Entries in Opinion (17)
La terreur vient du ciel
Le titre du présent article est repris du tome 16 (l’histoire commence avec le tome 15 intitulé « Les vampires attaquent la nuit ») d’une bande dessinée de Jijé et Jean-Michel Charlier intitulée Tanguy et Laverdure.
Nos deux héros sont pilotes dans l’Armée de l’Air et se retrouvent, dans cet épisode, à combattre une organisation terroriste qui a élu domicile en France et qui fait la preuve de sa capacité de frapper n’importe quel point du territoire national à l’aide d’avions un peu particuliers. Ces avions sont, en effet, à décollage et atterrissage vertical (ADAV, les fameux Harrier britanniques) et peuvent frapper leurs cibles (une station radar par exemple) et disparaître une fois que la chasse leur est donnée, en atterrissant n’importe où et en attendant que les Mirages s’éloignent.
Cela a permis au « Vampire », le leader terroriste, de faire chanter la France et de lui réclamer le versement d’une rançon exorbitante. Heureusement, nos deux héros finiront avec leurs camarades par avoir raison de l’organisation terroriste.
Cet article n’est pas à proprement parler un texte de politique fiction mais fait partie des scénarii du type « What if…? » (Que se passerait-il si …?) auxquels se livrent bien des analystes des relations internationales, et, en particulier, les militaires (l’auteur du présent texte n’est ni l’un ni l’autre et ne leur est pas lié, d’aucune manière). La devise des études stratégiques est souvent résumée, d’ailleurs, par l’expression « Shit happens », autrement dit, tout peut arriver c’est donc le domaine de l’imagination par excellence.
Mais cette imagination n’est pas débridée au point de concevoir l’invraisemblable. Bien au contraire, elle cherche à définir les paramètres d’une ou plutôt plusieurs réalités futures c’est-à-dire d’avenirs plausibles, envisageables (toujours au pluriel). N’étant pas un professionnel de la chose et ne prétendant pas avoir écrit un texte visionnaire mais conscient que les professionnels se trompent très souvent, j’ai crû bon de soumettre ces quelques pensées à l’esprit critique de mes lecteurs.
Dans sa dernière revue de presse, Daisy du blog SPQR évoque les menaces syriennes à l’encontre d’Israël. Et, plus particulièrement, la menace d’une guerre de missiles balistiques, une guerre de villes, proférée par un haut fonctionnaire anonyme du ministère syrien de la défense.
Nous nous trouvons, en réalité, face à un mythe né de la guerre indécise de l’année dernière. L’issue de la deuxième guerre du Liban – celle de 2006 qui opposa Israël au Hezbollah soutenu par l’Iran et la Syrie– n’a désigné ni vainqueur ni vaincu. L’indécision, sur le champ de bataille, autorise chaque camp à clamer que la non victoire d’hier impose un « second round » demain, c’est-à-dire une nouvelle guerre afin qu’un vainqueur et un vaincu soient clairement désignés et les cartes redistribuées.
Mais les exemples de guerres inutiles pullulent dans nos manuels d’histoire et rien n’oblige ni la Syrie ni Israël, pas davantage que n’importe quel autre État, à engager de nouvelles hostilités uniquement pour découvrir un vainqueur et un vaincu dans ce contexte de guerre qui, en réalité, dure depuis 1948. Dès lors, pourquoi la dernière guerre devrait à ce point hâter les protagonistes vers la prochaine?
Syrian cancan
Il faut donc s’émanciper de la « mystique » de l’Armageddon pour réinterpréter les calculs auxquels se livrent, rationnellement, ces États, ces « monstres froids » dirait le Général de Gaulle.
D’abord, un haut fonctionnaire syrien qui ne décline pas son identité assure que la guerre de demain sera balistique et que la Syrie ne la mènera pas par proxy (c’est-à-dire par Hezbollah libanais interposé). Autrement dit, les autorités syriennes n’endossent pas ces déclarations mais veulent quant même profiter de leurs effets.
Cette menace de guerre sans intermédiaire entre la Syrie et Israël n’est pas crédible. En réponse à des attaques balistiques (dont la faculté de nuisance sera forcément supérieure à celle des katyushas du Hezbollah), Israël peut envahir tout ou partie de la Syrie et déposer le régime baathiste d’Al-Assad. Il n’y a absolument aucun doute que la tactique de la Blitzkrieg peut-être utilisée contre la Syrie qui dispose d’une armée régulière et se défend en contrebas du Golan (c’est-à-dire dans une position intenable), à quelques dizaines de kilomètres seulement de Damas.
Ashkenazi le damascène
En 1982, Ariel Sharon n’a pas eu de difficultés majeures à atteindre Beyrouth, en traversant deux fleuves et un Liban sud au relief accidenté. Comment, aujourd’hui, la Syrie pourrait se défendre, sur une plus courte distance et sans le renfort d’un relief difficile? Et, accessoirement, sans le renfort d’une armée de guérilla, aguerrie?
Israël peut atteindre par les airs les sites de lancement de missiles balistiques en l’espace de quelques minutes à quelques dizaines de minutes (la Heyl Ha’Avir peut se maintenir en permanence dans le ciel syrien) et ensuite les occuper en l’espace de quelques jours. La guerre balistique syro-israélienne serait très rapidement décidée à l’avantage de ces derniers.
D’aucuns estimeront que ce serait créer un Iraq bis et prendre Israël au piège d’une occupation qu’il n’a pas les moyens, contrairement aux Américains en Iraq, de supporter. Mais ce scénario à le désavantage pour le régime baathiste de lui interdire, une fois la paix revenue, tout retour au pouvoir, au profit d’un régime islamiste sunnite.
Impopulaire république populaire
La menace d’une guérilla syrienne en zone occupée – l’année dernière, Bachar Al-Assad avait menacé Israël de mener sur le Golan une guérilla s’inspirant du modèle hezbollahi – n’est donc pas crédible. En effet, la Syrie dispose d’un État fort et la minorité alaouite dont est issue la famille Al-Assad au pouvoir ne peut pas conserver le leadership syrien sans l’aide d’une bureaucratie centralisée. Cette bureaucratie ne peut pas continuer d’exister dans un pays soumis à une tutelle étrangère. Une guerre de partisans serait l’occasion pour l’écrasante majorité sunnite de s’armer et d’interdire, à terme, aux alaouites de revenir aux affaires.
Le régime baathiste n’a, en réalité, aucune option dont les avantages surpassent les inconvénients : il doit se contenter du statu quo quand bien même il gesticulerait violemment. Car, il faut aussi se rendre à l’évidence que personne ne volera au secours d’une Syrie qui aura agressé Israël. La Syrie, contrairement au Liban, ne peut pas compter sur l’interférence des Nations Unies, de la France et des États-Unis pour limiter l’ampleur d’une réaction israélienne résolue.
L’été prochain à Karbala
Or, Ahmadi-Nejad aurait, de Damas, déclaré que cet été verrait « la victoire des musulmans et la défaite de [leurs] ennemis ». Cette phrase fait partie du jargon brumeux des déclarations prophétiques et est donc sujette à de multiples interprétations. Elle n’est pas politiquement compréhensible en l’état tant elle est imprécise. Ahmadi-Nejad pourrait avoir beau jeu d’interpréter à sa guise cette « victoire des musulmans », à la fin de l’été. En effet, il pourrait encore annoncer que l’Iran a franchi un nouveau pallier dans la maîtrise de l’énergie nucléaire, sans pour autant annoncer son entrée dans le club des puissances nucléaires militaires. L’évènement serait (presque) dérisoire (s’il n’était pas inquiétant) au regard de l’annonce faite à Damas, pour les esprits sceptiques, mais il résonnerait puissamment aux oreilles de ceux qui s’abreuvent à la propagande du régime des mollahs pour entretenir leur ferveur, en attendant le « grand soir » tant promis et dont l’échéance est sans cesse repoussée, depuis le martyr de l’imam Hussein en l’an 860.
