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Plaidoyer pour l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne

Posted on lundi, janvier 29, 2007 at 02:01PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , | Comments14 Comments | References1 Reference

Addendum du 19 février 2007 : 

«La Turquie n’est que la longue marche d’un peuple, de la lointaine Eurasie vers l’Occident.»
[ Alexandre Adler ] - Rendez-vous avec l’Islam

Source: evene.fr

 

La Turquie ne sera pas en Europe, c’est l’opinion publique qui l’a décidé ainsi. Nos amis les politiques ont pris le pouls du peuple et ils ont mesuré le risque électoral que leur ferait prendre toute posture favorable à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

Le front du refus est multiple… ou pluriel pour mieux dire; de cette pluralité dont on chante les louanges de nos jours et ce, imperceptiblement, au détriment de la diversité. En effet, peut-être que la différence principale entre pluralité et diversité se trouve dans leur ontologie: la pluralité, ce sont les tonalités et les couleurs des peuples d’ humanités fragmentées tandis que la diversité rappelle et promeut les différentes manifestations de la - l’unique - nature humaine. La pluralité consacre les contours anguleux et saillants, irréconciliables, des frontières spirituelles tracées par l’être qui est né quelque part, la diversité se manifeste dans la mosaïque où les figures aux contours irréguliers s’enchevêtrent les unes aux autres, condition sine qua non de la cohérence de l’ensemble.

Ce front des refus émane de ceux qui sont établis quelque part. Ne s’appuient-t-ils pas sur cette insurmontable différence culturelle entre telle Turquie islamique et telle Europe chrétienne? D’autres invoquent l’insurmontable obstacle linguistique entre la langue turque et les langues indo-européennes. Ignorant l’Histoire, ils participent volontiers à cette volonté toute « monothéiste » de rompre les amarres des hommes avec un passé préchrétien où on ne distinguait pas les Huns des autres, les Turcs des Magyars et les Scythes des Celtes. En effet, on peut se demander à juste titre ce qui rend la langue turque si différente des langues dites « indo-européennes » alors que la langue hongroise et la langue finnoise en sont aussi éloignées… ou plutôt aussi proches.

 

Un peu de mémoire

 

Relevons dans l’histoire de l’alphabet turque le renversement des années 1920 - à l’instigation de Kemal Atatürk - où l’alphabet latin fut substitué à l’alphabet arabe. Les raisons n’en sont pas seulement idéologiques mais également scientifiques: le turc n’est pas une langue aux intonations gutturales aussi l’alphabet arabe ne lui sied pas. Cette évolution consacre un état de fait et non pas un changement forcé.

La culture turque, par ailleurs, ne peut se réduire à l’islam. Et quel islam nous vendent donc les partisans du non? C’est l’image du « paysan anatolien », celui des crimes d’honneur et d’une pratique archaïque de la religion qui fait le pendant à celle, non moins xénophobe, du « plombier polonais » qui viendrait prendre les emplois des européens pour être payé bien moins cher. Il y a donc en Turquie une élite urbaine, occidentalisée, laïque et républicaine parfaitement compatible avec les idéaux européens, une élite qu’on accepterait volontiers dans l’Union si seulement il n’y avait pas cet épouvantail anatolien. L’argument est un peu court et par ailleurs parfaitement fallacieux. L’élite urbaine a cessé d’être une minorité depuis longtemps et le paysan anatolien ne correspond pas à l’image du paysan sunnite xénophobe et phallocrate. En effet, la population anatolienne est composée pour une bonne part d’Alévis, des chiites très tôt sécularisés, imperméables aux influences radicales de l’Islam mais dont la communauté de destin avec nous autres, européens du continent du même nom, s’affirme avec force en ce qu’ils partagèrent avec notre jeunesse la maladie du radicalisme très séculier de nombreux courants de gauche.

dolmabahcepalacejl8.jpgD’ailleurs, toute l’histoire moderne de l’Empire Ottoman à la Turquie Républicaine est une succession de réformes qui introduisirent au sein de la psyché collective les idées issues des Lumières. Les premières poussées réformistes sont engagées dès la fin XVIIe siècle où s’ouvre l’ère des Koprulu, ces validos turcs, ces conseillers du roi, du sultan, qui commenceront par réorganiser les académies militaires. Progressivement, ces réformes s’étendront à l’école, aux arts et à l’architecture, au droit, aux habitudes vestimentaires et alimentaires. L’introduction du café rencontra une farouche opposition des clercs lesquels devront progressivement céder du terrain. Les femmes se dévoileront progressivement et s’habilleront plus près du corps dans un processus entamé voici près de trois siècles [i] . L’art baroque fera son entrée dans des chefs d’oeuvre d’architecture religieuse (Mosquée Süleymaniye), monumentale (Palais Dolmabahçe) et civile (notamment la fontaine de l’Empereur Guillaume II) [ii] .

fontainewilhelmiiiv2.jpgCette poussée de l’Empire vers la modernité née en Europe rencontrera des résistances, en particulier au sein des milieux cléricaux et du corps des Janissaires. Ces derniers assassineront un sultan, Sélim III le 29 mai 1807, pour son audace réformatrice. C’est, en effet, l’époque où les conseillers militaires et techniques français et britanniques se bousculent à Istanbul. L’armée doit changer non seulement d’uniformes mais d’armes. Les Janissaires, héritiers d’une puissante tradition sont exclus de ces expérimentations inédites qui leur font perdre leur statut de corps d’élite au profit d’une armée régulière revigorée grâce aux arts militaires européens. In fine, ils échoueront dans leur tentative d’obstruction et seront dissous.

suleymaniyeinterieurmosaz1.jpgDes disciplines considérées comme blasphématoires par le clergé ou soustraites à ses prérogatives (telles que l’histoire, la géographie, la philosophie profane, le droit positif, etc.) sont introduites jusqu’à l’école qui échappera progressivement au contrôle de l’institution religieuse. Bien souvent, ces premières réformes demeureront inachevées mais elles laisseront au sein de la société ottomane une empreinte indélébile. En effet, en 1839, les élans réformistes refont surface de plus belle, c’est l’ère des Tanzimat et cette fois-ci les réformes briseront la colonne vertébrale du droit islamique. Les lois ségrégationnistes seront abolies et l’égalité de tous les sujets du Sultan, quelle que soit leur foi, sera proclamée:

Je fais la distinction entre mes sujets, les musulmans à la mosquée, les chrétiens à l’église et les juifs à la synagogue, mais il n’y a pas de différence entre eux dans quelque autre mesure. Mon affection et mon sens de la justice pour tous parmi eux est fort et ils sont en vérité tous mes enfants (Déclaration officielle du Sultan Mahmoud II en 1830) [iii]

