publiée par le magazine danois Jyllands-Posten. Les partisans de la liberté d’expression s’affrontaient alors à ceux qui mettaient en avant l’éthique de responsabilité. À cause de ma prise de position en faveur du droit à la caricature, je fus traité d’extrémiste de la liberté et de manichéen (c’est une mode qui finira bien par passer). Ce texte est donc une réponse à cette accusation et j’ai, en outre, pris le soin de le revoir et de l’améliorer sans pour autant le changer de fond en comble.

 

 

Très bien, je vais essayer de vous expliquer du mieux que je peux ma vision « extrémiste » des choses. Pour commencer, j’ai plutôt tendance à voir le monde en paliers de gris mais dans certains cas, je crois qu’il faut défendre nos droits sans faire de concessions. En revanche, je suis loin d’être aussi serein que vous quand à la pérennité de nos libertés ni très rassuré face à des personnes qui veulent tout simplement restaurer une censure qui ressemble à s’y méprendre à la criminalisation du blasphème, en certains temps pas si lointains, en fait du Moyen-Âge dans les moments les plus sanglants et les plus sombres (suivez mon regard…).


Le sujet est sensible parce qu’il ne s’agit pas uniquement de condamner des caricatures, il s’agit d’interdire, désormais, de toucher à la religion musulmane d’une manière qui choque les croyants. Ça veut dire que notre liberté d’expression en ce domaine sera à l’avenir fonction de la susceptibilité des masses musulmanes elles mêmes manipulées par les « docteurs de la foi » (i.e. les religieux et autres intellectuels de la cause islamiste, modérée ou non).Car c’est déjà le cas dans tous les pays islamiques où, d’ailleurs, la situation est pire car c’est généralement le musulman qui impose aux autres ses principes. Je m’explique : par exemple, certains musulmans estiment que vous les insulteriez si vous buviez une bière devant eux. Pourtant c’est eux qui ont choisi de pratiquer l’islam sans alcool, pas vous! Dès lors, de quel droit imposent-ils aux autres une contrainte qui découle de leur choix personnel?

 

Imaginez que vous êtes accompagnés d’un musulman pratiquant et conservateur pendant 24h : vous savez bien que la plupart du temps nous ne nous sentons pas libres de dire et faire de ce qu’on veut face à ces personnes. Ils vous imposent, au nom du respect de leur foi, une certaine retenue c’est à dire de réfréner votre spontanéité. Chassez le naturel pour ne pas froisser les susceptibilités. Maintenant imaginez que le monde vive en permanence comme vous face à un musulman particulièrement sourcilleux et qu’il soit amené, petit à petit, à supporter cette contrainte en permanence? Et qu’à chaque débordement, à chaque « manque de respect » les mollahs et les muftis excitent les foules et contraignent les gouvernements pour faire pression sur quiconque leur aura déplu au seul prétexte que ça cause du tort à la fierté islamique!


C’est que ces personnes là se mobilisent sous prétexte que les règles élémentaires du respect ont été bafouées. Dans leur mobilisation, ces musulmans n’ont en rien respecté la dignité humaine de leurs adversaires : ils les ont souvent été traités de démons ou de « malades mentaux » jusque dans les mosquées françaises! Certains fanatiques les ont menacés de mort et qui, parmi la masse des non musulmans non violents, a protesté ? Qui a lancé un appel pour dire que ce n’était pas la l’intention des musulmans et inviter les « modérés » redoubler d’ardeur pour manifester contre les fossoyeurs de l’islam « d’amour, de paix et de tolérance »? Quel responsable musulman de la mobilisation actuelle a cherché à se faire entendre suffisamment fort pour prévenir d’éventuels assassinats? Ils prétendent défendre l’image de l’islam mais ils n’essaient jamais d’empêcher ceux qui parmi les musulmans lui nuisent!

