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La Turquie et nous

Posted on dimanche, septembre 24, 2006 at 05:32PM by Registered CommenterLéviathan in , , , | Comments4 Comments

Rédigé par Koenigstiger

En cette période où le « choc des civilisations » dans sa version « comptoir » fait la une des gazettes diverses et variées, on se pose la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE.

Un des problèmes soulevés est l’Islamisme de l’AKP qui en effet, ne cache pas ( ou alors très mal ) l’esprit confessionel de son parti ( le fameux « islamo-conservatisme » ). L’autre problème est celui du génocide arménien qui n’a toujours pas été reconnu par Ankara. On pourra ajouter que les droits des minorités tant religieuses que ethniques sont brimés. Avec bien sûr en « fil rouge » : la non-reconnaissance de Chypre par la Turquie.

Pourtant, je vois dans cette question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, une chance.

Un des gros problèmes de l’UE, c’est que lors de sa période « politique » c’est-à-dire, depuis environ Maastricht en 1992, elle s’est définie simplement comme une construction de démocraties et de pays ayant adopté l’économie de marché. C’était Josep Borell ( PSOE ), ancien président du parlement européen ( PSE ) qui déclarait : « Ce qui fait l’Europe, c’est la Démocratie, les Droits de l’Homme et l’économie de marché ». Ce qui signifie dans l’absolu, que le Japon ou l’Afrique du Sud sont européens…

Même problème avec la fameuse référence à l’héritage judéo-chrétien où nous avons vu notre Président, Jacques Chirac affirmer toute honte bue que « l’héritage de l’Europe était tout autant musulman que chrétien ».

La Turquie pose problème parce qu’elle est musulmane, mais au lieu de refuser la Turquie au nom de notre identité judéo-chrétienne, nous préférons user d’autres artifices qui de toute façon, ne serviront à rien puisque les obstacles se dissloqueront avec le temps : le problème de Chypre sera sans doute réglé dans les 10 ans à venir, il existe en ce moment, une telle pression démographique ( les minorités notamment les Kurdes qui sont actuellement plus de 20% de la population, font 2 fois plus d’enfants en moyenne que les Turcs ethniques ) qui fera que la question des minorités ne pourra plus être ignorée comme elle l’a été depuis près de 80 ans.

La seule branche à laquelle les européens pourraient en effet, se raccrocher, est le génocide arménien mais reste que la pression exercée par de nombreux intellectuels turcs libéraux en faveur de sa reconnaissance fait que cela est aléatoire.

Ainsi quelle solution ? Affirmer notre identité est celle-ci. En fait, la question que soulève la Turquie est une question qui nous est posée à nous, européens, une des questions les plus fondamentales, les plus cruciales et pourtant, une des plus ignorées : qui sommes-nous ?

Sommes-nous une civilisation dont les fondements sont uniquement la Démocratie, les Droits de l’Homme et l’Economie de Marché ou autre chose de plus profond ?

C’est parce que la possibilité d’une Turquie dans l’UE pose indirectement cette question, que cette demande d’adhésion est une chance.

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Reader Comments (4)

Moi j'aurais bien aimé une référence à notre héritage judéo-chrétien (et nos origines aussi). Parce que j'aime l'histoire et parce que je suis catho (une cata aussi).

La Turquie n'est pas en Europe. C'est un beau pays, tout chargé d'histoire lui aussi. J'aime le peuple turc. Je ne leur veux aucun mal. Mais la Turquie n'est pas en Europe.

De toute manière je suis une eurosceptique. Je ne vois pas ce que l'UE nous apporte de positif (le négatif, oui je le constate!). Nous empêcher de nous taper dessus? Vous me direz, c'est déjà quelque chose ! Lutter contre les US? Moi j'aime les US et j'aime mieux être amie avec eux qu'avec certains dictateurs arabes. Est-ce que ce sont les US qui menacent encore notre économie ?

J'aime bien le logo pour le Darfour. J'aimerais bien le mettre sur mon blog aussi. C'est pas grand chose mais au moins ça montre que nous, nous ne sommes pas complètement indifférents.

A ce propos, vous devriez aller faire un tour sur le blog help turkmenistan.

octobre 4, 2006 | Unregistered CommenterMarie
Globalement, je suis d'accord avec vous mais on va dire que je dissocie deux projets européens :

_ l'Europe économique qui est un succès car elle a assuré la prospérité grâce au libre-échange et à la libre-concurrence mais aussi en menant une politique de développement ( à ce titre, l'exemple de l'Irlande est éloquent ). Un des gros problèmes de notre temps est qu'on attribue chomage et croissance faible à l'UE ou à l'Euro, mais reste qu'il existe bel et bien un problème interne et que cela, seuls les électeurs allemands ( quoique pour eux, le problème est un peu différent ), français ou italiens peuvent le décider.