En 1856, ces réformes civiques prennent l’accent d’une révolution dans les Hatt-ı Hümayun, un édit royal, la « mère de toutes les réformes ». Le nouveau droit ottoman s’inspirera du droit français, le code commercial moderne sera renforcé, l’armée et la fonction publique seront réorganisées et ouvertes aux non musulmans (vers la fin du XIXe siècle, la moitié des postes diplomatiques seront occupés par des sujets non musulmans - voilà qui a de quoi faire rêver alors que la diplomatie française est demeurée a peu de choses près la chasse gardée des catholiques), les tribunaux seront civils, un hymne national sera proclamé et une constitution et un parlement seront établis en 1876. Certes, le Parlement ottoman sera suspendu deux ans plus tard et le déclin de la Sublime porte se poursuivra inéluctablement mais l’opposition à la modernisation ne viendra plus du clergé, des ordres consacrés ou de l’inertie populaire, ce sont les sultans qui se transfigureront de patrons des arts et du progrès en monarques absolutistes. Désormais, la pression réformiste proviendra du peuple.

Le « vieil homme malade de l’Europe » entre dans le XXe siècle en pleine agitation sociale. Les nationalités se sont réveillées partout dans ses possessions européennes ainsi qu’en Égypte et au Proche-Orient. Ce « printemps des peuples » n’est pas seulement l’apanage des sujets chrétiens de la Porte, la Tunisie et l’Égypte de Mohamed Ali, entrent elles aussi dans une ère d’effervescence intellectuelle, culturelle et politique. C’est l’heure où la poussée réformiste atteint même des docteurs ès religion tel le cheikh Mohamed Abdou, diplômé de l’université d’Al Azhar du Caire et chantre du libéralisme et du parlementarisme égyptien. Les premiers pionniers du sionisme aussi participeront à cet engouement et ils prendront possession, à la faveur des lois égalitaristes de l’Empire, de leurs premières terres dans la province du Cham. En Turquie même, l’idée nationale fait son chemin et le mouvement des Jeunes-turcs arrachera au Sultan le rétablissement de la constitution le 19 juillet 1908.

L’Empire entre dans la Première guerre mondiale au coté des empires centraux. En effet, la France et la Grande-Bretagne sont, cette fois-ci, alliées à la Russie - après avoir soutenu le Sultan contre le Tsar, à Sébastopol, en 1854. Les puissances de l’Entente convoitent ses possessions et rêvent, avec les russes, de se partager les dépouilles de l’Empire malade. Les mouvements nationalistes turcs, qui reprirent à leur compte les velléités réformistes des sultans éclairés d’hier, connaîtront bientôt des dissensions. Kemal Atatürk n’est pas, par exemple, un fervent partisan de l’alliance avec le monde germanique à qui il préfère les Lumières françaises. Les Jeunes-turcs connaîtront comme les nationalistes romantiques d’Europe centrale, des accents panturcs, notamment en la personne d’Enver Pacha. En effet, ces derniers se radicaliseront et l’on voit se dessiner, un peu à l’image, un demi siècle plus tôt, du débat entre les partisans de la Großdeutschland et de la Keinedeutschland - soit l’Allemagne avec ou sans l’Autriche - un clivage entre un Kemal Atatürk républicain et partisan d’une Turquie anatolienne tournée vers l’Europe et les partisans d’une Grande Turquie asiatique tournée vers les anciens empires Turcs de l’espace situé entre le Xinjiang (province nord-ouest de la Chine) et la Thrace.

Signe de leur radicalisme, les partisans d’Enver Pacha se commettront dans le génocide arménien et, finalement, seront politiquement réduits à la portion congrue lorsque Kemal apparaîtra comme l’homme de la libération en défaisant les forces d’occupation de l’Entente. Atatürk obtiendra, in fine, la révision complète du traité de Sèvres conclut par le Sultan, au profit du traité plus équitable de Lausanne, en 1923. Dès lors, tout le combat de Kemal sera de construire l’État-nation turc, républicain et laïque, nouant avec le passé eurasiatique et préislamique du peuple turc mais aussi avec le passé byzantin, hittite et lydien de l’espace géographique qui est, désormais, le sien.

L’histoire de la Turquie républicaine, pour singulière qu’elle est, n’est pas, à proprement parler, différente de celle nombreux membres actuels de l’Union Européenne. Pour ainsi dire, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, la Hongrie, la Roumanie, la Pologne et même l’Allemagne connaîtront des régimes autoritaires soit militaires soit appuyés par les militaires. En revanche, à aucun moment la Turquie ne sombrera ni dans le fascisme ni dans le communisme. En état de faiblesse relative, elle s’abstiendra de participer directement à la Deuxième guerre mondiale quoique ses sympathies vont aux Alliés - elle déclarera néanmoins la guerre à l’Allemagne à la onzième heure. Depuis 1945, et surtout depuis son adhésion à l’OTAN en 1952, la Turquie, comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Norvège et la RFA fait partie du système d’alliances occidental. Elle frappe à la porte de la CEE pour la première fois en 1959. Elle s’applique depuis plusieurs décennies à suivre les exemples grecs, espagnols et portugais dans ses efforts de démocratisation et ceux-ci sont particulièrement sensibles dans la dernière phase de sa transition démocratique, celle qui s’est ouverte à la fin du XXe siècle et qui devrait s’achever avec son adhésion pleine et entière à l’Union Européenne.


Know thy enemy

 

L’adhésion de la Turquie à l’U.E. présente une somme incommensurable d’avantages rarement évoqués en public. De cette question ne dépend pas seulement l’identité européenne que les opposants voudraient exclusivement - même à demi-mot - d’«origine» chrétienne mais aussi le statut de grande puissance de l’Europe si cher aux européistes.

Il y a, bien sûr, ce débat inextinguible sur les frontières de l’Europe. La Turquie n’étant, au sens géographique, qu’à 4% européenne, ce serait, pour les chantres de cet argument, un contresens d’accepter en Europe un État dont 96% du territoire se trouve en Asie Mineure. Pourtant, à la lumière de l’Histoire, les frontières des grands ensembles ne se sont jamais fixées au seuil géographique des continents. Le point névralgique de l’influence et des intérêts européens n’a jamais été la Thrace ni le Bosphore mais, dès les Grecs anciens, il se situait entre l’Ionie, Antioche et le Caucase. Les assyriens ne purent jamais conquérir le petit royaume de l’Ourartou réfugié entre les montagnes de l’Asie Mineure et le lac Erevan. Les Empires romains et perse bataillaient ferme non pas sur le Bosphore mais en Arménie. Les conquérants arabo-musulmans ne se sont pas arrêtés pour plusieurs siècles à Byzance - qu’ils ont du se contenter d’assiéger pour finalement lever le camp - mais au Taurus, aux marches de l’Asie Mineure. La frontière viable de la Turquie moderne n’est pas en Mésopotamie mais précisément au même endroit où Byzance tint tête des siècles durant aux conquérants arabes: la chaîne du Taurus.