Il faut rappeler, toutefois, que le président de la République Islamique était alors l’un des rares dirigeants étrangers à s’être déplacé dans la capitale syrienne suite à la « réélection » de Bachar Al-Assad. Ceci peut-être interprété comme une marque de soutien mais, en parallèle, il marque d’une manière dramatique l’isolement du régime syrien. Enfin, il faut aussi prendre en considération le fait suivant : bien qu’étant le principal allié des baathistes syriens avec lequel il a un accord de défense (conclu en 2005), le régime des mollahs n’a aucun intérêt à utiliser la Syrie comme un proxy dans son bras de fer avec Israël.
En effet, l’incapacité du régime baathiste à se passer d’un puissant appareil d’État pour maintenir son emprise sur un peuple syrien majoritairement sunnite laisse envisager le pire pour le pouvoir chiite de Téhéran : la perte d’un de ses rares alliés au profit des puissances sunnites de la région et d’Al Qaïda. Certes, la République Islamique s’est montrée désireuse de collaborer avec un certain nombre d’extrémistes sunnites, notamment le Hamas et Al Qaïda (avec ces derniers sur une base ponctuelle) mais ce type de collaboration est davantage le reflet d’une convergence d’intérêts toute temporaire et très localisée.
L’imam caché
En réalité, le seul pays capable de mener une guerre de missiles contre Israël, c’est l’Iran. Mais avant de pouvoir mener une telle guerre, ce dernier doit disposer d’au moins une arme nucléaire et être en mesure, de surcroît, de la lancer sur Israël afin de sanctuariser son territoire et prévenir une campagne aérienne massive contre ses infrastructures atomiques et militaires (en prenant Israël en otage, les mollahs prennent également une garantie contre une éventuelle campagne militaire américaine). Car, si le Guide suprême Ali Khamenei déclenchait le feu de ses missiles Shehab 3 avant de disposer d’une telle arme, il exposerait ses infrastructures nucléaires à d’intenses bombardements aériens. Même si les israéliens, les américains et les européens ne peuvent pas être certains d’avoir répertorié tous les sites nucléaires iraniens, les stratèges de la République Islamique ne peuvent pas être absolument certains qu’une campagne aérienne ne finisse par avoir raison de tous les sites en question (à supposer que le réseau nucléaire iranien, bien que décentralisé et sans doute doté de nombreux leurres, ne soit pas dépendant, en réalité, de seulement deux ou trois sites essentiels).
En revanche, si la République Islamique s’engage dans une guerre de missiles (armés de charges conventionnelles) contre Israël après s’être assuré la possession (en réserve) d’une bombe atomique et du moyen de l’amener sur une cible israélienne, alors le régime islamiste peut espérer, d’une guerre limitée, obtenir des gains géopolitiques considérables. Mais il lui faudra d’abord convaincre ses ennemis de sa capacité d’ouvrir le feu nucléaire et ensuite définir les paramètres de la confrontation. Ce cadre doit imposer des limites à chacun de deux camps : d’une part, Israël doit être notifié sans ambiguïtés des lignes rouges à ne pas franchir faute de quoi le feu nucléaire iranien serait déclenché et, d’autre part, le Guide suprême doit s’imposer une certaine « retenue » en contrôlant les dégâts causés par ses tirs de missiles afin qu’Israël ait encore davantage à perdre en cas de riposte iranienne à des ripostes trop massives de Tsahal. Les Pasdaran-e-Sepah, en charge du programme nucléaire iranien, pourraient limiter les charges dont leurs missiles sont équipés et pourraient aussi espacer suffisamment les tirs afin de ne pas leur donner le caractère systématique propre à une guerre totale.
Chantage permanent
La décision de tirer un Shehab 3 resterait aux mains des politiques et devrait pouvoir être présentée, à chaque coup, comme une « riposte » à une « agression sioniste » alors même que l’Iran aura depuis bien longtemps pris l’initiative stratégique. Arme politique, la guerre des missiles ferait fondre du ciel la terreur sur Israël. L’intérêt d’une telle stratégie ne serait pas pour l’Iran d’initier une guerre totale contre Israël mais bien plutôt d’offrir à ses alliés la couverture nécessaire afin qu’ils soient en mesure de mener contre ce dernier une guerre d’attrition emmaillée de cessez le feu et de phases de négociation (mais pas des négociations de paix, tout au plus une trève temporaire, une Hudna comme la paix que propose actuellement le Hamas et qui exige des Musulmans de reprendre les hostilités dès qu’ils reprennent l’avantage).
Répandant en apparence le chaos, ce type de stratégie est, en réalité un usage contrôlé de la violence. Les stratèges des mollahs escompteraient, dans le cadre d’un tel scénario, contraindre Israël et non pas encore l’éliminer. La dimension psychologique d’un tel affrontement est cruciale : la République Islamique gagnerait un prestige considérable et pourrait davantage se présenter comme le défenseur des « Musulmans ». Des groupes inféodés à Téhéran, tels le Hezbollah, pourraient rouvrir les hostilités – en adoptant une stratégie de harcèlement, en multipliant les coups de mains et en prenant des otages – contre l’État hébreu tout en étant protégés d’une réaction israélienne de grande envergure comme à l’été 2006. Cependant, les mollahs ne lieraient pas l’intégrité de leurs affidés à l’usage de l’arme nucléaire, celle-ci étant réservée à la seule sanctuarisation du territoire national iranien (la ligne rouge définie précédemment) mais ils lieraient chaque riposte israélienne ambitieuse, qui dépasserait une autre ligne, orange cette fois et destinée à la protection des alliés de Téhéran, à l’exercice de la terreur venue du ciel. Cette ligne orange contraindrait ainsi Israël à limiter ses opérations antiterroristes et autoriserait les groupes alliés des mollahs à, soit s’assurer une base d’opérations relativement abritée, soit à se muer en authentiques armées de guérilla comme c’est envisageable dans le cas du Hamas.
C’est Sdérot partout
La réussite d’une telle stratégie repose sur le « consentement » d’Israël. Les Pasdaran ne manqueraient pas de faire comprendre à l’armée israélienne qu’une riposte trop vigoureuse de sa part contre tel protégé portera en elle le germe d’une réplique iranienne dont les dégâts infligés à Israël seront supérieurs aux gains attendus de l’opération anti-terroriste. Les phases de cessez le feu et de négociations deviendraient un puissant levier politique pour faire libérer par Israël des terroristes et le rançonner. L’existence de l’État d’Israël ne serait pas immédiatement remise en cause afin d’éviter des représailles nucléaires massives de l’État hébreu mais à l’équilibre de la dissuasion nucléaire se juxtaposerait le déséquilibre d’une guerre d’attrition qui affaiblirait ce dernier et rendrait sa sécurité dépendante du bon vouloir des mollahs. La fin d’Israël serait, faute de contre-mesures appropriées ou d’un renversement de régime à Téhéran (et les deux à la fois seraient probablement nécessaires), une question de décennies.
