Entries in Europe (8)

Ces musulmans qui disent non à l'islamisme

Posted on lundi, septembre 3, 2007 at 06:08PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , | Comments6 Comments | EmailEmail | PrintPrint

Mohamed Sifaoui récidive et pour le meilleur. ARTE a en effet diffusé un reportage le mardi 28 août 2007 intitulé « Ces musulmans qui disent non à l’islamisme » dont lw premier volet est consacré au combat de Mohamed Sifaoui et de bien d’autres « musulmans démocrates » contre le totalitarisme islamiste.

Le même Mohamed Sifaoui en fait une présentation sur son blog que chacun peut lire avant de visionner le reportage sur Dailymotion (ou sur ce blog).

 

 

Un homme en colère, première partie (sur Dailymotion)



 

Un homme en colère, troisième partie (sur Dailymotion)


La tentation obscurantiste

Posted on mardi, août 7, 2007 at 04:39PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

latentationobscurantistez5.jpgCaroline Fourest nous présente ses réflexions suite à la publication de « La tentation obscurantiste » (où elle décortique la tendance d’une partie de la gauche à s’allier avec les nouveaux obscurantistes, en particulier les islamistes et leur rhétorique antisémite)  dans une conférence donnée à la Fondation Gabriel Péri (c’est une fondation créée à l’initiative du PCF qui se définit comme une structure libre de toute instrumentalisation politique et se veut « espace de rencontre [et] de confrontations pour favoriser l’émergence […] de propositions utiles à la construction d’une Europe et [d’]un monde démocratique et de progrès social »).

Dans cette conférence, Caroline Fourest revient sur la conférence de Durban consacrée à l’antiracisme, organisée par les Nations Unies, en Afrique du Sud. du 2 au 9 septembre 2001.

Mme Fourest s’aperçoit, en effet, que « des militants antiracistes, européens, principalement, étaient prêts à manifester avec des militants clairement islamistes, à cette conférence, en tenant des propos clairement antisémites ». Non pas antisionistes mais antisémites puisque les tracts qui circulaient regrettaient Hitler et que les livres vendus à cette conférence « antiraciste » n’étaient autres que les Protocoles des Sages de Sion, déclare la conférencière.

Pour la fondatrice de Pro-Choix (avec Fiametta Venner et Moruni Turlot) et d’autres militants demeurés imperméables à la « tentation », ce fut un choc. C’est ce choc qui a poussé Caroline Fourest à écrire ce livre, celui cité en tout début de texte, destiné à comprendre, à faire comprendre. Peut-être mais c’est une pensée personnelle, Caroline Fourest a-t-elle voulu tenter de soigner, un peu à la manière de Raymond Aron dans « L’Opium des intellectuels », publié en 1955 et qui s’en prenait à la tentation stalinienne, plus largement totalitaire, de nombreux intellectuels de gauche de l’après-guerre.

Ce cadre ne serait pas complet sans évoquer le contexte général qui se matérialisa après Durban : en effet, il y a eu les attentats du 11 septembre 2001. George Walker Bush, qui n’est le chouchou de personne ou presque, c’est peu de cas de le dire, incarne alors la lutte contre l’islamisme, la « guerre au terrorisme » pour reprendre l’expression consacrée (ce qui est, en réalité, autre chose que lutter contre le totalitarisme islamiste). C’est alors, nous dit Fourest, que deux tentations émergent : l’une estimant que l’islam est la seule source de l’extrémisme et donc du terrorisme, l’autre, plus élaborée, vient de la gauche et estime que puisqu’il existe un risque réel d’amalgame (islam=islamisme, arabe=musulman, musulman=terroriste) « alors il va peut-être falloir un tout petit peu arrêter de critiquer l’intégrisme musulman, voire même il va falloir tisser des passerelles avec ces gens qui incarnent la résistance, finalement, à l’impérialisme américain et au sionisme ».

Notre conférencière ajoutera (je le précise par souci d’honnêteté) que le processus suivi par nombre de consciences de gauche n’a sans doute pas été aussi conscient mais il n’a pas non plus été gêné de la présence de militants des Frères musulmans au sein de différents Forums Sociaux Européens.

Ce cadre posé – je viens, en réalité, de résumer les deux premières parties de la conférence – j’aimerais vous faire part de quelques réflexions ayant trait aux liens entre l’antisionisme et l’antisémitisme ainsi qu’aux perspectives de paix pour Israël et ses ennemis et qui s’inspirent de ce que je viens de reproduire des deux premières parties de la conférence de Caroline Fourest, avant de vous laisser écouter la suite.

 

La tentation obscurantiste à l’assaut d’Israël

menorahbirthdayqy2.jpgLa première réflexion c’est que la gauche a, de tous temps été divisée (c’est une lapalissade, je vous l’accorde) mais elle l’a été, notamment autour d’une ligne de clivage essentielle depuis la fin de la Seconde guerre mondiale: d’une part la gauche anti-impérialiste, de l’autre la gauche anti-totalitaire.

Bien sûr, certaines tendances de gauche peuvent cumuler les deux (comme, notamment, Charlie Hebdo et Pro-Choix) mais je souhaite surtout revenir sur ces mots qu’a eu George Orwell, il y a près d’un demi-siècle : « la gauche est antifasciste, elle n’est pas antitotalitaire » (paraphrase). Cette citation de circonstance (elle n’est pas toujours valable) à le mérite de fournir un début d’explication : la gauche anti-impérialiste s’acoquine avec certains totalitaires (qu’elle appelle « résistants ») pour les besoins de la cause.

La deuxième réflexion, concerne le lien entre antisionisme et antisémitisme. Il me semble que dans l’écrasante majorité des cas, un antisioniste cache un antisémite. Certes, intellectuellement, les deux principes peuvent être dissociés et l’on trouvera certainement un ou deux antisionistes qui ne sont pas du tout antisémites. Or, le point que je voudrais aborder n’est pas celui-ci même s’il m’y conduit : le sionisme étant l’idée nationale, juive israélienne, être antisioniste c’est souhaiter la destruction de l’État d’Israël en tant que patrie des Juifs.

Les antisionistes ont beau jeu de déclarer que l’État d’Israël est raciste puisque c’est une patrie qui, explicitement du moins, est exclusivement destinée aux Juifs. Ce à quoi nous pourrions répondre que la France est la patrie du peuple français et que nul n’y voit la preuve d’un racisme ontologique. C’est alors qu’un antisioniste rétorquera que Israël est une théocratie puisque le juif est celui qui professe sa foi dans le judaïsme. Au secours, Maimonide!

Une amie historienne m’a appris récemment que Maimonide avait fait la distinction, précisément, entre juif/peuple et juif/religion. Théodore Herzl, pour sa part, destine la patrie des Juifs aux juifs qui se sentent la fibre nationale juive (israélienne depuis 1948) et tandis que les autres juifs restent, bien entendu, libres de s’assimiler, ou d’être des « français israélites », par exemple (renonçant à leur appartenance au peuple juif sans pour autant renoncer à leur foi), pour reprendre son expression dans « De l’État des Juifs ». À charge de preuve, l’on peut devenir citoyen israélien si l’on a un parent (ou un de ses grands-parents) juif quelque soit son sexe. Autrement dit, si votre père est juif mais pas votre mère, vous n’êtes pas religieusement juif mais vous pouvez vous réclamer du peuple juif et, à ce titre, vous pouvez acquérir la nationalité israélienne.

