Entries in Islam (26)

The Last Shah of Iran - BBC History

Posted on mercredi, décembre 19, 2007 at 12:57PM by Registered CommenterLéviathan in , , | Comments1 Comment | EmailEmail | PrintPrint
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This is a documentary about the reign of the last Shahanshah of Iran, Mohammad Reza Pahlavi who was overthrown by Khomeini’s Islamic ‘revolution’ in 1979.

Many aspects of the Shah’s rule are evocated : his very personality as a king who hesitated when confronted with difficulties to crack down on dissent and as a king who wanted Iran to attain equality amongst western nations and the free world at large through a quick, ambitious and successful development program.

Furthermore, this documentary is based on the testimony of many personalities who took part in Iran’s history in the 20th century: former Iranian ambassador to the USA, Ardeshir Zahedi and the former British and US ambassadors to Iran as well as ex editor to the Iranian Kayhan daily Amir Taheri.

It is, though, surprising that the BBC delivered a quite well balanced documentary when one recalls that this very TV station slandered the Shah and his regime during the seventies and supported dissent by providing the world with dishonest reports on Iran’s internal situation (such as inflating the number of political prisoners held by the SAVAK, constantly turning a blind eye on the fact that many were convicted with acts of terror and portraying the Shah as a megalomaniac dictator).

Ultimately, there are few errors in this documentary, for example: the Shah’s father, Reza Pahlavi was crowned king on the insistence of the clergy who, at that time, still thought that Iran’s 2500 years monarchy was to be preserved. Furthermore, Mossadegh is depicted as a democrat while he, in fact, ruled as an eccentric populist leader and he contemplated the prospect of restoring Sharia law. In contrast, this report re-establishes the truth about the downfall of Mossadegh: the CIA’s plot to overthrow him had failed while genuine backers of the monarchy and a popular uprising eventually confronted him successfully a few days later.
 
 
 



 

 The Last Shah of Iran 2/5



The Last Shah of Iran 3/5



 

 



 

 The Last Shah of Iran 5/5




L'Iran n'est pas une puissance 2/2

Posted on mardi, décembre 4, 2007 at 09:07AM by Registered CommenterLéviathan in , , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

Contrairement à ce que j’avais annoncé initialement, je ne vais pas m’intéresser aux scénarii possibles de guerre entre l’Iran et les États-Unis et/ou une coalition menée par ces derniers (NB: une attaque préventive israélienne me paraît, d’emblée, peu crédible). Car, en effet, hier le 4 décembre 2007, Le Monde titrait : « Les États-Unis relativisent la menace nucléaire iranienne ». Cette nouvelle, issue des services de renseignements américains, relativise du même coup près de quatre années de discours politique, en Europe et aux États-Unis, sur la menace nucléaire militaire posée par la République Islamique d’Iran. Pourtant, les signaux d’un possible revirement américain sur la crise nucléaire ouverte par les mollahs en 2003 existaient depuis longtemps mais restaient un ton en dessous.

Relevons au passage, hasard de l’actualité sans doute, que le nouveau négociateur du régime des mollahs, Saïd Jalili, a rencontré Javier Solana il y a peu et que ce dernier, entretenant l’espoir, s’en est déclaré déçu: Jalili écartait d’un revers de la main tous les efforts investis par les six et en particulier l’U.E. dans les négociations avec la République islamique pour exiger de tout reprendre à zéro. Par la déclaration des seize agences de renseignement, les Américains viennent de lui faire écho en reprenant à zéro leurs propres évaluations.

Loin des effets d’annonce, des volte-face et autres romans de cape et d’épée, il (semble) se jouer un « Très Grand Jeu (élargi) » pour faire écho à Rudyard Kipling et à René Cagnat de la revue Défense Nationale avec pour pivot l’Iran et l’ensemble de la région recouverte par le « Grand Moyen-Orient » et l’Asie centrale. Ce qui autorise Iran-Resist à écrire que l’enjeu n’est rien moins que le remodelage géopolitique de la région.


Retour vers le passé récent: l’affaiblissement des néoconservateurs n’est pas le retour de la morale. En effet, un certain nombre de signaux tendaient dès 2004 à laisser penser que cette guerre annoncée n’aurait jamais lieu mais ce n’était là qu’une éventualité qui exigeait une confirmation, au plus haut niveau, du coté des États-Unis. Le premier signe en a été donné par le magazine The Atlantic Monthly qui consacrait un dossier à l’Iran dont le thème était la simulation d’une guerre préventive engagée par les É-U contre les installations nucléaires du régime des mollahs. Dans cette simulation de guerre, le Cnl à la retraite Sam Gardiner organisait des réunions de crise du Conseil National de Sécurité de la Maison Blanche dans lesquelles se trouvaient des diplomates, des généraux et des agents du renseignement. Les conclusions de l’étude annonçaient avec plusieurs années à l’avance le constat dressé par Nicolas Sarkozy repris par François Heisbourg dans son dernier livre Iran, le choix des armes? : la bombe nucléaire entre les mains de la République islamique et la guerre étaient des alternatives catastrophiques à une crise décidément insoluble.

Depuis 2005, les troupes américaines s’enlisent en Iraq; derrière leurs difficultés, deux États, la Syrie et l’Iran, qui n’entendent pas les laisser se désengager d’Iraq sans en payer un prix suffisamment élevé pour que l’envie leur passe de recommencer l’expérience à Damas et à Téhéran. C’est ainsi que des explosifs particulièrement efficaces contre les blindés et manufacturés en Iran ont fait de nombreuses victimes parmi les GIs, que des Pasdaran iraniens infiltrés ont été arrêtés par ces mêmes forces coalisées et que les États-Unis se sont plaints à plusieurs reprises du soutien actif qu’apportait l’Iran aux insurgés iraquiens. Pourtant, ces mêmes décideurs à Washington n’ont jamais estimé nécessaire pour préserver la vie de leurs soldats engagés sur le terrain qu’il devaient menacer l’Iran de représailles militaires pour son soutien aux terroristes de tout acabit en Iraq.