En revanche, lorsqu’une puissance extra-européenne est parvenue à asseoir son contrôle sur l’Anatolie, elle s’est étendue au delà du Bosphore. Ainsi du premier Empire perse, de l’Achéménide Xerxès qui étendit ses possessions jusqu’en Bulgarie, ainsi des turcs ottomans qui, une fois brisé le verrou Anatolien, soumirent Constantinople en 1453 et pénétrèrent aussi loin en Europe que Vienne en 1529.

L’Europe-puissance, pour être ou pour devenir, ne peut pas, stratégiquement donc géographiquement, se priver de l’espace turc. Et elle ne le doit pas pour d’autres raisons encore:

- en intégrant la Turquie, les Quinze (sic!) pourront enfin jouer un rôle à la mesure de leur poids économique et démographique, au Moyen-Orient, en Asie centrale, et dans le Caucase ;
- en accueillant la Turquie dans son giron, l’UE placera sous son contrôle les voies d’évacuation des hydrocarbures de la mer Caspienne, du brut irakien, des gaz russe et iranien… qui vont transiter ou transitent déjà par le territoire turc ;
- une Turquie dans l’Europe, c’est mettre au service des Quinze le “Château d’eau” du Moyen-Orient : la Turquie détient en effet les plus importantes ressources hydrauliques de la région. A l’avenir, l’or bleu, au même titre que l’or noir aujourd’hui, est amené à jouer un rôle économique et politique essentiel. Les réserves en eaux de la Turquie sont à ce titre une carte stratégique maîtresse [iv] .

Élaborons à partir de cette liste en évoquant tout l’intérêt de l’Asie centrale pour l’Europe. Depuis l’effondrement de l’URSS, c’est la réouverture de la route de la soie qui se dessine. Cet espace, l’Asie centrale, est à l’heure actuelle verrouillé au seul profit des Russes et des Chinois. Pénétrer cette région sera essentiel pour l’Europe de la Sécurité collective du fait de sa position péninsulaire en Eurasie, c’est-à-dire celle de puissance terrestre décentrée par rapport aux axes de communication de demain - par opposition à la Grande-Bretagne d’hier et aux É-U d’aujourd’hui et de demain qui privilégient du fait de leur position insulaire ou quasi-insulaire les axes de communication maritimes - intéressée à participer à la réouverture du pont eurasiatique plurimillénaire que constitue cette région centrale du monde.

Les relations internationales sont en train de prendre une forme inédite pour la mémoire européenne moderne. L’Europe n’est plus au centre du monde et l’Atlantique n’est plus le débouché commercial le plus prometteur au monde. En effet, le pacifique s’y substitue progressivement au profit de l’Asie de l’est et des É-U, laissant l’Europe en marge. Par ailleurs, la configuration du monde de demain, de la distribution des puissances sur l’ensemble de la planète, retiendra au moins quatre grandes puissances : les É-U, l’UE, l’Inde et la Chine. Les axes de communication avec les deux sous régions d’Asie, celle du sud et celle de l’est passent à la fois par l’Océan indien et par le pont continental eurasiatique, la route de la soie. Le passage de l’Océan Indien est tributaire du canal de Suez, du détroit de Bab El Mandeb (entre Aden et Djibouti) et ensuite du goulot d’étranglement du détroit de Malacca (entre la Malaisie et l’île indonésienne de Sumatra). La Russie, comme les É-U, ne connaît pas cette complexité stratégique car elle dispose de la souveraineté sur le coté nord-Caspien du passage continental eurasiatique. En contrôlant l’Asie centrale, elle verrouille à son seul profit le passage continental sud avec le concours de l’infréquentable République Islamique d’Iran.

Une Europe indépendante, puissance mondiale bien outillée, doit, pour être capable de défendre ses intérêts et garantir son autonomie, s’émanciper de la tutelle américaine et du chantage énergétique russe. Pour ce faire, elle doit percer en Asie centrale, apprivoiser l’Iran - et même favoriser un changement de régime - et porter ses frontières sur le Caucase et toucher la Caspienne. Ceci, afin d’établir son contrôle sur ce point de passage névralgique au delà duquel toute politique de puissance est possible en Asie centrale et en deçà duquel plus rien de cela n’est possible en Europe.

En disposant de cet espace à son profit, l ‘Europe se prémunirait contre une éventuelle entente russo-américaine visant à la maintenir dans un statut de puissance mineure. En effet, l’opération Enduring Freedom contre l’Afghanistan des talibans a permis aux Américains de pénétrer profondément en Asie centrale, avec le concours de la Russie, et de s’établir en Ouzbékistan - le pays le plus central en Asie centrale. Les poussées américaines en faveur de changements de régime dans les États de la région indisposèrent Moscou qui changea d’alliance au profit de la Chine et en évinça les É-U avec son aide. La Russie, pas plus que les É-U, n’est disposée à laisser surgir dans son dos une superpuissance européenne capable de garantir la sécurité de ses communications avec les ensembles Indiens et Chinois.

En revanche, si l’Europe porte ses frontières sur la Caspienne et le Caucase, elle placera l’ensemble de la sous région de l’Asie centrale et du monde iranien sous une influence mutuellement profitable avec la Chine et l’Inde. Plus au nord, l’Europe sera en mesure de briser l’autonomie d’action d’une Russie qui peut, aujourd’hui, se permettre de jouer tantôt les Américains tantôt les Chinois en offrant à ces derniers une seconde option pour mutualiser la sécurité de la région centrale de l’Eurasie, en partager les ressources et l’ouvrir au profit des peuples concernés (dans le cadre d’un partenariat du type fourniture d’énergie contre aide substantielle au développement économique) et des deux extrémités du continent. Mieux encore, l’Europe pourrait s’affranchir d’éventuelles revendications chinoises « gênantes » en pressurant le Pakistan et l’Afghanistan afin d’ouvrir l’Hindu Koush, c’est-à-dire le point de passage à partir duquel l’Inde deviendrait également un joueur de poids en Asie centrale.