Il va donc sans dire que l’antisionisme paraît, d’emblée, suspect, notamment parce qu’il charrie dans son sillage nombre de préjugés à l’égard des juifs, de leur religion, d’Israël et des liens que ceux-ci entretiennent avec ceux-là. le tout avec la mauvaise foi caractéristique de nombre d’antiracistes dont la « pureté de la foi » dispense de l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire.

D’un autre coté, il est vrai que Israël n’est pas une démocratie exemplaire mais quand vient le temps de se faire le redresseur de torts, en France nul ne souhaite la destruction de la France (quoique des fois, la question se pose), dès lors pourquoi souhaiter la destruction d’Israël au lieu d’engager une lutte pour les droits civils dans le respect de sa constitution (i.e. de ses lois fondamentales puisqu’il n’y a pas de constitution israélienne)?

israelpalestinepuzzlepy8.pngDernière réflexion : Rabin (juif, probablement agnostique, sioniste et partisan de la paix) disait qu’on ne fait la paix qu’avec ses ennemis. Que ceux qui aiment la paix sachent qu’ils doivent la faire avec leurs ennemis et non pas en souhaitant leur destruction. 

En conclusion, dénoncer le colonialisme israélien n’autorise pas à prétendre que Israël est, dans son essence, un État colonial. Israël est colonial uniquement en Cisjordanie et au Golan comme la France a pu l’être, hors de la métropole, à un moment de son histoire. Accepter cette simplification abusive, cet amalgame entre sionisme et racisme, Israël et impérialisme, c’est faire le jeu de ceux qui souhaitent la destruction de l’État des Juifs, c’est vouloir faire la « paix » sur les décombres de l’État hébreu, puisqu’il n’a plus, dès lors, aucune légitimité. Enfin, l’anti-impérialisme de cette gauche qui s’acoquine aux totalitaires est effectivement aveugle au totalitarisme du Hamas et de nombre d’ennemis d’Israël et préfère combattre une démocratie imparfaite en s’alliant avec de parfaits fascistes.

 

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La conférence de Caroline Fourest donnée à la Fondation Gabriel Péri

 

L’AKP en mutation ?

Posted on samedi, juillet 28, 2007 at 01:59PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

Par Koenigstiger

L’AKP a gagné pour la deuxième fois consécutive les élections législatives en Turquie.

Mais l’AKP de 2007 est-il encore celui de 2002 ?

C’est sans surprise que l’AKP, le parti « islamiste modéré » de Recep Tayyip Erdogan, soit arrivé en tête au cours de ces élections générales, dénouement d’une crise politique ouverte par la candidature d’Abdullah Gül à la Présidence de la République de Turquie. Le nombre de suffrages recueillis par l’AKP, par contre, est bien une surprise.

En 2002, l’AKP avait obtenu environ 33% des voix contre 18% au parti principal d’opposition, les néo-kémalistes du CHP dirigé par Deniz Baykal et seul un système électoral bancal avait permis à l’AKP d’obtenir une majorité d’environ 65% au Parlement, excluant de facto près de 50% des votants (le système électoral turc est une proportionnelle par circonscription départementale où les partis doivent obtenir au moins 10% au niveau national pour que leur liste entre au Parlement).

Or, en 2007, la donne s’est inversée: l’AKP a vu diminuer le nombre des sièges qu’il occupe tandis que le nombre des suffrages exprimés en sa faveur a bondi passant à 47% des votants.

Ce constat est déjà une première indication : l’AKP de 2002 avait bénéficié avant tout du vote des Anatoliens soit  pris par l’exode rural soit demeurés ruraux, c’est-à-dire d’un vote conservateur motivé par des raisons idéologiques ou religieuses, tandis que l’AKP de 2007 a bénéficié des suffrages d’un électorat plus varié. Si la base électorale du Parti reste les Anatoliens conservateurs (tant les ruraux que les « calvinistes » industrieux et religieux), elle s’est élargie vers une certaine petite et moyenne bourgeoisie désabusée de l’incapacité des « progressistes » du CHP à défendre une démocratie libérale mais rassurée par la volonté de l’AKP de réformer dans un sens plus libéral la « démocratie » turque. C’est, dans cette perspective, celle d’une démocratie authentique où la société civile prendrait enfin sa place en jouissant de véritables droits politiques. Mais aussi les Kurdes qui ont constaté que l’AKP était prêt à faire certaines concessions sur le plan culturel, envers les minorités en général lesquelles ont constaté que l’AKP les respectait bien plus plus que toutes les générations passées et présentes de néo-kémalistes jacobins et des généraux de l’armée.

Seconde raison du succès de l’AKP : l’économie. L’économie turque croît actuellement au rythme de 6-7% par an, ce qui est considérable. Certains esprits chagrins pourront rétorquer qu’il s’agit d’un « rattrapage » suite à la crise de 2001 ou bien qu’il s’agit tout simplement de l’application du programme du FMI, mais on ne peut nier que l’économie turque profite d’une dynamique qui a été favorisée par les réformes réalisées par le gouvernement Erdogan depuis 2002.

L’inflation a chuté, la croissance reste forte et l’économie est dynamique : tout cela est le fruit d’une politique de réformes fiscales, sociales et économiques mais aussi d’une volonté de la part de Erdogan de vouloir durablement, inscrire l’économie turque dans la mondialisation. C’est pourquoi l’AKP a reçu le soutien de la TÜSIAD (la principale association des entrepreneurs turcs) pour ces élections. En effet, la prospérité relative et le sentiment que la situation économique s’améliorait, ont été un des principaux facteurs du vote AKP le 22 juillet dernier.

Toutefois, une question demeure : l’AKP a-t-il évolué ? Est-il toujours ce parti islamiste dont les chefs étaient partisans d’utiliser « le train de la démocratie pour arriver à la station » de l’État islamiste soumis à la Charia, la loi islamique (Erdogan en 1996)? Ou bien est-il devenu un parti « centriste » comme ce même Erdogan le déclarait le soir du 22 juillet à une foule enthousiaste mêlant jeunes bourgeois libéraux, filles voilées et chefs d’entreprise?

L’AKP a voulu donner une image pour ces élections: celle d’un parti national, ce que les Allemands appellent un « Volkspartei », un parti populaire, capable de mobiliser au-delà d’un électorat type. Pour cela, Erdogan avait exclu certains des « anciens combattants » du parti de la liste électorale, et tout particulièrement les membres du Milli Görüs, l’association national-islamiste turque, leur préférant des libéraux voire des sociaux-démocrates, favorables à la démocratie libérale et donc à un calendrier de réformes politiques toujours plus libérales.

Erdogan a alors confirmé sa volonté de rester dans le consensus national à propos de la laïcité et a voulu donner des gages quant à l’ancrage de son parti dans le cadre démocratique afin de désarmer ses adversaires qui l’avaient dépeint comme un agent des Etats-Unis, un dangereux islamiste, pro-wahabbite ou favorable au démantèlement de la Turquie.

L’AKP, après quelques flottements (que l’on pense à la décision de re-pénaliser l’adultère ou d’interdire l’avortement), a compris que le rapport de force n’était pour l’instant pas en faveur d’un programme réactionnaire et autarcique. Aussi le parti s’est-il converti au pragmatisme : il est le seul des partis à n’avoir pas rejeté le plan du FMI et à avoir établi son programme economique dans le cadre des contraintes imposées par ce dernier. Il s’est engagé dans les négociations d’adhésion avec l’UE, il a accepté de renoncer à remettre en cause la laïcité, il a réformé les lois pour améliorer le statut de la femme, il a tenté d’améliorer un système scolaire et universitaire sur certains aspects défaillant, afin d’améliorer la formation des jeunes, il a renforcé sur de nombreux points la démocratie et les libertés publiques, donnant ainsi un rôle plus important à la société civile. Bref, l’AKP a incarné le parti du changement après des années de sclérose.

