Entries from August 1, 2007 - September 1, 2007

L'esprit de Munich, l'esprit de Dantzig

Posted on dimanche, août 19, 2007 at 04:24AM by Registered CommenterLéviathan in , , | Comments2 Comments | EmailEmail | PrintPrint

2003. L’administration Bush, et les néoconservateurs en tête, mènent tambour battant la campagne diplomatique en faveur d’une campagne militaire pour un changement de régime à Bagdad.

Cette guéguerre diplomatique a été l’occasion d’invoquer nombre d’anathèmes jetés à la face des partisans de la « paix » : l’esprit de Munich les animait, semble-t-il.

L’Iraq envahie, Saddam destitué puis exécuté, la traque aux baathistes engagée implacablement puis finalement adoucie dans l’espoir de faire diminuer les actes de terrorisme, il semble bien que l’« esprit de Munich » soit plus vivant que jamais.

Certes, enfin, l’armée américaine tire sur les agents iraniens en Iraq. Mais l’Amérique s’engage dans des pourparlers avec la République Islamique pour « stabiliser » la Mésopotamie.

Des déclarations de l’ancien MAE français Philippe Douste-Blazy au Liban sur l’Iran facteur de stabilité au Moyen-Orient, des conclusions de l’Iraq Study Group emmené par Baker et Hamilton en faveur d’un dialogue avec l’Iran, de la faconde d’un Alexandre Adler en faveur d’une entente américane-sioniste-chiite au Moyen-Orient, d’aucuns participent à faire revivre sur l’héritage de l’opération Iraqi Freedom, l’« esprit de Munich ».

L’ironie ne manque pas de prendre une saveur particulière, douce pour les uns, car satisfaits, aigre, acide pour d’autres, qui se sentiront trahis. Mais il y a une saveur que peu retiennent et qui, pourtant, témoigne que l’invasion de l’Iraq n’était pas un pied de nez à l’esprit de Munich mais un hymne à celui de Dantzig.

Dantzig, c’est en effet le moment où les Alliés se sont ralliés à l’idée que rien n’arrêterait Hitler (à défaut de manifester par les armes leur dégoût pour le régime nazi – si tant est qu’ils l’aient ressenti ainsi) et qu’à défaut de sauver la Tchécoslovaquie, il fallait sauver la Pologne.

Or, la Pologne de Pilsudski, cet « ami » pour qui nous dépêchions, sans trop de hâte il est vrai, nos « pioupious », avait, en mars 1939, participé au partage des dépouilles de la Bohême Moravie en accord avec le régime nazi et d’autres États voisins (La Bohême Moravie correspond à la partie de la Tchécoslovaquie demeurée formellement indépendante après les accords de Munich d’octobre 1938 où l’Allemagne n’avait, en réalité, été « qu’ » autorisée à prendre la région des Sudètes germanophones).

L’esprit de Dantzig, c’est donc la mauvaise guerre, engagée pour d’apparentes bonnes raisons qui, en réalité, masquent le fait que toutes les raisons de la faire existaient bien avant et, si elles avaient été reconnues à temps, auraient évité une guerre aussi longue et aussi meurtrière.

L’invasion de l’Iraq et la destitution de Saddam Hussein cadre bien avec l’esprit de Dantzig. Le changement de régime, en réalité, les iraquiens l’attendaient en 1991-3, lorsque les baathistes exterminaient de 200 000 à 300 000 chiites entrés en rébellion parce qu’ils avaient crû aux promesses de Bush père.

Le mal étant fait, l’Amérique ne s’étant pas hâtée pour prévenir un génocide, les bénéfices attendus d’un succès en Iraq n’en sont que diminués, devenus tout à fait marginaux, de même que le soutien populaire iraquien aux GIs qui, sans être inexistant, en particulier chez les Kurdes et, dans une moindre mesure, chez les Chiites, n’atteint certainement pas les niveaux requis pour un succès rapide.

Par ailleurs, les évènements récents tendent à démontrer qu’ils se déroulent selon une chronologie inverse de celle des années 1930. En effet, après l’esprit de Dantzig, c’est l’esprit de Munich qui gagne des supporters dans la confrontation du Monde libre face à l’Iran des mollahs.

« Tout le monde [i.e. les néoconservateurs] veut aller à Bagdad, les vrais hommes veulent aller à Téhéran ». C’est ainsi que s’exprimait un membre de l’administration Bush peu de temps après la chute de la capitale iraquienne. Désormais, tout le monde veut trouver une solution pacifique à un programme nucléaire qui ne l’est pas.

Bien sûr, nombre de néoconservateurs veulent aussi aller à Téhéran mais ils n’ont guère le sens des réalités : l’expérience de ces dernières décennies montre plutôt qu’il n’est pas possible de justifier plus d’une guerre majeure par décennie devant l’opinion publique américaine. Par ailleurs, celle d’Iraq dure depuis maintenant quatre ans et elle promet de laisser une impression durable sur le peuple Américain.

C’est même probablement parce que c’est si difficile que les États-Unis veulent dialoguer avec les iraniens: ils se sont tiré une balle dans le pied. Les récentes mesures prises par l’armée américaine ressemblent davantage à des pressions exercées sur le régime des mollahs afin de l’amener à plus de souplesse dans la négociation qu’à de véritables bruits de bottes menaçant Téhéran d’un changement de régime.

En outre, il y a quelques raisons supplémentaires de considérer que l’invasion de l’Iraq, au jeu des dominos démocratiques, n’était pas la première pièce à bouger :

  1. D’abord, l’Amérique doit se décider entre faire la guerre au terrorisme et à tous les terrorismes ou la faire au totalitarisme islamiste.
  2. Si elle veut la faire au totalitarisme islamiste et si, de surcroît, elle entend la faire également sur le terrain des valeurs, elle se doit de frapper la seule véritable théocratie du Moyen-Orient : l’Iran.
  3. Elle doit engager cette guerre là où le soutien populaire des « indigènes » sera substantiel.
  4. Une fois la victoire militaire obtenue, ce qui ne fait pas l’ombre d’un doute contre l’Iran, elle doit s’appuyer non pas sur les oligarques toujours prompts a rallier la perspective d’un régime fédéral mais sur les partisans d’un État unitaire, centralisé.
  5. La construction d’une démocratie pérenne ne doit se faire qu’en dernière étape, après la reconstruction de l’État et après que ce dernier soit en mesure de remplir ses fonctions régaliennes (défense, justice, police).

Le premier point aborde la question des terrorismes car ils ne sont pas tous semblables. Pour s’en convaincre, entre Al Qaïda et l’IRA, entre le Hamas et l’Irgoun, un monde sépare deux types de terrorismes parmi d’autres.

Le second point précise le véritable enjeu de la guerre de ce début de XXIe siècle : si la guerre au terrorisme est la guerre à un concept, c’est parce que l’administration Bush a ficelé un slogan politique dont la principale propriété n’est pas la clarté mais la force de persuasion. La guerre des valeurs ne peut que s’adresser à une idéologie concurrente, en l’espèce, le péril posé par le troisième totalitarisme généré dans et par le monde moderne : l’islamisme.