Cette réalité à un nom, c’est de la lâcheté ou la peur, la torpeur dans laquelle vivent de nombreux musulmans, apeurés face au radicalisme de coreligionnaires fanatiques qu’ils n’osent pas désavouer… et parfois même, ils ne les désavouent pas car, en dépit de leur fanatisme, ils restent des frères. Or, depuis le 11-9, on sait pertinemment que de nombreux musulmans, dans certaines parties du monde, sont favorables à Ben Laden. Est-ce que ceux qui font et disent la position de l’islam ont jamais lancé un appel en direction de ces peuples pour leur apporter un peu d’espoir, de courage et pour leur dire qu’il n’est pas bon pour un musulman de sympathiser avec la cause d’Al Qaïda?

Ce que je constate, c’est que les religieux musulmans qui comptent et qui ont de l’influence comme Yusuf Al Qaradhawi passent tout leur temps, eux aussi, à s’en prendre à l’Occident, aux Américains et aux Juifs! Les plus éminents religieux, dans les plus populaires des chaînes de TV et les plus populaires des journaux, ne prêchent rien de spirituel : ils font de la politique et en l’occurrence, elle est belliqueuse. En réalité, ils tiennent un discours qui dénonce les causes au nom desquels les terroristes agissent. Certes, ils condamnent verbalement Al Qaïda mais ils refusent de condamner les autres (Hamas, Djihad Islamique, Ansar al Islam, Hezbollah, etc.)! Ils ne condamnent pas les moyens employés par les terroristes, non plus. Le kamikaze qui ne vise que des civils est considéré martyr, l’homme de la rue qui éduque ses enfants à la haine d’Israël et des Juifs est cité en exemple d’éducation citoyenne (dixit les chaînes de TV Ikraa et Al Manar), l’iconologie islamique actuelle exhibe, fait le commerce de la mort et du sang des musulmans morts au front pour entretenir la haine, pour la faire monter, pour que l’oubli et le pardon ne prennent pas leur place. Or, c’est cela qui distingue un terroriste islamiste d’un résistant, le premier n’envisage la lutte que jusqu’à l’extinction de l’autre, et le second envisage déjà l’après guerre et la coexistence pacifique en fonction d’une redistribution plus favorable des cartes.


Alors qu’est-ce que ça veut dire cette notion de respect de la religion qui devrait nous inciter à nous censurer? Je vais vous le dire : ce genre de respect signifie soumission. Vous n’avez peut-être pas encore compris que cette chose qu’ils appellent opportunément respect trompe les croyants et les peuples car elle se fait sur la base d’une supériorité de la religion islamique sur toutes les autres formes de croyance et de pratiques. Ce faux respect est offensif et il s’appuie sur un cheval de Troie qui s’appelle le politiquement correct, et je pense que vous en connaissez tous les dangers pour la liberté et la démocratie, ceux du politiquement correct qui refuse la critique au motif qu’elle choque. Le politiquement correct a été suffisamment débattu pour nous mettre en garde des entraves qu’il recèle à l’encontre de nos libertés individuelles. Car, sous prétexte de respect, il s’agit de faire passer l’idée que toute forme de critique envers l’islam est un blasphème (ou de l’islamophobie) et que le blasphème est un crime.


L’islamophobie est un terme qui dénonce tout comportement critique envers l’islam et l’amalgame à du racisme. De sorte qu’on ne sache plus si on condamne un vrai raciste qui hait les musulmans dans leur ensemble ou une personne qui est sceptique à l’encontre du Coran, un livre qui s’adresse pourtant à l’ensemble de l’humanité et qui donc nous concerne tous, musulmans ou non. Donc, le fait de confondre croyants et religion permet de qualifier de raciste, de xénophobe ou d’agent propagateur de la haine quiconque parle de la religion islamique d’une manière qui déplait aux docteurs de la foi!


Ce « respect » amène d’une manière qui ne dit pas son nom, et qui se sert des valeurs que nous chérissons comme la tolérance et le respect, de notre volonté de ne pas brimer autrui, de la culpabilité ressentie à l’égard de ceux qui subissent des injustices, de notre compassion humaniste, à jeter le discrédit sur ceux qui critiquent l’interprétation officielle, celle que font les Ulémas, Mollahs et autres imams!


