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Kemal Atatürk: l’anti-Mahomet

Posted on jeudi, novembre 8, 2007 at 10:28PM by Registered CommenterLéviathan in , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

- Cet article est accompagné d’extraits du chapitre LXXXVII, « L’anti-Mahomet », dans Jacques Benoist-Méchin, « Mustapha Kémal ou la mort d’un empire »,  pp321-7

En ces temps de « politiquement correct », de « dialogue des civilisations », de « relativisme des valeurs » et de pacifisme naïf, qu’il est bon de lire Jacques Benoist-Méchin dans la biographique qu’il a commise sur Kemal Atatürk.

Dans « Mustapha Kemal ou la mort d’un empire », Benoist-Méchin nous livre les pensées du Ghazi sur l’islam (petit rappel : islam renvoie à la religion islamique, Islam renvoie à l’entité géopolitique recouverte par cette croyance prise au sens de civilisation).

ataturkmo2.jpg Ceux qui auront de près ou de loin côtoyé certains écrits sur le père de la Turquie moderne savent qu’il n’était pas croyant et qu’il était même foncièrement irréligieux. Cet homme que beaucoup décrient aujourd’hui pour son manque d’esprit démocratique a pourtant été un visionnaire et celui par qui la Turquie est enfin venue au monde en tant que nation moderne.

 

Et pour y parvenir, ne devait-il pas trancher le lien qui asservissait les Turcs aux dogmes de la religion de Mahomet?

« Depuis plus de cinq cents ans, s’écriait-il dans ses moments de colère, les règles et les théories d’un vieux cheik arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la Constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’Islam, cette théologie absurde d’un Bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »

 

Ainsi, Mustapha Kémal tranchait, l’un après l’autre, les liens qui rattachaient la Turquie au passé. Cependant, parmi ces liens, il y en avait un, dont la rupture pouvait avoir des répercussions si vastes que le Ghazi n’avait pas osé y toucher jusqu’ici : c’était le califat.

Pour cela, Atatürk a du combattre l’islam, ses prêtres et ses institutions pour libérer l’âme anatolienne de six siècles d’asservissement et d’endoctrinement. Ce sont là, en effet, ses propres termes, ce sont les mots d’un laïc radical, d’un disciple de Voltaire et de celui par lequel la Turquie a recouvré sa liberté. C’est même celui par qui la démocratie turque est, aujourd’hui, plus qu’une vue de l’esprit, une construction qui va en se renforçant.

L’islam n’était pas seulement pour lui une chose avilissante et morte. C’était une greffe étrangère, grâce à laquelle le clergé arabe, vaincu par les guerriers turcs, avait remis sournoisement la main sur l’âme de ses vainqueurs.

 

Mais de même, il y avait eu, quelque temps auparavant, une incompatibilité foncière entre la proclamation de la souveraineté du peuple et le maintien de la souveraineté impériale, de même, il était clair que la souveraineté de la nation ne pourrait s’accommoder longtemps de l’existence du califat […].

Arracher la Turquie à l’Empire ottoman ne servirait à rien si on ne l’arrachait pas en même temps à l’islam.

Le Ghazi (cela veut dire le vainqueur en turc) avait en projet un « changement de civilisation ». C’est-à-dire sortir la Turquie de l’Islam pour rattacher la jeune nation à l’Occident. L’on comprendra qu’il n’est pas nécessaire pour les Turcs de se convertir à une autre religion que l’islam mais que l’emprise excessive que la religion de Mahomet exerce sur la vie de chacun est incompatible avec les principes modernes de la citoyenneté, i.e. de la liberté individuelle et de la liberté de conscience.

 

Il aurait pu s’ériger lui-même en calife. Le peuple l’aurait accepté. Certains députés étaient même venus le lui proposer. Mais supprimer le califat, c’était une autre affaire! Cela pouvait lui faire perdre l’appui des paysans et par conséquent de l’armée. Cela pouvait dresser tous les Turcs contre lui, en une opposition unanime.

« L’islam, nous dit Ferdinand Lot, apporte non seulement une religion, mais un droit, une politique dont on chercherait vainement l’équivalent dans l’Évangile. Encore cette façon de parler est-elle inexacte : droits, coutumes, usages mêmes, tout est indiscernable de la religion. Impossible de toucher à quoi que ce soit sans risquer d’offenser le dogme. Et comme droit, politique, usages sont rudimentaires, constitués par une société peu évoluée, c’est une tâche surhumaine d’adapter une société musulmane à la vie moderne. Ici, la religion ne se laisse pas réduire à la portion congrue. Il est vain de chercher à la mettre à sa place, car sa place est partout et nulle part. »

 

L’on se plairait à imaginer Mustapha Kemal s’exprimer de nos jours dans les colonnes de nos journaux, sur les plateaux de nos chaînes de télévision ou dans son autobiographie : il serait immédiatement taxé d’islamophobie et des militants menaceraient de s’en prendre à sa vie. Les ligues de défense des droits de l’Homme l’assigneraient en justice et nos politiques prendraient une posture prudente, estimant que l’éthique de responsabilité impose de faire preuve de retenue, surtout dans le contexte actuel.

À ses yeux, la date la plus sombre de l’histoire de la Turquie […] c’était le jour où Sélim, le conquérant de l’Égypte, s’était fait remettre le titre de « Commandeur des Croyants » par un fantôme de Calife qu’il avait rencontré au Caire. Ce jour-là, le clergé musulman avait pris sa revanche. Aussi Mustapha Kémal avait-il voué une exécration particulière aux prêtres et aux moines qui propageaient une religion « bonne tout au plus pour des arabes efféminés, mais pour des Turcs conquérants et virils »

Mais, déjà à son époque, le Ghazi était menacé en raison de ses positions et d’ailleurs n’avait-il pas, pour convaincre l’establishment religieux de renoncer à ses prérogatives outrancières, employé la force à chaque fois que cela s’imposait? En France, c’est par un mélange de persuasion et de force que nous avons fait reculer l’Église; dans le monde musulman, aujourd’hui, il ne saurait être seulement question de dialogue, de relativisme ou encore de pacifisme : l’usage de la force doit accompagner les idées nouvelles à chaque fois que les séides de l’islamisme leurs barrent la route.

« Je chasserai de leurs mosquées et de leurs monastères ces fainéants improductifs », s’écriait-il en marchant de long en large dans son bureau de Chan-Kaya, « car ils sucent la moelle du peuple, s’engraissent de sa sueur et sapent à sa base l’énergie de la nation! Je n’aurai de paix ni de cesse, avant d’avoir arraché ce lierre envahissant qui empêche le jeune arbre turc de s’épanouir au soleil! ».

 

« Il faut choisir, disait-il [Atatürk], entre la révélation passée et la liberté future ».

L’AKP en mutation ?

Posted on samedi, juillet 28, 2007 at 01:59PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

Par Koenigstiger

L’AKP a gagné pour la deuxième fois consécutive les élections législatives en Turquie.

Mais l’AKP de 2007 est-il encore celui de 2002 ?

C’est sans surprise que l’AKP, le parti « islamiste modéré » de Recep Tayyip Erdogan, soit arrivé en tête au cours de ces élections générales, dénouement d’une crise politique ouverte par la candidature d’Abdullah Gül à la Présidence de la République de Turquie. Le nombre de suffrages recueillis par l’AKP, par contre, est bien une surprise.