D’aucuns estiment que la guerre doit être menée contre l’Arabie Saoudite. Mais ce pays là n’est pas une authentique théocratie (le pouvoir n’est pas entre les mains des religieux mais des « laïcs » Al Saoud – au sens de personnel non religieux). D’un autre coté, s’il y a un lien évident entre le wahhabisme et son enseignement et l’idéologie d’Al Qaïda, l’Arabie Saoudite ne répond pas au préalable du point trois : la contestation du régime en Arabie Saoudite est presque entièrement captée par les islamistes (i.e. par plus islamiste encore que le régime!).De plus, l’Arabie Saoudite n’est peut-être pas le meilleur des alliés mais c’est un État dont la politique étrangère reste modérée et qui est en guerre contre Al Qaïda. Enfin il est possible de faire pression sur l’Arabie Saoudite qui dépend des É-U pour sa sécurité, ce qui rend une guerre inutile.

Le troisième point s’appuie sur nombre d’indices suggérant que les iraniens sont le seul peuple du Moyen-Orient à considérer que leur émancipation passe par l’établissement d’un régime laïque, national et constitutionnel. Nombre de ces indices ont été révélés dans plusieurs documentaires et d’enquêtes réalisés en Iran même où la situation est prérévolutionnaire et où quantité d’étudiants, de jeunes désoeuvrés et de travailleurs ont explicitement affirmé préférer une bonne guerre pour se débarrasser du régime que de subir, dans la « paix » (mais quel sens cela peut-il avoir pour eux? Certainement pas le même que pour nous) la tyrannie religieuse du clergé chiite.

N’oublions pas qu’en 2001, au plus fort de la protestation étudiante (du temps du gouvernement du très « modéré » Khatami), les manifestants scandaient : « À bas les Talibans, à Kaboul comme à Téhéran ». D’autres éléments attestent que les iraniens ne partagent pas l’antisémitisme affiché de leur régime ni même sa prose antiaméricaine. Enfin, d’autres éclaircissements et un résumé des enquêtes d’opinion, des entrevues et autres phénomènes sociaux comme politiques (y compris d’actes de guerre à l’encontre du régime, initiés à l’intérieur même de l’Iran) suggérant l’existence d’une opinion résolument anti-mollahs en Iran peuvent être trouvés dans « Eternal Iran » de Patrick Clawson et Michael Rubin.

Il me faut néanmoins corriger une fausse perception de l’Iran devenue populaire depuis l’élection d’Ahmadinejad : non les mollahs sont bien incapables d’en appeler à la farouche fierté nationale des iraniens pour la simple raison qu’ils sont opposés au principe même de nation et qu’ils combattent les traditions perses antéislamiques conservées par le peuple (comme la fête de l’an, Nowrooz, à l’équinoxe de printemps) tout comme les symboles de la grandeur passée, non islamique, de la Perse.

Le quatrième point se réfère à une habitude prise par les puissances coloniales européennes et reprise depuis par les États-Unis et leurs alliés lorsqu’ils investissent un pays : chercher en territoire conquis à rallier des représentants communautaires plutôt que des représentants nationaux.

Ce n’est pas vouloir dire que les Américains se comportent en Iraq comme des colonisateurs mais que la seule expertise disponible en matière d’administration de territoires occupés demeure l’expérience coloniale des britanniques et des français. L’intérêt de jouer les communautés contre les forces centripètes réside dans la nécessité de combattre l’insurrection. Cette dernière trouve généralement ses appuis dans un groupe religieux et/ou ethnique. En Iraq, par exemple, ce sont les arabes sunnites.

Dans la mesure où Washington peut pas justifier l’éviction d’un dictateur pour le remplacer par un autre, il lui faut alors choisir la voie démocratique qui offre les plus grandes chances de succès. Or, les oligarques permettent de faire vivre des régimes parlementaires particulièrement animés, les différentes communautés se retrouvant désormais représentées au Parlement s’engagent dans des tractations politiques sans fin pour former et défaire les gouvernements successifs.

Ce spectacle réchauffe sans doute le cœur d’un occidental qui estime que le bazar de la IVe République, après tout, c’est beau à voir chez les autres. Mais, d’une part, une démocratie saine ne se construit sur des lignes de clivage ethniques et religieuses mais sur des lignes de clivage économiques et sociales afin d’avoir une vraie droite et une vraie gauche. Car il y a, en réalité, un lien consubstantiel entre la nation et la démocratie : la nation, c’est l’intégration des diverses composantes de la population en une communauté de destin, la démocratie a besoin que cette intégration se fasse pour permettre l’éclosion d’un débat politique non violent et respectueux de la règle de droit.

Le cinquième et dernier point est une question de bon sens : sans un État assez fort pour faire respecter son autorité, il n’y a pas de sécurité, et sans sécurité, les citoyens ne sont pas égaux face à la politique : il y a ceux qui ont une arme et il y a ceux qui paient l’ « impôt révolutionnaire ».

En revanche, l’affirmation de cet État « fort » ne peut se faire sans déroger aux règles fondamentales de toute démocratie qui se respecte : en effet, c’est un nouvel État, qu’il émerge d’une révolution ou d’une défaite militaire. En état de semi-belligérance, l’application d’une règle de droit démocratique est à exclure (et nous remarquerons que même une démocratie suspend le cours normal de son processus politique en cas de menace imminente).

Néanmoins, cela n’exclut pas au personnel dirigeant de proposer un choix clair au peuple quant à la forme du gouvernement et à l’approbation du personnel politique en place, jusqu’au retour à un processus politique normal. Dans le cas de l’Iran, le choix serait, par référendum, entre une république parlementaire ou une monarchie constitutionnelle (la différence entre les deux, dans le cas de l’Iran, n’est pas de pure forme mais c’est un autre sujet).

L’analyse qui m’a amené à cette réflexion est la suivante : à chaque fois qu’une nation a traversé une période de crise profonde, révolutionnaire, produite par les effets d’une guerre ou d’une révolution, elle a ressenti le besoin de se rassembler derrière un homme ou un groupe d’individus commis à la restauration de l’ordre et à l’idéal patriotique tout en acceptant les changements économiques et sociaux produits par les évènements du passé proche.

Cet homme (providentiel) peut tout aussi bien être un Louis XVIII qu’un Napoléon Bonaparte. Une contre-révolution ou une synthèse entre les acquis révolutionnaires qui font consensus et la nécessité de rétablir l’ordre. La puissance qui renverse une tyrannie ne peut s’allier aux contre-révolutionnaires ou, même, à un type d’orléanistes passablement démocratiques mais qui pèchent par un programme social insuffisamment ambitieux et un patriotisme chancelant (ou perçu comme tel).

À l’inverse, si la voie qui mène à la démocratie telle qu’incarnée par un « bonapartisme » est indirecte, elle porte en elle les meilleures chances de parvenir à un régime stable car anti-oligarchique donc populaire, et parce qu’elle combat le factionnalisme ethnique qui perpétue les féodalités au détriment de l’émancipation individuelle, du développement économique, de l’adoption d’une législation sociale avancée et de l’avènement de partis politiques de droite comme de gauche, au sens propre (plutôt que de ligues et autres phalanges représentant une faction, un leader charismatique pour telle ou telle communauté).