En ce sens, le pari est réussi : l’AKP a accepté durant ses élections, le manteau d’un conservatisme libéral, manteau qu’il avait hésité à enfiler au cours de ces 5 ans d’exercice du pouvoir. On est toujours quelque part prisonnier de l’image que l’on donne ou que l’on veut donner : l’AKP n’a et ne fera pas exception.

Bien plus qu’un parti islamiste, l’AKP se sera résigné à devenir un parti conservateur à l’européenne, ferme sur les valeurs, s’appuyant sur un fond idéologique mais pragmatique dans les faits. Ce sera donc à la Turquie d’en juger dans 5 ans.

La revanche de Lloyd George

Posted on lundi, juillet 9, 2007 at 10:08AM by Registered CommenterLéviathan in , , , , | Comments1 Comment | EmailEmail | PrintPrint

Par Koenigstiger

lloydgeorgeqw4.jpgTony Blair a quitté le 10, Downing Street en juin dernier. Si le bilan économique est excellent, c’est surtout la mutation idéologique qui reste la plus grande des avancées « blairistes », même si celle-ci doit s’installer dans la durée.

Quand, en 1997, Tony Blair gagne les élections face au Parti Conservateur, la victoire n’a pas seulement été acquise grâce aux sourires et au charisme du jeune avocat, elle est due à une mutation idéologique de première ampleur. Dix ans et deux réélections plus tard, Tony Blair doit laisser la place à son lieutenant, Gordon Brown, écossais comme lui et quitter son poste de Premier Ministre.

La « Troisième voie » vantée par Blair et Brown reprenait cette volonté de concilier l’économie de marché et un certain niveau de standards sociaux. Au fond, cette conception n’est pas originale puisque déjà, le radicalisme prôné par Lloyd George au début du XXème siècle avait déjà cet objectif en tête.

C’est ainsi que les deux cabinets présidés par Asquith entre 1908 et 1914, avaient fait de la Grande-Bretagne, le deuxième État-providence du monde après l’Allemagne (marquée par les réformes de Bismarck).

Seulement, les années ont passé et au duopole Conservateurs/Libéraux, s’est substitué l’affrontement Conservateurs/Travaillistes. Le Libéralisme « orthodoxe » britannique s’est rallié au Conservatisme, ne laissant au Travaillisme que l’aile radicale. Tony Blair se rattache davantage à la tradition « radicale » défendue par Lloyd George qu’à la tradition travailliste « orthodoxe » d’un Attlee ou d’un Bevan.

Le travaillisme « à la Blair », tient donc de ce radicalisme, sorte de libéralisme de gauche, soucieux de concilier progrès social et prospérité économique. En fin de compte, la « Troisième voie » de Blair signe la victoire posthume de Lloyd George sur le Labour de MacDonald : la victoire du pragmatisme que représente une économie sociale de marché face à l’idéologie qui prônait la nationalisation des moyens de production tel qu’inscrit dans la charte fondatrice du Labour.

tonyblairdy6.jpgL’apport de Blair à la doctrine travailliste est allé plus loin qu’une simple redéfinition des rapports économiques entre l’Etat et le secteur privé. C’est pour cela qu’on peut légitimement parler d’un « néo-travaillisme ».

En effet, autre point de rupture avec l’idéologie traditionnelle du Labour, la politique interventionniste de Blair et son inspiration libérale. Là où le Old Labour fustigeait la guerre « impérialiste » ne se ralliant qu’au principe de la lutte contre ce dernier, le New Labour reprend les thèses chères aux libéraux britanniques des années 1930 : l’opposition à l’appeasement face aux dictatures et aux totalitarismes, voulu par Baldwin ou Chamberlain.

De même, la politique étrangère des cabinets (libéraux) de Asquith s’appuie sur une moralisation des relations internationales (au moins en paroles) : la démocratie libérale face à la démocratie autoritaire, perspective qui peut être rapprochée de la vision du monde d’un Tony Blair, profondément marqué par son christianisme.

De même, la politique de défense se rapproche de celle entreprise par le cabinet Asquith à la différence que Blair n’a pas hésité à affronter sa propre majorité sur la question de la rénovation de la flotte sous-marine nucléaire là où les Libéraux avaient obtenu le soutien conservateur en plus de l’appui des leurs.

Aux vieilles thèses travaillistes de l’internationalisme, de la socialisation de l’économie et du pacifisme, le « Néo-travaillisme », avec Tony Blair, aura fait du Labour, un authentique parti libéral de gauche dans la droite ligne de Lloyd George qui a, ici, obtenu une victoire idéologique posthume.

 

Arno Klarsfeld, Israël et ses ennemis

Posted on dimanche, mars 4, 2007 at 09:52PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , | Comments4 Comments | EmailEmail | PrintPrint

Arno Klarsfeld est un paradoxe. Il est à la fois un brillant avocat et un drôle de « crétin ». Je dis cela sans prendre en compte le sens péjoratif - et bien plutôt affectueux* - de ce dernier terme mis entre guillemets car je pense précisément, et comme beaucoup, au verre d’eau lancé à la figure de Robert Ménard sur le plateau de « Tout le monde en parle ».

Bien sûr, cette prise de position de ma part ne préjuge absolument pas d’une opinion négative à propos de maître Arno Klarsfeld car je lui voue une grande estime. Et cela d’autant plus que je voudrais explorer une facette des raisons pour lesquelles il s’est engagé dans les Magav, les gardes frontières israéliens, dans un contexte d’Intifada et de « démonisation » d’Israël par les médias et l’ensemble de l’intelligentsia « bien pensante ». Peut-être est-il temps de m’associer à ceux qui veulent rompre avec ce consensus moraliste qui flirte dangereusement avec un anti-sionisme qui est fondamentalement d’inspiration antisémite - même si je continue de croire que parmi ceux qui s’en réclament, certains ne sont pas foncèrement antisémites mais simplement mal outillés pour comprendre ce conflit.

arnoklarsfeldmagavvn7.jpgArno Klarsfeld est parfois excentrique et il y a dans sa personnalité bien des aspects qui peuvent choquer et susciter le rejet mais je voudrais au contraire montrer qu’on ne doit pas s’arrêter à quelques gestes ou propos regrettables tenus par maître Klarsfeld et tout au contraire creuser. Creuser en ce sens i.e. vers un aspect, essentiel, de sa pensée telle qu’il l’exprime dans le Grand Journal de Michel Denisot - ndla: la vidéo est disponible à la fin de ce texte. Maître Arno est pour une solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien et pour le partage de Jérusalem. Cette position, il la retient alors qu’il a été confronté à la réalité de la situation sur le terrain, à la frontière israélo-palestinienne, pas loin d’Hébron.

C’est là que gît le paradoxe - apparent - entre cet homme qui cite Spinoza pour qui la vertu doit être poursuivie pour l,’amour du bien et non pour la récompense d’un au-delà plein de félicité et qui s’engage dans un des conflits les plus hideux qui soient. Non pas, devrais-je préciser, que le conflit israélo-palestinien est le plus meurtrier, loin s’en faut d’ailleurs, mais il suscite des passions qui chez l’être humain comptent parmi les plus abominables qui soient et maître Arno en est sorti indemne, ou plutôt grandit comme l’atteste son témoignagne chez Denisot.