En 2002, l’AKP avait obtenu environ 33% des voix contre 18% au parti principal d’opposition, les néo-kémalistes du CHP dirigé par Deniz Baykal et seul un système électoral bancal avait permis à l’AKP d’obtenir une majorité d’environ 65% au Parlement, excluant de facto près de 50% des votants (le système électoral turc est une proportionnelle par circonscription départementale où les partis doivent obtenir au moins 10% au niveau national pour que leur liste entre au Parlement).

Or, en 2007, la donne s’est inversée: l’AKP a vu diminuer le nombre des sièges qu’il occupe tandis que le nombre des suffrages exprimés en sa faveur a bondi passant à 47% des votants.

Ce constat est déjà une première indication : l’AKP de 2002 avait bénéficié avant tout du vote des Anatoliens soit  pris par l’exode rural soit demeurés ruraux, c’est-à-dire d’un vote conservateur motivé par des raisons idéologiques ou religieuses, tandis que l’AKP de 2007 a bénéficié des suffrages d’un électorat plus varié. Si la base électorale du Parti reste les Anatoliens conservateurs (tant les ruraux que les « calvinistes » industrieux et religieux), elle s’est élargie vers une certaine petite et moyenne bourgeoisie désabusée de l’incapacité des « progressistes » du CHP à défendre une démocratie libérale mais rassurée par la volonté de l’AKP de réformer dans un sens plus libéral la « démocratie » turque. C’est, dans cette perspective, celle d’une démocratie authentique où la société civile prendrait enfin sa place en jouissant de véritables droits politiques. Mais aussi les Kurdes qui ont constaté que l’AKP était prêt à faire certaines concessions sur le plan culturel, envers les minorités en général lesquelles ont constaté que l’AKP les respectait bien plus plus que toutes les générations passées et présentes de néo-kémalistes jacobins et des généraux de l’armée.

Seconde raison du succès de l’AKP : l’économie. L’économie turque croît actuellement au rythme de 6-7% par an, ce qui est considérable. Certains esprits chagrins pourront rétorquer qu’il s’agit d’un « rattrapage » suite à la crise de 2001 ou bien qu’il s’agit tout simplement de l’application du programme du FMI, mais on ne peut nier que l’économie turque profite d’une dynamique qui a été favorisée par les réformes réalisées par le gouvernement Erdogan depuis 2002.

L’inflation a chuté, la croissance reste forte et l’économie est dynamique : tout cela est le fruit d’une politique de réformes fiscales, sociales et économiques mais aussi d’une volonté de la part de Erdogan de vouloir durablement, inscrire l’économie turque dans la mondialisation. C’est pourquoi l’AKP a reçu le soutien de la TÜSIAD (la principale association des entrepreneurs turcs) pour ces élections. En effet, la prospérité relative et le sentiment que la situation économique s’améliorait, ont été un des principaux facteurs du vote AKP le 22 juillet dernier.

Toutefois, une question demeure : l’AKP a-t-il évolué ? Est-il toujours ce parti islamiste dont les chefs étaient partisans d’utiliser « le train de la démocratie pour arriver à la station » de l’État islamiste soumis à la Charia, la loi islamique (Erdogan en 1996)? Ou bien est-il devenu un parti « centriste » comme ce même Erdogan le déclarait le soir du 22 juillet à une foule enthousiaste mêlant jeunes bourgeois libéraux, filles voilées et chefs d’entreprise?

L’AKP a voulu donner une image pour ces élections: celle d’un parti national, ce que les Allemands appellent un « Volkspartei », un parti populaire, capable de mobiliser au-delà d’un électorat type. Pour cela, Erdogan avait exclu certains des « anciens combattants » du parti de la liste électorale, et tout particulièrement les membres du Milli Görüs, l’association national-islamiste turque, leur préférant des libéraux voire des sociaux-démocrates, favorables à la démocratie libérale et donc à un calendrier de réformes politiques toujours plus libérales.

Erdogan a alors confirmé sa volonté de rester dans le consensus national à propos de la laïcité et a voulu donner des gages quant à l’ancrage de son parti dans le cadre démocratique afin de désarmer ses adversaires qui l’avaient dépeint comme un agent des Etats-Unis, un dangereux islamiste, pro-wahabbite ou favorable au démantèlement de la Turquie.

L’AKP, après quelques flottements (que l’on pense à la décision de re-pénaliser l’adultère ou d’interdire l’avortement), a compris que le rapport de force n’était pour l’instant pas en faveur d’un programme réactionnaire et autarcique. Aussi le parti s’est-il converti au pragmatisme : il est le seul des partis à n’avoir pas rejeté le plan du FMI et à avoir établi son programme economique dans le cadre des contraintes imposées par ce dernier. Il s’est engagé dans les négociations d’adhésion avec l’UE, il a accepté de renoncer à remettre en cause la laïcité, il a réformé les lois pour améliorer le statut de la femme, il a tenté d’améliorer un système scolaire et universitaire sur certains aspects défaillant, afin d’améliorer la formation des jeunes, il a renforcé sur de nombreux points la démocratie et les libertés publiques, donnant ainsi un rôle plus important à la société civile. Bref, l’AKP a incarné le parti du changement après des années de sclérose.

En ce sens, le pari est réussi : l’AKP a accepté durant ses élections, le manteau d’un conservatisme libéral, manteau qu’il avait hésité à enfiler au cours de ces 5 ans d’exercice du pouvoir. On est toujours quelque part prisonnier de l’image que l’on donne ou que l’on veut donner : l’AKP n’a et ne fera pas exception.

Bien plus qu’un parti islamiste, l’AKP se sera résigné à devenir un parti conservateur à l’européenne, ferme sur les valeurs, s’appuyant sur un fond idéologique mais pragmatique dans les faits. Ce sera donc à la Turquie d’en juger dans 5 ans.

Préjuger se conjugue avec Turquie

Posted on jeudi, juillet 26, 2007 at 10:34PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

turkiyecumhuriyetimnemode6.jpgIl n’y a pas qu’Israël qui est l’objet de préjugés tenaces. Il y a aussi la Turquie.

Ici et là, comme toujours, la peur et la bêtise font dire des âneries le plus impunément du monde. Ici et là, des français et des européens pourtant modérés n’hésitent pas à tenir des discours démagogiques, voire à la limite de celui tenu par l’extrême-droite, comme si certaines exceptions justifiaient toutes les dérives.

Enfin, la comparaison entre la Turquie et Israël est voulue car elle mettra tout le monde mal à l’aise. De ces (mauvais) amis d’Israël qui ne peuvent pas supporter une Turquie européenne parce que musulmane aux ennemis d’Israël qui sont prêts à accepter une Turquie musulmane mais ne perçoivent aucune analogie entre leur discours antisioniste et celui des opposants à l’adhésion de la Turquie.

Le problème qui se pose avec Israël, c’est le sionisme qui est classé par certains dans la catégorie des idéologies et, qui plus est, des idéologies racistes et colonialistes. Le péché d’Israël c’est d’être un État colonial, comme si ces milliers de Juifs fuyant les pogromes n’avaient pour seule idée en tête que d’asservir d’autres peuples. Mais nous ne sommes pas à un contresens près et le sujet ici, c’est la Turquie.