Quelques éléments d’expérience empirique appuient ce postulat. Les Philippines, mises sous protectorat américain de 1898 à 1946 étaient censées mettre en lumière le colonialisme émancipateur de l’Oncle Sam. Les Américains ont effectivement construit dans ce pays les institutions d’une démocratie véritable à ceci près que le pouvoir parlementaire en fût confié aux propriétaires terriens. En Iran, les États-Unis (sous administration Truman, démocrate) faillirent faire de même en soutenant Mossadegh à ses débuts (encore un opposant à la réforme agraire, i.e. à la redistribution des terres à la paysannerie, étape nécessaire du développement industriel et financier d’une nation) contre le Chah lorsqu’ils ne s’allièrent pas aux forces de la conservation sociale dans de nombreux autres pays (dans la roue des britanniques, il est vrai et souvent sans avoir le choix de leurs alliés contre les Soviétiques).

***

Voilà donc quelques raisons de douter des choix opérés par l’administration Bush durant son premier comme dans son second mandat. Le tout en refusant et l’esprit de Dantzig et celui de Munich. D’aucuns furent particulièrement ulcérés, du moins après coup, par la manière qu’a eue Jacques Chirac de gérer l’après guerre en réclamant, de manière irresponsable, le désengagement américain d’Iraq aussi tôt qu’en 2004.

Certes, la dernière guerre du Golfe n’était pas la bonne, entendre, la plus topique. En ce sens où, si l’on prend au sérieux la menace islamiste, c’est bien au cœur du dispositif qu’il faut frapper. C’est aussi à l’endroit où la force de l’exemple d’une démocratisation en bonne voie de réussir peut avoir la plus grande répercussion (évaluons de dix à vingt ans le temps d’une démocratisation menée à son terme). Entre un peuple qui souffre d’une dictature laïque et qui se laisse séduire par l’islamisme et un peuple qui souffre de la tyrannie religieuse et qui en appelle à un régime laïc, le choix devrait être limpide. Ce dernier régime est, dans le monde islamique actuel, eu égard à la configuration des forces politiques, plus favorable aux intérêts démocratiques (seul le monde arabe déroge à cette règle « islamique »).

Bien sûr, nous pourrions souhaiter la paix à tout prix. Outre que dans cette configuration particulière, l’apaisement n’est pas indiqué (il existe bien des cas de politiques d’apaisement menées avec discernement, par exemple, la politique de Détente de l’administration Nixon), il n’est pas certain que la paix ait la même signification pour les citoyens des démocraties que pour ceux qui vivent l’oppression au quotidien. C’est un fait que le pacifisme est un « occidentalo-centrisme » habilement exploité par les tyrans de là bas.

Enfin, il faudrait vomir la tyrannie et ne tolérer qu’à grand peine et très temporairement le despotisme éclairé pour avoir foi en la démocratie et en ses bienfaits. Mais aucun peuple, pas même le peuple français, n’est prêt à sacrifier son unité nationale à la démocratie faite dogme. J’entends par là le parlementarisme oligarchique vendu par les anglo-saxons comme démocratie fonctionnelle.

Les régimes de représentation se muent bien trop souvent en régimes de réseaux, de copinages, de clientélisme, en particulier et d’autant plus dans des pays sans expérience démocratique préalable. L’on ne prétend jamais mieux représenter le peuple que pour avoir d’autant moins à l’entendre. L’absence ou l’insuffisance de mécanismes de démocratie directe (élections du président au suffrage universel, disposition référendaire dans la constitution; ou monarque et régime primo ministériel) en sus des institutions représentatives, dans ce cadre particulier d’États nouvellement démocratiques risque de produire des démocraties d’opérette, vidées de substance même si elles acceptent le jeu électoral, irrespectueuses des standards démocratiques et des Droits de l’Homme même si le pouvoir des uns paraît limité par celui des autres.

Les archives du blog en format pdf

Posted on mercredi, août 8, 2007 at 03:13PM by Registered CommenterLéviathan in | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

Ça va bientôt faire un an que ce blog existe (exactement 10 mois et demi) aussi vient le temps des archives et autres compilations. Plutôt que de sauvegarder des fichiers html lourds, j’ai fondu chaque article et ses images en un fichier pdf. Et puis, me souvenant de la demande faite par un lecteur de pouvoir accéder à des versions pdf, je me suis décidé à les rendre disponibles ici.

NB: la mise en page se perd légèrement et les commentaires aussi. Les entrées ne sont pas classées étant donné que chacune appartient à différentes catégories qui s’entremèlent. Celles de Koenigstiger, le second tavernier de ce blog, apparaissent en premier. Ce sont donc 41 articles, dont 5 de Koenigstiger, qui sont archivés (certaines entrées ne l’ont pas été puisqu’elles ne sont pas des articles).

Bonne lecture à ceux qui découvrent!

PS: J’en profite pour rappeler à ceux qui ont des soucis pour poster des commentaires qu’ils peuvent m’en faire part en cliquant sur le lien courriel dans la colonne de gauche, vers le bas.

PPS: J’en ai profité aussi pour mettre à jour le compteur de statcounter.com qui ne compte pas les accès RSS. Cela fait, en réalité, 4000 visiteurs (IP uniques/jour sauf la mienne) de plus sur toute la période d’activité du blog.

***

La Turquie et nous par Koenigstiger

La revanche de Lloyd George par Koenigstiger

L’AKP en mutation? par Koenigstiger

L’impôt sur les sociétés et les éléphants par Koenigstiger

L’intégration a-t-elle échoué? par Koenigstiger

665 000 morts en Iraq… d’après le Lancet par Léviathan

Alain Finkielkraut chez les sophistes par Léviathan

André Malraux et l’émergence de la menace islamiste par Léviathan

Arnaud Klarsfeld, Israël et ses ennemis par Léviathan

Benoît XVI, la violence et l’islam: pourquoi le Pape s’est fait des ennemis par Léviathan

Caricatures de Mahomet: réponse aux partisans de l’autocensure par Léviathan

Connaître les limites par Léviathan

C’était Alain Poher par Léviathan

Des nouvelles de Sifaoui dans l’émission Arrêt sur images (16.10.2005) par Léviathan

France! Élève toi! par Léviathan

Inquiétants prolégomènes de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy par Léviathan

Retour sur la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, sur Hubert Védrine, la Russie et le bouclier antimissiles par Léviathan

La France contre les Lumières: petite histoire d’une conversion par Léviathan

La politique israélienne de la France, 1948-68 par Léviathan

La puissance de la liberté… made in France par Léviathan

La réaction arabe et iranienne aux attentats du 11/9 par Léviathan

La République contre la Nation par Léviathan

La tentation obscurantiste par Léviathan

La terreur vient du ciel par Léviathan

Le domaine des dieux par Léviathan

Le IIIe Empire par Léviathan

Le Manuel des lois de la guerre sur terre par Léviathan

Le Néoconservatisme est-il l’héritier des penseurs antilumières par Léviathan

Le terrorisme islamiste n’est pas un terrorisme comme un autre par Léviathan

L’islamisme, un totalitarisme qui a de l’avenir par Léviathan

Obsession: la guerre de l’islam radical contre l’Occident par Léviathan

Pascal Boniface épinglé par Léviathan

Penser n’est pas un crime par Léviathan

Perspectives d’avenir - peu réjouissantes - pour l’Iran par Léviathan

Plaidoyer pour l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne par Léviathan