En outre, Israël serait virtuellement l’otage des mollahs et d’une puissance alliée et apportant son lot d’utilité, l’État hébreu deviendra une écharde plantée dans le flanc de l’Occident. Ce dernier, conscient de ses responsabilités, n’abandonnera pas Israël et les islamistes en profiteront pour réclamer de lui des concessions jusque là impossibles à obtenir. À moins que les iraniens ne finissent par disposer du moyen de le convaincre (et de la fenêtre d’opportunité pour le lui faire comprendre) qu’il vaut mieux laisser faire et accueillir les juifs israéliens chez lui, en ce cas, ils se garderont bien l’utiliser pour l’utiliser comme une épée de Damoclès. À ce moment là, les mollahs pourront remodeler le Moyen-Orient è leur guise et assurer partout l’impunité et la prise du pouvoir par ses Hezbollahs régionaux.
Le succès initial d’une telle stratégie permettrait, en outre, à la République Islamique de s’ouvrir une fenêtre d’opportunité. Pendant un certain laps de temps, jusqu’à la mise en place de contre-mesures efficaces et/ou d’une déposition de leur régime, les mollahs peuvent susciter des vocations et proposer un modèle de lutte islamiste offrant des garanties de succès à des groupes tentés de se transformer selon le mode opératoire du Hezbollah au Liban. Cette éventualité est envisageable en Iraq mais aussi au Yémen et en Arabie Saoudite; quant aux chiites du Koweït, de Bahreïn, du Qatar et des EAU, c’est plutôt un modèle de participation politique avantageuse qui serait possible. Relevons aussi l’ « avantage compétitif » de l’offre islamiste iranienne sur celle d’Al-Qaïda grâce au patronage d’une puissance nucléaire désireuse d’offrir à chaque groupe allié, « sur site », un sanctuaire. À ce compte là, même des groupes terroristes sunnites autrement anti-chiites pourraient être tentés de se placer fort opportunément sous la tutelle de Téhéran.
Contre-mesures israéliennes
Israël n’est pas tout à fait invulnérable. Tsahal dispose d’un bouclier antimissile (le système Hetz) qui devrait être complètement opérationnel avant que la République islamique ne dispose de la Bombe. En outre, il faudra à cette dernière disposer de capacités industrielles suffisamment conséquentes pour fabriquer en nombre suffisant les Shebab 3 et 4 afin de saturer les Hetz israéliens. Cela prendra du temps à l’Iran et laisse peut-être à Israël l’espace nécessaire pour réaliser les bonds technologiques qui le mettront à l’abri du chantage iranien. Mais une telle posture engagerait Israël dans la course du glaive et du bouclier et le ferait vivre dans la crainte permanente du jour où le glaive des Pasdaran (c’est le glaive qui à l’initiative dans ce genre de course) découvrira une faille sécuritaire exploitable.
Il est vrai que le Hezbollah nous aura donné un aperçu, l’été dernier, d’une terreur fondée sur les roquettes (et quelques missiles de faible portée et également très imprécis), et les factions islamistes de Gaza frappent la localité israélienne de Sderot presque quotidiennement mais la plupart de ces tirs sont et étaient extrêmement imprécis et font ou firent relativement peu de victimes. En outre, ils n’ont aucune valeur dissuasive contre les ripostes de Tsahal.
Il y a peu de chances que les Shehab iraniens soient plus précis alors qu’ils seront tirés à 2000 km de distance (et que l’Iran comme ses fournisseurs accusent un retard considérable dans les technologies de pointe qui autorisent des tirs précis) mais ils pourront toucher l’ensemble du territoire israélien et emporter des charges bien plus lourdes tandis qu’une riposte de la part de l’armée de l’air israélienne est, au mieux extrêmement risquée. Les pilotes risqueront, en Iran plus que jamais auparavant, de se faire abattre par la DCA iranienne récemment renforcée par les meilleurs SAM russes (S-300) et surtout d’être capturés sans compter sur le fait qu’il faut au moins deux heures pour parcourir la distance séparant un site de lancement de Shebab de la base israélienne d’Hatzor, ce qui interdit à la Heyl-Ha’Avir d’intervenir dans les minutes qui suivent un tir, comme au sud du Liban.
Les Pasdaran seront également en mesure de menacer les États qui autoriseraient (ou fermeraient les yeux sur) le transit d’avions israéliens dans leur espace aérien. Le tir de missiles de croisières de sous-marins israéliens pourrait se révéler tout aussi inefficace puisqu’il leur faudrait au moins une bonne vingtaine de minutes pour atteindre leur cible ce qui laisse le temps à un camion lanceur de missiles de considérablement s’éloigner de la zone où le lancement aura été détecté. Il faut aussi ajouter que les sous-marins emportent un nombre limité de missiles de croisière et qu’il n’est pas possible de les « recharger » aussi rapidement qu’un avion, ce qui limite d’autant leur capacité militaire face à des cibles mouvantes et nombreuses.
L’envoi de forces spéciales risque de ne pas être plus efficace car il faudrait interdire le territoire entier aux véhicules lanceurs, et les actions ponctuelles et localisées des commandos ne sont pas propres à cette tâche sans compter, encore une fois sur les risques de les voir se faire capturer, ce qui permettrait aux mollahs d’augmenter les enchères. Israël pourra (avec les États-Unis), cependant, soutenir des mouvements de guérilla en Iran même mais au risque de renforcer les séparatismes naguère suscités par les Soviétiques au Kurdistan, en Azerbaïdjan et au Gilan iraniens, et donc en s’aliénant le soutien des iraniens « perses » des provinces centrales alors que leur sympathie est nécessaire au renversement du régime islamique comme au travail de renseignement.
Néanmoins, le soutien à des factions de guérilla à l’intérieur de l’Iran présenterait l’avantage de « re-symétriser » en faveur d’Israël les données du conflit. La plus grande vulnérabilité des mollahs est, en effet, leur impopularité auprès des iraniens. Mais c’est une impopularité que l’Occident ne semble pas disposé à exploiter tant qu’il est encore temps.
Enfin, notons que la prise de Gaza par le Hamas et la Seconde guerre du Liban déclenchée par le Hezbollah l’été dernier étaient peut-être par trop précoces. Ces guerres sont un avertissement qu’Israël ne peut pas ignorer et la meilleure contre-mesure que peut prendre l’État hébreu serait, avec ses alliés américains, de prévenir l’agencement progressif des éléments qui permettraient au scénario de la « terreur venue du ciel » de prendre forme concrète.
Quid de la Syrie?
Mais revenons de ce scénario cauchemardesque à la réalité présente. La Syrie a fait, ces derniers mois, des gestes d’ouverture à Israël pour engager des pourparlers de paix. Il y a, par ailleurs, peu de chances que la Syrie trouve son compte à un plan islamiste qui endosserait les modalités décrites dans les précédents paragraphes. Les décideurs syriens, quoiqu’ils puissent entretenir à l’égard de l’Iran et d’un changement d’alliance au profit des États-Unis des vues divergentes sont certainement préoccupés de préserver à leur État une certaine indépendance. La tutelle d’un régime clérical aussi peu conforme aux vues panarabes et (au moins initialement) anti-islamistes du Baath doit les inquiéter aussi leur stratégie diffère-t-elle de celle des mollahs iraniens. Pour ces derniers, seule la destruction d’Israël est, à terme, souhaitable mais pour les Syriens, la coexistence avec l’État hébreu est peut-être une éventualité qui est, paradoxalement, moins douloureuse. En ce cas, Bachar Al-Assad essaie de convaincre Israël (et les États-Unis qui s’y refusent encore) à entamer de sérieuses négociations de paix en brandissant la menace de la guerre grâce à l’appui iranien. En outre, l’usage d’une rhétorique belliqueuse par le pouvoir syrien à l’avantage pour lui de se garder la possibilité de présenter tout accord de paix futur comme une victoire – mais pas nécessairement de la même manière qu’Anouar el-Sadate en 1973. Dans cette configuration, Damas s’éviterait l’ « humiliation » de la paix en arguant qu’elle a été arrachée à l’État d’Israël de peur, de la part ce dernier, d’entrer en conflit avec la Syrie.