En effet, en Turquie, c’est l’AKP décrié à tort comme parti islamiste qui pose problème parce que les turcs sont majoritairement musulmans. Être un parti conservateur dans un pays d’Islam, c’est décidément impardonnable. Davantage d’ailleurs que dans la réactionnaire mais très catholique Pologne.

Bien sûr, on agite l’épouvantail du paysan anatolien – leur plombier polonais à eux – qui serait un parangon d’intolérance et un islamiste patenté. Il aurait presque le couteau entre les dents et pire encore, sa progéniture – avec l’exode rural – peuple désormais ces grandes villes traditionnellement si ouvertes sur l’Europe.

En réalité, voila bien un discours d’extrême-droite qui est tenu, le plus naturellement du monde, par des individus aux affinités politiques qui sont, autrement, plutôt modérées.

Il convient pourtant de rappeler que les fanatiques religieux et/ou « ultranationalistes » turcs qui assassinent des missionnaires chrétiens ou tel intellectuel favorable à la reconnaissance du génocide arménien ou encore qui posent des bombes dans les grandes villes ne sont pas liés à l’AKP.

Ce dernier parti est, en effet, très composite, comme l’est l’UMP. Le grand parti de la droite française est actuellement rassemblé par Nicolas Sarkozy ce qui le prémuni contre les déchirures qui secouent le PS. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’y trouve toutes sortes de courants, des centristes ralliés façon Philippe Douste-Blazy, des libéraux façon Alain Madelin, des souverainistes façon Nicolas Dupont Aignan, et bien d’autres. L’AKP ne déroge pas à cette règle de la composition composite de son corps politique, entre laïcs et islamistes repentis, entre conservateurs et droite sociale.

D’autre part, les électeurs AKP, 47% des 85% des inscrits qui sont allés voter, sont également loin d’être tous les mêmes. Nous retrouvons nombre d’électeurs qui, autrefois, votaient pour la droite libérale et les partis de gauche.

Enfin, l’AKP à de quoi séduire par son bilan, tant démocratique – la démocratie turque s’est considérablement renforcée sous le gouvernement Erdogan – et l’économie se porte très bien avec un taux de croissance annuel moyen de 7%.

D’une certaine manière, si l’on pouvait être fondé à penser que la laïcité ne tenait que par la force des baïonnettes ou, du moins, parce que le peuple des campagnes, d’Anatolie, demeurait assoupi, le moins que l’on puisse dire maintenant, c’est que si l’Anatolie s’est réveillée, elle est bien loin de nous livrer ici le visage d’un électorat monolithique, tout entier rangé derrière la bannière de l’islam conquérant.

Bien au contraire, l’Anatolie injecte dans la vie politique turque l’ensemble de sa diversité et ça devrait être perçu comme une bonne nouvelle par les partisans de la consolidation démocratie turque.

Par ailleurs, il faut noter la faiblesse de l’opposition turque. Sa force de proposition est entachée par son refus, coté social-démocrate (le CHP), de faire son aggiornamento. Quand aux nationalistes, bien que très agités, ils sont politiquement dépassés par les deux partis précités.

Relevons aussi que l’AKP est le parti le plus pro-européen en Turquie, peut-être parce que, en tant que force conservatrice, il est moins hanté par les vieilles lunes nationalistes que l’extrême-droite et la gauche autoritaire, d’inspiration kémaliste. Reconnaissons à la Turquie un cheminement semblable à la France : initialement, c’est la gauche qui est nationaliste, pas la droite et cette dernière est d’abord débordée en ce sens par l’extrême-droite.

Reconnaissons, aussi, que l’AKP – dont les membres anciennement islamistes ont renoncé explicitement à l’application de la Charia – représente manifestement autre chose que des islamistes, c’est-à-dire des musulmans ralliés à la laïcité tels nos catholiques ralliés à la république vers 1885. Ce n’est pas inconcevable!

Il me reste quelques mots à dire sur cette fameuse figure du peuple d’Anatolie. Car, si, en effet, la Turquie moderne à son cœur en Anatolie, souvenons-nous que c’est à dessein. C’est bien là la réalisation du projet kémaliste de fonder une société séculaire sur un ensemble géographique bien délimité : l’ancien cœur de l’Empire byzantin. Il était logique pour l’Empire Ottoman de placer le centre de sa puissance entre l’Europe et l’Asie, à la croisée de toutes ses possessions et parce que le Sultan se voulait le continuateur des empereurs romains. Mais, dans un ensemble désormais sécularisé, car national, la logique impériale n’a plus de prise.

Dans cet ensemble, l’Anatolie n’est pas la survivance d’un ottomanisme devenu panislamique mais au contraire l’avènement d’une nation dans une Asie mineure pensée comme l’extension de la sphère européenne. Un processus semblable, toutes proportions gardées s’est produit dans l’Empire byzantin du temps des Croisades. En effet, lorsque les croisés créèrent, manu militari, l’Empire Latin de Constantinople, un Empire anatolien concurrent et viable parce que grec émergea sur les franges de cet ensemble retranché autour de la capitale impériale capturée par les catholiques.

Il faut aussi se faire une idée de ces autres extrémistes, dits nationalistes, qui ont assassiné l’écrivain turc arménien Hrant Dink. Ils se rapprochent manifestement du parti d’extrême-droite MHP. Quoiqu’on les dise « ultranationalistes » – encore un terme impropre, il faut tout de même marquer leur différence avec les courants nationalistes kémalistes. Ces militants sont davantage les héritiers d’Enver Pacha – qui, lui, est mouillé jusqu’au cou dans le génocide arménien – et du grand dessin impérial pantouranien que de la sécularité sans compromis d’Atatürk.

Car si l’on doit chercher des nostalgiques de l’Empire ottoman déchu, c’est par là qu’il faut commencer. Le pantouranisme – qui n’est pas très laïque, d’ailleurs – n’est rien d’autre que cette idée de la réunion de tous les peuples turcs d’Asie mineure et centrale – jusqu’au Xinjiang chinois – sous la houlette d’Ankara. Cette « Grande Turquie » est tournée vers l’Asie, pas vers l’Europe mais elle ne dépasse pas les niveaux atteints par le FN français.

Et puis, coté islamiste, il n’y a pas non plus de grandes chances de les voir un jour amener la Turquie à porter son regard vers le sud arabo-islamique. Le tropisme sunnite dans un pays de mosaïque religieuse, où les élections sont honnêtes et sans le concours de l’armée à peu de chances de prendre le pouvoir. D’autant plus que les Arabes ne sont pas disposés à accepter le retour de la puissance turque sur leurs terres alors qu’ils lui ont fait la guerre pour s’en libérer.

En fin de compte, la Turquie n’a guère d’autre choix que de se tourner vers l’ouest. L’Europe, c’est la seule civilisation au sein de laquelle un turc peut se sentir chez lui. Encore faudrait-il que nous l’aidions, sans complaisance, à établir chez lui une démocratie qui atteint les hauts standards qui sont devenus la norme chez nous et ce, sans lui renvoyer sans arrêt dans la figure son altérité religieuse.