Savez-vous quel est le terme approprié pour qualifier ce que je viens de décrire? En avez-vous la moindre idée? Avez-vous oublié comment ils frappèrent l’Algérie et l’Afghanistan dans les années 1990? Comment dix ans plus tôt ils ont procédé en Iran? Ça s’appelle l’inquisition! De l’usage systématique du langage de la violence et de la menace contre ceux qui ont l’heur de déplaire à ceux qui disent ce qu’est le bien et le mal : pourquoi notre musulman inquisiteur devant qui on ne peut pas boire une bière nous parle de respect? C’est ce même « respect » qui a permis de voiler de nombreuses filles dans les banlieues européennes! C’est ce respect qui s’est toujours imposé dans n’importe quel pays en proie aux intégristes, par la force et les démonstrations de force, par l’expression d’une susceptibilité exacerbée quant aux questions de religion! Ajoutons également qu’il existe un courant anti-orientalistes qui voudrait que seuls les musulmans soient réellement qualifiés pour parler d’islam. C’est à dire que les convaincus seuls auraient le droit de parler de l’islam. Dans ces circonstances ne devrait-on pas parler de prêche voire de prosélytisme?…Une autre comparaison me semble tout à fait à propos également, peut-on être juge et partie, peut-on en toute confiance laisser aux seuls militants le droit d’évoquer leur cause et d’interdire aux médias et citoyens indépendants l’élémentaire devoir de s’informer, de questionner et de critiquer?

En fait, nous sommes confrontés à la logique du respect ou la taloche. Face au musulman qui nous refuse le droit de boire un verre, nous nous disons que ce n’est pas si grave et qu’après tout on peut attendre une autre circonstance plus favorable. Pourtant c’est facile de deviner ce que ce « respect » veut exactement dire : imaginez ce que serait notre vie si ce genre de croyant finissait par imposer ses vues à l’État et au législateur. Dans un État islamique, où tout le monde est supposé être musulman, où la rue, la terre et les arbres sont aussi islamiques que l’État et ses ministres, il serait parfaitement fondé à interdire l’alcool, puis le porc, puis tout ce qui est contraire à la charia : certains journaux, de nombreux films, les tenues vestimentaires trop « légères » comme de l’instauration de la censure à la TV, la révision des dispositions constitutionnelles et légales qui ne sont pas conformes avec le message de l’islam, bref, la théocratie!


Et que veut dire la défense de l’image de l’islam? Hier, sur France 2 (JT de 20h du vendredi 3 février 2006), un musulman disait au sortir de la mosquée qu’il préfèrerait qu’on lui tue son père plutôt que de laisser insulter son prophète. Imaginez-vous la force de ses propos? Est-ce qu’ils ne vous rappellent rien? Qui est prêt à sacrifier ce qu’il a de plus cher et peut-être même sa propre vie pour préserver la sainte réputation de son maître? Combien de musulmans, ici et surtout au Moyen-Orient, se sont déclarés prêts à mourir pour l’islam? Que font les fous de Dieu? Que font les talibans, les wahhabites … et les terroristes? Précisément la même chose!


Ils appellent ça le martyr. Est martyr quiconque meurt ou subit l’oppression en témoignant de sa foi, nous dit le Petit Larousse. Oui, mais est-ce au point de mettre volontairement sa vie en danger? Le martyr peut-il chercher l’affrontement et la mort et être encore qualifié de martyr? Le martyr ne devrait-il pas être tué injustement? Et si donc il veut se battre et menace la vie d’autrui, il ne peut plus être appelé un martyr car en attaquant il donne le droit à son adversaire de se défendre et de le tuer. Un martyr tombe parce qu’il a été tué déloyalement, parce que ceux qui l’ont tué avaient le choix de ne pas le faire et surtout parce qu’ils le faisaient en raison de sa sainteté avérée ou de son combat contre une injustice. Un martyr ne s’improvise pas, il est forcément surpris ou contraint à mourir pour être tué de manière injuste. Or, on ne peut nier à quiconque le droit de légitime défense lorsqu’il est attaqué, et l’attaquant ne peut donc plus être appelé un martyr : c’est un agresseur – justifiable ou non – quelle que soit sa cause!