De ce point de vue là, il est donc urgent de détacher la Syrie de l’Iran en lui permettant, peu importe la rhétorique employée par Damas pour ne pas blesser la « fierté » arabe, de négocier une paix permanente avec Israël et de se réintégrer à la communauté internationale en lui offrant de l’aide pour son développement. Or, ce scénario, quoique plausible et qui a des avocats en Israël même, semble aujourd’hui compromis, notamment par le tribunal international monté pour juger les criminels d’Hariri et de ses compagnons libanais anti-syriens. Ce tribunal empêche tout rapprochement syro-français et syro-américain et il est également probable que les syriens aient affiché leur volonté de paix avec Israël dans le but de convaincre les principaux membres du Conseil de Sécurité de relâcher leurs pressions.
Conclusion
La terreur vient du ciel n’est donc qu’un scénario parmi d’autres et il n’est en rien certain que l’avenir sera ainsi fait. Sa concrétisation dépend d’un certain nombre de paramètres connus (donc soit correctement soit incorrectement évalués dans ce texte) et inconnus (donc non évoqués ici, qui sont soit anodins et sans impact ce qui serait vérifié si le scénario se concrétisait ou alors déterminants et qui rendent ce scénario caduque) mais dont la plupart ne sont pas maîtrisés par moi. Ni d’ailleurs par quiconque sur terre.
Il y a aussi la grande place du hasard, né de notre – le nous ici ne désigne pas l’auteur de ce texte mais l’ensemble de l’humanité – ignorance (ou comme l’effet pervers d’un savoir trop sophistiqué), de nos incompétences (ou comme l’effet pervers d’une trop grande compétence), de nos atermoiements (ou encore comme l’effet pervers d’une décision prise trop rapidement), de l’émergence de forces ou d’acteurs nouveaux, d’une innovation technologique qui n’a pas été envisagée, etc.
Mais le scénario de la terreur venue du ciel a sans doute l’avantage de fournir une piste pour comprendre comment le régime islamique en place en Iran pourrait s’y prendre pour détruire l’État d’Israël et asseoir sa domination sur les musulmans du Moyen-Orient. Car, si, à première vue, cela semble impossible, les islamistes nous ont démontré qu’ils ne renonçaient pas à ceux de leurs objectifs qui sont devenus pour eux un article de r foi. La destruction d’Israël fait partie de ces objectifs sur lesquels ils refusent de louvoyer, qu’ils soient chiites ou sunnites, comme l’atteste le refus du Hamas d’offrir une paix permanente à l’État hébreu en dépit de sa situation plus que difficile et comme l’atteste également le fait que la République Islamique d’Iran reste le dernier État à souhaiter publiquement la destruction d’Israël.
D’aucuns estiment que les mollahs se sont mués en populistes mais un certain nombre d’élément plaident contre cette thèse : depuis 28 ans que la République Islamique s’est imposée à l’Iran, elle n’a toujours pas normalisé ses relations avec le « Grand Satan » américain. Khamenei et nombre de mollahs expliquent que le cri de « mort à l’Amérique » à la même valeur que le cri d’Allah Akbar et prémunit le croyant contre les pièges tendus par Satan. D’autre part, le discours de la destruction prochaine d’Israël n’est pas le seul fait d’Ahmadinejad mais il a également été tenu par tous les dignitaires de la République Islamique depuis sa fondation et même avant, de Khomeiny à Khamenei, en passant par le « modéré » Rafsandjani.
La République Islamique à un intérêt certain à nuire à Israël dans la perspective de l’amener sur ses genoux, à terme. Rien que pour son prestige et pour le succès de la Révolution Islamique dans la région. Ses stratèges se rendent bien compte que malgré le soutien que lui apportent ses alliés, l’État hébreu sera abandonné par certains d’entre eux assez rapidement tandis que les autres pourraient renoncer à lui apporter leur aide si un jour sauver Israël devenait trop onéreux, en terme de vies humaines (le prétexte sera simple: il vaut mieux six millions de juifs vivants en Occident que six millions de juifs morts en Israël). N’importe quel État se souciera d’abord de préserver la vie de ses citoyens, si celle-ci était sérieusement menacée, avant de penser à aider son voisin. Que Israël soit le seul État des juifs au monde ne change rien à cette réalité.
Enfin, le régime de mollahs veut survivre. Il est impopulaire, il s’est construit presque par « chance », en manipulant contre le régime précédent toutes les oppositions et une bonne partie des iraniens mais il a pris le pouvoir par la force des baïonnettes, Khomeiny avait promis la démocratie libérale et un baril de pétrole pour tous mais depuis le régime a été confondu dans ses mensonges. Il doit donc engranger les succès à l’étranger, s’engager dans une fuite en avant comme le montrent déjà amplement les provocations d’Ahmadinejad et la ligne rigoureuse maintenue sur le programme nucléaire. Pour se justifier d’avoir précipité les Iraniens dans la misère et l’oppression, pour espérer endormir le sentiment national des Iraniens au profit du rêve de la Oumma islamique, il doit absolument se donner les moyens d’une politique expansionniste, qui seule pourrait compenser la détérioration de la situation interne en Iran.
Il n’est pas non plus certain que les politiciens islamistes de Téhéran ne croient pas profondément au sens de leur « mission » au service d’Allah. La vision cynique qui présente les politiques invariablement comme des calculateurs froids, avides de pouvoir et manipulateurs mais imperméables aux grands principes est trop simpliste pour rendre compte de la réalité : souvent cohabitent en l’homme la volonté de satisfaire ses intérêts égoïstes et sa volonté de se soumettre aux valeurs qu’il tient pour les plus élevées.
Préjuger se conjugue avec Turquie
Il n’y a pas qu’Israël qui est l’objet de préjugés tenaces. Il y a aussi la Turquie.
Ici et là, comme toujours, la peur et la bêtise font dire des âneries le plus impunément du monde. Ici et là, des français et des européens pourtant modérés n’hésitent pas à tenir des discours démagogiques, voire à la limite de celui tenu par l’extrême-droite, comme si certaines exceptions justifiaient toutes les dérives.
Enfin, la comparaison entre la Turquie et Israël est voulue car elle mettra tout le monde mal à l’aise. De ces (mauvais) amis d’Israël qui ne peuvent pas supporter une Turquie européenne parce que musulmane aux ennemis d’Israël qui sont prêts à accepter une Turquie musulmane mais ne perçoivent aucune analogie entre leur discours antisioniste et celui des opposants à l’adhésion de la Turquie.
Le problème qui se pose avec Israël, c’est le sionisme qui est classé par certains dans la catégorie des idéologies et, qui plus est, des idéologies racistes et colonialistes. Le péché d’Israël c’est d’être un État colonial, comme si ces milliers de Juifs fuyant les pogromes n’avaient pour seule idée en tête que d’asservir d’autres peuples. Mais nous ne sommes pas à un contresens près et le sujet ici, c’est la Turquie.