En conclusion, la comparaison avec Israël est une boutade mais cela me permet de situer le discours anti-turc dans la même veine que le discours antisioniste : méconnaissance profonde du sujet et de sa complexité dont le dénominateur commun est l’arbre qui cache la forêt : ici, la diversité religieuse turque, bien qu’il s’agisse de différents musulmans, fait pendant à la diversité des mouvements politiques qui se réclament du sionisme). Du sionisme idéologie raciste au monolithisme musulman des turcs, il y a comme une parenté dans la pensée.

D’autre part, turcs comme israéliens sont victimes de discours tenus habituellement par les extrêmes, gauche comme droite, mais qui résonnent profondément parmi les modérés. Ici comme là, exceptionnellement, il est permis voir tout noir.

Enfin, ces discours empêchent de construire des ponts : si le sionisme est colonialiste dans son essence alors il doit être fermement condamné et toute partie attachée au sionisme et à la paix et qui est donc pacifique et patriote tout à la fois (d’Itzhak Rabin à Archav Shalom) est suspecte et ne peut devenir un interlocuteur pour la paix pour les Arabes – dont le rejet d’Israël et les dérives terroristes sont, du même coup, justifiés; de manière semblable, si les turcs sont musulmans et si l’islam est la négation inaltérable de la civilisation européenne, alors il n’y a aucune discussion possible : il faut rompre immédiatement les négociations d’adhésion à l’UE.

[En parlant de la mer Noire, au delà du Bosphore, l]es Grecs la désignèrent d’abord par Skythikos Pontos (la « mer Scythique »). Les Scythes, peuple de langue iranienne, la désignèrent comme Axaïna, c’est-à-dire « indigo ». Les Grecs comprirent d’abord ce terme comme axeinos (de a- privatif et xeinos “étranger”) ce qui signifie « inamicale aux étrangers », puis plus tard, quand ces courants furent plus familiers et praticables, elle fut désignée comme Pontos Euxeinos (de eu- bien et xeinos « étranger ») ou Pont-Euxin (c’est-à-dire « baie amicale » ou « accueillante »).

Source: Wikipedia.

Plaidoyer pour l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne

Posted on lundi, janvier 29, 2007 at 02:01PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , | Comments14 Comments | References1 Reference | EmailEmail | PrintPrint

Addendum du 19 février 2007 : 

«La Turquie n’est que la longue marche d’un peuple, de la lointaine Eurasie vers l’Occident.»
[ Alexandre Adler ] - Rendez-vous avec l’Islam

Source: evene.fr

 

La Turquie ne sera pas en Europe, c’est l’opinion publique qui l’a décidé ainsi. Nos amis les politiques ont pris le pouls du peuple et ils ont mesuré le risque électoral que leur ferait prendre toute posture favorable à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

Le front du refus est multiple… ou pluriel pour mieux dire; de cette pluralité dont on chante les louanges de nos jours et ce, imperceptiblement, au détriment de la diversité. En effet, peut-être que la différence principale entre pluralité et diversité se trouve dans leur ontologie: la pluralité, ce sont les tonalités et les couleurs des peuples d’ humanités fragmentées tandis que la diversité rappelle et promeut les différentes manifestations de la - l’unique - nature humaine. La pluralité consacre les contours anguleux et saillants, irréconciliables, des frontières spirituelles tracées par l’être qui est né quelque part, la diversité se manifeste dans la mosaïque où les figures aux contours irréguliers s’enchevêtrent les unes aux autres, condition sine qua non de la cohérence de l’ensemble.

Ce front des refus émane de ceux qui sont établis quelque part. Ne s’appuient-t-ils pas sur cette insurmontable différence culturelle entre telle Turquie islamique et telle Europe chrétienne? D’autres invoquent l’insurmontable obstacle linguistique entre la langue turque et les langues indo-européennes. Ignorant l’Histoire, ils participent volontiers à cette volonté toute « monothéiste » de rompre les amarres des hommes avec un passé préchrétien où on ne distinguait pas les Huns des autres, les Turcs des Magyars et les Scythes des Celtes. En effet, on peut se demander à juste titre ce qui rend la langue turque si différente des langues dites « indo-européennes » alors que la langue hongroise et la langue finnoise en sont aussi éloignées… ou plutôt aussi proches.

 

Un peu de mémoire

 

Relevons dans l’histoire de l’alphabet turque le renversement des années 1920 - à l’instigation de Kemal Atatürk - où l’alphabet latin fut substitué à l’alphabet arabe. Les raisons n’en sont pas seulement idéologiques mais également scientifiques: le turc n’est pas une langue aux intonations gutturales aussi l’alphabet arabe ne lui sied pas. Cette évolution consacre un état de fait et non pas un changement forcé.

La culture turque, par ailleurs, ne peut se réduire à l’islam. Et quel islam nous vendent donc les partisans du non? C’est l’image du « paysan anatolien », celui des crimes d’honneur et d’une pratique archaïque de la religion qui fait le pendant à celle, non moins xénophobe, du « plombier polonais » qui viendrait prendre les emplois des européens pour être payé bien moins cher. Il y a donc en Turquie une élite urbaine, occidentalisée, laïque et républicaine parfaitement compatible avec les idéaux européens, une élite qu’on accepterait volontiers dans l’Union si seulement il n’y avait pas cet épouvantail anatolien. L’argument est un peu court et par ailleurs parfaitement fallacieux. L’élite urbaine a cessé d’être une minorité depuis longtemps et le paysan anatolien ne correspond pas à l’image du paysan sunnite xénophobe et phallocrate. En effet, la population anatolienne est composée pour une bonne part d’Alévis, des chiites très tôt sécularisés, imperméables aux influences radicales de l’Islam mais dont la communauté de destin avec nous autres, européens du continent du même nom, s’affirme avec force en ce qu’ils partagèrent avec notre jeunesse la maladie du radicalisme très séculier de nombreux courants de gauche.

dolmabahcepalacejl8.jpgD’ailleurs, toute l’histoire moderne de l’Empire Ottoman à la Turquie Républicaine est une succession de réformes qui introduisirent au sein de la psyché collective les idées issues des Lumières. Les premières poussées réformistes sont engagées dès la fin XVIIe siècle où s’ouvre l’ère des Koprulu, ces validos turcs, ces conseillers du roi, du sultan, qui commenceront par réorganiser les académies militaires. Progressivement, ces réformes s’étendront à l’école, aux arts et à l’architecture, au droit, aux habitudes vestimentaires et alimentaires. L’introduction du café rencontra une farouche opposition des clercs lesquels devront progressivement céder du terrain. Les femmes se dévoileront progressivement et s’habilleront plus près du corps dans un processus entamé voici près de trois siècles [i] . L’art baroque fera son entrée dans des chefs d’oeuvre d’architecture religieuse (Mosquée Süleymaniye), monumentale (Palais Dolmabahçe) et civile (notamment la fontaine de l’Empereur Guillaume II) [ii] .

fontainewilhelmiiiv2.jpgCette poussée de l’Empire vers la modernité née en Europe rencontrera des résistances, en particulier au sein des milieux cléricaux et du corps des Janissaires. Ces derniers assassineront un sultan, Sélim III le 29 mai 1807, pour son audace réformatrice. C’est, en effet, l’époque où les conseillers militaires et techniques français et britanniques se bousculent à Istanbul. L’armée doit changer non seulement d’uniformes mais d’armes. Les Janissaires, héritiers d’une puissante tradition sont exclus de ces expérimentations inédites qui leur font perdre leur statut de corps d’élite au profit d’une armée régulière revigorée grâce aux arts militaires européens. In fine, ils échoueront dans leur tentative d’obstruction et seront dissous.