Toutefois, je voudrais ici quitter l’inspirateur et l’origine de mon impulsion à écrire ce texte pour amener mes lecteurs vers d’autres cieux où je tenterai d’expliquer pourquoi un maître Klarsfeld a été poussé à s’éloigner, un tant soit peu, de la France pour nouer avec Israël une relation de citoyenneté.

Par passions abominables, j’entends, certes, dénoncer le racisme anti-arabe d’une partie de la société israélienne - racisme ordinaire et comparable à celui qui sévit dans d’autres sociétés démocratiques le temps d’une longue guerre - qui est confrontée à une guerre d’usure menée par un ennemi implacable, retors et immoral. Les idéaux humanistes du sionisme des pionniers et des fondateurs de l’État d’Israël ont souffert de la longue croisade négationniste menée par ses ennemis. L’éthique du combattant qui épargne les civils autant que faire se peut n’est décidément pas dans l’esprit des terroristes (Fedayins des années 1950/70, terroristes islamistes depuis les années 1980) qui assaillent Israël et tuent des juifs essentiellement pour ce qu’ils sont.

Ce n’est pas pour excuser le racisme lorsqu’il est le fait de juifs (ni même pour faire oublier un antisémitisme incomparablement plus répandu chez les ennemis d’Israël) mais de pointer ici une réalité vécue par la population d’Israël que le reste du monde s’échine à ignorer. Car, dès le départ, pour les élites Arabes et Musulmanes de la province Ottomane du Cham, le Juif ne pouvait pas, en raison de son infériorité théologique (transfigurée depuis en infériorité raciale), disposer de la souveraineté sur un morceau de territoire conquis par les armées islamiques au début de l’expansion de l’État médinois (lequel État allait s’installer à Damas puis à Bagdad, etc.).

drapeaudisraelpx4.jpgCe rejet d’Israël par ses voisins comme principale cause du conflit est occultée parce qu’Israël est aujourd’hui puissant et victorieux de nombreuses guerres d’anéantissement. Et les « forts » ont toujours tort sauf que … Sauf que cela n’enlève rien au fait qu’avant de soutenir inconditionnellement les « faibles », mieux vaut s’interroger sur ce qu’ils feraient s’ils étaient en position de force et, à défaut de jouer les devins, immergeons-nous dans leur monde, le temps de lire ce texte ( et relevons également que la situation au Proche-Orient permet à certains, pour qui le souvenir de la Shoah qui pèse tant, de s’en délivrer pour reprendre leurs bonnes vieilles habitudes antisémites).

Les ennemis d’Israël, en effet, ne s’embarrassent ni d’une Cour Suprême pour juger les crimes de guerre de leurs militants ni de préventions concernant l’impact de leurs actes de guerre (tuer un juif, c’est toujours bien). Le Hezbollah pilonne le nord d’Israël sans se demander où atterriront ses roquettes et le ni le Hamas ni le Djihad Islamique ne cherchent à attenter aux symboles de l’oppression qu’ils dénoncent avec véhémence. Jusqu’à aujourd’hui, aucun attentat-suicide n’a visé les parfois nombreux check points israéliens en territoire palestinien. Les terroristes, par ailleurs, se sont arrogés l’avant-scène médiatique en étouffant les germes d’un mouvement de guérilla palestinien localisé dans les montagnes de la Cisjordanie.

Ce mouvement de guérilla palestinien mutilé, mais finalement reconnu par le ministre des affaires étrangères d’Israël, Tzipi Livni, souffre non pas de la conduite d’Israël mais de l’immense popularité des « martyrs », c’est-à-dire de la très nette préférence qui est accordée aux actions spectaculaires de ces derniers à la fois par les médias du monde entier mais aussi par l’ensemble des faiseurs de l’opinion Arabo-musulmane (clercs, intellectuels, médias arabes, hommes politiques, etc.).

L’icône du « martyr » est une arme de guerre idéologique qui sert bien des intérêts autres que celui de la lutte contre Israël. Il accorde aux mouvements islamistes du monde entier une prime de visibilité et la palme des plus intransigeants des défenseurs du monde islamique. Il participe à la lente mais sûre montée de l’esprit fasciste dans les sociétés qui sont encore fortement influencées par les valeurs religieuses et il participe à la propagation d’une culture de mort, i.e. de la reddition totale de l’individu aux desiderata absolus de chefs religieux charismatiques dont les motivations sont politiques.

Les conventions internationales ne considèrent pas le terrorisme comme une méthode légitime de lutte. Il y a dans cette conception un problème moral difficilement soluble ou encore le signe d’une carence de la morale ordinaire des citoyens du monde entier. En effet, au sens strict, même la résistance française contre l’occupation nazie peut-être qualifiée de terrorisme (et donc paraître illégitime) et de nombreux supporters du Hezbollah, du Hamas et d’autres mouvements terroristes islamistes utilisent l’argument sans parcimonie pour les faire passer pour d’authentiques mouvements de résistance.

Or, peut-être faut-il introduire ici une distinction entre faits et valeurs, c’est-à-dire entre le terrorisme comme moyen et le terrorisme comme fin. On comprendra aisément que le terrorisme comme moyen est parfois, comme la trahison, la dernière ressource des justes. Mais, tout au contraire, jamais on ne comprendra que le terrorisme comme fin puisse être légitime car il constitue l’essence même de la tyrannie. Le terrorisme comme moyen est retenu parce que c’est la seule ressource disponible pour atteindre un objectif politique raisonnable, limité et objectivement réalisable. Le terrorisme comme fin en soi sert une ambition démesurée, illimitée et objectivement irréalisable sauf à contraindre son adversaire, s’il est un jour vaincu, à renoncer définitivement à sa sécurité, à sa dignité humaine ou à la vie .

Ces deux terrorismes ne peuvent pas être traités sur un même pied d’égalité. Et pour illustrer mon propos, je vais prendre l’exemple de l’action menée par deux terroristes du groupe Stern dans l’Égypte alors sous tutelle britannique en 1944. Michael Walzer, philosophe américain et auteur de « Guerres justes et injustes » nous livre sa réflexion:

3) En novembre 1944, Lord Moyne, Secrétaire d’État britannique au Moyen-Orient, fut assassiné par deux membres du groupe Stern, un groupe sioniste d’extrême-droite. Les assassins furent arrêtés quelques minutes après le meurtre par un policier égyptien. voici comment l’un des deux décrit son arrestation: « Nous étions suivis par un policier à motocyclette. Mon camarade était derrière moi. Je vis le policier le rejoindre (…) J’aurais pu facilement le tuer, mais je me contentai de (…) tirer plusieurs fois en l’air. Je vis mon camarade tomber de sa bicyclette. Le policier était déjà presque sur lui. Cette fois encore, j’aurais pu le tuer d’une seule balle, mais je ne l’ai pas fait. C’est ainsi que je fus arrêté ».