Par ailleurs, n’observons nous pas une amélioration sensible de la situation sécuritaire en Iraq depuis le Surge, les renforts américains envoyés par le président Bush et le général Petraeus en février 2007? Les autorités américaines attribuent l’amélioration de la situation à divers facteurs dont le ralliement des tribus de la province d’Anbar à la lutte contre Al Qaïda et au renforcement de la présence militaire américaine et iraquienne à Bagdad et dans ses environs. Dernièrement, les forces américano-iraquiennes ont même une tendance assez inédite à repérer d’avance les parkings de voitures piégées prêtes à être lancées au milieu des agglomérations iraquiennes. De toute évidence, l’Iran ne fait rien pour saboter la stabilisation (relative) de l’Iraq par les États-Unis, à tel point que ces derniers retireront progressivement les 20 000 soldats supplémentaires engagés dans cette dernière bataille.

Cette situation, inédite, en rappelle d’autres. Lors de la guerre du Vietnam, la Chine, aux cotés de l’URSS, apportait son soutien aux forces communistes du Vietnam du Nord sans être inquiétée par ces mêmes États-Unis qui finirent, d’ailleurs, par s’engager dans une politique de rapprochement avec l’Empire du milieu. Cette Chine communiste, également dépouillée de son héritage plurimillénaire par le matérialisme communiste nous est toujours présentée comme une grande et très ancienne civilisation. Les officiels de tous les pays occidentaux ne manquent pas, aujourd’hui, de rappeler que l’Iran, pourtant rendue amnésique par le régime islamique quant à son passé préislamique, est une grande civilisation. Par ailleurs, l’apparente faiblesse de la réponse américaine à l’agitateur islamiste iranien laisse présager une arrière pensée qui entretient l’idée d’un rapprochement, d’une détente américano-iranienne sur le modèle du rapprochement sino-américain. En échange, l’Iraq serait donc remise clé en main aux mollahs comme naguère le Vietnam du Sud a été sacrifié (à ceci près que le Vietnam réunifié sous la bannière du communisme a choisi l’alliance soviétique contre la Chine).

Un autre élément affecte sans doute les calculs de la Maison blanche: les élections présidentielles de 2008. L’histoire nous enseigne que le régime des mollahs est également capable de faire perdre des candidats à la magistrature suprême. Ainsi de Jimmy Carter, battu pour cause de crise des otages de l’ambassade américaine de Téhéran, par le Parti Républicain de Ronald Reagan aux élections de 1980. L’Ayatollah Khomeiny avait décidé de libérer les otages américains juste après l’annonce des résultats électoraux. Ces mêmes mollahs étaient disposés, sans y parvenir cependant, à donner à Jacques Chirac le succès diplomatique qui lui faisait défaut dans le cadre du règlement du contentieux d’Eurodif pour les présidentielles françaises de 1988. Les otages français au Liban furent relâchés la veille du scrutin pour aider à la victoire du premier ministre sortant.

Les comparaisons, pour autant, ne s’arrêtent pas là: la guerre du Vietnam a été voulue, tout particulièrement, par le secrétaire à la défense de Lyndon B. Johnson: Robert McNamara. Ce dernier comptait sur la puissance de feu de l’armée américaine pour tailler en pièces les forces communistes vietnamiennes. Cette stratégie peu adaptée à l’action contre-insurrectionnelle, n’avait pas fait mouche. Finalement, Johnson et McNamara s’en allèrent pour laisser la place au duo Nixon-Kissinger qui initia la politique de rapprochement sino-américaine. Ici, d’une certaine manière, nous pouvons rapprocher le jusqu’au-boutiste McNamara des néoconservateurs. Or, ces derniers ont presque tous déserté les rangs de l’administration Bush depuis sa réélection en 2004 et le remplacement de Donald Rumsfeld par le « réaliste » Robert Gates suite à la défaite des Républicains aux législatives de 2006 et à la publication du rapport Baker-Hamilton préconisant le « dialogue » avec la Syrie et surtout l’Iran.

Iran d’hier et Iran d’avant-hier: puissance et décadence. Tous ces éléments militent, en effet, en faveur de l’idée d’un « grand bargain », pour reprendre l’expression de François Heisbourg, entre l’Iran et les États-Unis. C’est-à-dire d’une entente régionale consacrant le rôle de « puissance régionale » de l’Iran. Cette entente est appelée à se matérialiser, en France, par un Alexandre Adler, admirateur de Hashémi Rafsandjani président de la République Islamique d’Iran avant l’élection de Khatami, qu’il compare à Napoléon Bonaparte dans « Rendez-vous avec l’Islam » ou encore aux États-Unis par Brezinski, l’ancien conseiller à la cécurité nationale de Carter et Kissinger, celui de Nixon. Cette politique de rapprochement, pourtant, en rappelle une autre: la doctrine Nixon. En effet, au tournant des années 1970, les États-Unis songent sérieusement à se désengager du Vietnam du Sud car ils constatent que la puissance de feu phénoménale de l’armée américaine ne suffit pas à venir à bout de n’importe quel adversaire et qu’elle est bridée, de toute façon, par leur opinion publique. Germe alors l’idée selon laquelle Washington doit s’appuyer sur des puissances-relais pour assurer la défense de leurs intérêts dans un certain nombre de régions du globe. Au Moyen-Orient, ce partenaire était l’Iran avec le leadership de son Chah Mohammad Réza Pahlavi.

Cet Iran là était alors le Japon de l’Asie de l’Ouest, en voie de développement très rapide, et une puissance militaire émergente et respectée qui se substitua aux britanniques (qui se retirèrent de la région en 1971) dans la délicate mission de stabilisation du Golfe Persique (l’armée impériale iranienne avait soutenu avec succès le Sultan d’Oman alors en butte à une guérilla marxiste dans le Dhofar, une région accidentée frontalière du Yémen du Sud, naguère communiste). Or, quelques années plus tard, les ambitions du Chah, notamment nucléaires mais aussi sa puissance économique et militaire grandissantes, son activisme en faveur de prix élevés des hydrocarbures et sa rhétorique parfois tiers-mondiste (au sujet des prix du pétrole, il reprenait souvent l’expression de « the brown eyed people talk to the blue eyed people », i.e. les peuples du sud parlent à ceux du nord) suscitèrent l’effroi au sein de ses partenaires occidentaux. Des articles fantasmagoriques parurent dans la presse occidentale pour faire apparaître ce Chah, grand admirateur de Cyrus le Grand, comme un empereur mégalomane dont l’appétit de puissance menaçait le « monde libre ».