suleymaniyeinterieurmosaz1.jpgDes disciplines considérées comme blasphématoires par le clergé ou soustraites à ses prérogatives (telles que l’histoire, la géographie, la philosophie profane, le droit positif, etc.) sont introduites jusqu’à l’école qui échappera progressivement au contrôle de l’institution religieuse. Bien souvent, ces premières réformes demeureront inachevées mais elles laisseront au sein de la société ottomane une empreinte indélébile. En effet, en 1839, les élans réformistes refont surface de plus belle, c’est l’ère des Tanzimat et cette fois-ci les réformes briseront la colonne vertébrale du droit islamique. Les lois ségrégationnistes seront abolies et l’égalité de tous les sujets du Sultan, quelle que soit leur foi, sera proclamée:

Je fais la distinction entre mes sujets, les musulmans à la mosquée, les chrétiens à l’église et les juifs à la synagogue, mais il n’y a pas de différence entre eux dans quelque autre mesure. Mon affection et mon sens de la justice pour tous parmi eux est fort et ils sont en vérité tous mes enfants (Déclaration officielle du Sultan Mahmoud II en 1830) [iii]

En 1856, ces réformes civiques prennent l’accent d’une révolution dans les Hatt-ı Hümayun, un édit royal, la « mère de toutes les réformes ». Le nouveau droit ottoman s’inspirera du droit français, le code commercial moderne sera renforcé, l’armée et la fonction publique seront réorganisées et ouvertes aux non musulmans (vers la fin du XIXe siècle, la moitié des postes diplomatiques seront occupés par des sujets non musulmans - voilà qui a de quoi faire rêver alors que la diplomatie française est demeurée a peu de choses près la chasse gardée des catholiques), les tribunaux seront civils, un hymne national sera proclamé et une constitution et un parlement seront établis en 1876. Certes, le Parlement ottoman sera suspendu deux ans plus tard et le déclin de la Sublime porte se poursuivra inéluctablement mais l’opposition à la modernisation ne viendra plus du clergé, des ordres consacrés ou de l’inertie populaire, ce sont les sultans qui se transfigureront de patrons des arts et du progrès en monarques absolutistes. Désormais, la pression réformiste proviendra du peuple.

Le « vieil homme malade de l’Europe » entre dans le XXe siècle en pleine agitation sociale. Les nationalités se sont réveillées partout dans ses possessions européennes ainsi qu’en Égypte et au Proche-Orient. Ce « printemps des peuples » n’est pas seulement l’apanage des sujets chrétiens de la Porte, la Tunisie et l’Égypte de Mohamed Ali, entrent elles aussi dans une ère d’effervescence intellectuelle, culturelle et politique. C’est l’heure où la poussée réformiste atteint même des docteurs ès religion tel le cheikh Mohamed Abdou, diplômé de l’université d’Al Azhar du Caire et chantre du libéralisme et du parlementarisme égyptien. Les premiers pionniers du sionisme aussi participeront à cet engouement et ils prendront possession, à la faveur des lois égalitaristes de l’Empire, de leurs premières terres dans la province du Cham. En Turquie même, l’idée nationale fait son chemin et le mouvement des Jeunes-turcs arrachera au Sultan le rétablissement de la constitution le 19 juillet 1908.

L’Empire entre dans la Première guerre mondiale au coté des empires centraux. En effet, la France et la Grande-Bretagne sont, cette fois-ci, alliées à la Russie - après avoir soutenu le Sultan contre le Tsar, à Sébastopol, en 1854. Les puissances de l’Entente convoitent ses possessions et rêvent, avec les russes, de se partager les dépouilles de l’Empire malade. Les mouvements nationalistes turcs, qui reprirent à leur compte les velléités réformistes des sultans éclairés d’hier, connaîtront bientôt des dissensions. Kemal Atatürk n’est pas, par exemple, un fervent partisan de l’alliance avec le monde germanique à qui il préfère les Lumières françaises. Les Jeunes-turcs connaîtront comme les nationalistes romantiques d’Europe centrale, des accents panturcs, notamment en la personne d’Enver Pacha. En effet, ces derniers se radicaliseront et l’on voit se dessiner, un peu à l’image, un demi siècle plus tôt, du débat entre les partisans de la Großdeutschland et de la Keinedeutschland - soit l’Allemagne avec ou sans l’Autriche - un clivage entre un Kemal Atatürk républicain et partisan d’une Turquie anatolienne tournée vers l’Europe et les partisans d’une Grande Turquie asiatique tournée vers les anciens empires Turcs de l’espace situé entre le Xinjiang (province nord-ouest de la Chine) et la Thrace.

Signe de leur radicalisme, les partisans d’Enver Pacha se commettront dans le génocide arménien et, finalement, seront politiquement réduits à la portion congrue lorsque Kemal apparaîtra comme l’homme de la libération en défaisant les forces d’occupation de l’Entente. Atatürk obtiendra, in fine, la révision complète du traité de Sèvres conclut par le Sultan, au profit du traité plus équitable de Lausanne, en 1923. Dès lors, tout le combat de Kemal sera de construire l’État-nation turc, républicain et laïque, nouant avec le passé eurasiatique et préislamique du peuple turc mais aussi avec le passé byzantin, hittite et lydien de l’espace géographique qui est, désormais, le sien.

L’histoire de la Turquie républicaine, pour singulière qu’elle est, n’est pas, à proprement parler, différente de celle nombreux membres actuels de l’Union Européenne. Pour ainsi dire, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, la Hongrie, la Roumanie, la Pologne et même l’Allemagne connaîtront des régimes autoritaires soit militaires soit appuyés par les militaires. En revanche, à aucun moment la Turquie ne sombrera ni dans le fascisme ni dans le communisme. En état de faiblesse relative, elle s’abstiendra de participer directement à la Deuxième guerre mondiale quoique ses sympathies vont aux Alliés - elle déclarera néanmoins la guerre à l’Allemagne à la onzième heure. Depuis 1945, et surtout depuis son adhésion à l’OTAN en 1952, la Turquie, comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Norvège et la RFA fait partie du système d’alliances occidental. Elle frappe à la porte de la CEE pour la première fois en 1959. Elle s’applique depuis plusieurs décennies à suivre les exemples grecs, espagnols et portugais dans ses efforts de démocratisation et ceux-ci sont particulièrement sensibles dans la dernière phase de sa transition démocratique, celle qui s’est ouverte à la fin du XXe siècle et qui devrait s’achever avec son adhésion pleine et entière à l’Union Européenne.


Know thy enemy

 

L’adhésion de la Turquie à l’U.E. présente une somme incommensurable d’avantages rarement évoqués en public. De cette question ne dépend pas seulement l’identité européenne que les opposants voudraient exclusivement - même à demi-mot - d’«origine» chrétienne mais aussi le statut de grande puissance de l’Europe si cher aux européistes.