Ces trois cas ont un point commun: les « terroristes » font une distinction, qui a une signification morale, entre les gens que l’on peut tuer et ceux que l’on ne peut pas tuer. La première catégorie n’est pas composée d’hommes ou de femmes en possession d’armes, qui constituent une menace immédiate en raison de leur formation militaire et de leur engagement. Il s’agit de personnages officiels, d’agents politiques de régimes jugés oppresseurs. Ceux-ci bien sûr sont protégés par les conventions internationales (…). Mais une telle classification ne rend compte que partiellement de nos jugements moraux ordinaires. Car nous jugeons l’assassin par rapport à sa victime et, quand la victime ressembler à Hitler, par exemple, nous avons tendance à louer l’acte de l’assassin, même si nous ne lui donnons pas le nom de soldat. La seconde catégorie est moins problématique: les citoyens ordinaires, qui ne sont pas engagés dans une cause politique malfaisante - c’est-à-dire qui ne sont ni les responsables ni les exécutants de lois considérées comme injustes - se trouvent à l’abri d’une attaque, qu’ils soutiennent ou non ces lois. C’est ainsi que les enfants de l’aristocratie, les passants de Coventry ou même les policiers égyptiens (qui n’avaient rien à voir avec l’impérialisme britannique en Palestine) sont considérés comme les civils le sont militairement.  (Walzer 1977, 278)

Le morceau de phrase clé ici est « distinction, qui a une signification morale ». Il est essentiel que le terroriste opère comme les militaires une distinction entre ceux qui peuvent être tués et ceux qui ne doivent pas être tués. Parce que la morale conventionnelle exige d’épargner les vies innocentes - dans la mesure du maximum possible - alors le terroriste, qui a choisit un mode opératoire qui s’en écarte, doit s’efforcer de rétablir dans sa situation si particulière les critères impératifs de cette morale. C’est-à-dire que le terroriste, s’il sait qu’il rompt avec les principes énoncés dans les conventions internationales, n’en est pas moins astreint à manifester que cette posture n’est pas voulue mais qu’elle lui est imposée par les circonstances. Pour ce faire, il doit, même dans l’illégalité, rétablir l’essentiel des règles morales que toute action qui se veut légitime entraîne nécessairement dans son sillage.

Cet honneur du combattant - dont les origines sont immémoriales et dont l’exemple qui revient le plus souvent est celui du « code de la chevalerie » au Moyen-Âge - est totalement absent des considérations des terroristes manipulés par les leaders islamistes. Sur ce point, d’ailleurs, il faut revenir à l’histoire du terrorisme. En effet, il est souvent dit que les premiers terroristes étaient les Hashshâshîn du nom de la secte fondée par l’ismaélien Hassan-i-Sabbah. Le qualificatif de terroristes dans un contexte historique très différent du notre est à prendre avec des pincettes mais nous observerons, néanmoins, que si ces « premiers » terroristes étaient imprégnés d’une ferveur religieuse sans pareille, ils n’attentaient pourtant qu’à la vie des adversaires politiques de leurs maîtres.

Les populistes russes, à leur tour, ne tenteront de tuer que des hommes de pouvoir, en particulier « le grand-duc Serge, un homme personnellement impliqué dans la répression des mouvements extrémistes. » (Walzer 1977, p277). Or, les terroristes qui aujourd’hui frappent Israël, les Iraquiens, les Indiens et bien d’autres visent explicitement les civils. Ni les fonctionnaires de l’État jugé oppresseur ni ses militaires ne tombent dans des embuscades mais les écoliers dans les bus scolaires et les marchés qui accueillent leurs parents.

Ici je voudrais revenir sur certaines thèses émises, de-ci de là, par des citoyens ordinaires et des intellectuels bien en vue. Ces derniers estiment que l’oppression exercée par Israël sur les Palestiniens est telle qu’elle justifie parfaitement le recours à l’attentat-suicide. En effet, ils retiennent le suffixe « -suicide » pour étayer le point de vue selon lequel l’acte du terroriste suicidaire est altruiste. C’est manquer, il est vrai, de psychologie que de ne voir dans le suicide qu’un acte purement altruiste. Ici, je me permettrait d’aller contre Émile Durkheim car il reste des morts leur oeuvre sur terre et celle-ci prend un sens dès avant le sacrifice ultime tout autant qu’elle laisse une empreinte indélébile dans la mémoire des vivants.

Inutile de revenir aux guerriers Grecs Anciens pour savoir que l’être humain conscient de sa charnelle mortalité est en quête d’une certaine forme d’immortalité par l’accomplissement d’une oeuvre qui le distinguera à jamais des vivants qui n’eurent pas l’honneur de mourir au champ d’honneur. Par ailleurs, il est important de recadrer le conflit israélo-palestinien dans l’espace alloué aux représentations car si pour le terroriste et celui qui le soutien moralement tuer des juifs est un acte héroïque c’est que toute une éducation a été faite pour que cela soit considéré comme tel. En effet, l’Histoire nous enseigne, par contre, qu’il n’existe pas de peuples qui aient considéré comme valorisant de cibler des enfants.

Comment est-on parvenu à considérer héroïque ce qui relève de la lâcheté? C’est une curieuse inversion des valeurs qui s’est produite chez un certain nombre de musulmans - ce que Abdelwahhab Meddeb qualifierait de « Maladie de l’Islam » - et je crois que c’est tout à fait étranger au comportement d’Israël. Ce qui est insupportable n’est pas ce que Israël fait mais qu’Israël soit. Il faut pour effacer l’existence entière d’une communauté nationale un terrorisme des fins et non des moyens. J’explique cette insupportable émancipation juive en terre d’Israël pour la psyché islamiste dans un autre article publié sur ce blog aussi je ne m’étendrai pas sur ce point dans celui-ci. Mais je voudrais aborder un certain nombre de représentations erronées qui servent de caution morale au crime contre l’humanité perpétré par les islamistes Palestiniens.

D’abord Israël n’extermine pas les Palestiniens. C’est un comble qu’un peuple soumis à génocide par l’une des armées les plus puissantes du monde croisse aussi rapidement - accessoirement, peut-être que les juifs auraient-ils préféré subir ce genre de génocide de la part de nazis qui en réduisirent près de six millions. On se souvient qu’au Rwanda, il a suffit de machettes, d’armes légères et de deux mois pour exterminer 800 000 personnes. Par ailleurs, si les Palestiniens ont le droit à un État dans lequel ils seraient collectivement maîtres de leur destin, il n’en demeure pas moins que les plus grands tortionnaires des Palestiniens ne sont ni Juifs ni Israéliens mais Arabes et souvent musulmans, parfois chrétiens (les massacres de « Septembre noir »  en Jordanie en 1970 et les différents massacres commis à leur encontre au Liban soit par des miliciens chrétiens soit chiites par Amal à Sabra et Chatila en 1985 soit… palestiniens pro-syriens comme la Saïka à Tripoli en 1983) (Encel 2004 p).

D’autres peuples qui n’ont toujours pas réussi à obtenir satisfaction de leurs revendications nationales ne s’adonnent pas à ce type de terrorisme sans pour autant renoncer à d’autres manières de faire la guerre. Par exemple les Kurdes: ils sont morts par centaines de milliers dans des massacres perpétrés par les Turcs, les Iraquiens et les Syriens. Et si de nombreux africains meurent de faim et dans l’absence totale de reconnaissance de leurs malheurs (contrairement aux Palestiniens), aucun n’a jusque là tenté de commettre un attentat-suicide contre les oppresseurs blancs.

Certains esprits chagrins et par trop empressés de se porter systématiquement au secours de la réputation de la « sublime religion » objecteront que les Kurdes sont musulmans et donc que la logique du terrorisme n’est pas inhérente à l’islam. Et c’est tout à fait exact puisque les Kurdes n’ont pas été, à de rares exceptions près, éduqués à l’idéologie des islamistes. Et c’est en partie parce que ces derniers favorisent, très souvent dans cette région, la prépondérance de l’élément ethnique arabe. Quant aux africains noirs, pour leur « malheur », ils ne peut pas être dit qu’ils sont victimes des Juifs, ce qui, du même coup, ne provoque pas la surprise quant à leur manque de « réactivité terroriste » devant leur misère parfois extrême.