Voici donc qu’émerge une question embarrassante: pourquoi l’Iran du Chah, qui avait un programme électronucléaire ambitieux qui justifiait amplement son programme nucléaire en général, qui combattait le communisme et qui se développait réellement économiquement et comme un partenaire entretenant une relation privilégiée avec l’Occident, a-t-il fait peur alors que l’Iran d’aujourd’hui, qui enrichit l’uranium sans avoir les moyens de lancer un programme électronucléaire suffisamment ambitieux pour justifier les milliers de centrifugeuses de l’usine de Natanz (l’unique centrale du pays, celle de Bucher, qui n’est pas encore tout à fait construite, sera alimentée par de l’uranium russe), cet Iran qui plie sous le joug islamiste, une idéologie dont l’expansionnisme n’est plus à démontrer et dont le terrorisme et l’antisémitisme constituent le corollaire, deviendrait le partenaire privilégié des États-Unis au Moyen-Orient?

La réponse la plus probable semble être celle que j’ai donnée le mois dernier dans « L’Iran n’est pas une puissance »: cet Iran là ne fait pas peur car il est faible et que, en conséquence, il ne sera jamais un partenaire parlant d’égal à égal avec l’Occident. Un certain impérialisme occidental pourra donc lui survivre et peut-être le soumettre.

Iran, Corée du Nord: les leçons d’un flirt avec le Diable. Reste, toutefois, à analyser la crise nucléaire iranienne sous un autre angle, plus actuel que les comparaisons qui en appellent à des évènements qui se produisirent quelques trente à cinquante années plus tôt. L’exemple de la Corée du Nord jette une lumière encore plus troublante sur les coulisses de la crise iranienne. En effet, au début des années 1990, les États-Unis découvrent avec effroi que la république stalinienne de Corée de Nord développe un programme nucléaire indigène et fortement proliférant (notamment en direction du Pakistan, de l’Iran, de la Libye et de la Syrie). L’heure du « choix des armes » sera l’année 1994: l’administration Clinton hésite alors entre la négociation et le bombardement massif des infrastructures nucléaires nord-coréennes. Elle choisira de négocier et ainsi verra le jour l’Agreed Framework, un accord engageant les parties contractantes, la République Démocratique et Populaire de Corée à démanteler son programme nucléaire militaire en échange de la fourniture de 500 000 tonnes de pétrole annuellement, d’une aide alimentaire internationale et de deux réacteurs électronucléaires à eau légère par les États-Unis et leurs partenaires.

La suite de l’histoire est moins reluisante: la Corée du Nord n’a pas respecté ses engagements et, en 2001, la CIA a découvert que son programme nucléaire militaire se poursuivait en secret, ce que les représentants de PyongYang confirmèrent en octobre 2002. Cette même Corée du Nord s’est ensuite retirée du Traité de Non Prolifération le 10 avril 2003. Bien que depuis, les six autres, la Russie, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis et la Corée du Nord aient trouvé une nouvelle entente diplomatique, cette dernière est entre-temps devenue une puissance nucléaire militaire.

Cette réalité là laisse ouverte l’éventualité d’une entente de dupes entre les États-Unis et l’Iran ou la relance de négociations destinées à faire gagner du temps à un régime des mollahs qui continue de développer ses capacités d’enrichissement de l’uranium. Certes, l’Iran n’est pas la Corée du Nord, car, en effet, ce dernier pays se situe dans une région stabilisée, fortement enserré par les mers et des puissances économiques et militaires qui lui sont largement supérieures et par où ne transitent pas l’essentiel des exportations mondiales d’or noir. En outre, l’idéologie communiste a cessé de faire des émules, au contraire de l’idéologique islamiste qui, avec les mollahs et d’autres, constitue une véritable menace pour la paix dans le monde.

Ces éléments et d’autres amènent à relativiser la capacité des États-Unis à conclure une entente régionale avec les mollahs. Après tout, il n’y a toujours pas d’ambassade américaine à PyongYang et les relations diplomatiques entre la Corée du Nord et les États-Unis demeurent particulièrement difficiles. Similairement, les cris de « mort à l’Amérique » restent d’actualité en Iran et l’expérience d’autres régimes totalitaires tend à faire penser que leurs appareils de propagande ne peuvent pas renier le credo de la foi sans risquer l’effondrement comme l’URSS. Car, en effet, la Perestroïka est passée par là et nombre de dignitaires iraniens, chinois et nord-coréens l’évoquent comme étant l’exemple…à ne surtout pas suivre. La possibilité d’un « grand bargain » de type sino-américain est donc encore lointaine d’autant plus qu’il n’existe pas d’ennemi commun, l’URSS, pour cimenter une telle alliance stratégique et reléguer au second plan les intérêts divergents des acteurs en question.

Autres parallèles, autres époques: la loi de l’éternel retour. L’auteur de ces lignes n’est pas un expert (au demeurant, ne se trompent-ils pas plus souvent qu’à leur tour?) et se gardera bien d’établir sur la base d’informations limitées autre chose que des scénarii probables mais incertains. Il aura longtemps été difficile d’écarter totalement la possibilité de frappes contre l’Iran car la menace que fait penser ce régime ne s’affaiblit pas parce que le renseignement américain l’a décrété. Par ailleurs, sur la base de la politique sans compromis des néoconservateurs et dans cette période de flou artistique qui va de la réelection de G.W. Bush à la nomination de Robert Gates à la défense, et au delà jusqu’à aujourd’hui, le scénario d’une guerre préventive contre les installations nucléaires iraniennes restait d’actualité bien que sa probabilité déclinait progressivement. En effet, nulle hâte ne s’est faite ressentir du coté américain comme dans le cas de l’Iraq en 2002-3 et l’histoire des relations américano-iraniennes depuis la (Contre-) Révolution islamique témoigne finalement d’une étonnante continuité entre ces deux acteurs qui entretiennent une relation d’affaire, avec ses chantages, ses prises d’otages, son terrorisme, ses sanctions mais aussi, en fond de toile, avec ses intérêts convergents.

Les mollahs semblent avoir développé un « art de la persuasion » qui neutralise tout à la fois la puissance létale de l’Occident et sait la servir lorsque la sécurité du régime est en jeu (par exemple, en ne déchainant pas les milices chiites en iraq, en vendant son pétrole à bon marché au grandes compagnies pétrolières européennes). Il faut aussi rappeler que si la République islamique a pu s’instaurer en Iran, c’est grâce à l’appui de l’administration Carter et du plan Brzezinski de déstabilisation de la périphérie méridionale de l’Empire soviétique en petits émirats islamistes en guerre permanente contre l’athéisme communiste.