À cet effet, la Turquie offre de par sa position géographique et son ouverture sur l’immense monde turcophone de l’Asie centrale au Xinjiang un atout considérable pour la future puissance collective européenne.

Quant à la question de savoir où s’arrêtent les frontières de l’UE, cela ne dépend que de son bon vouloir. Il est clair que ni les pays du Maghreb ni la Russie n’ont vocation à adhérer à l’UE. Les uns parce qu’ils sont arabes ou berbères et que, hormis les Empires Carthaginois et Romain, il ne furent jamais associés à l’Europe et le Califat islamique de Cordoue était clairement une présence étrangère dans la péninsule ibérique. D’ailleurs, les Empires antiques, eux, ne se définissaient pas tant comme européens que comme méditerranéens et, à ce titre, l’UE ne peut offrir aux pays de l’ensemble méditerranéen, Israël compris, que de conclure des accords d’association économique pour cultiver sa sphère d’influence. La Russie, qui a l’avantage comme la Turquie d’être géographiquement aussi européenne qu’asiatique n’a pas l’intention d’adhérer à l’Union et, par ailleurs, ses intérêts sont souvent contraires à ceux de l’UE. Tant que durera son complexe de grande puissance nostalgique, elle ne frappera pas à la porte de l’Europe, et lorsqu’elle en sera guérie, il lui sera trop tard pour imposer ses conditions à une Europe à l’identité renforcée par son rang retrouvé de grande puissance.

 

Know thy friend

 

L’autre grand argument des opposants à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne est d’ordre démographique. La Turquie, disent-ils, ne souffre pas du même déficit des naissances et donc, nous pourrions nous retrouver demain en Europe avec une population musulmane par trop conséquente voire … majoritaire. C’est le fameux fantasme d’Eurabia qui s’est construit sur des projections démographiques farfelues. Il est totalement déconnecté des réalités historiques et démographiques, sourd aux tendances observées dans l’ensemble du monde méditerranéen où ces pays qui sont, certes, entrés plus tard en transition démographique [v] n’en atteignent pas moins la fin de la phase 2, c’est-à-dire celle de la diminution significative des naissances pour se situer plus près du seuil de renouvellement des générations et probablement en deçà dans l’avenir [vi] .

Probablement en deçà parce que le tissu social de ces sociétés est par trop affecté par des difficultés économiques et sociales considérables. Elles risquent donc fortement de connaître le même sort que ces sociétés est-européennes, naguère si fécondes mais durablement affectées par l’échec de l’expérience communiste. Dans le cas de la Turquie, ces difficultés sont, heureusement, limitées et son économie est très vigoureuse. Sa situation n’est pas comparable à celle de la Bulgarie mais plutôt de l’Espagne, de la Grèce ou de l’Italie d’il y a une trentaine d’années. Il est donc bien plus probable de voir la population turque croître encore pendant une vingtaine d’années avant de connaître le même sort que celui de l’Allemagne. La Turquie se stabilisera donc, en 2025, aux alentours de 88 millions d’habitants [vii] avant de s’engager progressivement sur la pente du déclin.

Même à ce moment là, la population turque ne représentera que 15% de l’ensemble européen c’est-à-dire, manifestement, bien loin de la majorité. D’ailleurs, mettons nous à la place d’un allemand: devrait-il s’inquiéter d’une Turquie en fin de transition démographique dont la courbe de croissance démographique est encore prévisible et de toute manière déclinante ou de la France qui, étant dans une phase post-transitoire, fait preuve d’un dynamisme imprévu et dont les conséquences sont également imprévisibles? En 2050, il se pourrait bien que la France soit, en réalité, le pays le plus peuplé d’Europe.

Mais ce n’est pas tant la démographie turque qui inquiète que la religion de la majorité des turcs: ils sont musulmans ou encore la religion de leurs ancêtres était l’islam et, à ce moment là, ce serait le substrat culturel islamique qui poserait problème. Éliminons d’emblée de l’équation le « problème » des 15 à 25 millions d’Alévis turcs car ces derniers ont déjà des moeurs conformes au modèle séculier européen. Reconnaissons que le kémalisme a pénétré suffisamment en profondeur la société pour qu’une bonne partie des citadins turcs aient adopté - comme tout le monde s’y accorde - des moeurs modernes conformes au modèle européen. Établissons d’emblée, conformément à l’esprit européen des Lumières, que ce n’est pas l’islam qui pose problème - en clair: distinguons-nous des extrémistes chrétiens ou fascistes - mais l’islamisme. Dès lors que reste-t-il comme clientèle pour l’islamisme? Le parti AKP a montré la voie au conservatisme moderne d’un islam sécularisé, d’un islam-démocrate. Le bilan du gouvernement Erdogan plaide fortement en faveur de l’existence d’un authentique courant « musulman-démocrate » en Turquie qui respecte la laïcité républicaine au delà même des prescriptions européennes.

En effet, nombre de pays européens ne sont pas aussi laïques que la Turquie et la France. Prenons l’exemple de la Pologne où un parti catholique et raciste partage le pouvoir au sein de l’actuelle coalition parlementaire et gouvernementale. Le port ostentatoire de signes religieux dans les institutions publiques est également permis dans nombre d’autres pays européens tels que l’Allemagne et le Royaume-Uni, tout au contraire de la Turquie et de la France. Bien sûr, nombre de détracteurs de la Turquie européenne soulignent que ce pays n’est pas encore parvenu au bout de son processus de réformes démocratiques et libérales mais ce n’était le cas d’aucun pays d’Europe de l’est au moment où les négociations étaient entamées. Il est évident que l’adhésion de la Turquie reste conditionnelle à la satisfaction de toutes les exigences de l’Union - qu’il est inutile de citer ici - et la négociation sert bien à cela. Ultimement, la Turquie devra s’engager irréversiblement vers la conclusion de sa transition démocratique en intégrant les quelques milliers de pages de droit européen à son propre code de lois. L’UE aura alors tous les pouvoirs pour contraindre la Turquie à s’y tenir définitivement.

Revenons, toutefois, sur la querelle d’avec l’islam ou plutôt de cette consubstantialité entre religion et politique qui aurait été le lot de l’Europe chrétienne au Moyen-Âge et encore aujourd’hui d’un certain nombre d’États musulmans. Il est important de revenir à l’Histoire pour déblayer le terrain d’idées généralement admises comme valables pour un État d’Islam donné mais qui, pourtant, ne le sont pas de manière homogène pour tous les pays d’Islam ni même à toutes les époques: l’Empire Ottoman n’échappe pas à cette règle aux nombreuses exceptions.