Préjuger se conjugue avec Turquie par Léviathan

Redistribution des cartes au Moyen-Orient par Léviathan

Religion de l’aliénation et religion de la liberté par Léviathan

Soljenitsyne et la sensibilité du peuple Soviétique… et l’affaire des caricatures de Mahomet par Léviathan

Una lettera persiana par Léviathan

Malek Boutih sur l’antisémitisme, l’antiracisme dévoyé et le sionisme par Léviathan

La tentation obscurantiste

Posted on mardi, août 7, 2007 at 04:39PM by Registered CommenterLéviathan in , , , , , | CommentsPost a Comment | EmailEmail | PrintPrint

latentationobscurantistez5.jpgCaroline Fourest nous présente ses réflexions suite à la publication de « La tentation obscurantiste » (où elle décortique la tendance d’une partie de la gauche à s’allier avec les nouveaux obscurantistes, en particulier les islamistes et leur rhétorique antisémite)  dans une conférence donnée à la Fondation Gabriel Péri (c’est une fondation créée à l’initiative du PCF qui se définit comme une structure libre de toute instrumentalisation politique et se veut « espace de rencontre [et] de confrontations pour favoriser l’émergence […] de propositions utiles à la construction d’une Europe et [d’]un monde démocratique et de progrès social »).

Dans cette conférence, Caroline Fourest revient sur la conférence de Durban consacrée à l’antiracisme, organisée par les Nations Unies, en Afrique du Sud. du 2 au 9 septembre 2001.

Mme Fourest s’aperçoit, en effet, que « des militants antiracistes, européens, principalement, étaient prêts à manifester avec des militants clairement islamistes, à cette conférence, en tenant des propos clairement antisémites ». Non pas antisionistes mais antisémites puisque les tracts qui circulaient regrettaient Hitler et que les livres vendus à cette conférence « antiraciste » n’étaient autres que les Protocoles des Sages de Sion, déclare la conférencière.

Pour la fondatrice de Pro-Choix (avec Fiametta Venner et Moruni Turlot) et d’autres militants demeurés imperméables à la « tentation », ce fut un choc. C’est ce choc qui a poussé Caroline Fourest à écrire ce livre, celui cité en tout début de texte, destiné à comprendre, à faire comprendre. Peut-être mais c’est une pensée personnelle, Caroline Fourest a-t-elle voulu tenter de soigner, un peu à la manière de Raymond Aron dans « L’Opium des intellectuels », publié en 1955 et qui s’en prenait à la tentation stalinienne, plus largement totalitaire, de nombreux intellectuels de gauche de l’après-guerre.

Ce cadre ne serait pas complet sans évoquer le contexte général qui se matérialisa après Durban : en effet, il y a eu les attentats du 11 septembre 2001. George Walker Bush, qui n’est le chouchou de personne ou presque, c’est peu de cas de le dire, incarne alors la lutte contre l’islamisme, la « guerre au terrorisme » pour reprendre l’expression consacrée (ce qui est, en réalité, autre chose que lutter contre le totalitarisme islamiste). C’est alors, nous dit Fourest, que deux tentations émergent : l’une estimant que l’islam est la seule source de l’extrémisme et donc du terrorisme, l’autre, plus élaborée, vient de la gauche et estime que puisqu’il existe un risque réel d’amalgame (islam=islamisme, arabe=musulman, musulman=terroriste) « alors il va peut-être falloir un tout petit peu arrêter de critiquer l’intégrisme musulman, voire même il va falloir tisser des passerelles avec ces gens qui incarnent la résistance, finalement, à l’impérialisme américain et au sionisme ».

Notre conférencière ajoutera (je le précise par souci d’honnêteté) que le processus suivi par nombre de consciences de gauche n’a sans doute pas été aussi conscient mais il n’a pas non plus été gêné de la présence de militants des Frères musulmans au sein de différents Forums Sociaux Européens.

Ce cadre posé – je viens, en réalité, de résumer les deux premières parties de la conférence – j’aimerais vous faire part de quelques réflexions ayant trait aux liens entre l’antisionisme et l’antisémitisme ainsi qu’aux perspectives de paix pour Israël et ses ennemis et qui s’inspirent de ce que je viens de reproduire des deux premières parties de la conférence de Caroline Fourest, avant de vous laisser écouter la suite.

 

La tentation obscurantiste à l’assaut d’Israël

menorahbirthdayqy2.jpgLa première réflexion c’est que la gauche a, de tous temps été divisée (c’est une lapalissade, je vous l’accorde) mais elle l’a été, notamment autour d’une ligne de clivage essentielle depuis la fin de la Seconde guerre mondiale: d’une part la gauche anti-impérialiste, de l’autre la gauche anti-totalitaire.

Bien sûr, certaines tendances de gauche peuvent cumuler les deux (comme, notamment, Charlie Hebdo et Pro-Choix) mais je souhaite surtout revenir sur ces mots qu’a eu George Orwell, il y a près d’un demi-siècle : « la gauche est antifasciste, elle n’est pas antitotalitaire » (paraphrase). Cette citation de circonstance (elle n’est pas toujours valable) à le mérite de fournir un début d’explication : la gauche anti-impérialiste s’acoquine avec certains totalitaires (qu’elle appelle « résistants ») pour les besoins de la cause.

La deuxième réflexion, concerne le lien entre antisionisme et antisémitisme. Il me semble que dans l’écrasante majorité des cas, un antisioniste cache un antisémite. Certes, intellectuellement, les deux principes peuvent être dissociés et l’on trouvera certainement un ou deux antisionistes qui ne sont pas du tout antisémites. Or, le point que je voudrais aborder n’est pas celui-ci même s’il m’y conduit : le sionisme étant l’idée nationale, juive israélienne, être antisioniste c’est souhaiter la destruction de l’État d’Israël en tant que patrie des Juifs.

Les antisionistes ont beau jeu de déclarer que l’État d’Israël est raciste puisque c’est une patrie qui, explicitement du moins, est exclusivement destinée aux Juifs. Ce à quoi nous pourrions répondre que la France est la patrie du peuple français et que nul n’y voit la preuve d’un racisme ontologique. C’est alors qu’un antisioniste rétorquera que Israël est une théocratie puisque le juif est celui qui professe sa foi dans le judaïsme. Au secours, Maimonide!

Une amie historienne m’a appris récemment que Maimonide avait fait la distinction, précisément, entre juif/peuple et juif/religion. Théodore Herzl, pour sa part, destine la patrie des Juifs aux juifs qui se sentent la fibre nationale juive (israélienne depuis 1948) et tandis que les autres juifs restent, bien entendu, libres de s’assimiler, ou d’être des « français israélites », par exemple (renonçant à leur appartenance au peuple juif sans pour autant renoncer à leur foi), pour reprendre son expression dans « De l’État des Juifs ». À charge de preuve, l’on peut devenir citoyen israélien si l’on a un parent (ou un de ses grands-parents) juif quelque soit son sexe. Autrement dit, si votre père est juif mais pas votre mère, vous n’êtes pas religieusement juif mais vous pouvez vous réclamer du peuple juif et, à ce titre, vous pouvez acquérir la nationalité israélienne.