Prenant note d’une volonté d’ « entente régionale » avec les mollahs de la part des États-Unis, il reste néanmoins une question lancinante: la République islamique pourrait être davantage intéressée à être le pivot d’un nouveau « Grand Jeu » i.e. un « Très Grand Jeu », dans le « Grand Moyen-Orient » élargi à l’Asie centrale, entre grandes puissances, entre les États-Unis et la Russie, la Chine en embuscade et l’Europe toujours volontaire. Ce serait alors un retour à la politique des Chah Qadjar (les prédécesseurs des Pahlavi) qui manipulaient et étaient manipulés tour à tour par les Russes et les Britanniques lesquels s’étaient partagés l’Iran en deux zones d’influence au nord et au sud avec une zone tampon au centre.

Ce « Très Grand Jeu » est une aubaine qui s’offre aux régimes faibles comme celui des mollahs. En effet, ne pouvant faire que ce soit l’Iran qui se hisse au même niveau que les grandes puissances, à la manière du dernier Chah d’Iran et de son père, les mollahs feraient comme les Chah Qadjar : mettre l’Iran aux enchères en s’assurant que tous surenchérissent et que nul ne remporte définitivement la mise. À cet égard, les similitudes entre l’Iran de la République islamique et celle de la monarchie constitutionnelle des Qadjar sont criantes: le Guide suprême Ali Khamenei dirige effectivement l’Iran tel un Chah Qadjar, multipliant les capitulations et distribuant ses prébendes (l’exploitation de l’or noir, notamment) pour acheter le soutien d’un certain nombre d’acteurs, firmes multinationales et États qui s’opposent et/ou ne voient plus l’intérêt de soutenir un changement de régime. Économiquement, le régime des mollahs est bien plus agréable aux intérêts à court terme de l’Occident que le régime précédent des Pahlavis qui exigeait que des technologies lui soient transférés et envisageait pour les entreprises iraniennes d’atteindre un niveau de compétitivité semblable à celui des firmes européennes et américaines.

Par ailleurs, ce retour à la situation iranienne du temps des Qadjar est particulièrement sensible au niveau des institutions: cette république islamique ressemble en bien des points à la monarchie issue de la constitution de 1906 en ce qu’elle consacre la Charia et la suprématie et le contrôle absolu des religieux sur le pouvoir législatif. Il s’ensuit une certaine identité entre ces deux régimes à près de soixante années de distance laquelle conduit à l’affaiblissement, à la privatisation, à l’étiolement de l’État iranien et à la déchéance d’une société iranienne où des fléaux comme la pauvreté, la prostitution et de la toxicomanie atteignent des niveaux inégalés.

Pour finir, il reste à aborder la question des sanctions adoptées par les États-Unis et le Conseil de Sécurité des Nations Unies à l’encontre de l’Iran. Depuis son avènement (ou son retour sous une forme différente à l’aide d’une Contre-révolution) le pouvoir théocratique a été l’objet de sanctions croissantes de la part de la « communauté internationale » jamais démantelées. Il se peut que voulant maintenir la pression sur le régime et le contraindre non seulement à une entente mais à la respecter, les États-Unis et l’Europe rendent permanentes les sanctions adoptées au Conseil de Sécurité ou adoptées unilatéralement. C’est la réponse du berger à la bergère, le pendant occidental du chantage et du terrorisme islamiste encouragé et soutenu par les mollahs et qui s’inscrirait dans cette relation d’affaire entre partenaires méfiants, connaissant le manque de fiabilité de leur vis-à-vis. Mais le maintien de ces sanctions ou leur renforcement conduit à des difficultés majeures pour le régime notamment lorsque celles-ci prennent la forme de pressions financières par le retrait des bailleurs de fonds internationaux auxquels ont recours les mollahs.

Cette relation asymétrique risque d’être bien plus dommageable pour ces derniers que pour les grandes puissances économiques qui, cahin-caha, poussent les Iraniens à la révolte en raison de leur condition économique qui se détériore chaque jour à cause, d’abord, de l’incurie du régime depuis près de trente ans et, en plus, des difficultés supplémentaires qui lui sont faites. Sans doute ce régime a-t-il retenu la leçon infligée à Mossadegh (un autre ardent défenseur de la très islamique constitution de 1906) pour son intransigeance et la faillite de l’Iran qui en est ressortie. De ce fait, le régime actuel sera bien un jour intéressé à écarter Ahmadinejad pour lui substituer un « modéré/réformateur/pragmatique » dans le cadre de cet autre « Grand Jeu » du théâtre des ombres qui est la règle de sa politique intérieure.

C’est la thèse défendue par nombre d’experts (dont certains noms ont été cités plus haut) favorables à une entente régionale avec les mollahs et dénoncée par les milieux d’opposition anti-mollahs à l’étranger (notamment Kaveh Mohseni et d’autres sur Iran-resist). Toutefois, cette configuration a le défaut immanent d’être instable et d’aller en se détériorant et, de cette connivence entre Occidentaux, Russes, Chinois et mollahs, risque de ressortir la surprise, un changement de la donne inattendue en Iran même du fait de l’effacement progressif de l’État à la manière de celui des Qadjar. En effet, de l’effet attendu, la féodalisation de ce pouvoir maffieux et religieux qui a privatisé à son profit l’économie et l’État et auquel répondrait de facto l’émergence de fiefs plus ou moins indépendants mais dépourvus de reconnaissance internationale, un nationalisme iranien anti-islamique pourrait réemerger, réminiscence de deux mille cinq cent ans de civilisation, nostalgique des Pahlavis et plébiscitant le retour à la monarchie unitaire telle qu’incarnée par ces derniers et leurs lointains prédécesseurs Sassanides et Achéménides.

Kemal Atatürk: l’anti-Mahomet

Posted on jeudi, novembre 8, 2007 at 10:28PM by Registered CommenterLéviathan in , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

- Cet article est accompagné d’extraits du chapitre LXXXVII, « L’anti-Mahomet », dans Jacques Benoist-Méchin, « Mustapha Kémal ou la mort d’un empire »,  pp321-7

En ces temps de « politiquement correct », de « dialogue des civilisations », de « relativisme des valeurs » et de pacifisme naïf, qu’il est bon de lire Jacques Benoist-Méchin dans la biographique qu’il a commise sur Kemal Atatürk.

