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Retour sur la politique étrangère de N. Sarkozy, sur Hubert Védrine,la Russie et le bouclier antimissiles

Posted on jeudi, juin 14, 2007 at 10:06PM by Registered CommenterLéviathan in , | Comments3 Comments

Après m’être rafraîchit la mémoire, il apparaît que j’avais initialement tout faux concernant Hubert Védrine. J’avais en effet confondu l’empreinte en politique étrangère du cabinet du PM Lionel Jospin avec les thèses de Védrine, considérant ce dernier, non sans raisons toutefois, comme étant lié à la politique du cabinet socialiste.


Mais la réalité est que Védrine est aux antipodes du « droitdelhommisme » de Kouchner et il considère que l’Occident, en faisant la promotion des DDH, même timidement comme c’est la plupart du temps le cas, se rend en réalité coupable de velléités néocoloniales. Védrine, c’est aussi un peu l’homme du relativisme culturel… entendez qu’il existerait des valeurs musulmanes, asiatiques, etc. qui seraient proprement incompatibles avec la démocratie libérale, incarnée par l’Occident.


Bref, j’avais faux mais pour ma défense, je citerai le gouvernement Jospin : Lionel Jospin n’a pas hésité à qualifier le Hezbollah de mouvement terroriste, c’est sous son gouvernement que la France a tancé ses voisins du sud, notamment la Tunisie, dont les passifs en matière de DDH sont parfois assez lourd.


En fait, on aurait plutôt vu Védrine dans un gouvernement UMP chiraquiste que dans un gouvernement Jospin ou UMP sarkozyste. La nomination de B. Kouchner (qui, en réalité, a toujours été le numéro un pressenti pour ce poste de MAE) est donc très cohérente car il est bel et bien sur la même longueur d’onde que N. Sarkozy sur les questions mondiales; pourvu qu’en matière de politique intérieure ils parviennent à atténuer l’expression de leurs différences.


Mais que pourra donc faire une France esseulée? Sarkozy est élu trop tard. George W Bush est sur le départ et l’équipe du Secrétaire d’État avec quand à l’Angleterre, elle à toujours le même Foreign Office qu’en 1898 (Fachoda) avec ses hauts fonctionnaires qui demeurent même lorsque les gouvernements changent… exactement comme nous. Donc il reste à craindre une rupture dans la politique étrangère américaine (puisque leurs hauts fonctionnaires partiront avec ce gouvernement ci) et une continuité chez les autres! En réalité, c’est l’Amérique qui va rentrer dans le rang et la France aura bien du mal à en sortir.


Bien sûr, les É-U, de toute manière, ne savent déjà plus très bien ce qu’ils veulent et l’on ressent, un peu, un vide, des atermoiements, notamment sur l’éventualité de discussions sérieuses (je souligne) avec l’Iran sur la question Iraquienne.. et nucléaire. La montée des Démocrates au pouvoir en 2009, pour probable qu’elle soit, risque de se traduire par une réminiscence des années Carter, particulièrement désastreuses en politique étrangère, à l’exception de la signature de la paix entre l’Égypte et Israël. La plus grande catastrophe serait un abandon par les démocrates de l’État iraquien… en retirant d’abord les troupes et puis surtout la fourniture d’armes et le soutien économique Américain.

La méthode a déjà été expérimentée: ils réclameront, en temps de guerre, des réformes de grande ampleur de la part de l’incompétent et corrompu régime baghdadi pour ensuite saisir le prétexte de leur non aboutissement pour lui retirer tout soutien américain. C’est ainsi que des présidences démocrates ou sous pression d’une chambre démocrate ont agit dans le passé à l’égard de la Chine de Tchang Kaï Chek, du Vietnam du Sud et du Chah d’Iran.

NB: Que ces régimes aient été corrompus est un fait mais c’est une chose de le dire et une autre de comparer leurs degrés respectifs de corruption avec celle de leurs ennemis souvent bien plus opaques et avec celle de pays voisins qui ne font pas forcément mieux. L’accusation de corruption prélude souvent, en réalité, le désengagement.

Dans cette trame que j’ai dessinée, la France risque de se « replier » sur l’Europe, là où ça se refroidi entre Russes et Américains. Ce n’est pas le retour de la guerre froide mais l’émergence d’une Russie agressive précisément parce qu’elle s’affaiblit encore. C’est vrai que de nombreux analystes parlent d’un retour de la Russie mais les tendances lourdes les contredisent : déclin démographique, substitution de l’ancienne puissance industrielle de l’URSS par un puissant secteur énergétique, perte d’influence dans les anciennes républiques soviétiques, déclin considérable de la puissance militaire russe et extension de l’OTAN vers l’est, pour ne citer que ces exemples.