En effet, en Turquie, c’est l’AKP décrié à tort comme parti islamiste qui pose problème parce que les turcs sont majoritairement musulmans. Être un parti conservateur dans un pays d’Islam, c’est décidément impardonnable. Davantage d’ailleurs que dans la réactionnaire mais très catholique Pologne.
Bien sûr, on agite l’épouvantail du paysan anatolien – leur plombier polonais à eux – qui serait un parangon d’intolérance et un islamiste patenté. Il aurait presque le couteau entre les dents et pire encore, sa progéniture – avec l’exode rural – peuple désormais ces grandes villes traditionnellement si ouvertes sur l’Europe.
En réalité, voila bien un discours d’extrême-droite qui est tenu, le plus naturellement du monde, par des individus aux affinités politiques qui sont, autrement, plutôt modérées.
Il convient pourtant de rappeler que les fanatiques religieux et/ou « ultranationalistes » turcs qui assassinent des missionnaires chrétiens ou tel intellectuel favorable à la reconnaissance du génocide arménien ou encore qui posent des bombes dans les grandes villes ne sont pas liés à l’AKP.
Ce dernier parti est, en effet, très composite, comme l’est l’UMP. Le grand parti de la droite française est actuellement rassemblé par Nicolas Sarkozy ce qui le prémuni contre les déchirures qui secouent le PS. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’y trouve toutes sortes de courants, des centristes ralliés façon Philippe Douste-Blazy, des libéraux façon Alain Madelin, des souverainistes façon Nicolas Dupont Aignan, et bien d’autres. L’AKP ne déroge pas à cette règle de la composition composite de son corps politique, entre laïcs et islamistes repentis, entre conservateurs et droite sociale.
D’autre part, les électeurs AKP, 47% des 85% des inscrits qui sont allés voter, sont également loin d’être tous les mêmes. Nous retrouvons nombre d’électeurs qui, autrefois, votaient pour la droite libérale et les partis de gauche.
Enfin, l’AKP à de quoi séduire par son bilan, tant démocratique – la démocratie turque s’est considérablement renforcée sous le gouvernement Erdogan – et l’économie se porte très bien avec un taux de croissance annuel moyen de 7%.
D’une certaine manière, si l’on pouvait être fondé à penser que la laïcité ne tenait que par la force des baïonnettes ou, du moins, parce que le peuple des campagnes, d’Anatolie, demeurait assoupi, le moins que l’on puisse dire maintenant, c’est que si l’Anatolie s’est réveillée, elle est bien loin de nous livrer ici le visage d’un électorat monolithique, tout entier rangé derrière la bannière de l’islam conquérant.
Bien au contraire, l’Anatolie injecte dans la vie politique turque l’ensemble de sa diversité et ça devrait être perçu comme une bonne nouvelle par les partisans de la consolidation démocratie turque.
Par ailleurs, il faut noter la faiblesse de l’opposition turque. Sa force de proposition est entachée par son refus, coté social-démocrate (le CHP), de faire son aggiornamento. Quand aux nationalistes, bien que très agités, ils sont politiquement dépassés par les deux partis précités.
Relevons aussi que l’AKP est le parti le plus pro-européen en Turquie, peut-être parce que, en tant que force conservatrice, il est moins hanté par les vieilles lunes nationalistes que l’extrême-droite et la gauche autoritaire, d’inspiration kémaliste. Reconnaissons à la Turquie un cheminement semblable à la France : initialement, c’est la gauche qui est nationaliste, pas la droite et cette dernière est d’abord débordée en ce sens par l’extrême-droite.
Reconnaissons, aussi, que l’AKP – dont les membres anciennement islamistes ont renoncé explicitement à l’application de la Charia – représente manifestement autre chose que des islamistes, c’est-à-dire des musulmans ralliés à la laïcité tels nos catholiques ralliés à la république vers 1885. Ce n’est pas inconcevable!
Il me reste quelques mots à dire sur cette fameuse figure du peuple d’Anatolie. Car, si, en effet, la Turquie moderne à son cœur en Anatolie, souvenons-nous que c’est à dessein. C’est bien là la réalisation du projet kémaliste de fonder une société séculaire sur un ensemble géographique bien délimité : l’ancien cœur de l’Empire byzantin. Il était logique pour l’Empire Ottoman de placer le centre de sa puissance entre l’Europe et l’Asie, à la croisée de toutes ses possessions et parce que le Sultan se voulait le continuateur des empereurs romains. Mais, dans un ensemble désormais sécularisé, car national, la logique impériale n’a plus de prise.
Dans cet ensemble, l’Anatolie n’est pas la survivance d’un ottomanisme devenu panislamique mais au contraire l’avènement d’une nation dans une Asie mineure pensée comme l’extension de la sphère européenne. Un processus semblable, toutes proportions gardées s’est produit dans l’Empire byzantin du temps des Croisades. En effet, lorsque les croisés créèrent, manu militari, l’Empire Latin de Constantinople, un Empire anatolien concurrent et viable parce que grec émergea sur les franges de cet ensemble retranché autour de la capitale impériale capturée par les catholiques.
Il faut aussi se faire une idée de ces autres extrémistes, dits nationalistes, qui ont assassiné l’écrivain turc arménien Hrant Dink. Ils se rapprochent manifestement du parti d’extrême-droite MHP. Quoiqu’on les dise « ultranationalistes » – encore un terme impropre, il faut tout de même marquer leur différence avec les courants nationalistes kémalistes. Ces militants sont davantage les héritiers d’Enver Pacha – qui, lui, est mouillé jusqu’au cou dans le génocide arménien – et du grand dessin impérial pantouranien que de la sécularité sans compromis d’Atatürk.
Car si l’on doit chercher des nostalgiques de l’Empire ottoman déchu, c’est par là qu’il faut commencer. Le pantouranisme – qui n’est pas très laïque, d’ailleurs – n’est rien d’autre que cette idée de la réunion de tous les peuples turcs d’Asie mineure et centrale – jusqu’au Xinjiang chinois – sous la houlette d’Ankara. Cette « Grande Turquie » est tournée vers l’Asie, pas vers l’Europe mais elle ne dépasse pas les niveaux atteints par le FN français.
Et puis, coté islamiste, il n’y a pas non plus de grandes chances de les voir un jour amener la Turquie à porter son regard vers le sud arabo-islamique. Le tropisme sunnite dans un pays de mosaïque religieuse, où les élections sont honnêtes et sans le concours de l’armée à peu de chances de prendre le pouvoir. D’autant plus que les Arabes ne sont pas disposés à accepter le retour de la puissance turque sur leurs terres alors qu’ils lui ont fait la guerre pour s’en libérer.
En fin de compte, la Turquie n’a guère d’autre choix que de se tourner vers l’ouest. L’Europe, c’est la seule civilisation au sein de laquelle un turc peut se sentir chez lui. Encore faudrait-il que nous l’aidions, sans complaisance, à établir chez lui une démocratie qui atteint les hauts standards qui sont devenus la norme chez nous et ce, sans lui renvoyer sans arrêt dans la figure son altérité religieuse.
En conclusion, la comparaison avec Israël est une boutade mais cela me permet de situer le discours anti-turc dans la même veine que le discours antisioniste : méconnaissance profonde du sujet et de sa complexité dont le dénominateur commun est l’arbre qui cache la forêt : ici, la diversité religieuse turque, bien qu’il s’agisse de différents musulmans, fait pendant à la diversité des mouvements politiques qui se réclament du sionisme). Du sionisme idéologie raciste au monolithisme musulman des turcs, il y a comme une parenté dans la pensée.