Il va donc sans dire que l’antisionisme paraît, d’emblée, suspect, notamment parce qu’il charrie dans son sillage nombre de préjugés à l’égard des juifs, de leur religion, d’Israël et des liens que ceux-ci entretiennent avec ceux-là. le tout avec la mauvaise foi caractéristique de nombre d’antiracistes dont la « pureté de la foi » dispense de l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire.

D’un autre coté, il est vrai que Israël n’est pas une démocratie exemplaire mais quand vient le temps de se faire le redresseur de torts, en France nul ne souhaite la destruction de la France (quoique des fois, la question se pose), dès lors pourquoi souhaiter la destruction d’Israël au lieu d’engager une lutte pour les droits civils dans le respect de sa constitution (i.e. de ses lois fondamentales puisqu’il n’y a pas de constitution israélienne)?

israelpalestinepuzzlepy8.pngDernière réflexion : Rabin (juif, probablement agnostique, sioniste et partisan de la paix) disait qu’on ne fait la paix qu’avec ses ennemis. Que ceux qui aiment la paix sachent qu’ils doivent la faire avec leurs ennemis et non pas en souhaitant leur destruction. 

En conclusion, dénoncer le colonialisme israélien n’autorise pas à prétendre que Israël est, dans son essence, un État colonial. Israël est colonial uniquement en Cisjordanie et au Golan comme la France a pu l’être, hors de la métropole, à un moment de son histoire. Accepter cette simplification abusive, cet amalgame entre sionisme et racisme, Israël et impérialisme, c’est faire le jeu de ceux qui souhaitent la destruction de l’État des Juifs, c’est vouloir faire la « paix » sur les décombres de l’État hébreu, puisqu’il n’a plus, dès lors, aucune légitimité. Enfin, l’anti-impérialisme de cette gauche qui s’acoquine aux totalitaires est effectivement aveugle au totalitarisme du Hamas et de nombre d’ennemis d’Israël et préfère combattre une démocratie imparfaite en s’alliant avec de parfaits fascistes.

 

***

La conférence de Caroline Fourest donnée à la Fondation Gabriel Péri

 

La terreur vient du ciel

tanguyetlaverdurelesvambx1.jpgtanguyetlaverdurelaterrpe5.jpgLe titre du présent article est repris du tome 16 (l’histoire commence avec le tome 15 intitulé « Les vampires attaquent la nuit ») d’une bande dessinée de Jijé et Jean-Michel Charlier intitulée Tanguy et Laverdure.

Nos deux héros sont pilotes dans l’Armée de l’Air et se retrouvent, dans cet épisode, à combattre une organisation terroriste qui a élu domicile en France et qui fait la preuve de sa capacité de frapper n’importe quel point du territoire national à l’aide d’avions un peu particuliers. Ces avions sont, en effet, à décollage et atterrissage vertical (ADAV, les fameux Harrier britanniques) et peuvent frapper leurs cibles (une station radar par exemple) et disparaître une fois que la chasse leur est donnée, en atterrissant n’importe où et en attendant que les Mirages s’éloignent.

Cela a permis au « Vampire », le leader terroriste, de faire chanter la France et de lui réclamer le versement d’une rançon exorbitante. Heureusement, nos deux héros finiront avec leurs camarades par avoir raison de l’organisation terroriste.

Cet article n’est pas à proprement parler un texte de politique fiction mais fait partie des scénarii du type « What if…? » (Que se passerait-il si …?) auxquels se livrent bien des analystes des relations internationales, et, en particulier, les militaires (l’auteur du présent texte n’est ni l’un ni l’autre et ne leur est pas lié, d’aucune manière). La devise des études stratégiques est souvent résumée, d’ailleurs, par l’expression « Shit happens », autrement dit, tout peut arriver c’est donc le domaine de l’imagination par excellence.

Mais cette imagination n’est pas débridée au point de concevoir l’invraisemblable. Bien au contraire, elle cherche à définir les paramètres d’une ou plutôt plusieurs réalités futures c’est-à-dire d’avenirs plausibles, envisageables (toujours au pluriel). N’étant pas un professionnel de la chose et ne prétendant pas avoir écrit un texte visionnaire mais conscient que les professionnels se trompent très souvent, j’ai crû bon de soumettre ces quelques pensées à l’esprit critique de mes lecteurs.

Dans sa dernière revue de presse, Daisy du blog SPQR évoque les menaces syriennes à l’encontre d’Israël. Et, plus particulièrement, la menace d’une guerre de missiles balistiques, une guerre de villes, proférée par un haut fonctionnaire anonyme du ministère syrien de la défense.

Nous nous trouvons, en réalité, face à un mythe né de la guerre indécise de l’année dernière. L’issue de la deuxième guerre du Liban – celle de 2006 qui opposa Israël au Hezbollah soutenu par l’Iran et la Syrie– n’a désigné ni vainqueur ni vaincu. L’indécision, sur le champ de bataille, autorise chaque camp à clamer que la non victoire d’hier impose un « second round » demain, c’est-à-dire une nouvelle guerre afin qu’un vainqueur et un vaincu soient clairement désignés et les cartes redistribuées.

Mais les exemples de guerres inutiles pullulent dans nos manuels d’histoire et rien n’oblige ni la Syrie ni Israël, pas davantage que n’importe quel autre État, à engager de nouvelles hostilités uniquement pour découvrir un vainqueur et un vaincu dans ce contexte de guerre qui, en réalité, dure depuis 1948. Dès lors, pourquoi la dernière guerre devrait à ce point hâter les protagonistes vers la prochaine?

Syrian cancan

Il faut donc s’émanciper de la « mystique » de l’Armageddon pour réinterpréter les calculs auxquels se livrent, rationnellement, ces États, ces « monstres froids » dirait le Général de Gaulle.

D’abord, un haut fonctionnaire syrien qui ne décline pas son identité assure que la guerre de demain sera balistique et que la Syrie ne la mènera pas par proxy (c’est-à-dire par Hezbollah libanais interposé). Autrement dit, les autorités syriennes n’endossent pas ces déclarations mais veulent quant même profiter de leurs effets.

Cette menace de guerre sans intermédiaire entre la Syrie et Israël n’est pas crédible. En réponse à des attaques balistiques (dont la faculté de nuisance sera forcément supérieure à celle des katyushas du Hezbollah), Israël peut envahir tout ou partie de la Syrie et déposer le régime baathiste d’Al-Assad. Il n’y a absolument aucun doute que la tactique de la Blitzkrieg peut-être utilisée contre la Syrie qui dispose d’une armée régulière et se défend en contrebas du Golan (c’est-à-dire dans une position intenable), à quelques dizaines de kilomètres seulement de Damas.

Ashkenazi le damascène

En 1982, Ariel Sharon n’a pas eu de difficultés majeures à atteindre Beyrouth, en traversant deux fleuves et un Liban sud au relief accidenté. Comment, aujourd’hui, la Syrie pourrait se défendre, sur une plus courte distance et sans le renfort d’un relief difficile? Et, accessoirement, sans le renfort d’une armée de guérilla, aguerrie?

Israël peut atteindre par les airs les sites de lancement de missiles balistiques en l’espace de quelques minutes à quelques dizaines de minutes (la Heyl Ha’Avir peut se maintenir en permanence dans le ciel syrien) et ensuite les occuper en l’espace de quelques jours. La guerre balistique syro-israélienne serait très rapidement décidée à l’avantage de ces derniers.