Dans « Mustapha Kemal ou la mort d’un empire », Benoist-Méchin nous livre les pensées du Ghazi sur l’islam (petit rappel : islam renvoie à la religion islamique, Islam renvoie à l’entité géopolitique recouverte par cette croyance prise au sens de civilisation).

ataturkmo2.jpg Ceux qui auront de près ou de loin côtoyé certains écrits sur le père de la Turquie moderne savent qu’il n’était pas croyant et qu’il était même foncièrement irréligieux. Cet homme que beaucoup décrient aujourd’hui pour son manque d’esprit démocratique a pourtant été un visionnaire et celui par qui la Turquie est enfin venue au monde en tant que nation moderne.

 

Et pour y parvenir, ne devait-il pas trancher le lien qui asservissait les Turcs aux dogmes de la religion de Mahomet?

« Depuis plus de cinq cents ans, s’écriait-il dans ses moments de colère, les règles et les théories d’un vieux cheik arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la Constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’Islam, cette théologie absurde d’un Bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »

 

Ainsi, Mustapha Kémal tranchait, l’un après l’autre, les liens qui rattachaient la Turquie au passé. Cependant, parmi ces liens, il y en avait un, dont la rupture pouvait avoir des répercussions si vastes que le Ghazi n’avait pas osé y toucher jusqu’ici : c’était le califat.

Pour cela, Atatürk a du combattre l’islam, ses prêtres et ses institutions pour libérer l’âme anatolienne de six siècles d’asservissement et d’endoctrinement. Ce sont là, en effet, ses propres termes, ce sont les mots d’un laïc radical, d’un disciple de Voltaire et de celui par lequel la Turquie a recouvré sa liberté. C’est même celui par qui la démocratie turque est, aujourd’hui, plus qu’une vue de l’esprit, une construction qui va en se renforçant.

L’islam n’était pas seulement pour lui une chose avilissante et morte. C’était une greffe étrangère, grâce à laquelle le clergé arabe, vaincu par les guerriers turcs, avait remis sournoisement la main sur l’âme de ses vainqueurs.

 

Mais de même, il y avait eu, quelque temps auparavant, une incompatibilité foncière entre la proclamation de la souveraineté du peuple et le maintien de la souveraineté impériale, de même, il était clair que la souveraineté de la nation ne pourrait s’accommoder longtemps de l’existence du califat […].

Arracher la Turquie à l’Empire ottoman ne servirait à rien si on ne l’arrachait pas en même temps à l’islam.

Le Ghazi (cela veut dire le vainqueur en turc) avait en projet un « changement de civilisation ». C’est-à-dire sortir la Turquie de l’Islam pour rattacher la jeune nation à l’Occident. L’on comprendra qu’il n’est pas nécessaire pour les Turcs de se convertir à une autre religion que l’islam mais que l’emprise excessive que la religion de Mahomet exerce sur la vie de chacun est incompatible avec les principes modernes de la citoyenneté, i.e. de la liberté individuelle et de la liberté de conscience.

 

Il aurait pu s’ériger lui-même en calife. Le peuple l’aurait accepté. Certains députés étaient même venus le lui proposer. Mais supprimer le califat, c’était une autre affaire! Cela pouvait lui faire perdre l’appui des paysans et par conséquent de l’armée. Cela pouvait dresser tous les Turcs contre lui, en une opposition unanime.

« L’islam, nous dit Ferdinand Lot, apporte non seulement une religion, mais un droit, une politique dont on chercherait vainement l’équivalent dans l’Évangile. Encore cette façon de parler est-elle inexacte : droits, coutumes, usages mêmes, tout est indiscernable de la religion. Impossible de toucher à quoi que ce soit sans risquer d’offenser le dogme. Et comme droit, politique, usages sont rudimentaires, constitués par une société peu évoluée, c’est une tâche surhumaine d’adapter une société musulmane à la vie moderne. Ici, la religion ne se laisse pas réduire à la portion congrue. Il est vain de chercher à la mettre à sa place, car sa place est partout et nulle part. »

 

L’on se plairait à imaginer Mustapha Kemal s’exprimer de nos jours dans les colonnes de nos journaux, sur les plateaux de nos chaînes de télévision ou dans son autobiographie : il serait immédiatement taxé d’islamophobie et des militants menaceraient de s’en prendre à sa vie. Les ligues de défense des droits de l’Homme l’assigneraient en justice et nos politiques prendraient une posture prudente, estimant que l’éthique de responsabilité impose de faire preuve de retenue, surtout dans le contexte actuel.

À ses yeux, la date la plus sombre de l’histoire de la Turquie […] c’était le jour où Sélim, le conquérant de l’Égypte, s’était fait remettre le titre de « Commandeur des Croyants » par un fantôme de Calife qu’il avait rencontré au Caire. Ce jour-là, le clergé musulman avait pris sa revanche. Aussi Mustapha Kémal avait-il voué une exécration particulière aux prêtres et aux moines qui propageaient une religion « bonne tout au plus pour des arabes efféminés, mais pour des Turcs conquérants et virils »

Mais, déjà à son époque, le Ghazi était menacé en raison de ses positions et d’ailleurs n’avait-il pas, pour convaincre l’establishment religieux de renoncer à ses prérogatives outrancières, employé la force à chaque fois que cela s’imposait? En France, c’est par un mélange de persuasion et de force que nous avons fait reculer l’Église; dans le monde musulman, aujourd’hui, il ne saurait être seulement question de dialogue, de relativisme ou encore de pacifisme : l’usage de la force doit accompagner les idées nouvelles à chaque fois que les séides de l’islamisme leurs barrent la route.

« Je chasserai de leurs mosquées et de leurs monastères ces fainéants improductifs », s’écriait-il en marchant de long en large dans son bureau de Chan-Kaya, « car ils sucent la moelle du peuple, s’engraissent de sa sueur et sapent à sa base l’énergie de la nation! Je n’aurai de paix ni de cesse, avant d’avoir arraché ce lierre envahissant qui empêche le jeune arbre turc de s’épanouir au soleil! ».

 

« Il faut choisir, disait-il [Atatürk], entre la révélation passée et la liberté future ».