L’idée ici n’est pas faire un procès pour antisémitisme à tous ceux qui « comprennent » le terrorisme des islamistes Palestiniens - car beaucoup ne haïssent pas les Juifs - mais de pointer du doigt une carence dans leur raisonnement. En effet, il faut à l’évidence se rendre compte que le terrorisme n’est jamais l’arme de l’extrême dénuement que se complaisent parfois à nous dépeindre les thuriféraires de la cause palestinienne. Le terrorisme, c’est l’arme de ceux qui peuvent se permettre d’avoir une idéologie et pour avoir quelques idées politiques, il ne faut pas être occupé à déterrer des racines à manger pour survivre.

Or, il faut relever que tout un système cohérent mais néanmoins parfaitement fallacieux de représentations s’est mis en place progressivement autour du conflit qui oppose Israël au peuple Palestinien. Le fond de ce raisonnement spécieux a été construit sur une injustice historique dont les Palestiniens auraient été les victimes. C’est la thèse de la Nakba, cette catastrophe qui aurait été la déportation de centaines de milliers de Palestiniens afin que l’État d’Israël prenne place dans une partie de l’ancien mandat britannique sur la Palestine. Par ailleurs, cette thèse est reprise sous le nom de « péché originel d’Israël » par les nouveaux historiens israéliens.

L’idée même d’une déportation planifiée par les organisations sionistes combattantes est issue d’une exagération. Le procédé consiste à amplifier les massacres perpétrés par des groupuscules sionistes radicaux - et par ailleurs combattus par la Haganah - pour faire croire que les exemples abondent d’évènements qui furent de tragiques actes isolés. Ces actes isolés furent repris à leur tour par la propagande de guerre des radios arabes en ondes à ce moment là et ils furent délibérément amplifiés pour condamner aux yeux du monde la cause sioniste et mobiliser également le plus d’arabes possible au service de la cause - pas encore palestinienne - de la destruction d’Israël. Bien entendu, il ne s’agit pas d’excuser les criminels qui perpétrèrent ces massacres au nom d’un idéal sioniste dévoyé mais de resituer dans son contexte la naissance de l’État moderne d’Israël.

En effet, dans les années 1947-9, au moins trois grands mouvements de populations eurent lieu dans le sillage de l’apparition d’États-nations modernes. D’abord, le déplacement vers la RFA de près de dix millions d’Allemands fuyant la Silésie et la Prusse Orientale sur laquelle allait désormais d’établir la Pologne (il existe d’ailleurs un mouvement allemand - politiquement très embarrassant pour Berlin - qui réclame des compensations à la Pologne). Ensuite, le déplacement de millions d’Hindous et d’Indiens musulmans de part et d’autre de la frontière entre l’Inde et le Pakistan Occidental et entre l’Inde et le Pakistan Oriental. Dans dans le dernier cas, ces déplacements de population provoquèrent une hécatombe parmi les personnes concernées par la relocalisation de leur habitat. Enfin, le troisième cas nous est bien connu, c’est celui qui amena les populations juives et arabes de Palestine à partiellement se séparer. Le mobile derrière tous ces déplacements/échanges de population (car des juifs établis en Judée-Samarie/Cisjordanie se déplacèrent également vers l’ouest, vers Israël) est de conformer la géopolitique d’une région donnée et habituée aux grands empires à l’exigence d’un nouveau partage fondé sur l’État-nation.

Dans le même ordre d’idées, l’éclatement de la Yougoslavie est également du au fait que les peuples qui constituaient cet État multinational ne souhaitaient plus vivre ensemble et lorsqu’ils ne se sont pas séparés géographiquement pour se retrouver dans l’État d’un autre, des massacres ont été perpétrés. Enfin, si la Nakba demeurera chez les Palestiniens, les Arabes et leurs sympathisants un évènement tragique de mémoire historique, il n’en demeure pas moins que c’est assez largement un mythe fabriqué pour servir un dessein politique anti-israélien. À partir de ce mythe qui refuse d’appliquer à l’histoire d’Israël les comparaisons adéquates dans le but évident d’incriminer le projet sioniste tout entier va être édifiée tout un ensemble d’approches retorses envers Israël.

Désormais, et même depuis le début de son indépendance, Israël ne sera jamais jugé à l’aune des critères qui valent pour les autres nations et ainsi l’on se permettra de décrier un génocide à Jénine en dépit du nombre par trop « infime » des victimes pour une tragédie de cette catégorie (génocide qui, dans des combats qui se déroulaient en milieu urbain « n » ‘a vu la mort d’environ 25 soldats israéliens, 25 combattants palestiniens et 25 civils palestiniens). On retiendra aussi le seul massacre de Sabra et Chatila de 1982 parce que l’armée israélienne était a proximité et qu’elle n’a pas remplit ses obligations conformément à la IVe convention de Genève mais on oubliera tous les autres Sabra et Chatila qui n’étaient pourtant pas moins cruels mais n’offrent pas l’opportunité de faire porter le blâme par Israël. Et puis, d’une manière générale et répétitive, l’on fustigera les erreurs de tir de Tsahal ou encore les réponses « disproportionnées » de la Heyl Ha’Avir sans prendre la peine de comparer la fréquence de ces erreurs ou l’ampleur de ces ripostes avec celles commises ou engagées par d’autres armées modernes du même calibre ou d’autres États confrontés à des situations comparables. La comparaison entre Israël et les autres États ne sera pas raison et les Juifs Israéliens dont le projet sioniste était foncièrement celui d’une sortie de l’ « errance » et du statut d’exception si dénigrant qui l’accompagnait sera contrecarrée par nombre de ces goyim qui un ou deux millénaires durant ne cessaient de leur en faire le reproche.

Curieuse ironie historique du Juif toujours mouton noir de la famille humaine - je ne veux pas exagérer: il existe de nombreux non-juifs et je crois une majorité qui ne croient pas que les Juifs sont un peuple tellement à l’écart mais qu’ils ont, comme tous ceux qui ont la conscience de faire partie d’un peuple, une personnalité particulière parfaitement légitime - au sujet de qui toute pondération dans l’appréciation est impossible.

* « Crétin! »  J’ai toujours aimé cette invective - à peine une insulte- définitive et affectueuse. Oui, affectueuse. Le crétin, c’était autrefois l’idiot du village, l’innocent. Les écrivains en ont fait un type : le dos voûté, le regard fuyant, un chien en maraude. » (Bernard Lecherbonnier, « Préface », dans Jean-Paul Brighelli, La fabrique du crétin. La mort programmée de l’école (Paris: Gallimard, 2005), pp9-15.

 

NB : Les sources et les références seront complétées demain. Elles comprennent déjà Michael Walzer « Guerres justes et injustes », Frédéric Encel « Géopolitique d’Israël » et Abdelwahhab Meddeb « La maladie de l’islam ».