D’aucuns estimeront que ce serait créer un Iraq bis et prendre Israël au piège d’une occupation qu’il n’a pas les moyens, contrairement aux Américains en Iraq, de supporter. Mais ce scénario à le désavantage pour le régime baathiste de lui interdire, une fois la paix revenue, tout retour au pouvoir, au profit d’un régime islamiste sunnite.

Impopulaire république populaire

La menace d’une guérilla syrienne en zone occupée – l’année dernière, Bachar Al-Assad avait menacé Israël de mener sur le Golan une guérilla s’inspirant du modèle hezbollahi – n’est donc pas crédible. En effet, la Syrie dispose d’un État fort et la minorité alaouite dont est issue la famille Al-Assad au pouvoir ne peut pas conserver le leadership syrien sans l’aide d’une bureaucratie centralisée. Cette bureaucratie ne peut pas continuer d’exister dans un pays soumis à une tutelle étrangère. Une guerre de partisans serait l’occasion pour l’écrasante majorité sunnite de s’armer et d’interdire, à terme, aux alaouites de revenir aux affaires.

Le régime baathiste n’a, en réalité, aucune option dont les avantages surpassent les inconvénients : il doit se contenter du statu quo quand bien même il gesticulerait violemment. Car, il faut aussi se rendre à l’évidence que personne ne volera au secours d’une Syrie qui aura agressé Israël. La Syrie, contrairement au Liban, ne peut pas compter sur l’interférence des Nations Unies, de la France et des États-Unis pour limiter l’ampleur d’une réaction israélienne résolue.

L’été prochain à Karbala

Or, Ahmadi-Nejad aurait, de Damas, déclaré que cet été verrait « la victoire des musulmans et la défaite de [leurs] ennemis ». Cette phrase fait partie du jargon brumeux des déclarations prophétiques et est donc sujette à de multiples interprétations. Elle n’est pas politiquement compréhensible en l’état tant elle est imprécise. Ahmadi-Nejad pourrait avoir beau jeu d’interpréter à sa guise cette « victoire des musulmans », à la fin de l’été. En effet, il pourrait encore annoncer que l’Iran a franchi un nouveau pallier dans la maîtrise de l’énergie nucléaire, sans pour autant annoncer son entrée dans le club des puissances nucléaires militaires. L’évènement serait (presque) dérisoire (s’il n’était pas inquiétant) au regard de l’annonce faite à Damas, pour les esprits sceptiques, mais il résonnerait puissamment aux oreilles de ceux qui s’abreuvent à la propagande du régime des mollahs pour entretenir leur ferveur, en attendant le « grand soir » tant promis et dont l’échéance est sans cesse repoussée, depuis le martyr de l’imam Hussein en l’an 860.

Il faut rappeler, toutefois, que le président de la République Islamique était alors l’un des rares dirigeants étrangers à s’être déplacé dans la capitale syrienne suite à la « réélection » de Bachar Al-Assad. Ceci peut-être interprété comme une marque de soutien mais, en parallèle, il marque d’une manière dramatique l’isolement du régime syrien. Enfin, il faut aussi prendre en considération le fait suivant : bien qu’étant le principal allié des baathistes syriens avec lequel il a un accord de défense (conclu en 2005), le régime des mollahs n’a aucun intérêt à utiliser la Syrie comme un proxy dans son bras de fer avec Israël.

En effet, l’incapacité du régime baathiste à se passer d’un puissant appareil d’État pour maintenir son emprise sur un peuple syrien majoritairement sunnite laisse envisager le pire pour le pouvoir chiite de Téhéran : la perte d’un de ses rares alliés au profit des puissances sunnites de la région et d’Al Qaïda. Certes, la République Islamique s’est montrée désireuse de collaborer avec un certain nombre d’extrémistes sunnites, notamment le Hamas et Al Qaïda (avec ces derniers sur une base ponctuelle) mais ce type de collaboration est davantage le reflet d’une convergence d’intérêts toute temporaire et très localisée.

L’imam caché

En réalité, le seul pays capable de mener une guerre de missiles contre Israël, c’est l’Iran. Mais avant de pouvoir mener une telle guerre, ce dernier doit disposer d’au moins une arme nucléaire et être en mesure, de surcroît, de la lancer sur Israël afin de sanctuariser son territoire et prévenir une campagne aérienne massive contre ses infrastructures atomiques et militaires (en prenant Israël en otage, les mollahs prennent également une garantie contre une éventuelle campagne militaire américaine). Car, si le Guide suprême Ali Khamenei déclenchait le feu de ses missiles Shehab 3 avant de disposer d’une telle arme, il exposerait ses infrastructures nucléaires à d’intenses bombardements aériens. Même si les israéliens, les américains et les européens ne peuvent pas être certains d’avoir répertorié tous les sites nucléaires iraniens, les stratèges de la République Islamique ne peuvent pas être absolument certains qu’une campagne aérienne ne finisse par avoir raison de tous les sites en question (à supposer que le réseau nucléaire iranien, bien que décentralisé et sans doute doté de nombreux leurres, ne soit pas dépendant, en réalité, de seulement deux ou trois sites essentiels).

En revanche, si la République Islamique s’engage dans une guerre de missiles (armés de charges conventionnelles) contre Israël après s’être assuré la possession (en réserve) d’une bombe atomique et du moyen de l’amener sur une cible israélienne, alors le régime islamiste peut espérer, d’une guerre limitée, obtenir des gains géopolitiques considérables. Mais il lui faudra d’abord convaincre ses ennemis de sa capacité d’ouvrir le feu nucléaire et ensuite définir les paramètres de la confrontation. Ce cadre doit imposer des limites à chacun de deux camps : d’une part, Israël doit être notifié sans ambiguïtés des lignes rouges à ne pas franchir faute de quoi le feu nucléaire iranien serait déclenché et, d’autre part, le Guide suprême doit s’imposer une certaine « retenue » en contrôlant les dégâts causés par ses tirs de missiles afin qu’Israël ait encore davantage à perdre en cas de riposte iranienne à des ripostes trop massives de Tsahal. Les Pasdaran-e-Sepah, en charge du programme nucléaire iranien, pourraient limiter les charges dont leurs missiles sont équipés et pourraient aussi espacer suffisamment les tirs afin de ne pas leur donner le caractère systématique propre à une guerre totale.

Chantage permanent

La décision de tirer un Shehab 3 resterait aux mains des politiques et devrait pouvoir être présentée, à chaque coup, comme une « riposte » à une « agression sioniste » alors même que l’Iran aura depuis bien longtemps pris l’initiative stratégique. Arme politique, la guerre des missiles ferait fondre du ciel la terreur sur Israël. L’intérêt d’une telle stratégie ne serait pas pour l’Iran d’initier une guerre totale contre Israël mais bien plutôt d’offrir à ses alliés la couverture nécessaire afin qu’ils soient en mesure de mener contre ce dernier une guerre d’attrition emmaillée de cessez le feu et de phases de négociation (mais pas des négociations de paix, tout au plus une trève temporaire, une Hudna comme la paix que propose actuellement le Hamas et qui exige des Musulmans de reprendre les hostilités dès qu’ils reprennent l’avantage).