Ces musulmans qui disent non à l'islamisme

Posted on lundi, septembre 3, 2007 at 06:08PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , | Comments6 Comments | EmailEmail | PrintPrint

Mohamed Sifaoui récidive et pour le meilleur. ARTE a en effet diffusé un reportage le mardi 28 août 2007 intitulé « Ces musulmans qui disent non à l’islamisme » dont lw premier volet est consacré au combat de Mohamed Sifaoui et de bien d’autres « musulmans démocrates » contre le totalitarisme islamiste.

Le même Mohamed Sifaoui en fait une présentation sur son blog que chacun peut lire avant de visionner le reportage sur Dailymotion (ou sur ce blog).

 

 

Un homme en colère, première partie (sur Dailymotion)



 

Un homme en colère, troisième partie (sur Dailymotion)


L'esprit de Munich, l'esprit de Dantzig

Posted on dimanche, août 19, 2007 at 04:24AM by Registered CommenterLéviathan in , , | Comments2 Comments | EmailEmail | PrintPrint

2003. L’administration Bush, et les néoconservateurs en tête, mènent tambour battant la campagne diplomatique en faveur d’une campagne militaire pour un changement de régime à Bagdad.

Cette guéguerre diplomatique a été l’occasion d’invoquer nombre d’anathèmes jetés à la face des partisans de la « paix » : l’esprit de Munich les animait, semble-t-il.

L’Iraq envahie, Saddam destitué puis exécuté, la traque aux baathistes engagée implacablement puis finalement adoucie dans l’espoir de faire diminuer les actes de terrorisme, il semble bien que l’« esprit de Munich » soit plus vivant que jamais.

Certes, enfin, l’armée américaine tire sur les agents iraniens en Iraq. Mais l’Amérique s’engage dans des pourparlers avec la République Islamique pour « stabiliser » la Mésopotamie.

Des déclarations de l’ancien MAE français Philippe Douste-Blazy au Liban sur l’Iran facteur de stabilité au Moyen-Orient, des conclusions de l’Iraq Study Group emmené par Baker et Hamilton en faveur d’un dialogue avec l’Iran, de la faconde d’un Alexandre Adler en faveur d’une entente américane-sioniste-chiite au Moyen-Orient, d’aucuns participent à faire revivre sur l’héritage de l’opération Iraqi Freedom, l’« esprit de Munich ».

L’ironie ne manque pas de prendre une saveur particulière, douce pour les uns, car satisfaits, aigre, acide pour d’autres, qui se sentiront trahis. Mais il y a une saveur que peu retiennent et qui, pourtant, témoigne que l’invasion de l’Iraq n’était pas un pied de nez à l’esprit de Munich mais un hymne à celui de Dantzig.

Dantzig, c’est en effet le moment où les Alliés se sont ralliés à l’idée que rien n’arrêterait Hitler (à défaut de manifester par les armes leur dégoût pour le régime nazi – si tant est qu’ils l’aient ressenti ainsi) et qu’à défaut de sauver la Tchécoslovaquie, il fallait sauver la Pologne.

Or, la Pologne de Pilsudski, cet « ami » pour qui nous dépêchions, sans trop de hâte il est vrai, nos « pioupious », avait, en mars 1939, participé au partage des dépouilles de la Bohême Moravie en accord avec le régime nazi et d’autres États voisins (La Bohême Moravie correspond à la partie de la Tchécoslovaquie demeurée formellement indépendante après les accords de Munich d’octobre 1938 où l’Allemagne n’avait, en réalité, été « qu’ » autorisée à prendre la région des Sudètes germanophones).

L’esprit de Dantzig, c’est donc la mauvaise guerre, engagée pour d’apparentes bonnes raisons qui, en réalité, masquent le fait que toutes les raisons de la faire existaient bien avant et, si elles avaient été reconnues à temps, auraient évité une guerre aussi longue et aussi meurtrière.

L’invasion de l’Iraq et la destitution de Saddam Hussein cadre bien avec l’esprit de Dantzig. Le changement de régime, en réalité, les iraquiens l’attendaient en 1991-3, lorsque les baathistes exterminaient de 200 000 à 300 000 chiites entrés en rébellion parce qu’ils avaient crû aux promesses de Bush père.

Le mal étant fait, l’Amérique ne s’étant pas hâtée pour prévenir un génocide, les bénéfices attendus d’un succès en Iraq n’en sont que diminués, devenus tout à fait marginaux, de même que le soutien populaire iraquien aux GIs qui, sans être inexistant, en particulier chez les Kurdes et, dans une moindre mesure, chez les Chiites, n’atteint certainement pas les niveaux requis pour un succès rapide.

Par ailleurs, les évènements récents tendent à démontrer qu’ils se déroulent selon une chronologie inverse de celle des années 1930. En effet, après l’esprit de Dantzig, c’est l’esprit de Munich qui gagne des supporters dans la confrontation du Monde libre face à l’Iran des mollahs.

« Tout le monde [i.e. les néoconservateurs] veut aller à Bagdad, les vrais hommes veulent aller à Téhéran ». C’est ainsi que s’exprimait un membre de l’administration Bush peu de temps après la chute de la capitale iraquienne. Désormais, tout le monde veut trouver une solution pacifique à un programme nucléaire qui ne l’est pas.

Bien sûr, nombre de néoconservateurs veulent aussi aller à Téhéran mais ils n’ont guère le sens des réalités : l’expérience de ces dernières décennies montre plutôt qu’il n’est pas possible de justifier plus d’une guerre majeure par décennie devant l’opinion publique américaine. Par ailleurs, celle d’Iraq dure depuis maintenant quatre ans et elle promet de laisser une impression durable sur le peuple Américain.

C’est même probablement parce que c’est si difficile que les États-Unis veulent dialoguer avec les iraniens: ils se sont tiré une balle dans le pied. Les récentes mesures prises par l’armée américaine ressemblent davantage à des pressions exercées sur le régime des mollahs afin de l’amener à plus de souplesse dans la négociation qu’à de véritables bruits de bottes menaçant Téhéran d’un changement de régime.