 

 

Plaidoyer pour l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne

Posted on lundi, janvier 29, 2007 at 02:01PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , | Comments14 Comments | References1 Reference | EmailEmail | PrintPrint

Addendum du 19 février 2007 : 

«La Turquie n’est que la longue marche d’un peuple, de la lointaine Eurasie vers l’Occident.»
[ Alexandre Adler ] - Rendez-vous avec l’Islam

Source: evene.fr

 

La Turquie ne sera pas en Europe, c’est l’opinion publique qui l’a décidé ainsi. Nos amis les politiques ont pris le pouls du peuple et ils ont mesuré le risque électoral que leur ferait prendre toute posture favorable à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

Le front du refus est multiple… ou pluriel pour mieux dire; de cette pluralité dont on chante les louanges de nos jours et ce, imperceptiblement, au détriment de la diversité. En effet, peut-être que la différence principale entre pluralité et diversité se trouve dans leur ontologie: la pluralité, ce sont les tonalités et les couleurs des peuples d’ humanités fragmentées tandis que la diversité rappelle et promeut les différentes manifestations de la - l’unique - nature humaine. La pluralité consacre les contours anguleux et saillants, irréconciliables, des frontières spirituelles tracées par l’être qui est né quelque part, la diversité se manifeste dans la mosaïque où les figures aux contours irréguliers s’enchevêtrent les unes aux autres, condition sine qua non de la cohérence de l’ensemble.

Ce front des refus émane de ceux qui sont établis quelque part. Ne s’appuient-t-ils pas sur cette insurmontable différence culturelle entre telle Turquie islamique et telle Europe chrétienne? D’autres invoquent l’insurmontable obstacle linguistique entre la langue turque et les langues indo-européennes. Ignorant l’Histoire, ils participent volontiers à cette volonté toute « monothéiste » de rompre les amarres des hommes avec un passé préchrétien où on ne distinguait pas les Huns des autres, les Turcs des Magyars et les Scythes des Celtes. En effet, on peut se demander à juste titre ce qui rend la langue turque si différente des langues dites « indo-européennes » alors que la langue hongroise et la langue finnoise en sont aussi éloignées… ou plutôt aussi proches.

 

Un peu de mémoire

 

Relevons dans l’histoire de l’alphabet turque le renversement des années 1920 - à l’instigation de Kemal Atatürk - où l’alphabet latin fut substitué à l’alphabet arabe. Les raisons n’en sont pas seulement idéologiques mais également scientifiques: le turc n’est pas une langue aux intonations gutturales aussi l’alphabet arabe ne lui sied pas. Cette évolution consacre un état de fait et non pas un changement forcé.

La culture turque, par ailleurs, ne peut se réduire à l’islam. Et quel islam nous vendent donc les partisans du non? C’est l’image du « paysan anatolien », celui des crimes d’honneur et d’une pratique archaïque de la religion qui fait le pendant à celle, non moins xénophobe, du « plombier polonais » qui viendrait prendre les emplois des européens pour être payé bien moins cher. Il y a donc en Turquie une élite urbaine, occidentalisée, laïque et républicaine parfaitement compatible avec les idéaux européens, une élite qu’on accepterait volontiers dans l’Union si seulement il n’y avait pas cet épouvantail anatolien. L’argument est un peu court et par ailleurs parfaitement fallacieux. L’élite urbaine a cessé d’être une minorité depuis longtemps et le paysan anatolien ne correspond pas à l’image du paysan sunnite xénophobe et phallocrate. En effet, la population anatolienne est composée pour une bonne part d’Alévis, des chiites très tôt sécularisés, imperméables aux influences radicales de l’Islam mais dont la communauté de destin avec nous autres, européens du continent du même nom, s’affirme avec force en ce qu’ils partagèrent avec notre jeunesse la maladie du radicalisme très séculier de nombreux courants de gauche.

dolmabahcepalacejl8.jpgD’ailleurs, toute l’histoire moderne de l’Empire Ottoman à la Turquie Républicaine est une succession de réformes qui introduisirent au sein de la psyché collective les idées issues des Lumières. Les premières poussées réformistes sont engagées dès la fin XVIIe siècle où s’ouvre l’ère des Koprulu, ces validos turcs, ces conseillers du roi, du sultan, qui commenceront par réorganiser les académies militaires. Progressivement, ces réformes s’étendront à l’école, aux arts et à l’architecture, au droit, aux habitudes vestimentaires et alimentaires. L’introduction du café rencontra une farouche opposition des clercs lesquels devront progressivement céder du terrain. Les femmes se dévoileront progressivement et s’habilleront plus près du corps dans un processus entamé voici près de trois siècles [i] . L’art baroque fera son entrée dans des chefs d’oeuvre d’architecture religieuse (Mosquée Süleymaniye), monumentale (Palais Dolmabahçe) et civile (notamment la fontaine de l’Empereur Guillaume II) [ii] .

fontainewilhelmiiiv2.jpgCette poussée de l’Empire vers la modernité née en Europe rencontrera des résistances, en particulier au sein des milieux cléricaux et du corps des Janissaires. Ces derniers assassineront un sultan, Sélim III le 29 mai 1807, pour son audace réformatrice. C’est, en effet, l’époque où les conseillers militaires et techniques français et britanniques se bousculent à Istanbul. L’armée doit changer non seulement d’uniformes mais d’armes. Les Janissaires, héritiers d’une puissante tradition sont exclus de ces expérimentations inédites qui leur font perdre leur statut de corps d’élite au profit d’une armée régulière revigorée grâce aux arts militaires européens. In fine, ils échoueront dans leur tentative d’obstruction et seront dissous.

suleymaniyeinterieurmosaz1.jpgDes disciplines considérées comme blasphématoires par le clergé ou soustraites à ses prérogatives (telles que l’histoire, la géographie, la philosophie profane, le droit positif, etc.) sont introduites jusqu’à l’école qui échappera progressivement au contrôle de l’institution religieuse. Bien souvent, ces premières réformes demeureront inachevées mais elles laisseront au sein de la société ottomane une empreinte indélébile. En effet, en 1839, les élans réformistes refont surface de plus belle, c’est l’ère des Tanzimat et cette fois-ci les réformes briseront la colonne vertébrale du droit islamique. Les lois ségrégationnistes seront abolies et l’égalité de tous les sujets du Sultan, quelle que soit leur foi, sera proclamée:

Je fais la distinction entre mes sujets, les musulmans à la mosquée, les chrétiens à l’église et les juifs à la synagogue, mais il n’y a pas de différence entre eux dans quelque autre mesure. Mon affection et mon sens de la justice pour tous parmi eux est fort et ils sont en vérité tous mes enfants (Déclaration officielle du Sultan Mahmoud II en 1830) [iii]

En 1856, ces réformes civiques prennent l’accent d’une révolution dans les Hatt-ı Hümayun, un édit royal, la « mère de toutes les réformes ». Le nouveau droit ottoman s’inspirera du droit français, le code commercial moderne sera renforcé, l’armée et la fonction publique seront réorganisées et ouvertes aux non musulmans (vers la fin du XIXe siècle, la moitié des postes diplomatiques seront occupés par des sujets non musulmans - voilà qui a de quoi faire rêver alors que la diplomatie française est demeurée a peu de choses près la chasse gardée des catholiques), les tribunaux seront civils, un hymne national sera proclamé et une constitution et un parlement seront établis en 1876. Certes, le Parlement ottoman sera suspendu deux ans plus tard et le déclin de la Sublime porte se poursuivra inéluctablement mais l’opposition à la modernisation ne viendra plus du clergé, des ordres consacrés ou de l’inertie populaire, ce sont les sultans qui se transfigureront de patrons des arts et du progrès en monarques absolutistes. Désormais, la pression réformiste proviendra du peuple.