Répandant en apparence le chaos, ce type de stratégie est, en réalité un usage contrôlé de la violence. Les stratèges des mollahs escompteraient, dans le cadre d’un tel scénario, contraindre Israël et non pas encore l’éliminer. La dimension psychologique d’un tel affrontement est cruciale : la République Islamique gagnerait un prestige considérable et pourrait davantage se présenter comme le défenseur des « Musulmans ». Des groupes inféodés à Téhéran, tels le Hezbollah, pourraient rouvrir les hostilités – en adoptant une stratégie de harcèlement, en multipliant les coups de mains et en prenant des otages – contre l’État hébreu tout en étant protégés d’une réaction israélienne de grande envergure comme à l’été 2006. Cependant, les mollahs ne lieraient pas l’intégrité de leurs affidés à l’usage de l’arme nucléaire, celle-ci étant réservée à la seule sanctuarisation du territoire national iranien (la ligne rouge définie précédemment) mais ils lieraient chaque riposte israélienne ambitieuse, qui dépasserait une autre ligne, orange cette fois et destinée à la protection des alliés de Téhéran, à l’exercice de la terreur venue du ciel. Cette ligne orange contraindrait ainsi Israël à limiter ses opérations antiterroristes et autoriserait les groupes alliés des mollahs à, soit s’assurer une base d’opérations relativement abritée, soit à se muer en authentiques armées de guérilla comme c’est envisageable dans le cas du Hamas.

C’est Sdérot partout

La réussite d’une telle stratégie repose sur le « consentement » d’Israël. Les Pasdaran ne manqueraient pas de faire comprendre à l’armée israélienne qu’une riposte trop vigoureuse de sa part contre tel protégé portera en elle le germe d’une réplique iranienne dont les dégâts infligés à Israël seront supérieurs aux gains attendus de l’opération anti-terroriste. Les phases de cessez le feu et de négociations deviendraient un puissant levier politique pour faire libérer par Israël des terroristes et le rançonner. L’existence de l’État d’Israël ne serait pas immédiatement remise en cause afin d’éviter des représailles nucléaires massives de l’État hébreu mais à l’équilibre de la dissuasion nucléaire se juxtaposerait le déséquilibre d’une guerre d’attrition qui affaiblirait ce dernier et rendrait sa sécurité dépendante du bon vouloir des mollahs. La fin d’Israël serait, faute de contre-mesures appropriées ou d’un renversement de régime à Téhéran (et les deux à la fois seraient probablement nécessaires), une question de décennies.

En outre, Israël serait virtuellement l’otage des mollahs et d’une puissance alliée et apportant son lot d’utilité, l’État hébreu deviendra une écharde plantée dans le flanc de l’Occident. Ce dernier, conscient de ses responsabilités, n’abandonnera pas Israël et les islamistes en profiteront pour réclamer de lui des concessions jusque là impossibles à obtenir. À moins que les iraniens ne finissent par disposer du moyen de le convaincre (et de la fenêtre d’opportunité pour le lui faire comprendre) qu’il vaut mieux laisser faire et accueillir les juifs israéliens chez lui, en ce cas, ils se garderont bien l’utiliser pour l’utiliser comme une épée de Damoclès. À ce moment là, les mollahs pourront remodeler le Moyen-Orient è leur guise et assurer partout l’impunité et la prise du pouvoir par ses Hezbollahs régionaux.

Le succès initial d’une telle stratégie permettrait, en outre, à la République Islamique de s’ouvrir une fenêtre d’opportunité. Pendant un certain laps de temps, jusqu’à la mise en place de contre-mesures efficaces et/ou d’une déposition de leur régime, les mollahs peuvent susciter des vocations et proposer un modèle de lutte islamiste offrant des garanties de succès à des groupes tentés de se transformer selon le mode opératoire du Hezbollah au Liban. Cette éventualité est envisageable en Iraq mais aussi au Yémen et en Arabie Saoudite; quant aux chiites du Koweït, de Bahreïn, du Qatar et des EAU, c’est plutôt un modèle de participation politique avantageuse qui serait possible. Relevons aussi l’ « avantage compétitif » de l’offre islamiste iranienne sur celle d’Al-Qaïda grâce au patronage d’une puissance nucléaire désireuse d’offrir à chaque groupe allié, « sur site », un sanctuaire. À ce compte là, même des groupes terroristes sunnites autrement anti-chiites pourraient être tentés de se placer fort opportunément sous la tutelle de Téhéran.

Contre-mesures israéliennes

Israël n’est pas tout à fait invulnérable. Tsahal dispose d’un bouclier antimissile (le système Hetz) qui devrait être complètement opérationnel avant que la République islamique ne dispose de la Bombe. En outre, il faudra à cette dernière disposer de capacités industrielles suffisamment conséquentes pour fabriquer en nombre suffisant les Shebab 3 et 4 afin de saturer les Hetz israéliens. Cela prendra du temps à l’Iran et laisse peut-être à Israël l’espace nécessaire pour réaliser les bonds technologiques qui le mettront à l’abri du chantage iranien. Mais une telle posture engagerait Israël dans la course du glaive et du bouclier et le ferait vivre dans la crainte permanente du jour où le glaive des Pasdaran (c’est le glaive qui à l’initiative dans ce genre de course) découvrira une faille sécuritaire exploitable.

Il est vrai que le Hezbollah nous aura donné un aperçu, l’été dernier, d’une terreur fondée sur les roquettes (et quelques missiles de faible portée et également très imprécis), et les factions islamistes de Gaza frappent la localité israélienne de Sderot presque quotidiennement mais la plupart de ces tirs sont et étaient extrêmement imprécis et font ou firent relativement peu de victimes. En outre, ils n’ont aucune valeur dissuasive contre les ripostes de Tsahal.

Il y a peu de chances que les Shehab iraniens soient plus précis alors qu’ils seront tirés à 2000 km de distance (et que l’Iran comme ses fournisseurs accusent un retard considérable dans les technologies de pointe qui autorisent des tirs précis) mais ils pourront toucher l’ensemble du territoire israélien et emporter des charges bien plus lourdes tandis qu’une riposte de la part de l’armée de l’air israélienne est, au mieux extrêmement risquée. Les pilotes risqueront, en Iran plus que jamais auparavant, de se faire abattre par la DCA iranienne récemment renforcée par les meilleurs SAM russes (S-300) et surtout d’être capturés sans compter sur le fait qu’il faut au moins deux heures pour parcourir la distance séparant un site de lancement de Shebab de la base israélienne d’Hatzor, ce qui interdit à la Heyl-Ha’Avir d’intervenir dans les minutes qui suivent un tir, comme au sud du Liban.

Les Pasdaran seront également en mesure de menacer les États qui autoriseraient (ou fermeraient les yeux sur) le transit d’avions israéliens dans leur espace aérien. Le tir de missiles de croisières de sous-marins israéliens pourrait se révéler tout aussi inefficace puisqu’il leur faudrait au moins une bonne vingtaine de minutes pour atteindre leur cible ce qui laisse le temps à un camion lanceur de missiles de considérablement s’éloigner de la zone où le lancement aura été détecté. Il faut aussi ajouter que les sous-marins emportent un nombre limité de missiles de croisière et qu’il n’est pas possible de les « recharger » aussi rapidement qu’un avion, ce qui limite d’autant leur capacité militaire face à des cibles mouvantes et nombreuses.

