Benoît XVI, la violence et l'islam: pourquoi le Pape s'est fait des ennemis
L’affaire des caricatures de Mahomet à fait naître deux camps qui, au nom de la liberté d’expression ou de l’éthique de responsabilité défendaient soit le droit à la caricature et à la libre pensée soit le respect du à la sensibilité des croyants. Le discours de Ratisbonne, quant à lui, nous a rappelé que rien n’était terminé tant a redoublé d’intensité le conflit entre ces deux camps. C’est-à-dire entre ceux pour qui le politiquement correct est une menace pour la liberté et ceux qui considèrent qu’il existe quelque chose de plus important encore que cette dernière et qui consiste à ménager les susceptibilités … ou plutôt soustraire l’islam et le Coran à la critiquei.
Cette attitude qui estime que certaines choses ne peuvent-être dites et que les religions (mais surtout l’islam) doivent être respectées (c’est à dire leur redonner l’impunité jadis perdue avec l’abolition du délit de blasphèmne) entend soumettre l’Occident au traitement infligé aux ouailles musulmanes en terre d’Islam : la loi du silence sur un éventail de sujets tabous aussi impressionnant que l’agenda d’un président de la république.
Mais avant tout je voudrais temporairement passer outre l’essence fondamentalement anti-démocratique de ce cheval de Troie de l’islamisation de l’espace public dans le monde libre. Ce qui me tient à coeur c’est que si je réfute le terme même d’islamophobie, je n’en condamne pas moins le racisme anti-musulmans et voilà une occasion de préciser ma pensée. Cette opportunité m’est donnée par le penseur d’origine tunisienne Abdelwahab Meddebii dont l’intervention à l’émission Controverse du 24 Septembre 2006 -sur RTL Tviiii est brillantissime.
Meddeb nous explique que les germes de l’islamisme sont dans le Coran et que la véritable question, somme toute, est celle de l’interprétation. Comment un verset, le 9/29, le verset de l’épée, peut en abroger plus de cent autres qui prônent une attitude de conciliation avec les autres monothéismes?
La rage de l’Islam - au sens géopolitique du terme, la majuscule l’atteste - est faite d’une lecture hémiplégique du Coran, d’une sélection des versets guerriers au détriment de ceux qui pourtant les relativisent et inciteraient plutôt à les remettre dans leur contexte. De par ma lecture du Coran, j’y ai trouvé des choses contradictoires, comme un verset affirmant que les pieux parmi les juifs et les chrétiens iraient au paradis tandis qu’un autre verset excluait totalement cette éventualité. Mais là où Meddeb innove, c’est qu’il nous fait comprendre que la chape de plomb islamiste pèse également sur le Coran en en interdisant les axes de lecture concurrents.
Dans ma vie, j’ai connu beaucoup de musulmans et la plupart m’ont laissé indifférent de leur foi quand certains ne me poussaient pas à rejeter avec véhémence le message coranique mais je ne manque jamais de me souvenir de ces musulmans éclairés qui m’ont presque fait aimer Allah et le Coran tellement leur dévotion envers l’Éternel en faisaient les amis de l’humanité. Ces personnes constituent, comme c’est souvent le cas ailleurs aussi, une minorité et mes remarques sur les musulmans valent pour les autres croyants et athées mais, les amis de la nature humaine inspirent toujours l’admiration.
C’est donc par loyauté envers ces âmes sincères que je me suis interdit de condamner l’islam en tant que religion, sachant pertinemment qu’on peut être musulman et dépourvu de toute velléité tyrannique envers son prochain. Or, c’est aussi en pensant à ces personnes que je serre d’autant plus les poings face aux islamistes et aux sophistes qui, au nom de la fraternité islamique (i.e. « identité musulmane »), taisent l’essentiel (et empêchent de désigner avec précision l’ennemi), masquent le conflit (ça s’appelle l’apaisement), occultent la maladie (font passer l’inacceptable pour synonyme de différence légitime) et se contentent de chanter l’islam, religion d’amour, de paix, et de tolérance.