D’autre part, turcs comme israéliens sont victimes de discours tenus habituellement par les extrêmes, gauche comme droite, mais qui résonnent profondément parmi les modérés. Ici comme là, exceptionnellement, il est permis voir tout noir.
Enfin, ces discours empêchent de construire des ponts : si le sionisme est colonialiste dans son essence alors il doit être fermement condamné et toute partie attachée au sionisme et à la paix et qui est donc pacifique et patriote tout à la fois (d’Itzhak Rabin à Archav Shalom) est suspecte et ne peut devenir un interlocuteur pour la paix pour les Arabes – dont le rejet d’Israël et les dérives terroristes sont, du même coup, justifiés; de manière semblable, si les turcs sont musulmans et si l’islam est la négation inaltérable de la civilisation européenne, alors il n’y a aucune discussion possible : il faut rompre immédiatement les négociations d’adhésion à l’UE.
[En parlant de la mer Noire, au delà du Bosphore, l]es Grecs la désignèrent d’abord par Skythikos Pontos (la « mer Scythique »). Les Scythes, peuple de langue iranienne, la désignèrent comme Axaïna, c’est-à-dire « indigo ». Les Grecs comprirent d’abord ce terme comme axeinos (de a- privatif et xeinos “étranger”) ce qui signifie « inamicale aux étrangers », puis plus tard, quand ces courants furent plus familiers et praticables, elle fut désignée comme Pontos Euxeinos (de eu- bien et xeinos « étranger ») ou Pont-Euxin (c’est-à-dire « baie amicale » ou « accueillante »).
Lisez les autres entrées de ce blog concernant la Turquie:
La Turquie et nous (plubilé en sept. 2006)
Plaidoyer pour l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne (publié en janv. 2007)
L’AKP en mutation (publiée en juil. 2007)
C dans l’air a consacré une émission intitulée « Le voile s’épaissit sur la Turquie » et portant sur les dernières élections législatives dans ce pays.
Les invités sont Antoine Sfeir, Gérard Chaliand, Paul-Marie Coûteaux et Ahmet Insel, lesquels sont présentés sur le site de l’émission.
C dans l’air « Le voile s’épaissit sur la Turquie » 1/4
C dans l’air « Le voile s’épaissit sur la Turquie » 2/4
Le IIIe Empire
Marianne publie tout un dossier sur Nicolas Sarkozy et son style de gouvernement. Il est intitulé « Le IIIe Empire ».
Dans ce dossier, le président Sarkozy nous est présenté sous les mêmes traits que Louis-Napoléon Bonaparte, à contextes semblables, par la plume de Sudhir Hazareesingh:
“Un pouvoir économique nouveau, plébiscité par suffrage populaire, qui proclame sa volonté d’une rupture avec le passé récent ; un homme fort qui rêve depuis longtemps d’exercer le pouvoir suprême et qui préparait méthodiquement sa stratégie de prise de pouvoir ; des institutions politiques critiquées, avec en toile de fond une crise de la représentation : la France en mai 2007 ? Certes. Mais une France qui ressemble étrangement à celle de 1852. (p22).
Si la présentation de Hazareesingh est dénuée de tout esprit « journalisme de combat » (il est, en effet, un universitaire britannique), celle de Jean-François Kahn, en revanche l’illustre:
On sait que, finalement, lorsqu’il y eut un risque qu’il ne soit pas reconduit, le prince Napoléon exécuta un coup d’Etat et se fit proclamer empereur. (p19)
En somme, Napoléon III a usurpé le pouvoir. Et pourtant, c’est une de ces circonstances historiques où le suffrage universel a désavoué la classe politique. Le peuple a voté en faveur du prince-président au grand dam de cette dernière. Les politiciens professionels, d’ailleurs, n’avaient-ils pas manoeuvré pour écarter du pouvoir un homme devenu par trop populaire? Si l’on devait se demander qui complotait contre la démocratie, en 1851, de Louis-Napoléon Bonaparte ou de l’establishment politique (Parti de l’Ordre et Républicains, en particulier), qui devrait alors être désigné comme coupable? Peut-être moins le président Bonaparte que Thiers et ses alliés de circonstance.
Ce dont je me souviens de mes cours sur le XIXe siècle en France, c’est que la classe politique, même les parlementaires, même les tenants du libéralisme politique, craignaient le peuple (et s’il votait mal, pour les rouges, par exemple?) et souhaitaient limiter autant que possible la taille du « pays légal ». C’est le retour, sous la IIe République, du suffrage censitaire en faveur duquel le parti de l’ordre obtint satisfaction après qu’ait été instauré le suffrage universel, une première fois, en 1848.
Quant un Bayrou ou Marianne fustigent en Nicolas Sarkozy un tyran, de qui se moquent-ils? Certes, ils peuvent arguer que l’Empire fût autoritaire, du moins jusqu’en 1860, date à partir de laquelle il s’est progressivement libéralisé. Mais alors, cela voudrait-il dire que la IIIe République fut une rupture toute démocratique d’avec l’ordre précédent? La IIIe République ne naît pas d’un plébiscite ou d’un référendum mais d’une défaite militaire et d’un Coup qui associa des parisiens à d’autres citadins contrairement au Second Empire - laissant sur la touche soixante-dix pourcent de français majoritairement bonapartistes.
En effet, l’Empire, lui, s’appuyait sur les campagnes, à l’époque la majorité du peuple français. Les monarchistes favorables au régime d’assemblée (légitimistes et orléanistes) avaient besoin du cens pour être portés (ou du moins participer) au pouvoir, jusqu’à ce que l’éducation nationale convertisse les français au républicanisme, ce qui fût fait par les républicains et leur profita.
Mais l’Empire, ce n’est pas la réaction, bien au contraire. Certes, c’est la concentration des pouvoirs, un certain jacobinisme mais ça n’a jamais été la Terreur. Napoléon III était volontariste, influencé par les saint-simoniens (notamment Michel Chevalier, négociateur français au traité de libre-échange franco-britannique de 1860), il a modernisé notre économie en s’appuyant sur les banquiers et les industriels afin que les bas de laine des français fournissent un crédit abondant et abordable aux entrepreneurs. Le Second Empire, c’est aussi l’Empire du rail, des canaux, du commerce international et des bassins industriels comme le Creusot et la Lorraine. C’est l’Empire des grands magasins, des biens de consommation et de la mécanisation progressive de l’agriculture (dans le nord) et de l’industrie.
L’empereur légiféra de telle sorte à déverrouiller les obstacles légaux à la création de sociétés anonymes et à l’émission d’obligations, il a libéré les énergies et la France est entrée dans la seconde Révolution industrielle. Mais le prisonnier du fort de Ham est aussi l’auteur de « L’extinction du paupérisme »; en effet, concerné par la condition ouvrière, Louis-Napoléon a fait adopter une loi reconnaissant le droit de grève en 1864. Le bilan économique et social du Second Empire est très positif, encore fallait-il rompre avec la vieille habitude de l’État avare, absentéiste et protectionniste des Guizot et autres Thiers de la Monarchie de Juillet. Sur le plan de la politique intérieure, dans ses derniers jours, l’Empire s’est mué en monarchie constitutionnelle, certes imparfaite mais résolument tournée vers la réforme graduelle de ses institutions, et avec le ministère d’Émile Ollivier en janvier 1870, c’est une formule qui a démontré qu’elle fonctionnait aussi bien que celle de la république parlementaire.