Le « vieil homme malade de l’Europe » entre dans le XXe siècle en pleine agitation sociale. Les nationalités se sont réveillées partout dans ses possessions européennes ainsi qu’en Égypte et au Proche-Orient. Ce « printemps des peuples » n’est pas seulement l’apanage des sujets chrétiens de la Porte, la Tunisie et l’Égypte de Mohamed Ali, entrent elles aussi dans une ère d’effervescence intellectuelle, culturelle et politique. C’est l’heure où la poussée réformiste atteint même des docteurs ès religion tel le cheikh Mohamed Abdou, diplômé de l’université d’Al Azhar du Caire et chantre du libéralisme et du parlementarisme égyptien. Les premiers pionniers du sionisme aussi participeront à cet engouement et ils prendront possession, à la faveur des lois égalitaristes de l’Empire, de leurs premières terres dans la province du Cham. En Turquie même, l’idée nationale fait son chemin et le mouvement des Jeunes-turcs arrachera au Sultan le rétablissement de la constitution le 19 juillet 1908.

L’Empire entre dans la Première guerre mondiale au coté des empires centraux. En effet, la France et la Grande-Bretagne sont, cette fois-ci, alliées à la Russie - après avoir soutenu le Sultan contre le Tsar, à Sébastopol, en 1854. Les puissances de l’Entente convoitent ses possessions et rêvent, avec les russes, de se partager les dépouilles de l’Empire malade. Les mouvements nationalistes turcs, qui reprirent à leur compte les velléités réformistes des sultans éclairés d’hier, connaîtront bientôt des dissensions. Kemal Atatürk n’est pas, par exemple, un fervent partisan de l’alliance avec le monde germanique à qui il préfère les Lumières françaises. Les Jeunes-turcs connaîtront comme les nationalistes romantiques d’Europe centrale, des accents panturcs, notamment en la personne d’Enver Pacha. En effet, ces derniers se radicaliseront et l’on voit se dessiner, un peu à l’image, un demi siècle plus tôt, du débat entre les partisans de la Großdeutschland et de la Keinedeutschland - soit l’Allemagne avec ou sans l’Autriche - un clivage entre un Kemal Atatürk républicain et partisan d’une Turquie anatolienne tournée vers l’Europe et les partisans d’une Grande Turquie asiatique tournée vers les anciens empires Turcs de l’espace situé entre le Xinjiang (province nord-ouest de la Chine) et la Thrace.

Signe de leur radicalisme, les partisans d’Enver Pacha se commettront dans le génocide arménien et, finalement, seront politiquement réduits à la portion congrue lorsque Kemal apparaîtra comme l’homme de la libération en défaisant les forces d’occupation de l’Entente. Atatürk obtiendra, in fine, la révision complète du traité de Sèvres conclut par le Sultan, au profit du traité plus équitable de Lausanne, en 1923. Dès lors, tout le combat de Kemal sera de construire l’État-nation turc, républicain et laïque, nouant avec le passé eurasiatique et préislamique du peuple turc mais aussi avec le passé byzantin, hittite et lydien de l’espace géographique qui est, désormais, le sien.

L’histoire de la Turquie républicaine, pour singulière qu’elle est, n’est pas, à proprement parler, différente de celle nombreux membres actuels de l’Union Européenne. Pour ainsi dire, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, la Hongrie, la Roumanie, la Pologne et même l’Allemagne connaîtront des régimes autoritaires soit militaires soit appuyés par les militaires. En revanche, à aucun moment la Turquie ne sombrera ni dans le fascisme ni dans le communisme. En état de faiblesse relative, elle s’abstiendra de participer directement à la Deuxième guerre mondiale quoique ses sympathies vont aux Alliés - elle déclarera néanmoins la guerre à l’Allemagne à la onzième heure. Depuis 1945, et surtout depuis son adhésion à l’OTAN en 1952, la Turquie, comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Norvège et la RFA fait partie du système d’alliances occidental. Elle frappe à la porte de la CEE pour la première fois en 1959. Elle s’applique depuis plusieurs décennies à suivre les exemples grecs, espagnols et portugais dans ses efforts de démocratisation et ceux-ci sont particulièrement sensibles dans la dernière phase de sa transition démocratique, celle qui s’est ouverte à la fin du XXe siècle et qui devrait s’achever avec son adhésion pleine et entière à l’Union Européenne.


Know thy enemy

 

L’adhésion de la Turquie à l’U.E. présente une somme incommensurable d’avantages rarement évoqués en public. De cette question ne dépend pas seulement l’identité européenne que les opposants voudraient exclusivement - même à demi-mot - d’«origine» chrétienne mais aussi le statut de grande puissance de l’Europe si cher aux européistes.

Il y a, bien sûr, ce débat inextinguible sur les frontières de l’Europe. La Turquie n’étant, au sens géographique, qu’à 4% européenne, ce serait, pour les chantres de cet argument, un contresens d’accepter en Europe un État dont 96% du territoire se trouve en Asie Mineure. Pourtant, à la lumière de l’Histoire, les frontières des grands ensembles ne se sont jamais fixées au seuil géographique des continents. Le point névralgique de l’influence et des intérêts européens n’a jamais été la Thrace ni le Bosphore mais, dès les Grecs anciens, il se situait entre l’Ionie, Antioche et le Caucase. Les assyriens ne purent jamais conquérir le petit royaume de l’Ourartou réfugié entre les montagnes de l’Asie Mineure et le lac Erevan. Les Empires romains et perse bataillaient ferme non pas sur le Bosphore mais en Arménie. Les conquérants arabo-musulmans ne se sont pas arrêtés pour plusieurs siècles à Byzance - qu’ils ont du se contenter d’assiéger pour finalement lever le camp - mais au Taurus, aux marches de l’Asie Mineure. La frontière viable de la Turquie moderne n’est pas en Mésopotamie mais précisément au même endroit où Byzance tint tête des siècles durant aux conquérants arabes: la chaîne du Taurus.

En revanche, lorsqu’une puissance extra-européenne est parvenue à asseoir son contrôle sur l’Anatolie, elle s’est étendue au delà du Bosphore. Ainsi du premier Empire perse, de l’Achéménide Xerxès qui étendit ses possessions jusqu’en Bulgarie, ainsi des turcs ottomans qui, une fois brisé le verrou Anatolien, soumirent Constantinople en 1453 et pénétrèrent aussi loin en Europe que Vienne en 1529.

L’Europe-puissance, pour être ou pour devenir, ne peut pas, stratégiquement donc géographiquement, se priver de l’espace turc. Et elle ne le doit pas pour d’autres raisons encore:

- en intégrant la Turquie, les Quinze (sic!) pourront enfin jouer un rôle à la mesure de leur poids économique et démographique, au Moyen-Orient, en Asie centrale, et dans le Caucase ;
- en accueillant la Turquie dans son giron, l’UE placera sous son contrôle les voies d’évacuation des hydrocarbures de la mer Caspienne, du brut irakien, des gaz russe et iranien… qui vont transiter ou transitent déjà par le territoire turc ;
- une Turquie dans l’Europe, c’est mettre au service des Quinze le “Château d’eau” du Moyen-Orient : la Turquie détient en effet les plus importantes ressources hydrauliques de la région. A l’avenir, l’or bleu, au même titre que l’or noir aujourd’hui, est amené à jouer un rôle économique et politique essentiel. Les réserves en eaux de la Turquie sont à ce titre une carte stratégique maîtresse [iv] .