À partir de 1453, Mehmed II et chacun de ses successeurs se considérait aussi comme l’héritier de l’Empire romain et le seul véritable empereur en Europe… Il y avait une métaphore turque pour dire “domination mondiale” : la “pomme rouge”. Avant 1453, elle se référait au globe que tenait dans sa main droite la statue géante de l’empereur Justinien devant Sainte-Sophie. Quand celle-ci fut abattue en 1453, la “pomme” se déplaça vers l’ouest et symbolisa l’objectif suivant des Ottomans : la ville de Rome….

Les Ottomans ressentaient un autre désir: égaler la gloire d’Alexandre le Grand… L’une des épithètes favorites tant des sultans que de leur ville devint bientôt alem penah, “Refuge de l’univers”: il parut judicieux de doter d’une capitale multinationale un empire qui (…) comprenait soixante-douze nationalités et demie (les Tziganes étaient considérés comme une demi-nationalité). [viii]

Ce n’est qu’en 1517 (et donc pas lorsque Constantinople fut prise par les Ottomans, en 1453) que le sultan s’adjoignit le titre de calife. Lorsqu’il le fit, ce n’était manifestement pas pour complaire à une tradition islamique héritée des temps prophétiques. En effet, le sultan reprenait à son compte le titre de Basileus que s’étaient déjà donnés les Empereurs romains.

couronnementbibliqueroiie8.jpgEn réalité, « [l]e califat ne constituait qu’une référence particulière destinée à surdéterminer la sanctification de la figure universelle et déjà sainte de l’empereur » [ix] . C’est que de tous les temps et jusqu’à l’âge scientifique, la figure des monarques était sanctifiée par le ou les dieux d’alors. Ainsi, par exemple, de Pharaon-dieu, du Roi David oint par Yahvé, de l’empereur du Japon encore aujourd’hui et des empereurs romains dont les sultans Ottomans se font les continuateurs. Le sultan vaincra donc le sultanat mamelouk du Caire et conquerra les lieux saints de l’islam à l’occasion d’une expédition militaire dirigée vers le sud, vers 1517-20. Il se fera alors reconnaître calife par les autorités religieuses islamiques.

Cette absence de consubstantialité entre le religieux et le politique était déjà reconnue en des temps où la grandeur des empires exigeait la sanctification de la personnalité impériale, y compris en terre d’Islam. D’ailleurs, si le califat était à cette époque au Caire, il n’en demeure pas moins que la Porte a obtenu par la force la reddition du titre cairote du califat au profit de la capitale stambouliote. Le politique s’était donc, conformément à la tradition romaine, emparé du religieux. D’ailleurs, Kemal Atatürk n’eut guère de difficultés à abolir le sultanat en novembre 1922 tout en laissant le califat en place jusqu’en mars 1924.

 

En conclusion, la Turquie, fût-elle Ottomane ou républicaine, a très bien intériorisé cet universalisme dans la diversité qui fait la force de l’Europe démocratique. Elle a participé ,aux cotés des grands empires de référence de l’espace européen antique, aux différentes revendications du titre de César au Moyen-Âge, tout comme le Saint-Empire romain germanique et la Russie tsariste, pour n’en citer que deux. Acteur européen majeur, la Turquie s’est jointe à la cohorte des prétendants à la succession de l’auguste empire universel.

Relevons que les partisans du non, qui craignent pour la dynamique de l’intégration européenne advenant qu’un pays peuplé en majorité de musulmans et de descendants de musulmans adhère, s’effarouchent tout autant lorsqu’il s’agit de voter une constitution pour l’Europe ou de faire progresser l’intégration des États déjà membres d’une quelconque manière ou d’élargir l’UE à des États « chrétiens ».. En réalité, nombre de « non-istes » sont des anti-européens convaincus, quoiqu’il advienne. D’autre part, les partisans de l’intégration européenne mais d’une Europe chrétienne sont mus avant tout par une hantise démographique qui ne se justifie pas. Si l’UE ne serait avec la Turquie qu’un espace de libre-échange (chose impensable car l’UE en est déjà au stade de l’unité économique et monétaire), il faut constater qu’elle le serait déjà aujourd’hui, à 27. Nombre d’États européens, même parmi les membres fondateurs, ne veulent pas progresser dans la voie de l’intégration politique. Il faudra de toute manière en arriver à une Europe asymétrique où les coopérations renforcées de quelques États initialiseront une force centrifuge qui attirera par la suite ceux qui auront été récalcitrants.

Dans cette perspective, il n’est pas établi que la Turquie fasse partie des membres les plus eurosceptiques. En effet, elle aurait plus que d’autres tout à gagner à une intégration plus poussée à l’ensemble européen. Puissance militaire majeure dont les frontières s’étendent près de zones conflictuelles, elle est déjà, seule, en mesure de garantir sa sécurité mais elle ne verrait pas d’un mauvais oeil la mutualisation bénéfique de la sécurité européenne prise dans son ensemble.

La poussée vers l’ouest des peuples turcs s’inscrit dans le même mouvement général que celui d’autres conquérants « barbares » qui, faut-il le rappeler, défirent l’empire romain d’occident, reprirent son héritage à leur compte et sont à l’origine du peuplement européen actuel. Cette poussée vers l’Europe est sur le point d’aboutir parallèlement aux grandes lignes du projet réformiste entamé dès la fin du XVIIe siècle, renforcé par les Tanzimat et par le républicanisme kémaliste et, finalement, par le projet d’adhésion à l’Union Européenne. En chemin, les turcs se convertirent à l’islam, ou plutôt aux islams, tout conservant l’oeil implacablement rivé sur l’Europe et non pas sur La Mecque.

Il existe, certes, encore bien des retouches à apporter à l’échafaudage politique et social de la Turquie moderne mais dès l’instant où nous avons compris que sa place est en Europe depuis à peine quelques siècles plus tard que nous, il ne reste qu’à l’intégrer aux conditions fixées par l’Union. La Turquie, qui est déjà une démocratie qui progresse, devra faire un travail de mémoire important en reconnaissant le génocide arménien et elle devra solder les contentieux à caractère nationaliste de son passé, au moins ceux qui la mettent en délicatesse avec des États déjà membres de l’UE comme Chypre, avant de nouer avec son destin à caractère communautaire qui la liera inextricablement à l’Union continentale.



[i] Voir notamment « Les vêtements de la femme Ottomane » sur le site du ministère turc de la culture.

[ii] Voir les photos sur le guide touristique d’Istanbul sur le site du Guide Martine.