Aujourd’hui, la question qui se pose n’est pas celle du retour à l’Empire. Elle concerne l’exercice du pouvoir dans la Ve République « quinquennale ». Le régime se présidentialise davantage sans que la France ne cesse d’être une démocratie. C’est aussi un chapitre de notre histoire, l’expression d’un trait de caractère français immuable et récurrent aussi je ne suis pas en désaccord avec l’assimilation du sarkozysme au bonapartisme ni même avec la l’emploi du terme de « IIIe Empire » mais je proteste contre l’assimilation du Second à l’exercice de la tyrannie et à une période sombre de notre histoire nationale. Le Second Empire nous a, au contraire, sauvés de la léthargie et a fait que la France est demeurée une grande puissance en dépit de la défaite de 1871.
Par ailleurs, je tiens à relever que la France impériale a accompli par deux fois dans le passé des exploits exceptionnels, fut-ce seulement à Austerlitz et par l’industrialisation massive des années 1850-60. Certes, par deux fois, la France a été vaincue après maints succès exemplaires mais jamais les vainqueurs ne purent défaire l’oeuvre accomplie par les Empereurs et souvent même ils en furent conquis par l’esprit. Enfin, il faut le préciser, si le bonapartisme ressurgit encore, c’est grâce à la République qui interdit le principe dynastique et de ce fait permet encore à notre président d’être plébiscité, à moins qu’on ne retire à nouveau aux français le droit de l’élire.
Les Bonapartes partis, la France demeure bonapartiste. Ce chapitre de notre histoire qui s’écrit en ce moment n’est qu’un puissant écho à cet héritage prestigieux. Notre Nation a, en effet, besoin d’une reprise en main énergique, d’un projet ambitieux et d’une modernisation rapide. Elle a besoin de justice sociale, d’ordre et d’efficacité économique. La France a besoin de grandeur pour se sentir à nouveau vivante, pour libérer ses énergies, pour s’aimer encore. Elle a voté pour Nicolas Sarkozy dans ce but et nul n’a à la juger pour son choix : le peuple a bien voté car il a élu un démocrate… Puisse ce choix avoir été le bon… ou le « moins pire ».
“Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a en moi d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J’ai d’instinct l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S’il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j’en éprouve la sensation d’une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang : que seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans grandeur.”
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1, Plon, 1954
Quelques liens de référence sur le Second Empire:
Histoire du Second Empire sur Herodote.
Sur le site dédié à Napoléon III et au Second Empire, voir notamment les entrées suivantes :
L’Empire, c’est la liberté:
L’Empereur Napoléon III: un européen convaincu
L’Empereur était-il démocrate?
Deux faux procès: le coup d’État et Sedan
Permanence du bonapartisme:
De Napoléon à De Gaulle: la tentation bonapartiste
Napoléon III, un empereur visionnaire à réhabiliter
De la pertinence du Sarkozysme
La France rayonne:
Grâce au canal de Suez et à Lesseps, la France rayonne en Égypte
L’exposition de 1867 célèbre l’Empire
Napoléon III, père fondateur de la Roumanie
Napoléon III se veut l’empereur des ouvriers
Peut-on questionner la légitimité de la République?
A lire: L’illégitimité de la République
Et sur ce site : La République contre la Nation
Inquiétants prolégomènes de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy
Le président-élu, Nicolas Sarkozy, aurait proposé à Hubert Védrine le poste de MAE. A priori, pour une majorité présidentielle élargie à la gauche, rien de surprenant. D’ailleurs, avec Védrine au gouvernement Jospin, la diplomatie française s’était illustrée par un regain d’intérêt envers la question des Droits de l’Homme dans le monde.
Bien que Védrine ne soit pas un atlantiste fervent, le président-élu manifestait par ce choix sa cohérence avec ses promesses électorales en faveur du retour de la patrie des Droits de l’Homme. En effet, Védrine aux AE, c’est aussi envoyer un signal appréciable par l’ensemble de nos partenaires étrangers ; une manière de dire que nous serons attentifs aux valeurs universelles de la DDHC sans pour autant colorer notre politique étrangère d’une tonalité néoconservatrice. Mais seulement voilà, Védrine réserve sa réponse et, si j’en crois le JT de 20h de France2 d’aujourd’hui, aucun socialiste ne veut entrer seul dans le futur gouvernement.
Or, ce n’est pas tout, Sarkozy va rappeler de Washington notre ambassadeur, Jean-David Lévitte. Toujours d’après France2, Lévitte sera son « sherpa ». C’est ici que ça coince car cette nomination n’est pas en phase avec les idées que le candidat a défendues devant les Français. Lévitte est le monsieur ONU de la diplomatie française sous Jacques Chirac. Selon ses thèses (d’après d’Éric Aeschliman et Christophe Boltanski dans leur livre Chirac d’Arabie), l’ONU devient le forum obligé de toute initiative d’envergure sur la scène internationale.
À l’heure où la Chine bloque toute initiative énergique du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la question du Darfour, cette nomination annoncée fait grincer des dents. L’ONU n’est pas la meilleure amie des défenseurs des DDH et c’est encore peu de choses que de le dire. Les représentants arabes et musulmans poussent également au sein du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (dont la première présidence fut confiée à la Libye et dont les principaux membres actifs sont des pays si peu démocratiques, comme la Tunisie, c’est tout dire!) et à l’Assemblée Générale de la même institution pour faire voter un texte bannissant toute expression critique envers les religions.
L’ONU, c’est aussi l’organisme qui parraine le projet d’Alliance des Civilisations où se positionne l’islamiste Mohammad Khatami au rang de grand « sage ». C’est aussi l’ONU l’instance internationale la moins capable de se réformer avec la Ligue Arabe. Et c’est aussi l’ONU l’instance qui n’aurait jamais permis l’intervention de l’OTAN au Kosovo pour éviter un massacre de masse à l’occasion d’une rare prise de conscience de la part de nos leaders occidentaux en faveur du devoir d’ingérence humanitaire.
Malheureusement, nos amis de gauche qui pourraient relever les incohérences des choix « sarkoziens » et jouer leur rôle d’opposition et qui, il y a dix ans, bataillaient ferme contre un Chirac qui inaugurait la politique de l’autruche face aux violations chinoises des DDH sous prétexte de contrats commerciaux; ces amis là ont déjà tout oublié au nom de leur anti-américanisme primaire.
En effet, tous saluent aujourd’hui la diplomatie chiraquienne, trop heureux d’avoir entendu la France dire « merde » aux Yankees en 2003. L’ennemi commun les a tous rassemblés et, en passant, il a permis à la gauche de se rallier aux réactionnaires. J’entends par là les relativistes et je précise, car la plupart ne l’ont toujours pas remarqué, que le relativisme moral nous provient de la droite royaliste du XIXe siècle (cf : les « pères » du positivisme), pas de la gauche!
Que la gauche trahisse, à Dieu ne plaise, elle est libre et elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Mais elle n’est plus le parti du mouvement et du progrès et, tout à fait par hasard sans doute, jamais elle ne s’est permise autant qu’aujourd’hui de distribuer blâmes et satisfecit aux uns et aux autres. Les ultramontains sont à gauche, désormais.