Il y a, bien sûr, ce débat inextinguible sur les frontières de l’Europe. La Turquie n’étant, au sens géographique, qu’à 4% européenne, ce serait, pour les chantres de cet argument, un contresens d’accepter en Europe un État dont 96% du territoire se trouve en Asie Mineure. Pourtant, à la lumière de l’Histoire, les frontières des grands ensembles ne se sont jamais fixées au seuil géographique des continents. Le point névralgique de l’influence et des intérêts européens n’a jamais été la Thrace ni le Bosphore mais, dès les Grecs anciens, il se situait entre l’Ionie, Antioche et le Caucase. Les assyriens ne purent jamais conquérir le petit royaume de l’Ourartou réfugié entre les montagnes de l’Asie Mineure et le lac Erevan. Les Empires romains et perse bataillaient ferme non pas sur le Bosphore mais en Arménie. Les conquérants arabo-musulmans ne se sont pas arrêtés pour plusieurs siècles à Byzance - qu’ils ont du se contenter d’assiéger pour finalement lever le camp - mais au Taurus, aux marches de l’Asie Mineure. La frontière viable de la Turquie moderne n’est pas en Mésopotamie mais précisément au même endroit où Byzance tint tête des siècles durant aux conquérants arabes: la chaîne du Taurus.

En revanche, lorsqu’une puissance extra-européenne est parvenue à asseoir son contrôle sur l’Anatolie, elle s’est étendue au delà du Bosphore. Ainsi du premier Empire perse, de l’Achéménide Xerxès qui étendit ses possessions jusqu’en Bulgarie, ainsi des turcs ottomans qui, une fois brisé le verrou Anatolien, soumirent Constantinople en 1453 et pénétrèrent aussi loin en Europe que Vienne en 1529.

L’Europe-puissance, pour être ou pour devenir, ne peut pas, stratégiquement donc géographiquement, se priver de l’espace turc. Et elle ne le doit pas pour d’autres raisons encore:

- en intégrant la Turquie, les Quinze (sic!) pourront enfin jouer un rôle à la mesure de leur poids économique et démographique, au Moyen-Orient, en Asie centrale, et dans le Caucase ;
- en accueillant la Turquie dans son giron, l’UE placera sous son contrôle les voies d’évacuation des hydrocarbures de la mer Caspienne, du brut irakien, des gaz russe et iranien… qui vont transiter ou transitent déjà par le territoire turc ;
- une Turquie dans l’Europe, c’est mettre au service des Quinze le “Château d’eau” du Moyen-Orient : la Turquie détient en effet les plus importantes ressources hydrauliques de la région. A l’avenir, l’or bleu, au même titre que l’or noir aujourd’hui, est amené à jouer un rôle économique et politique essentiel. Les réserves en eaux de la Turquie sont à ce titre une carte stratégique maîtresse [iv] .

Élaborons à partir de cette liste en évoquant tout l’intérêt de l’Asie centrale pour l’Europe. Depuis l’effondrement de l’URSS, c’est la réouverture de la route de la soie qui se dessine. Cet espace, l’Asie centrale, est à l’heure actuelle verrouillé au seul profit des Russes et des Chinois. Pénétrer cette région sera essentiel pour l’Europe de la Sécurité collective du fait de sa position péninsulaire en Eurasie, c’est-à-dire celle de puissance terrestre décentrée par rapport aux axes de communication de demain - par opposition à la Grande-Bretagne d’hier et aux É-U d’aujourd’hui et de demain qui privilégient du fait de leur position insulaire ou quasi-insulaire les axes de communication maritimes - intéressée à participer à la réouverture du pont eurasiatique plurimillénaire que constitue cette région centrale du monde.

Les relations internationales sont en train de prendre une forme inédite pour la mémoire européenne moderne. L’Europe n’est plus au centre du monde et l’Atlantique n’est plus le débouché commercial le plus prometteur au monde. En effet, le pacifique s’y substitue progressivement au profit de l’Asie de l’est et des É-U, laissant l’Europe en marge. Par ailleurs, la configuration du monde de demain, de la distribution des puissances sur l’ensemble de la planète, retiendra au moins quatre grandes puissances : les É-U, l’UE, l’Inde et la Chine. Les axes de communication avec les deux sous régions d’Asie, celle du sud et celle de l’est passent à la fois par l’Océan indien et par le pont continental eurasiatique, la route de la soie. Le passage de l’Océan Indien est tributaire du canal de Suez, du détroit de Bab El Mandeb (entre Aden et Djibouti) et ensuite du goulot d’étranglement du détroit de Malacca (entre la Malaisie et l’île indonésienne de Sumatra). La Russie, comme les É-U, ne connaît pas cette complexité stratégique car elle dispose de la souveraineté sur le coté nord-Caspien du passage continental eurasiatique. En contrôlant l’Asie centrale, elle verrouille à son seul profit le passage continental sud avec le concours de l’infréquentable République Islamique d’Iran.

Une Europe indépendante, puissance mondiale bien outillée, doit, pour être capable de défendre ses intérêts et garantir son autonomie, s’émanciper de la tutelle américaine et du chantage énergétique russe. Pour ce faire, elle doit percer en Asie centrale, apprivoiser l’Iran - et même favoriser un changement de régime - et porter ses frontières sur le Caucase et toucher la Caspienne. Ceci, afin d’établir son contrôle sur ce point de passage névralgique au delà duquel toute politique de puissance est possible en Asie centrale et en deçà duquel plus rien de cela n’est possible en Europe.

En disposant de cet espace à son profit, l ‘Europe se prémunirait contre une éventuelle entente russo-américaine visant à la maintenir dans un statut de puissance mineure. En effet, l’opération Enduring Freedom contre l’Afghanistan des talibans a permis aux Américains de pénétrer profondément en Asie centrale, avec le concours de la Russie, et de s’établir en Ouzbékistan - le pays le plus central en Asie centrale. Les poussées américaines en faveur de changements de régime dans les États de la région indisposèrent Moscou qui changea d’alliance au profit de la Chine et en évinça les É-U avec son aide. La Russie, pas plus que les É-U, n’est disposée à laisser surgir dans son dos une superpuissance européenne capable de garantir la sécurité de ses communications avec les ensembles Indiens et Chinois.

En revanche, si l’Europe porte ses frontières sur la Caspienne et le Caucase, elle placera l’ensemble de la sous région de l’Asie centrale et du monde iranien sous une influence mutuellement profitable avec la Chine et l’Inde. Plus au nord, l’Europe sera en mesure de briser l’autonomie d’action d’une Russie qui peut, aujourd’hui, se permettre de jouer tantôt les Américains tantôt les Chinois en offrant à ces derniers une seconde option pour mutualiser la sécurité de la région centrale de l’Eurasie, en partager les ressources et l’ouvrir au profit des peuples concernés (dans le cadre d’un partenariat du type fourniture d’énergie contre aide substantielle au développement économique) et des deux extrémités du continent. Mieux encore, l’Europe pourrait s’affranchir d’éventuelles revendications chinoises « gênantes » en pressurant le Pakistan et l’Afghanistan afin d’ouvrir l’Hindu Koush, c’est-à-dire le point de passage à partir duquel l’Inde deviendrait également un joueur de poids en Asie centrale.

À cet effet, la Turquie offre de par sa position géographique et son ouverture sur l’immense monde turcophone de l’Asie centrale au Xinjiang un atout considérable pour la future puissance collective européenne.