[iii] Enver Ziya Karal,« Non-Muslim representatives in the First Constitutional Assembly, 1876-1877 » dans Benjamin Braude and Bernard Lewis (éd.), Christians and Jews in the Ottoman Empire - The functioning of a plural society (New-York et Londres, Holmes & Meier Publishers , 1982), vol.I, p100.

Également repris dans l’entrée Tanzimat dans Wikipedia français.

[iv] Voir l’entrée « La Turquie est-elle européenne » sur le site Bleu blanc Turc.

[v] Voir Youssef Courbage, « The End of the Demographic Explosion in the Mediterranean? », Population: An English Selection 8 (1996), pp258-70.

[vi] L’entrée « la transition démographique » dans Wikipédia explique bien le principe de ce phénomène observé dans toutes les sociétés humaines contemporaines.

[vii] Voir la chronique de la semaine du 3 octobre 2005 sur le site Europeplusnet.com avec Pierre Verluise, intitulée « La Turquie a-t-elle le bon profil démographique? » 

[viii] Philip Mansel, trad. Paul Chemla, Constantinople, la ville que désirait le monde (1453-1924) (Le Seuil, Paris, 1997), pp21-3. Également cité par Abdelwahhab Meddeb, La maladie de l’islam (Éditions du Seuil, collection Essais, Paris, 2002), p102.

[ix] Voir le chapitre 6 dans Meddeb, La maladie de l’islam, pp 99-103.

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Reader Comments (14)

Juste quelques commentaires :

_ Les Jeunes-Turcs sont germanophiles par nationalisme, parce que c'est l'Allemagne qui participe au développement de la Turquie et qu'elle apparaît comme la seule puissance capable de s'opposer à la Russie, qui, elle présente un danger pour l'Empire ottoman, mais idéologiquement, les Jeunes-Turcs se réclament de la Révolution française et ont été des admirateurs des Lumières françaises.

_ La Turquie pendant la 2ème GM a eu une attitude ambigüe, on va dire qu'ils se sont toujours sentis proche de l'Axe par irrédentisme ( revendivation sur l'Arménie russe ou sur Mossoul et le Kurdistan irakien ) mais ils ont refusé de s'engager avant de choisir à la dernière minute le camp des Alliés.

_ A propos de la laïcité turque : la laïcité à la turque est avant tout, une "nationalisation" de la l'Islam. Quand on analyse la pensée kémaliste originelle, elle est anti-religieuse parce qu'elle voit la religion islamique comme un élément étranger qui menace la cohésion nationale que la chute de l'Empire a permise.

Si on veut, Atatürk méprise l'Islam ( n'est-il pas l'auteur de cette phrase : "Depuis plus de 500 ans, les règles et les théories d’un vieux sheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’islam, cette théologie absurde d’un bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies." ? ).

Mais d'un autre côté, il reconnaît l'importance de la religion comme force civile et sociale pour créer une cohésion nationale ( "Religion is an important institution. A nation without religion cannot survive. Yet it is also very important to note that religion is a link between Allah and the individual believer. The brokerage of the pious cannot be permitted. Those who use religion for their own benefit are detestable. We are against such a situation and will not allow it. Those who use religion in such a manner have fooled our people; it is against just such people that we have fought and will continue to fight. Know that whatever conforms to reason, logic, and the advantages and needs of our people conforms equally to Islam. If our religion did not conform to reason and logic, it would not be the perfect religion, the final religion." )

Atatürk va alors "nationaliser" la religion. La subordonner à l'état, seule institution dans la logique kémaliste à pouvoir incarner la nation et à pouvoir la guider vers la grandeur. La Turquie offre dans l'histoire de l'Humanité, un des seuls exemples où l'on change le dogme religieux par un processus de vote parlementaire ( c'est ainsi que deux hadiths ont été purement supprimés car niant l'égalité homme-femme et c'est le gouvernement AKP qui l'a fait ! ).

Le but est d'épurer la religion islamique de ses éléments étrangers et rétrogrades : les prêches et les appels à la prière sont réalisés en turc, les prêches des imams sont écrits par le Diyanet, qui est simplement un groupe de fonctionnaires, ainsi, Atatürk pense transmettre le progressisme et l'idéologie des Lumières à la population.

La logique kémaliste est une logique fortement jacobine avec la vision d'un peuple soumis jusque là à l'obscurantisme religieux, devant être guidé par une élite cultivée et éclairée.
janvier 30, 2007 | Unregistered CommenterKoenigstiger
_ Il est important de distinguer au sein des Jeunes-turcs les différents courants. Le courant kémaliste qui a marqué la Turquie républicaine est clairement "ouest-européo-phile" (France + Grande-Bretagne) contrairement au courant défait d'Enver Pacha, plus impérialiste et germanophile.
Les configurations stratégiques à tel ou tel impliquent des calculs déconnectés de la question plus large de l'inclination turque au XXe siècle.

_ Pendant la 2e GM il était question d'alliance de la Turquie et de la Grèce avec les Alliés franco-britanniques. Bien sûr la Turquie a entretenu, comme la Suisse, de bonnes relations (ou des relations ambigues selon la formulation retenue) avec l'Allemagne nazie.

_ La laïcité à la turque encadre les institutions religieuses très strictement ce qui ne peut pas tellement gêner les européens, par ailleurs (sauf peut-être ceux qui sont chrétiens, juifs ou musulmans et qui se sont opposés sur la loi de 2004 sur le port des signes religieux). Notons que dans une certaine mesure la France laïque fait un peu la même chose en Alsace-Moselle.


janvier 30, 2007 | Registered CommenterLéviathan
Un statut de partenaire privilégié entre l'U.E. et la Turquie :oui; mais faire entrer ce pays dans l'Union Européenne: non. Cela reviendrait à nier les racines de l'Europe, à oublier notre identité. N'en déplaise à Chirac, les racines de l'Europe sont judéo-chrétiennes et non musulmanes, même si l'Europe accueille en son sein de fortes communautés musulmanes.

Pourquoi ne pas créer une zone économique et démocratique forte au Moyen-Orient avec Israel (des accords existent déjà), avec la Jordanie qui ne demanderait que ça, avec tous les pays du P-O soucieux de modernité et de progrès?

Merci d'avoir rappelé la non-reconnaissance du génocide arménien depuis presque un siècle; merci d'avoir rappelé l'occupation et la quasi annexion de la moitié de l'île de Chypre.Cette honnêteté est tout à votre honneur.
janvier 30, 2007 | Unregistered CommenterFrancine
Vous savez, pour Chypre, les Grecs n'y ont pas été des enfants de coeur et je crois qu'il ne faut pas trop reprocher à la Turquie d'être intervenue pour y défendre la minorité turque.