La Russie se comporte en conquérante précisément parce qu’elle s’affaiblit mais que le prix élevé des hydrocarbures lui a redonné quelques moyens en l’émancipant de la tutelle des institutions financières internationales. C’est un signe caractéristique des États en perte de statut que d’être intraitables et agressifs mais si nous y regardons de plus près, vers quoi se projette la puissance russe? Le maintient du statu quo! La Russie subit la démocratisation de l’Ukraine (et son rattachement au bloc Occidental) et la perte d’influence en Géorgie et dans certains États d’Asie Centrale (Kirghizistan et Tadjikistan). Elle constate qu’elle n’a plus aucun moyen de peser sur la politique des pays d’Europe de l’est, notamment la Pologne et la Rép. Tchèque qui ont accepté d’accueillir le bouclier antimissile américain. L’Iran, pas plus que la Corée du Nord, ne lui témoignent les égards dus à une grande puissance et la montée de la Chine lui interdit toute possibilité de peser en Asie de l’Est.

Mais la Russie c’est un pays de dix-sept millions de kilomètres carrés, c’est une puissance régionale de format eurasiatique ce qui lui donne encore quelques prétentions à se comporter en puissance mondiale, i.e. aux intérêts globaux. Moscou semble même trop s’inquiéter, voire trahir l’importance de ses inquiétudes quand à son déclin. Le bouclier antimissile ne remet pas en cause la dissuasion entre les grandes puissances nucléaires. En effet, si la Chine qui dispose de quelques dizaines de missiles intercontinentaux dont la sophistication n’atteint pas celle des milliers de têtes russes ne s’insurge pas violemment alors pourquoi la Russie s’oppose-t-elle au déploiement du bouclier Américain, d’abord en Amérique du nord et ensuite en Europe?


Ce qui est en jeu n’est pas la perte de puissance brute de la Russie, perte qui est actée. Mais son décrochage statutaire. La parité nucléaire était encore un élément qui hissait Moscou au même rang que Washington mais désormais, même avec un bouclier antimissile expérimental et manifestement loin d’être au point, les É-U font perdre à la Russie les derniers vestiges du prestige de l’URSS.


Nous avons déjà vu ce genre de diplomatie à l’œuvre tout près de chez nous, avec Jacques Chirac. L’importance démesurée que l’on donne au prestige, au statut, à la préservation des équilibres et des usages en vigueur, menacés par les bouleversements réels, palpables, effectifs des rapports entre acteurs internationaux.


La volonté de défendre contre les assauts des puissants « barbares » Yankees le droit international et une interprétation restrictive des traités existants témoigne d’une redécouverte opportune du « droit » au moment où l’on se rend compte que lui seul peut encore brider l’élan pris par la seule superpuissance restante.

Et la France dans tout ça? Le changement arrive trop tard car l’Amérique est, en réalité, déjà en train de rebrousser chemin. La démocratie américaine à cette vertu que la française n’a pas : le vote américain a aussi un impact sur la politique étrangère.

L’essentiel consistera pour notre nation à repenser son rapport avec le reste du monde. Chirac parti, c’est la fin d’une époque, c’est la fin d’un modèle qui, par ailleurs, était déjà très essouflé. Les relations personnelles entre le président de la République et les leaders de nombre de pays du Tiers-Monde, le surinvestissement diplomatique de la France dans des conflits  hypermédiatiques (israélo-palestinien et iraquien) et d’un intérêt limité eu égard aux intérêts en jeu (Liban, Côte d’Ivoire dans une certaine mesure) augurent d’un redéploiement vers l’Asie.

Cela a été dit par le candidat Sarkozy: la France n’a pas su prendre le virage de l’Asie. Cela est en partie du à un problème structurel: le Quai d’Orsay, la cellule diplomatique de l’Élysée sont un repaire de praticiens. Leur compétence n’est pas en cause mais le lien entre l’université, la recherche, la prospective et la pratique du métier de diplomate est très ténu en France (en dépit de plusieurs tentatives comme la formation du Centre de Prévision et d’Analyse dont les liens avec les diplomates furent promptement rompus). Résultat, notre diplomatie ne fait pas assez de prospective, elle manque de prévoyance, elle rate des occasions importantes.