_ l'Europe politique qui n'est pas réalisable et à propos de laquelle je suis assez sceptique.

L'Europe est sans conteste d'un point de vue économique, une des plus belles réussites de ce XXème siècle, on peut certes se gausser que ce soit chez certains britanniques, américains et même français, mais reste que le développement phénoménale que connaît un pays comme l'Irlande ou que commencent à connaître les Pays Baltes ( près de 10% de croissance annuelle et un système fiscal très avantageux, la flat tax ) auraient été impensables il y a peut-être 30 ans !

Bref, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain !


A propos de la Turquie : je crois que le problème de la Turquie est qu'on ne sait pas trop comment faire.
Depuis 50 ans, on les a considérés comme européens ( la Turquie est membre du Conseil de l'Europe et ses équipes sportives sont membres des fédérations européennes telles que l'UEFA par ex. ).

Je faisais une fois un commentaire de la candidature turque en disant que politiquement et économiquement, les Turcs sont plus proches de nous que les Russes, mais que culturellement, les Russes étaient les moins éloignés. Je crois que l'UE doit résoudre ce problème : est-ce le système politico-économique qui fonde l'Europe ou la Culture ?
Une fois cela réglé, on pourra parler plus sereinement de la Turquie et du Caucase ( car derrière la Turquie, il y aura vraissemblablement le Caucase qui nous attend ).
octobre 6, 2006 | Unregistered CommenterKoenigstiger
Le problème turque d'aujourd'hui n'est rien de ce qu'il pourrait être demain si on refuse l'entrée de ce pays dans l'UE.
Ce qui encourage ce pays à développer sa démocratie se niche précisément dans ce rêve d'Europe, d'Occident, de sécularisation, de progrès que les réformistes turques depuis près de 2 siècles poursuivent inlassablement.

Rejeter la Turquie serait donner raison à Enver Pacha et aux religieux obscurantistes contre Mustapha Kemal et Sélim III.
L'Europe devrait bien y réfléchir avant de rejeter la candidature de la Turquie sur la base d'une différence religieuse ou culturelle.

Ceci étant dit, certaines conditions sont incontournables : consolidation des institutions démocratiques à travers l'incorporation de toutes les normes juridiques européennes, irréversibilité du tournant laïque opéré par la Turquie sous Ataturk, reconnaissance du génocide arménien et de Chypre.

Si nous ne voulons pas faire connaître à la démocratie turque le sort de la république de Weimar, il faudra accepter la Turquie car hors d'Europe ce pays serait bien désoeuvré et incapable de renouer avec un quelconque projet constructif.
Les Turques sont peut-être majoritairement musulmans mais ils ne sont ni arabes ni perses... les percevoir comme ces peuples serait aussi une erreur: une part importante de ces musulmans turques est très sécularisée, des minorités très importantes comme celle des alévis sont loin d'être orthodoxes et pour ains dire, très libérales par tradition.

Repousser ces dizaines de millions de turcs sous prétexte qu'ils sont trop nombreux est un mauvais prétexte et, de toute façon, leur démographie ne va pas tarder à stagner!
Privée d'Europe, la Turquie perdra tout à coup espoir dans un immense effort qu'elle a réalisé sur elle-même et ses attaches médiévales, né des ouvertures de Sélim III vers l'Europe et le rejet des courants réformistes au pouvoir de la tentation obscurantiste des religieux ignorants. La Turquie c'est aussi les Tanzimat des années 1850 qui accordèrent à tous les sujets du Sultan, sans distinction de religion, l'égalité en droit!

Deux siècles d'efforts ne peuvent pas être récompensés par un non... leur couronnement et leur irréversibilité ne tiennent qu'à une chose : l'intégration pleine et entière de la Turquie en Occident.
octobre 7, 2006 | Registered CommenterLéviathan
A propos de la démographie, la Turquie est à 2,4 enfants/femme seulement parce que les Kurdes et les Turcs d'Anatolie orientale font des gamins.

En 1998, la TFR des turcs ethnique était de 2,29 ( celle des Turcs de l'Est était de 2,97 ) et celle des Kurdes, de 4,27 ( Kurdes de l'Est : 4,84 ).

Le véritable problème est que les populations turcophones d'Asie centrale ( Kazakhs, Azeris, Ouzbeks, etc ) bénéficient du passeport turc ( c'est pourquoi, vous avez de nombreux Kazakhs ou Azeris dans les cités en plein boom éco comme Istanbul ou Ankara ! C'est donc cela la véritable question.

Toutefois, même si je suis opposé à l'entrée de la Turquie dans l'UE, je pense que ce ne serait pas la catastrophe que beaucoup nous décrivent.
octobre 8, 2006 | Unregistered CommenterKoenigstiger

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