Reste à savoir ce que veux (et ce que peut) celui pour qui les Français ont voté. Je me risquerai à avancer trois explications. D’abord, si Nicolas Sarkozy n’est manifestement pas homme à se laisser dicter sa conduite, il a du apprendre la patience. En effet, les sorties de nombre de parrains de la droite, tels Jean-Pierre Raffarin et MAM à l’automne dernier, rappelaient au président de l’UMP qu’en matière de politique étrangère « la constance » est un impératif. Certains allaient jusqu’à menacer le futur candidat des conséquences désastreuses d’une démarche diplomatique différente que les Français ne manqueraient pas de sanctionner dans les urnes. Il est donc possible de penser qu’ils se sont mués en protecteurs de l’orthodoxie en matière diplomatique et qu’ils verouillent en Nicolas Sarkozy l’expression de ses préférences en ce domaine.
Ils surfent, pour ce faire, sur la confusion généralisée entre les mobiles d’une droite chiraquienne qui n’est pas plus humaniste que la gauche et qui croit avoir gagné à ses thèses l’ensemble de l’opinion. Il est vrai que l’épouvantail américain les a bien servis dans leur numéro d’illusionnistes en ferrant les français dans l’amalgame entre la défense des DDH et la politique de la canonière. En réalité, derrière cette rhétorique simpliste, se cache exactement le discours des despotes qui se défendent contre les « odieuses » ingérences des défenseurs de la liberté. Dommage que les leaders d’opinion, en France, se soient laissés prendre au jeu et laissent également les français mal informés sur la question.
Ceci dit, cette apparente unité du camp UMP contre son candidat en matière de politique étrangère à sans doute convaincu Nicolas Sarkozy de louvoyer le temps de consolider sa stature de président et de voir venir. Mais quoi donc?
L’autre explication possible, en effet, est que les États-Unis eux-mêmes sont en pleine débâcle diplomatique et que les républicains ont perdu la majorité aux dernières élections législatives. Car, avec la pression de l’opinion publique, avec la pression des démocrates dans les Chambres et pour cause de difficultés en Iraq, l’administration Bush s’assoit à la table des négociations avec les représentants des mollahs. Le moment n’est donc pas propice pour Nicolas Sarkozy de transformer la politique étrangère de la France alors que Tony Blair quittera prochainement le 10 Downing Street et qu’aux États-Unis un candidat démocrate risque de l’emporter en 2008,
Reste que le personnel inamovible du Quai d’Orsay sera la véritable origine de tout blocage. Non content de n’être lié au destin des élus, il demeure quelque soit le gouvernement qui investit le MAE. La commission des affaires étrangères à l’Assemblée Nationale, la création d’un Centre d’Analyse et de Prévisions, les livres, articles et déclarations critiques parus ou faites ici ou là, n’y ont rien changé : le milieu diplomatique français est un monde de praticiens jamais confrontés aux rigueurs et aux exigences de l’étude des relations internationales — de la prospective — dans les think-tanks et autres universités.
C’est ainsi que la France n’a pas vu monter l’Asie et n’a pas saisi les opportunités offertes par les nouveaux acteurs régionaux qui émergent en son sein. La France reste bloquée sur la Chine et la Chine préfère les États-Unis et l’Allemagne. Par exemple : si au moins nous vendions des armes à Taiwan (le dernier contrat remonte à 1994, sous le gouvernement Balladur) au lieu d’envoyer notre Marine aux cotés des navires de la Chine continentale intimider l’île démocratique, la Chine serait bien obligée de nous prêter plus d’attention afin de nous racheter notre sympathie car c’est exactement ce qui se passe avec les Américains. La mollesse en relations internationales ne paie pas même si la modération est souvent une nécessité incontournable.
D’ailleurs, les principes, disait le candidat Sarkozy, ne sont pas négociables et ne permettent pas non plus de gagner des contrats. Il avait raison sur toute la ligne et la piteuse position de la France dans la balance commerciale chinoise, après douze années de flirt poussé, le prouve. Mais un Quai d’Orsay politiquement irresponsable et trop peu confronté à l’évolution de la pensée en géopolitique peut-il saisir à temps les mutations du monde? L’expérience montre que non. Il faut ici plus de rupture que de continuité.
Reste l’ultime possibilité : Sarkozy, c’est Chirac! Beaucoup de personnes qui ont vu Chirac monter depuis les années 1970 me l’on répété inlassablement. S’ils ont raison, alors ces louvoiements sont une seconde nature pour le président-élu et il ne fallait pas voter pour lui. Mais il est plus probable que Sarkozy, c’est Balladur avec des nerfs: il n’appartient pas à la tradition chiraquienne; la rupture, pour lui, était avant tout celle d’avec le chiraquisme.
Pour clore ces quelques paragraphes, je déplore que le nom de Pierre Lellouche n’ait été cité nulle part au rang des ministrables. S’il est bien un homme à l’UMP qui mérite de recevoir le portefeuille des affaires étrangères, c’est lui qui depuis des années réfléchit aux incohérences de notre appareil diplomatique et aux remèdes à lui apporter. À gauche, puisqu’il faut ouvrir la majorité, Bernard Kouchner est bien sur une longueur d’onde voisine de celle de Sarkozy, mais alors pourquoi avoir pensé à Hubert Védrine?
En attendant que la présidence de Nicolas Sarkozy s’installe, toutes ces réflexions sont à prendre avec précaution. Elles ne sont qu’un commentaire fondé sur des « rumeurs » et autres fuites glanées par les médias.
France! Élève toi!
Nicolas Sarkozy est élu avec une confortable majorité et je ne peux que m’en réjouir.
Il a été choisi pour une mission essentielle pour la France. Il faut relever notre patrie, la rendre à elle-même, l’élever d’entre les nations, nous enfler de fierté pour notre drapeau et notre histoire.
Notre nouveau président vibre au doux son du nom de France. La France mérite notre amour immodéré parce que d’entre toutes les nations, elle est unique. Notre nation est libre et éclairée; elle charrie dans son sillon l’esprit des Lumières. En effet, Nicolas Sarkozy parle de l’identité nationale telle que l’ont ressentie Jaurès et Renan, Napoléon Ier et De Gaulle, Napoléon III et Clémenceau.
Comme hier, comme demain, mais ça doit être souligné aujourd’hui plus qu’un autre jour, c’est un honneur et une fierté d’être français. Ce n’est pas de ma faute, je ne suis que bien né mais dans ce passeport je plébiscite la France à chaque instant.
Aujourd’hui la droite est saine et plus que jamais, elle est le parti du mouvement. Elle adhère à la démocratie sans ambiguité, elle adhère au progrès et à la liberté sans compromis, elle adhère aux valeurs de la Révolution, elle les redresse même à la dignité qui jamais n’aurait du leur être otée.
Ceux qui aidèrent l’Amérique à construire la liberté, ceux qui refusèrent le Congrès de Vienne, ceux qui se rendirent à Potsdam, reçoivent aujourd’hui un hommage appuyé.
Car, en effet, la patrie des Droits de l’Homme est de retour dans l’arène mondiale, la Grande Nation prête à relever les défis de la mondialisation et la pionnière de l’Europe s’apprete à relancer l’Union.
Et c’est un fils d’immigré, ce nouveau président… et vous savez, comme moi, que nombreux sont les grands français qui furent faits du même métal. Deux mille sept est un tournant dans l’histoire de France car en un homme sont rassemblées les plus nobles valeurs de la Nation.
Impossible n’est pas français et fatalité ne fait pas partie de son vocabulaire. Ni du notre!
France ! Élève toi !
La République contre la Nation
Vive la République,