C’est sans doute le principal chantier qui attend la France mais que le gouvernement Fillon n’entamera probablement pas ou si peu. Il n’a été fait aucune mention de cette problématique dans les discours du candidat Sarkozy (ni dans les discours des autres candidats à la présidentielle, encore plus éloignés de ce genre de préoccupations). C’est pourtant une véritable réforme qui devrait être engagée, une réforme de fond, qui rétablirait le lien entre l’étude et la pratique mais confierait également à l’Assemblée Nationale et au Sénat un véritable pouvoir de contrôle.

En réalité, l’enjeu est de démocratiser la conduite de la politique étrangère de la France. Selon, bien entendu, les grands axes de déploiement de notre activité extérieure, la « grande stratégie ». L’aspect proprement diplomatique quant à lui, parce que plus « tactique », se prête assez peu à ce genre de mise à plat: la confidentialité et une certaine continuité devant également être observée, elle se prête peu à ce genre d’exercice démocratique.

En outre, il y a à craindre qu’une grande personnalité au Quai d’Orsay, comme Bernard Kouchner, ne soient pas de nature à faciliter ce genre de réforme. La marque personnelle du « French doctor » risque de diminuer les possibilités de refonte diplomatique. En outre, d’anciens briscards de la « chiraquie » sont toujours présents au gouvernement et se sont plusieurs fois présentés comme les gardiens de l’orthodoxie lorsque le candidat Sarkozy avançait des idées nouvelles à l’automne 2006.

En somme, la France est par trop absorbée par des chantiers urgents, en matière de politique intérieure, comme redonner du pouvoir d’achat, réduire le poids de la fiscalité, mettre en oeuvre le service minimum dans les transports publics, et bien d’autres questions brûlantes du moment pour se préoccuper d’un enjeu qui intéresse peu les français.

Car, en effet, les français estiment que Jacques Chirac a eu raison de s’opposer à l’intervention américaine en Iraq, en 2003. Mais ils ne sont pas alertés au fait que cette décision a été prise par « chance », car elle l’a quand même été pour de mauvaises raisons, et en vertu d’un dysfonctionnement croissant de l’institution du Quai d’Orsay.

 

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Reader Comments (3)

Il ne faut pas céder au découragement ; les Républicains ont de très bon candidats, même s'il est dommage que Bush ne puisse pas briguer un 3ème mandat à l'instar de Roosevelt, en plein milieu d'une guerre contre la Terreur dont Bush a prévenu en 2001 qu'elle durerait plusieurs dizaines d'années.
D'ici les élections fin 2008, il peut se passer bien des choses.

Le désengagement américain du Vietnam faisait suite à 10 ans d'une guerre longue, cruelle et coûteuse ; la situation en Irak est totalement différente. Les terroristes ne contrôlent pas de zones comme au Vietnam. Il n'y a pas de régiments "Nord-Irakiens" ou iraniens en Irak.

Votre analyse sur la Russie est intéressante. Il serait plus que temps de s'en refaire une alliée au lieu de se chamailler.

Daisy a fait un article sur ce sujet : http://spqr7.wordpress.com/2007/06/05/quelle-mouche-pique-poutine/
et il y a un lien intéressant fourni par Julius. G dans les commentaires.
Au passage, merci de nous avoir signalé l'erreur.

Politique intérieure française : Ne cédons pas au pessimisme ; de toutes façons nous n'avons pas le choix.
juin 17, 2007 | Unregistered Commenterspqr
ur notre dernier article :

http://spqr7.wordpress.com/2007/06/15/la-plus-bete-du-monde/

un post gratiné (le n° 1) à lire absolument !

Jusqu'à présent nous avions reçus des posts hargneux, haineux, insinuants, menaçants de façon voilée, mais maintenant ce sont carrément des menaces de mort sans ambiguïté, toujours par le même énergumène anonyme qui change de pseudo constamment.
Je le garde car cela permet de montrer à tous le vrai visage de la gauche d'aujourd'hui.
juin 17, 2007 | Unregistered Commenterspqr
Je ne suis pas tellement pessimiste mais je regrette qu'une réforme profonde du Quai d'Orsay, vénérable institution, ne soit pas envisagée. Car après Sarkozy, la politique du Quai pourrait bien être de retour.

juin 19, 2007 | Registered CommenterLéviathan

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