La méthode Coué serait alors censée se joindre au syndrome de Stockholm pour nous contraindre à la reddition par une douce intimidation. Les islamistes et leurs alliés, permanents ou de circonstance, alliés que je vais désigner ici par les vocables de gauche anti-impérialiste et anti-libérale (ce qui constitue une trahison historique des idéaux de gauche, soit dit en passant) ou encore par les vocables d’ardents défenseurs du relativisme philosophique (dans le sens de défense « absolutiste » du relativisme) ou d’avocats qui plaident pour que la différence pose une limite à l’application des droits universels de l’humain (la fumeuse thèse de l’excès de liberté est une tyrannie ou qu’il existerait un extrémisme libéral) s’appuient sur de trop nombreux raccourcis et amalgames pour continuer de passer inaperçu.
Mon premier est donc un sophisme qui amalgame l’islam, une religion, une idée qui se discute, et musulmans, des êtres humains qui ont fait le choix de l’islam - à moins que par un accident de naissance, comme c’est généralement le cas, il se soient retrouvés musulmans et n’aient jamais discuté cette foi héritée - afin de condamner au nom de la lutte anti-raciste les critiques qui ne lénifient pas l’islam. Ces fervents défenseurs de l’islam, religion des intouchables - dans les deux sens du terme - car ils se complaisent dans un misérabilisme factice, mendient pitié et humanisme au profit d’un seul objectif: l’expansion de l’islam, leur version de l’islam, par tous les moyens envisageables.
Ce faisant ils s’échinent à empêcher le monde libre de penser son ennemi et de distinguer parmi la foule des musulmans pacifiques ceux qui portent la cagoule. L’éthique de responsabilité sert à ça en ce sens qu’il est attendu qu’elle interdise le débat et la confrontation des idées qui permettrait pourtant à chacun d’apprécier plus finement la situation. Cette interdiction est censée amener exactement l’inverse de ce que ses thuriféraires prétendent éviter par le tabou: amener des occidentaux, las du harcèlement terroriste intellectuel comme militant, à perdre leur humanité et à s’en prendre aux musulmans sans discriminer entre les authentiques criminels et les paisibles passants. Cet état de fait entraînera automatiquement un resserrement des liens entre musulmans traditionalistes, peu pratiquants voire non pratiquants avec les intégristes dans un réflexe d’autodéfense.
Prétendre combattre le racisme par l’invocation du tabou est une première, surtout lorsque ce modèle de lutte pour la tolérance et l’acceptation d’autrui est sans précédent dans l’histoire. En réalité, rien ne garanti sa réussite et tout présage des jours sombres du retour au fascisme. Mais justement, si ce modèle là a été choisi c’est bien parce que ses panégyristes ne croient pas que de la confrontation des idées naissent les jugements nuancés, les politiques modérées, la fermeté qui sait dire non à l’intolérable. L’éthique de responsabilité ou le terme d’islamophobie sont donc par essence profondément anti-humanistes (d’ailleurs, certains ne s’en cachent pas, j’y reviendrai plus tard). C’est la méfiance de l’homme libre qui s’exprime (car il pourrait rejeter le Coran et le pouvoir temporel qui échoit aux intégristes), la méfiance d’un homme qui, rendu à lui-même, se transformerait en un être bestial (l’accusation revient souvent sur les lèvres des islamistes notoires que, sans religion, l’humain ne vaut guère mieux qu’un animal), une méfiance qui n’est, par contre, pas sans précédents historiques si l’on pense aux discours de Bossuet ou encore de celui des maîtres inquisiteurs.
Et ils décrètent à mots voilés, nos sophistes modernes, tels Sartre hier défendant le communisme stalinien, que « l’islamophobe » est un chien. Qu’il faut se salir les mains en Palestine ou en Iraq comme au Liban et, certains osent déjà le dire, que tuer un « croisé » c’est faire d’une pierre deux coups, éliminer un kafir (mécréant) et affranchir un musulman.