Pour les racines « judéo (depuis 1945?) »-chrétiennes menacées par l'adhésion turque, nous nous retrouvons dans la peau de Herder et non plus dans celle de Voltaire. Faut-il rappeler l'origine pré-chrétienne du mot Europa, du nom d'une déesse phénicienne enlevée par Zeus et amenée en Crête...

L'UE peut bien avoir une région qui sera (et a toujours été) son bouclier même si elle est à dominante musulmane, ça ne tuera personne et ça sera toujours ça de pris..

Et puis j'ai envie de demander, de nos racines chrétiennes, qu'en pensent donc Dioclétien et Galère, Périclès et Platon? Constantin n'était-il pas schizophrène? Sommes-nous, chrétiens européens ou européens d'origine chrétienne, redevenus des cryptoislamistes (tendance christique, j'en conviens) qui s'ignorent, qui après avoir contribué à la destruction de l'Empire romain, et à l'abaissement général de l'Europe au Moyen-Âge, nous apprêtons maintenant tuer toute idée de grandeur européenne?
janvier 30, 2007 | Unregistered CommenterLéviathan
Léviathan, je n'ai pas encore lu ton article (pas eu le temps...) mais je ne suis pas pour l'entrée de la Turquie dans cet échaufadage branlant qu'est l'UE, tout d'abord et tout simplement parce que territorialement la Turquie n'est pas en Europe. Ne faut-il que la grenouille qui tente déjà de se faire aussi grosse que le boeuf se définisse des frontières ?


Je lira ton article dès que mes démarches auront été accomplies. Une de mes amies ne parvient pas à poster de com, je vais voir si le mien passe......

Grosses bises à toi.
janvier 31, 2007 | Unregistered CommenterMarie
L'Europe ne s'est pas faite en un jour, mais le christianisme l'a marquée très profondément; la déclaration des droits de l'homme ,c'est, pour faire court,la version sécularisée du Décalogue.La laïcité me semble une exception française; l'empreinte de la religion chrétienne,sous toutes ses formes, est beaucoup plus forte dans les autres pays de l'U.E., et je ne pense pas seulement à la Pologne intégriste ou à l'Autriche herdérisée et qui a su envoyer un ancien nazi à la tête de l'Onu...

Quant à Voltaire, pétri d'un antijudaïsme viscéral véhiculé par l' Eglise, et victime d'un ethnocentrisme profond, il vomissait les mahométans (c'est ainsi qu'il désignait alors les musulmans).

S'il est permis de rêver, je maintiens qu'un espace commun économique et démocratique au Moyen-Orient serait le bienvenu.
janvier 31, 2007 | Unregistered CommenterFrancine
La déclaration des droits de l'homme serait, pour faire court, la version sécularisée du Décalogue...
J'ai quelques doutes là dessus ou plutôt je pense que c'est une justification a posteriori des tenants de l'ancien régime qui, ayant perdu une bataille au profit des Lumières, ont du se refaire une virginité.

Justement, dans les autres pays de l'UE, plus imprégnés de christianisme et mis à part les teutons (Allemagne+Autriche), il se dégage des majorités absolues ou relatives en faveur de l'adhésion à la Turquie (voir : http://lefil.blogs.com/benoithamon/2005/12/lopinion_publiq.html )

Voltaire était contre les religions, toutes les religions mais sa position se rapproche plus de celle du Comte de Clermont-Tonerre (tout accorder aux juifs en tant qu'individus et rien en tant que nation [sur le territoire de la République]) que de la position du antijuive du pontife ou de Gobineau.

Bien sûr, les musulmans étaient les mahométans, les turcs, et j'en passe surement des meilleures. Ça n'est pas important car ces dénominations appartiennent à leur époque et je comprends mieux la répulsion voltairienne pour les religions qui divisent les hommes et les avilissent que l'aliénation chrétienne (ou mahométane ou juive ou tout ce que vous voudrez) qui fait préferer son propre genre à l'exclusion des autres.

Non, le rêve qui est permis et réalisable est l'adhésion de la Turquie à l'UE. Les Turcs ont bien moins en commun avec les arabes qu'avec nous et parmi ces points divergents on retrouve une transition à la modernité réussie chez les Turcs : une sécularisation poussée, des institutions démocratiques en renforcement constant, une solide tradition réformiste et un rapport à la religion qui n'est pas semblable (un Kemal Atatürk chez les arabes? On a jamais vu ça et on n'en verra jamais!).

Comme je l'ai écrit déjà, islam et politique n'étaient pas confondus chez les Ottomans au point ou ils l'étaient chez les arabes...

Et du reste, inutile de me répéter nous ne tomberons pas d'accord, ce n'est pas si grave. J'espère que vous continuerez à commenter mon blog.
janvier 31, 2007 | Registered CommenterLéviathan
Enfin, Kémal était un franc-mac ( en dépit de ce que peuvent dire les manuels d'histoire turcs ), je ne pense pas que ça arrive tous les jours dans le monde arabe.

Ensuite, l'Islam turc est divisé entre les arabisants qui voudraient re-arabiser certains éléments de l'islam turc, ceux qui voudraient rester au système actuel et une autre vision plus minoritaire, qui voudrait faire la prière en turc pour achever la "révolution nationale kémaliste" comme ils disent !
février 1, 2007 | Unregistered CommenterKoenigstiger
Bonjour,

à mon humble avis, de toute façon (mise à part dérapage dictatoriale) la Turquie aura tous les avantages économiques avec l'UE quoi qu'il arrive (c'est déjà +- le cas si je ne me trompe pas). Donc comme il est dit dans le post, c'est surtout une question politique et de savoir si l'Europe veut devenir une puissance qui compte. Car après tout le Moyen-Orient c'est juste la porte à côté et avec l'adhésion de la Turquie, l'UE se donnerait vraiment les moyens d'avoir une influence politique plus en adéquation avec sa puissance économique.

février 2, 2007 | Unregistered CommenterReza
Je suis complètement de l'avis de Francine dans son com,pour les mêmes raisons. Je ne peux pas admettre l'idée de l'entrée de la Turquie dans l'UE,mais d'autres stratégies sont possibles sans pour autant l'intégrer. Il y a beaucoup à faire dans cette région du monde.
A bientôt Leviathan.
février 3, 2007 | Unregistered Commenterstella
Les kémalistes, combien de divisions? Combien pèsent-ils aujourd'hui? Leur influence réelle par rapport à la rue qui a "poussé" le gouvernenment actuel (mais c'était une douce violence) à refuser aux Usa le passage de leur aviation au début de la guerre contre l'Irak?
Des bâtisseurs de murs, au Liban aussi, on en trouve et même pas mal.Quant à Abdelkader, le chef nationaliste algérien de la seconde moitié du XIXème siècle, je ne vous apprendrai pas qu'il est devenu franc-mac pendant sa détention (soft) à Enghien sous Napoléon III. Le problème, c'est le fossé entre certaines élites et la rue.
février 5, 2007 | Unregistered CommenterFrancine
"Leur influence réelle par rapport à la rue qui a "poussé" le gouvernenment actuel (mais c'était une douce violence) à refuser aux Usa le passage de leur aviation au début de la guerre contre l'Irak?"