Défendre l’image de l’islam, c’est donc devenu une affaire de marketing. Chaque musulman aurait le devoir de défendre l’islam, parfois par tous les moyens (les plus pieux sont censés aller jusqu’à sacrifier leur vie et devenir martyrs). Il s’agit surtout de refuser qu’on puisse dire du mal du produit qu’on veut vendre et donc d’interdire les enquêtes des milieux de la défense du consommateur et même de changer la réglementation pour la mettre en conformité avec ledit produit. C’est une aberration mais hélas beaucoup estiment que c’est naturel! Quelle est la prochaine étape? Que tout le monde achète le produit, puisqu’il est si utile, si nécessaire, si esthétique, quel être censé ne l’achètera pas? Celui qui ose le critiquer passe d’abord pour un malade mental et, à la fin, ceux qui ne se seront pas encore rendus à l’évidence seront forcément de mauvaise foi, gagnés par Satan et les ennemis du produit. Les derniers récalcitrants seront exécutés.


Maintenant, vous pouvez estimer qu’il faut s’allier à ceux qui défendent l’image de l’islam et à travers lui Mahomet et le respect du à chaque croyant. Vous êtes responsables de vos actes et prises de position et ce n’est pas moi qui défends la liberté d’expression qui vais vous en tenir rigueur. En défendant la foi du croyant vous faites plus que défendre l’humain, vous défendez une particularité qui va au-delà tout en en niant le caractère sacré car d’autres partagent votre humanité sans avoir forcément la même religion. En défendant la foi choisie par certains hommes comme on défend une idéologie, vous dérogez au règles d’une certaine déontologie du défenseur des droits de l’Homme : vous êtes partisans, d’une manière qui condamne autrui pour ses convictions! En défendant l’islam de cette manière, en confondant la foi avec la dignité avant tout humaine des croyants, vous réclamez l’application de règles spéciales pour cette religion, un traitement de faveur, la primauté de cette religion sur les autres et les philosophies athées.


Vous aurez beau dire que vous voulez que cette forme de respect que vous prônez soit étendue aux autres monothéismes, nul ne vous croira car vous faites preuve d’hypocrisie, ou pire peut-être, d’opportunisme car, d’abord, pourquoi ne pensez-vous qu’aux monothéismes reconnus par l’islam — Quid des bahaïs et des zoroastriens, des bouddhistes et des shintoïstes, etc. ? Ensuite, nous avons tous entendu le sempiternel discours de la tolérance de l’islam qui est la seule religion à reconnaître les deux autres monothéismes – mais toujours aucun polythéisme ne bénéficie du droit à la vie. Mais justement : tous les prophètes du Coran et de la Bible sont musulmans pour l’islam et pourtant nul n’a jamais entendu les musulmans s’indigner et exprimer leur colère et leurs menaces quand Jésus et les autres prophètes juifs se sont fait caricaturer, remettre en cause, critiquer, parfois traîner dans la boue, régulièrement, plusieurs fois par an, depuis des décennies, et un peu partout dans les pays libres et sans aucune censure, même en terre d’islam!

Vous êtes tous prêts à rire lorsque les inconnus nous mettent en scène Sylvester Stallone dans « Jésus 2000 : le retour » car là tout le monde comprend que ce n’est que pour rire et que chacun y retrouvera les siens, mais si c’était Mahomet, vous seriez verts de rage!


Voila ce que j’ai à dire pour expliquer ma position, puisqu’on me l’a gentiment demandé en me qualifiant d’« extrémiste » et d’autres qualificatifs imprononçables. Et pour finir, vous n’oublierez pas que ce ne sont pas les gens comme moi, tout extrémiste que vous me trouvez, qui risquent de nuire à vos droits ni d’ailleurs en quoique ce soit d’autre mais bien ceux dont je dénonce les méthodes. L’histoire nous enseigne que la modération et la politique de l’apaisement face à ceux qui vocifèrent et profèrent mille menaces n’ont produit qu’un seul résultat : le choix entre l’asservissement ou la guerre. Au contraire, la politique de « la compréhension complice », celle du béni oui oui n’ont par contre jamais produit qu’un seul résultat, même pas un choix : la soumission. J’aimerais autant que possible éviter de nous précipiter dans l’une ou l’autre de ces deux situations en faisant d’entrée de jeu, la preuve de la fermeté de mes convictions libérales.

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