Quant à la question de savoir où s’arrêtent les frontières de l’UE, cela ne dépend que de son bon vouloir. Il est clair que ni les pays du Maghreb ni la Russie n’ont vocation à adhérer à l’UE. Les uns parce qu’ils sont arabes ou berbères et que, hormis les Empires Carthaginois et Romain, il ne furent jamais associés à l’Europe et le Califat islamique de Cordoue était clairement une présence étrangère dans la péninsule ibérique. D’ailleurs, les Empires antiques, eux, ne se définissaient pas tant comme européens que comme méditerranéens et, à ce titre, l’UE ne peut offrir aux pays de l’ensemble méditerranéen, Israël compris, que de conclure des accords d’association économique pour cultiver sa sphère d’influence. La Russie, qui a l’avantage comme la Turquie d’être géographiquement aussi européenne qu’asiatique n’a pas l’intention d’adhérer à l’Union et, par ailleurs, ses intérêts sont souvent contraires à ceux de l’UE. Tant que durera son complexe de grande puissance nostalgique, elle ne frappera pas à la porte de l’Europe, et lorsqu’elle en sera guérie, il lui sera trop tard pour imposer ses conditions à une Europe à l’identité renforcée par son rang retrouvé de grande puissance.

 

Know thy friend

 

L’autre grand argument des opposants à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne est d’ordre démographique. La Turquie, disent-ils, ne souffre pas du même déficit des naissances et donc, nous pourrions nous retrouver demain en Europe avec une population musulmane par trop conséquente voire … majoritaire. C’est le fameux fantasme d’Eurabia qui s’est construit sur des projections démographiques farfelues. Il est totalement déconnecté des réalités historiques et démographiques, sourd aux tendances observées dans l’ensemble du monde méditerranéen où ces pays qui sont, certes, entrés plus tard en transition démographique [v] n’en atteignent pas moins la fin de la phase 2, c’est-à-dire celle de la diminution significative des naissances pour se situer plus près du seuil de renouvellement des générations et probablement en deçà dans l’avenir [vi] .

Probablement en deçà parce que le tissu social de ces sociétés est par trop affecté par des difficultés économiques et sociales considérables. Elles risquent donc fortement de connaître le même sort que ces sociétés est-européennes, naguère si fécondes mais durablement affectées par l’échec de l’expérience communiste. Dans le cas de la Turquie, ces difficultés sont, heureusement, limitées et son économie est très vigoureuse. Sa situation n’est pas comparable à celle de la Bulgarie mais plutôt de l’Espagne, de la Grèce ou de l’Italie d’il y a une trentaine d’années. Il est donc bien plus probable de voir la population turque croître encore pendant une vingtaine d’années avant de connaître le même sort que celui de l’Allemagne. La Turquie se stabilisera donc, en 2025, aux alentours de 88 millions d’habitants [vii] avant de s’engager progressivement sur la pente du déclin.

Même à ce moment là, la population turque ne représentera que 15% de l’ensemble européen c’est-à-dire, manifestement, bien loin de la majorité. D’ailleurs, mettons nous à la place d’un allemand: devrait-il s’inquiéter d’une Turquie en fin de transition démographique dont la courbe de croissance démographique est encore prévisible et de toute manière déclinante ou de la France qui, étant dans une phase post-transitoire, fait preuve d’un dynamisme imprévu et dont les conséquences sont également imprévisibles? En 2050, il se pourrait bien que la France soit, en réalité, le pays le plus peuplé d’Europe.

Mais ce n’est pas tant la démographie turque qui inquiète que la religion de la majorité des turcs: ils sont musulmans ou encore la religion de leurs ancêtres était l’islam et, à ce moment là, ce serait le substrat culturel islamique qui poserait problème. Éliminons d’emblée de l’équation le « problème » des 15 à 25 millions d’Alévis turcs car ces derniers ont déjà des moeurs conformes au modèle séculier européen. Reconnaissons que le kémalisme a pénétré suffisamment en profondeur la société pour qu’une bonne partie des citadins turcs aient adopté - comme tout le monde s’y accorde - des moeurs modernes conformes au modèle européen. Établissons d’emblée, conformément à l’esprit européen des Lumières, que ce n’est pas l’islam qui pose problème - en clair: distinguons-nous des extrémistes chrétiens ou fascistes - mais l’islamisme. Dès lors que reste-t-il comme clientèle pour l’islamisme? Le parti AKP a montré la voie au conservatisme moderne d’un islam sécularisé, d’un islam-démocrate. Le bilan du gouvernement Erdogan plaide fortement en faveur de l’existence d’un authentique courant « musulman-démocrate » en Turquie qui respecte la laïcité républicaine au delà même des prescriptions européennes.

En effet, nombre de pays européens ne sont pas aussi laïques que la Turquie et la France. Prenons l’exemple de la Pologne où un parti catholique et raciste partage le pouvoir au sein de l’actuelle coalition parlementaire et gouvernementale. Le port ostentatoire de signes religieux dans les institutions publiques est également permis dans nombre d’autres pays européens tels que l’Allemagne et le Royaume-Uni, tout au contraire de la Turquie et de la France. Bien sûr, nombre de détracteurs de la Turquie européenne soulignent que ce pays n’est pas encore parvenu au bout de son processus de réformes démocratiques et libérales mais ce n’était le cas d’aucun pays d’Europe de l’est au moment où les négociations étaient entamées. Il est évident que l’adhésion de la Turquie reste conditionnelle à la satisfaction de toutes les exigences de l’Union - qu’il est inutile de citer ici - et la négociation sert bien à cela. Ultimement, la Turquie devra s’engager irréversiblement vers la conclusion de sa transition démocratique en intégrant les quelques milliers de pages de droit européen à son propre code de lois. L’UE aura alors tous les pouvoirs pour contraindre la Turquie à s’y tenir définitivement.

Revenons, toutefois, sur la querelle d’avec l’islam ou plutôt de cette consubstantialité entre religion et politique qui aurait été le lot de l’Europe chrétienne au Moyen-Âge et encore aujourd’hui d’un certain nombre d’États musulmans. Il est important de revenir à l’Histoire pour déblayer le terrain d’idées généralement admises comme valables pour un État d’Islam donné mais qui, pourtant, ne le sont pas de manière homogène pour tous les pays d’Islam ni même à toutes les époques: l’Empire Ottoman n’échappe pas à cette règle aux nombreuses exceptions.

À partir de 1453, Mehmed II et chacun de ses successeurs se considérait aussi comme l’héritier de l’Empire romain et le seul véritable empereur en Europe… Il y avait une métaphore turque pour dire “domination mondiale” : la “pomme rouge”. Avant 1453, elle se référait au globe que tenait dans sa main droite la statue géante de l’empereur Justinien devant Sainte-Sophie. Quand celle-ci fut abattue en 1453, la “pomme” se déplaça vers l’ouest et symbolisa l’objectif suivant des Ottomans : la ville de Rome….