En outre, il y a quelques raisons supplémentaires de considérer que l’invasion de l’Iraq, au jeu des dominos démocratiques, n’était pas la première pièce à bouger :

  1. D’abord, l’Amérique doit se décider entre faire la guerre au terrorisme et à tous les terrorismes ou la faire au totalitarisme islamiste.
  2. Si elle veut la faire au totalitarisme islamiste et si, de surcroît, elle entend la faire également sur le terrain des valeurs, elle se doit de frapper la seule véritable théocratie du Moyen-Orient : l’Iran.
  3. Elle doit engager cette guerre là où le soutien populaire des « indigènes » sera substantiel.
  4. Une fois la victoire militaire obtenue, ce qui ne fait pas l’ombre d’un doute contre l’Iran, elle doit s’appuyer non pas sur les oligarques toujours prompts a rallier la perspective d’un régime fédéral mais sur les partisans d’un État unitaire, centralisé.
  5. La construction d’une démocratie pérenne ne doit se faire qu’en dernière étape, après la reconstruction de l’État et après que ce dernier soit en mesure de remplir ses fonctions régaliennes (défense, justice, police).

Le premier point aborde la question des terrorismes car ils ne sont pas tous semblables. Pour s’en convaincre, entre Al Qaïda et l’IRA, entre le Hamas et l’Irgoun, un monde sépare deux types de terrorismes parmi d’autres.

Le second point précise le véritable enjeu de la guerre de ce début de XXIe siècle : si la guerre au terrorisme est la guerre à un concept, c’est parce que l’administration Bush a ficelé un slogan politique dont la principale propriété n’est pas la clarté mais la force de persuasion. La guerre des valeurs ne peut que s’adresser à une idéologie concurrente, en l’espèce, le péril posé par le troisième totalitarisme généré dans et par le monde moderne : l’islamisme.

D’aucuns estiment que la guerre doit être menée contre l’Arabie Saoudite. Mais ce pays là n’est pas une authentique théocratie (le pouvoir n’est pas entre les mains des religieux mais des « laïcs » Al Saoud – au sens de personnel non religieux). D’un autre coté, s’il y a un lien évident entre le wahhabisme et son enseignement et l’idéologie d’Al Qaïda, l’Arabie Saoudite ne répond pas au préalable du point trois : la contestation du régime en Arabie Saoudite est presque entièrement captée par les islamistes (i.e. par plus islamiste encore que le régime!).De plus, l’Arabie Saoudite n’est peut-être pas le meilleur des alliés mais c’est un État dont la politique étrangère reste modérée et qui est en guerre contre Al Qaïda. Enfin il est possible de faire pression sur l’Arabie Saoudite qui dépend des É-U pour sa sécurité, ce qui rend une guerre inutile.

Le troisième point s’appuie sur nombre d’indices suggérant que les iraniens sont le seul peuple du Moyen-Orient à considérer que leur émancipation passe par l’établissement d’un régime laïque, national et constitutionnel. Nombre de ces indices ont été révélés dans plusieurs documentaires et d’enquêtes réalisés en Iran même où la situation est prérévolutionnaire et où quantité d’étudiants, de jeunes désoeuvrés et de travailleurs ont explicitement affirmé préférer une bonne guerre pour se débarrasser du régime que de subir, dans la « paix » (mais quel sens cela peut-il avoir pour eux? Certainement pas le même que pour nous) la tyrannie religieuse du clergé chiite.

N’oublions pas qu’en 2001, au plus fort de la protestation étudiante (du temps du gouvernement du très « modéré » Khatami), les manifestants scandaient : « À bas les Talibans, à Kaboul comme à Téhéran ». D’autres éléments attestent que les iraniens ne partagent pas l’antisémitisme affiché de leur régime ni même sa prose antiaméricaine. Enfin, d’autres éclaircissements et un résumé des enquêtes d’opinion, des entrevues et autres phénomènes sociaux comme politiques (y compris d’actes de guerre à l’encontre du régime, initiés à l’intérieur même de l’Iran) suggérant l’existence d’une opinion résolument anti-mollahs en Iran peuvent être trouvés dans « Eternal Iran » de Patrick Clawson et Michael Rubin.

Il me faut néanmoins corriger une fausse perception de l’Iran devenue populaire depuis l’élection d’Ahmadinejad : non les mollahs sont bien incapables d’en appeler à la farouche fierté nationale des iraniens pour la simple raison qu’ils sont opposés au principe même de nation et qu’ils combattent les traditions perses antéislamiques conservées par le peuple (comme la fête de l’an, Nowrooz, à l’équinoxe de printemps) tout comme les symboles de la grandeur passée, non islamique, de la Perse.

Le quatrième point se réfère à une habitude prise par les puissances coloniales européennes et reprise depuis par les États-Unis et leurs alliés lorsqu’ils investissent un pays : chercher en territoire conquis à rallier des représentants communautaires plutôt que des représentants nationaux.

Ce n’est pas vouloir dire que les Américains se comportent en Iraq comme des colonisateurs mais que la seule expertise disponible en matière d’administration de territoires occupés demeure l’expérience coloniale des britanniques et des français. L’intérêt de jouer les communautés contre les forces centripètes réside dans la nécessité de combattre l’insurrection. Cette dernière trouve généralement ses appuis dans un groupe religieux et/ou ethnique. En Iraq, par exemple, ce sont les arabes sunnites.

Dans la mesure où Washington peut pas justifier l’éviction d’un dictateur pour le remplacer par un autre, il lui faut alors choisir la voie démocratique qui offre les plus grandes chances de succès. Or, les oligarques permettent de faire vivre des régimes parlementaires particulièrement animés, les différentes communautés se retrouvant désormais représentées au Parlement s’engagent dans des tractations politiques sans fin pour former et défaire les gouvernements successifs.

Ce spectacle réchauffe sans doute le cœur d’un occidental qui estime que le bazar de la IVe République, après tout, c’est beau à voir chez les autres. Mais, d’une part, une démocratie saine ne se construit sur des lignes de clivage ethniques et religieuses mais sur des lignes de clivage économiques et sociales afin d’avoir une vraie droite et une vraie gauche. Car il y a, en réalité, un lien consubstantiel entre la nation et la démocratie : la nation, c’est l’intégration des diverses composantes de la population en une communauté de destin, la démocratie a besoin que cette intégration se fasse pour permettre l’éclosion d’un débat politique non violent et respectueux de la règle de droit.

Le cinquième et dernier point est une question de bon sens : sans un État assez fort pour faire respecter son autorité, il n’y a pas de sécurité, et sans sécurité, les citoyens ne sont pas égaux face à la politique : il y a ceux qui ont une arme et il y a ceux qui paient l’ « impôt révolutionnaire ».

