« Préjuger se conjugue avec Turquie | Main | Le IIIe Empire »

La revanche de Lloyd George

Posted on lundi, juillet 9, 2007 at 10:08AM by Registered CommenterLéviathan in , , , , | Comments1 Comment

Par Koenigstiger

lloydgeorgeqw4.jpgTony Blair a quitté le 10, Downing Street en juin dernier. Si le bilan économique est excellent, c’est surtout la mutation idéologique qui reste la plus grande des avancées « blairistes », même si celle-ci doit s’installer dans la durée.

Quand, en 1997, Tony Blair gagne les élections face au Parti Conservateur, la victoire n’a pas seulement été acquise grâce aux sourires et au charisme du jeune avocat, elle est due à une mutation idéologique de première ampleur. Dix ans et deux réélections plus tard, Tony Blair doit laisser la place à son lieutenant, Gordon Brown, écossais comme lui et quitter son poste de Premier Ministre.

La « Troisième voie » vantée par Blair et Brown reprenait cette volonté de concilier l’économie de marché et un certain niveau de standards sociaux. Au fond, cette conception n’est pas originale puisque déjà, le radicalisme prôné par Lloyd George au début du XXème siècle avait déjà cet objectif en tête.

C’est ainsi que les deux cabinets présidés par Asquith entre 1908 et 1914, avaient fait de la Grande-Bretagne, le deuxième État-providence du monde après l’Allemagne (marquée par les réformes de Bismarck).

Seulement, les années ont passé et au duopole Conservateurs/Libéraux, s’est substitué l’affrontement Conservateurs/Travaillistes. Le Libéralisme « orthodoxe » britannique s’est rallié au Conservatisme, ne laissant au Travaillisme que l’aile radicale. Tony Blair se rattache davantage à la tradition « radicale » défendue par Lloyd George qu’à la tradition travailliste « orthodoxe » d’un Attlee ou d’un Bevan.

Le travaillisme « à la Blair », tient donc de ce radicalisme, sorte de libéralisme de gauche, soucieux de concilier progrès social et prospérité économique. En fin de compte, la « Troisième voie » de Blair signe la victoire posthume de Lloyd George sur le Labour de MacDonald : la victoire du pragmatisme que représente une économie sociale de marché face à l’idéologie qui prônait la nationalisation des moyens de production tel qu’inscrit dans la charte fondatrice du Labour.

tonyblairdy6.jpgL’apport de Blair à la doctrine travailliste est allé plus loin qu’une simple redéfinition des rapports économiques entre l’Etat et le secteur privé. C’est pour cela qu’on peut légitimement parler d’un « néo-travaillisme ».

En effet, autre point de rupture avec l’idéologie traditionnelle du Labour, la politique interventionniste de Blair et son inspiration libérale. Là où le Old Labour fustigeait la guerre « impérialiste » ne se ralliant qu’au principe de la lutte contre ce dernier, le New Labour reprend les thèses chères aux libéraux britanniques des années 1930 : l’opposition à l’appeasement face aux dictatures et aux totalitarismes, voulu par Baldwin ou Chamberlain.

De même, la politique étrangère des cabinets (libéraux) de Asquith s’appuie sur une moralisation des relations internationales (au moins en paroles) : la démocratie libérale face à la démocratie autoritaire, perspective qui peut être rapprochée de la vision du monde d’un Tony Blair, profondément marqué par son christianisme.

De même, la politique de défense se rapproche de celle entreprise par le cabinet Asquith à la différence que Blair n’a pas hésité à affronter sa propre majorité sur la question de la rénovation de la flotte sous-marine nucléaire là où les Libéraux avaient obtenu le soutien conservateur en plus de l’appui des leurs.

Aux vieilles thèses travaillistes de l’internationalisme, de la socialisation de l’économie et du pacifisme, le « Néo-travaillisme », avec Tony Blair, aura fait du Labour, un authentique parti libéral de gauche dans la droite ligne de Lloyd George qui a, ici, obtenu une victoire idéologique posthume.

 

PrintView Printer Friendly Version

EmailEmail Article to Friend

Reader Comments (1)

Merci pour ce rappel historique.

Puis-je cependant ajouter que si l'entreprise de T.Blair avec son New Labour a réussi, c'est que Maggie Tatcher avait rudement secoué le cocotier auparavant.
juillet 11, 2007 | Unregistered CommenterFrancine

PostPost a New Comment

Enter your information below to add a new comment.

My response is on my own website »
Author Email (optional):
Author URL (optional):
Post:
 
Some HTML allowed: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>