Les Ottomans ressentaient un autre désir: égaler la gloire d’Alexandre le Grand… L’une des épithètes favorites tant des sultans que de leur ville devint bientôt alem penah, “Refuge de l’univers”: il parut judicieux de doter d’une capitale multinationale un empire qui (…) comprenait soixante-douze nationalités et demie (les Tziganes étaient considérés comme une demi-nationalité). [viii]

Ce n’est qu’en 1517 (et donc pas lorsque Constantinople fut prise par les Ottomans, en 1453) que le sultan s’adjoignit le titre de calife. Lorsqu’il le fit, ce n’était manifestement pas pour complaire à une tradition islamique héritée des temps prophétiques. En effet, le sultan reprenait à son compte le titre de Basileus que s’étaient déjà donnés les Empereurs romains.

couronnementbibliqueroiie8.jpgEn réalité, « [l]e califat ne constituait qu’une référence particulière destinée à surdéterminer la sanctification de la figure universelle et déjà sainte de l’empereur » [ix] . C’est que de tous les temps et jusqu’à l’âge scientifique, la figure des monarques était sanctifiée par le ou les dieux d’alors. Ainsi, par exemple, de Pharaon-dieu, du Roi David oint par Yahvé, de l’empereur du Japon encore aujourd’hui et des empereurs romains dont les sultans Ottomans se font les continuateurs. Le sultan vaincra donc le sultanat mamelouk du Caire et conquerra les lieux saints de l’islam à l’occasion d’une expédition militaire dirigée vers le sud, vers 1517-20. Il se fera alors reconnaître calife par les autorités religieuses islamiques.

Cette absence de consubstantialité entre le religieux et le politique était déjà reconnue en des temps où la grandeur des empires exigeait la sanctification de la personnalité impériale, y compris en terre d’Islam. D’ailleurs, si le califat était à cette époque au Caire, il n’en demeure pas moins que la Porte a obtenu par la force la reddition du titre cairote du califat au profit de la capitale stambouliote. Le politique s’était donc, conformément à la tradition romaine, emparé du religieux. D’ailleurs, Kemal Atatürk n’eut guère de difficultés à abolir le sultanat en novembre 1922 tout en laissant le califat en place jusqu’en mars 1924.

 

En conclusion, la Turquie, fût-elle Ottomane ou républicaine, a très bien intériorisé cet universalisme dans la diversité qui fait la force de l’Europe démocratique. Elle a participé ,aux cotés des grands empires de référence de l’espace européen antique, aux différentes revendications du titre de César au Moyen-Âge, tout comme le Saint-Empire romain germanique et la Russie tsariste, pour n’en citer que deux. Acteur européen majeur, la Turquie s’est jointe à la cohorte des prétendants à la succession de l’auguste empire universel.

Relevons que les partisans du non, qui craignent pour la dynamique de l’intégration européenne advenant qu’un pays peuplé en majorité de musulmans et de descendants de musulmans adhère, s’effarouchent tout autant lorsqu’il s’agit de voter une constitution pour l’Europe ou de faire progresser l’intégration des États déjà membres d’une quelconque manière ou d’élargir l’UE à des États « chrétiens ».. En réalité, nombre de « non-istes » sont des anti-européens convaincus, quoiqu’il advienne. D’autre part, les partisans de l’intégration européenne mais d’une Europe chrétienne sont mus avant tout par une hantise démographique qui ne se justifie pas. Si l’UE ne serait avec la Turquie qu’un espace de libre-échange (chose impensable car l’UE en est déjà au stade de l’unité économique et monétaire), il faut constater qu’elle le serait déjà aujourd’hui, à 27. Nombre d’États européens, même parmi les membres fondateurs, ne veulent pas progresser dans la voie de l’intégration politique. Il faudra de toute manière en arriver à une Europe asymétrique où les coopérations renforcées de quelques États initialiseront une force centrifuge qui attirera par la suite ceux qui auront été récalcitrants.

Dans cette perspective, il n’est pas établi que la Turquie fasse partie des membres les plus eurosceptiques. En effet, elle aurait plus que d’autres tout à gagner à une intégration plus poussée à l’ensemble européen. Puissance militaire majeure dont les frontières s’étendent près de zones conflictuelles, elle est déjà, seule, en mesure de garantir sa sécurité mais elle ne verrait pas d’un mauvais oeil la mutualisation bénéfique de la sécurité européenne prise dans son ensemble.

La poussée vers l’ouest des peuples turcs s’inscrit dans le même mouvement général que celui d’autres conquérants « barbares » qui, faut-il le rappeler, défirent l’empire romain d’occident, reprirent son héritage à leur compte et sont à l’origine du peuplement européen actuel. Cette poussée vers l’Europe est sur le point d’aboutir parallèlement aux grandes lignes du projet réformiste entamé dès la fin du XVIIe siècle, renforcé par les Tanzimat et par le républicanisme kémaliste et, finalement, par le projet d’adhésion à l’Union Européenne. En chemin, les turcs se convertirent à l’islam, ou plutôt aux islams, tout conservant l’oeil implacablement rivé sur l’Europe et non pas sur La Mecque.

Il existe, certes, encore bien des retouches à apporter à l’échafaudage politique et social de la Turquie moderne mais dès l’instant où nous avons compris que sa place est en Europe depuis à peine quelques siècles plus tard que nous, il ne reste qu’à l’intégrer aux conditions fixées par l’Union. La Turquie, qui est déjà une démocratie qui progresse, devra faire un travail de mémoire important en reconnaissant le génocide arménien et elle devra solder les contentieux à caractère nationaliste de son passé, au moins ceux qui la mettent en délicatesse avec des États déjà membres de l’UE comme Chypre, avant de nouer avec son destin à caractère communautaire qui la liera inextricablement à l’Union continentale.



[i] Voir notamment « Les vêtements de la femme Ottomane » sur le site du ministère turc de la culture.

[ii] Voir les photos sur le guide touristique d’Istanbul sur le site du Guide Martine.

[iii] Enver Ziya Karal,« Non-Muslim representatives in the First Constitutional Assembly, 1876-1877 » dans Benjamin Braude and Bernard Lewis (éd.), Christians and Jews in the Ottoman Empire - The functioning of a plural society (New-York et Londres, Holmes & Meier Publishers , 1982), vol.I, p100.

Également repris dans l’entrée Tanzimat dans Wikipedia français.

[iv] Voir l’entrée « La Turquie est-elle européenne » sur le site Bleu blanc Turc.

[v] Voir Youssef Courbage, « The End of the Demographic Explosion in the Mediterranean? », Population: An English Selection 8 (1996), pp258-70.

[vi] L’entrée « la transition démographique » dans Wikipédia explique bien le principe de ce phénomène observé dans toutes les sociétés humaines contemporaines.

[vii] Voir la chronique de la semaine du 3 octobre 2005 sur le site Europeplusnet.com avec Pierre Verluise, intitulée « La Turquie a-t-elle le bon profil démographique? » 

[viii] Philip Mansel, trad. Paul Chemla, Constantinople, la ville que désirait le monde (1453-1924) (Le Seuil, Paris, 1997), pp21-3. Également cité par Abdelwahhab Meddeb, La maladie de l’islam (Éditions du Seuil, collection Essais, Paris, 2002), p102.

[ix] Voir le chapitre 6 dans Meddeb, La maladie de l’islam, pp 99-103.

La Turquie et nous

Posted on dimanche, septembre 24, 2006 at 05:32PM by Registered CommenterLéviathan in