Les Turcs ont été contre l'invasion de l'Irak parce qu'ils savaient que celle-ci aboutirait à un Kurdistan semi-indépendant, ce qui est le cas incontestablement et ce qui fait d'ailleurs ( entrd 'autres ) que Bush est actuellement dans une réelle impasse (géo)politique.
février 5, 2007 | Unregistered CommenterKoenigstiger
Que le gouvernement turc ait refusé non seulement le déploiement de 62 000 GIs mais aussi le survol de son territoire dans le cadre de l'opération Iraqi Freedom ne devrait pas faire sursauter.
La France, en la matière, présente un bilan « accablant ». Le gouvernement français, Chirac déjà, avait refusé l'autorisation de survol aux F-111 américains en route pour bombarder la Libye en 1986.

Non, ça ne devrait pas être un critère pour juger les turcs. Eux aussi ont le droit de défendre leurs intérêts nationaux sans être suspectés de rompre l'alliance nord-atlantique.

Quant au fossé entre élites et peuple... je ne le reconnais pas. La réalité me semble plutôt être, dans toute démocratie, celle d'une rupture horizontale entre différents courants d'opinions représentés par une partie du peuple et une partie des élites contre d'autres. Et ces clivages sont mouvants: leur configuration dépend, entre autres, de la question qui se pose et des identifications partisanes. Bref, rien de si différent de « chez nous ».

En parlant de bâtisseurs de murs, on en trouve partout et à toutes les époques. Et ils s'opposent systématiquement aux bâtisseurs de ponts.

Maintenant que les choses soient claires : ce plaidoyer n'a pas été écrit pour être un hymne à la gloire du dialogue des pusillanimes... je veux dire le fameux dialogue des civilisations. Il ne fait pas non plus la part belle aux arguments des craintifs défenseurs d'identités exclusivistes et indolentes.

La Turquie est dans notre aire de civilisation et c'est pourquoi elle mérite d'être un membre à part entière de l'UE. Je crois à long-terme dans la capacité de l'Europe à conjurer sa catastrophique tendance à se renfermer sur elle-même. L'UE n'est pas le projet des pacifistes larmoyants ni celui de sourcilleux comptables de paroisse qui demeurent sourds à l'appel de la grandeur et de la puissance.

Si les européens veulent sortir de l'Histoire, qu'ils soient certains que l'Histoire les rattrapera.
février 5, 2007 | Registered CommenterLéviathan

EUROPE ET TURQUIE

- Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l’ « Europe » qui a été ainsi rejetée ? Non, tout le monde en convient ! L’a été une certaine vision, compréhension, conception de l’Europe. Le fameux « sens des mots », trop souvent source d’incompréhension, de confusion …
Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne place la Turquie !

- Alors, ce pays, européen ou pas ?

- Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l’Iran et l’Irak ont une frontière commune avec le vieux continent... Tout de même estomaquant…

- Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l’accepter ?

- Notons d’abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.

-Commençons par les géographiques.
La formule de Gaule est connue : l’Europe s’étend de l’Oural à l’atlantique et s’arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »… La Turquie se jette sur des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l’ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ?
Evident, non…

- Frontières culturelles.
Comme « nous », n’est-elle pas laïque, et si l’écriture est un des éléments constituant la culture d’un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement…
Mais tout cela n’est que greffon au devenir incertain… Un risque réel de rejet par la souche existe…
- Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l’origine chrétienne de l’Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l’Islam dans la culture des pays arabes ?
- A la façon d’une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l’inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n’est pas la laïcité anglaise etc.…) : L’histoire européenne du XX siècle ne manque pas d’exemples -pensons à l’Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l’armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu’en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l’armée pour imposer la laïcité, au mépris de l’idéologie religieuse dominante… D’ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental… Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l’Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l’ « apostat » qu’à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie… En français cela s’appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d’honneur », coutumiers en Turquie…
- Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l’écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à l’opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »… Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l’homme » peinent-ils tant à s’imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l’humanisme chrétien, pour devenir l’expression d’un christianisme déchristianisé, d’une foi chrétienne désacralisée, laïcisée…
- Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité.
Nous parlions à l’instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd’hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l’athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d’être croyants et de le dire !
Espagne mauresque : L’arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les Juifs étaient victimes de la part des Wisigoths qui avaient abandonnés l’arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l’Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n’est pas toujours synonyme de fanatisme et d’intolérance…
- Fermons la parenthèse.
- Quand-à l’alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l’Empire ottoman utilisant l’alphabet arabe, c'est-à-dire il y a moins d’un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu’étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin ! (l’alphabet grec et l’alphabet latin sont « frères » comme l’est l’alphabet hébreu avec l’alphabet arabe).

- Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l’Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l’on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! L’Europe peut commercer si elle le souhaite avec l’Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l’Europe ! Identique pour la Turquie !

- Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non...

- Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.

- Si l’Empire romain prétendait à l’universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées :
Au nord, l’Ecosse (le mur d’Hadrien).
A l’ouest, évidement l’atlantique.
Au nord/est le Rhin et le Danube.
Au sud l’Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l’Empire -neutralisons Carthage-)
Au sud/est le Tigre et l’Euphrate.
Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu’est l’Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd’hui » (au sens de l’Histoire).
Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l’Europe, qui citerait la capitale de l’Italie ? Personne !
Mais l’Empire s’est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu’était la « Grande mer », comme on l’appelait alors.
Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c'est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche…
Relativité des concepts, disions-nous…
Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs…

- Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l’Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n’était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative !
Mais cela était il y a « deux milles ans »…

- Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?

- Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d’œil à Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et qu’il s’agit là d’une position objective élaborée au sein d’un concept qui lui, ne l’est pas…
Cette affirmation découle d’une prise de conscience selon laquelle il n’y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s’efface devant le poids de la géopolitique qui elle-même s’efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.

COLPIN Didier

avril 8, 2008 | Unregistered CommenterCOLPIN Didier

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