Apposer sur certaines paroles le sceau du tabou tout en réclamant, à cor et à cri, le dialogue des civilisations ne manque pas de faire sourire quand on y repense. En revanche, l’attitude de celui a fait sienne cette citation apocryphe attribuée à Voltaire et qui dit, en substance, « je hais ce que vous dites mais je suis prêt à donner ma vie pour que vous ayez le droit de l’exprimer » est bien moins risible même si elle conduit à prendre la défense d’un Pape par ailleurs assez peu sympathique aux yeux des libres penseurs. Mais en réalité, c’est essentiellement qu’il ne suffit pas de se protéger - pour l’islamiste - contre une réaction chirurgicale qui saurait contourner le bouclier de la majorité passive ou pacifique ainsi kidnappée, il faut également enfermer chacun dans son camp afin que dans le culte de l’identité, nul mélange, nul échange autre que de platitudes et de marchandises, ne puisse rapprocher les individus. La promotion du communautarisme et l’érection des identités en autant d’obstacles interdit dès lors la construction d’une société dont la solidarité se fonde sur un contrat qui lie les individus entre eux. Un tel contrat est le danger suprême en ce que ses clauses sont évidentes pour les parties concernées et leur agrément nécessaire à son application pleine et entière. Surtout, le contrat social s’oppose à la société organique (l’âme, la personnalité de la nation, de la communauté considérée comme une par des liens mystiques et raciaux), à celle, justement, des sophistes modernes, des disciples d’Herder, des aficionados de la nation fondée sur le sang et la culture, les ancêtres ou, du moins, ceux qui cheminèrent vers l’émergence des fascismes et du nazisme.
Ces sophistes accusent les partisans des lumières de tous les maux, du colonialisme à la “domination” coupable de l’Occident sur un tiers-monde pillé de ses richesses. Selon eux, Jaurès a eu le tort d’être un partisan de la mission civilisatrice de la France (et c’est peut-être vrai encore que telles étaient réellement ses intentions) au prétexte que toutes les cultures se valent. Ce n’est, cependant, absolument pas mon propos que d’affirmer la supériorité d’une culture mais plutôt de distinguer ce qui fait la civilisation de ce qui fait la barbarie. La lutte contre l’uniformisation des cultures ne doit pas se tromper d’objectif et prétendre que cultures et valeurs ne se transfigurent pas au contact de l’autre. Il y a un échange permanent entre civilisations (Fernand Braudel) qui implique le partage et la diffusion des biens et des savoirs. Dans un monde où depuis 1500, selon Arnold Toynbee, les communications propagent l’innovation plus rapidement que le rythme propre qu’à chaque civilisation d’inventer, il ne faut pas s’étonner qu’un minimum d’uniformisation se produise. Cette homogénéité qui se crée, qui est fondamentale et qui n’a rien à voir avec les Mc Do et Coca-cola, ne doit pas être combattue avec eux.
C’est ici que nous rejoignons de nouveau la réflexion des islamistes qui perçoivent l’islam comme une identité menacée par un Occident plus créatif que jamais. Ils font leur jonction avec ces forces de la gauche anti-libérale pour s’accorder le répit nécessaire à l’éveil dans les consciences musulmanes d’un sens plus fort d’une identité islamique assiégée par l’ennemi infidèle.
Si les sociétés de liberté se laissent abattre par des tabous et des démonstration de haine telles que celles qui se sont produites suite aux affaires des caricatures et des propos de Benoît XVI, elles auront perdu l’occasion unique de couper l’herbe sous le pied aux fanatismes. En ce sens, la politique d’apaisement est d’une irresponsabilité effrayante et le drap du pacifisme naïf dont elle se farbe est une justification abjecte de la lâcheté comme de la reddition que l’on se prépare, par anticipation, à remettre à son adversaire.
i J’ai déjà écrit à ce sujet là sur le lien http://leviathan22.squarespace.com/journal/2006/9/21/caricatures-de-mahomet-rponse-aux-partisans-de-lautocensure.html ou plus bas sur « Caricatures de Mahomet: réponse aux partisans de l’autocensure ».
ii Pour une présentation concise de l’auteur de « La maladie de l’islam » voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abdelwahab_Meddeb
iii Pour voir l’émission, cliquez sur ce lien : http://www.dailymotion.com/video/xff89_controverse-24-septembre-2006-rtl-t




Reader Comments (7)
Hé bien je le trouve toujours aussi bien et je ne retire rien de ce que j'ai dit plus haut.
Tu peux me poser les questions que tu veux sur le texte que j'ai mis en ligne et si tu as peur qu'elles ne soient pas appropriées, tu me les poses sur mon contact privé. J'y répondrai avec franchise.
tu me fait pitié avec ton ignorance (tu me fais pas pitié mais tu me fait rire)
que dieu vous pardonne et allah suffi comme temoins