En revanche, l’affirmation de cet État « fort » ne peut se faire sans déroger aux règles fondamentales de toute démocratie qui se respecte : en effet, c’est un nouvel État, qu’il émerge d’une révolution ou d’une défaite militaire. En état de semi-belligérance, l’application d’une règle de droit démocratique est à exclure (et nous remarquerons que même une démocratie suspend le cours normal de son processus politique en cas de menace imminente).

Néanmoins, cela n’exclut pas au personnel dirigeant de proposer un choix clair au peuple quant à la forme du gouvernement et à l’approbation du personnel politique en place, jusqu’au retour à un processus politique normal. Dans le cas de l’Iran, le choix serait, par référendum, entre une république parlementaire ou une monarchie constitutionnelle (la différence entre les deux, dans le cas de l’Iran, n’est pas de pure forme mais c’est un autre sujet).

L’analyse qui m’a amené à cette réflexion est la suivante : à chaque fois qu’une nation a traversé une période de crise profonde, révolutionnaire, produite par les effets d’une guerre ou d’une révolution, elle a ressenti le besoin de se rassembler derrière un homme ou un groupe d’individus commis à la restauration de l’ordre et à l’idéal patriotique tout en acceptant les changements économiques et sociaux produits par les évènements du passé proche.

Cet homme (providentiel) peut tout aussi bien être un Louis XVIII qu’un Napoléon Bonaparte. Une contre-révolution ou une synthèse entre les acquis révolutionnaires qui font consensus et la nécessité de rétablir l’ordre. La puissance qui renverse une tyrannie ne peut s’allier aux contre-révolutionnaires ou, même, à un type d’orléanistes passablement démocratiques mais qui pèchent par un programme social insuffisamment ambitieux et un patriotisme chancelant (ou perçu comme tel).

À l’inverse, si la voie qui mène à la démocratie telle qu’incarnée par un « bonapartisme » est indirecte, elle porte en elle les meilleures chances de parvenir à un régime stable car anti-oligarchique donc populaire, et parce qu’elle combat le factionnalisme ethnique qui perpétue les féodalités au détriment de l’émancipation individuelle, du développement économique, de l’adoption d’une législation sociale avancée et de l’avènement de partis politiques de droite comme de gauche, au sens propre (plutôt que de ligues et autres phalanges représentant une faction, un leader charismatique pour telle ou telle communauté).

Quelques éléments d’expérience empirique appuient ce postulat. Les Philippines, mises sous protectorat américain de 1898 à 1946 étaient censées mettre en lumière le colonialisme émancipateur de l’Oncle Sam. Les Américains ont effectivement construit dans ce pays les institutions d’une démocratie véritable à ceci près que le pouvoir parlementaire en fût confié aux propriétaires terriens. En Iran, les États-Unis (sous administration Truman, démocrate) faillirent faire de même en soutenant Mossadegh à ses débuts (encore un opposant à la réforme agraire, i.e. à la redistribution des terres à la paysannerie, étape nécessaire du développement industriel et financier d’une nation) contre le Chah lorsqu’ils ne s’allièrent pas aux forces de la conservation sociale dans de nombreux autres pays (dans la roue des britanniques, il est vrai et souvent sans avoir le choix de leurs alliés contre les Soviétiques).

***

Voilà donc quelques raisons de douter des choix opérés par l’administration Bush durant son premier comme dans son second mandat. Le tout en refusant et l’esprit de Dantzig et celui de Munich. D’aucuns furent particulièrement ulcérés, du moins après coup, par la manière qu’a eue Jacques Chirac de gérer l’après guerre en réclamant, de manière irresponsable, le désengagement américain d’Iraq aussi tôt qu’en 2004.

Certes, la dernière guerre du Golfe n’était pas la bonne, entendre, la plus topique. En ce sens où, si l’on prend au sérieux la menace islamiste, c’est bien au cœur du dispositif qu’il faut frapper. C’est aussi à l’endroit où la force de l’exemple d’une démocratisation en bonne voie de réussir peut avoir la plus grande répercussion (évaluons de dix à vingt ans le temps d’une démocratisation menée à son terme). Entre un peuple qui souffre d’une dictature laïque et qui se laisse séduire par l’islamisme et un peuple qui souffre de la tyrannie religieuse et qui en appelle à un régime laïc, le choix devrait être limpide. Ce dernier régime est, dans le monde islamique actuel, eu égard à la configuration des forces politiques, plus favorable aux intérêts démocratiques (seul le monde arabe déroge à cette règle « islamique »).

Bien sûr, nous pourrions souhaiter la paix à tout prix. Outre que dans cette configuration particulière, l’apaisement n’est pas indiqué (il existe bien des cas de politiques d’apaisement menées avec discernement, par exemple, la politique de Détente de l’administration Nixon), il n’est pas certain que la paix ait la même signification pour les citoyens des démocraties que pour ceux qui vivent l’oppression au quotidien. C’est un fait que le pacifisme est un « occidentalo-centrisme » habilement exploité par les tyrans de là bas.

Enfin, il faudrait vomir la tyrannie et ne tolérer qu’à grand peine et très temporairement le despotisme éclairé pour avoir foi en la démocratie et en ses bienfaits. Mais aucun peuple, pas même le peuple français, n’est prêt à sacrifier son unité nationale à la démocratie faite dogme. J’entends par là le parlementarisme oligarchique vendu par les anglo-saxons comme démocratie fonctionnelle.

Les régimes de représentation se muent bien trop souvent en régimes de réseaux, de copinages, de clientélisme, en particulier et d’autant plus dans des pays sans expérience démocratique préalable. L’on ne prétend jamais mieux représenter le peuple que pour avoir d’autant moins à l’entendre. L’absence ou l’insuffisance de mécanismes de démocratie directe (élections du président au suffrage universel, disposition référendaire dans la constitution; ou monarque et régime primo ministériel) en sus des institutions représentatives, dans ce cadre particulier d’États nouvellement démocratiques risque de produire des démocraties d’opérette, vidées de substance même si elles acceptent le jeu électoral, irrespectueuses des standards démocratiques et des Droits de l’Homme même si le pouvoir des uns paraît limité par celui des autres.

La tentation obscurantiste

Posted on mardi, août 7, 2007 at 04:39PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

latentationobscurantistez5.jpgCaroline Fourest nous présente ses réflexions suite à la publication de « La tentation obscurantiste » (où elle décortique la tendance d’une partie de la gauche &agr