L’envoi de forces spéciales risque de ne pas être plus efficace car il faudrait interdire le territoire entier aux véhicules lanceurs, et les actions ponctuelles et localisées des commandos ne sont pas propres à cette tâche sans compter, encore une fois sur les risques de les voir se faire capturer, ce qui permettrait aux mollahs d’augmenter les enchères. Israël pourra (avec les États-Unis), cependant, soutenir des mouvements de guérilla en Iran même mais au risque de renforcer les séparatismes naguère suscités par les Soviétiques au Kurdistan, en Azerbaïdjan et au Gilan iraniens, et donc en s’aliénant le soutien des iraniens « perses » des provinces centrales alors que leur sympathie est nécessaire au renversement du régime islamique comme au travail de renseignement.

Néanmoins, le soutien à des factions de guérilla à l’intérieur de l’Iran présenterait l’avantage de « re-symétriser » en faveur d’Israël les données du conflit. La plus grande vulnérabilité des mollahs est, en effet, leur impopularité auprès des iraniens. Mais c’est une impopularité que l’Occident ne semble pas disposé à exploiter tant qu’il est encore temps.

Enfin, notons que la prise de Gaza par le Hamas et la Seconde guerre du Liban déclenchée par le Hezbollah l’été dernier étaient peut-être par trop précoces. Ces guerres sont un avertissement qu’Israël ne peut pas ignorer et la meilleure contre-mesure que peut prendre l’État hébreu serait, avec ses alliés américains, de prévenir l’agencement progressif des éléments qui permettraient au scénario de la « terreur venue du ciel » de prendre forme concrète.

Quid de la Syrie?

Mais revenons de ce scénario cauchemardesque à la réalité présente. La Syrie a fait, ces derniers mois, des gestes d’ouverture à Israël pour engager des pourparlers de paix. Il y a, par ailleurs, peu de chances que la Syrie trouve son compte à un plan islamiste qui endosserait les modalités décrites dans les précédents paragraphes. Les décideurs syriens, quoiqu’ils puissent entretenir à l’égard de l’Iran et d’un changement d’alliance au profit des États-Unis des vues divergentes sont certainement préoccupés de préserver à leur État une certaine indépendance. La tutelle d’un régime clérical aussi peu conforme aux vues panarabes et (au moins initialement) anti-islamistes du Baath doit les inquiéter aussi leur stratégie diffère-t-elle de celle des mollahs iraniens. Pour ces derniers, seule la destruction d’Israël est, à terme, souhaitable mais pour les Syriens, la coexistence avec l’État hébreu est peut-être une éventualité qui est, paradoxalement, moins douloureuse. En ce cas, Bachar Al-Assad essaie de convaincre Israël (et les États-Unis qui s’y refusent encore) à entamer de sérieuses négociations de paix en brandissant la menace de la guerre grâce à l’appui iranien. En outre, l’usage d’une rhétorique belliqueuse par le pouvoir syrien à l’avantage pour lui de se garder la possibilité de présenter tout accord de paix futur comme une victoire – mais pas nécessairement de la même manière qu’Anouar el-Sadate en 1973. Dans cette configuration, Damas s’éviterait l’ « humiliation » de la paix en arguant qu’elle a été arrachée à l’État d’Israël de peur, de la part ce dernier, d’entrer en conflit avec la Syrie.

De ce point de vue là, il est donc urgent de détacher la Syrie de l’Iran en lui permettant, peu importe la rhétorique employée par Damas pour ne pas blesser la « fierté » arabe, de négocier une paix permanente avec Israël et de se réintégrer à la communauté internationale en lui offrant de l’aide pour son développement. Or, ce scénario, quoique plausible et qui a des avocats en Israël même, semble aujourd’hui compromis, notamment par le tribunal international monté pour juger les criminels d’Hariri et de ses compagnons libanais anti-syriens. Ce tribunal empêche tout rapprochement syro-français et syro-américain et il est également probable que les syriens aient affiché leur volonté de paix avec Israël dans le but de convaincre les principaux membres du Conseil de Sécurité de relâcher leurs pressions.

Conclusion

La terreur vient du ciel n’est donc qu’un scénario parmi d’autres et il n’est en rien certain que l’avenir sera ainsi fait. Sa concrétisation dépend d’un certain nombre de paramètres connus (donc soit correctement soit incorrectement évalués dans ce texte) et inconnus (donc non évoqués ici, qui sont soit anodins et sans impact ce qui serait vérifié si le scénario se concrétisait ou alors déterminants et qui rendent ce scénario caduque) mais dont la plupart ne sont pas maîtrisés par moi. Ni d’ailleurs par quiconque sur terre.

Il y a aussi la grande place du hasard, né de notre – le nous ici ne désigne pas l’auteur de ce texte mais l’ensemble de l’humanité – ignorance (ou comme l’effet pervers d’un savoir trop sophistiqué), de nos incompétences (ou comme l’effet pervers d’une trop grande compétence), de nos atermoiements (ou encore comme l’effet pervers d’une décision prise trop rapidement), de l’émergence de forces ou d’acteurs nouveaux, d’une innovation technologique qui n’a pas été envisagée, etc.

Mais le scénario de la terreur venue du ciel a sans doute l’avantage de fournir une piste pour comprendre comment le régime islamique en place en Iran pourrait s’y prendre pour détruire l’État d’Israël et asseoir sa domination sur les musulmans du Moyen-Orient. Car, si, à première vue, cela semble impossible, les islamistes nous ont démontré qu’ils ne renonçaient pas à ceux de leurs objectifs qui sont devenus pour eux un article de r foi. La destruction d’Israël fait partie de ces objectifs sur lesquels ils refusent de louvoyer, qu’ils soient chiites ou sunnites, comme l’atteste le refus du Hamas d’offrir une paix permanente à l’État hébreu en dépit de sa situation plus que difficile et comme l’atteste également le fait que la République Islamique d’Iran reste le dernier État à souhaiter publiquement la destruction d’Israël.

D’aucuns estiment que les mollahs se sont mués en populistes mais un certain nombre d’élément plaident contre cette thèse : depuis 28 ans que la République Islamique s’est imposée à l’Iran, elle n’a toujours pas normalisé ses relations avec le « Grand Satan » américain. Khamenei et nombre de mollahs expliquent que le cri de « mort à l’Amérique » à la même valeur que le cri d’Allah Akbar et prémunit le croyant contre les pièges tendus par Satan. D’autre part, le discours de la destruction prochaine d’Israël n’est pas le seul fait d’Ahmadinejad mais il a également été tenu par tous les dignitaires de la République Islamique depuis sa fondation et même avant, de Khomeiny à Khamenei, en passant par le « modéré » Rafsandjani.

La République Islamique à un intérêt certain à nuire à Israël dans la perspective de l’amener sur ses genoux, à terme. Rien que pour son prestige et pour le succès de la Révolution Islamique dans la région. Ses stratèges se rendent bien compte que malgré le soutien que lui apportent ses alliés, l’État hébreu sera abandonné par certains d’entre eux assez rapidement tandis que les autres pourraient renoncer à lui apporter leur aide si un jour sauver Israël devenait trop onéreux, en terme de vies humaines (le prétexte sera simple: il vaut mieux six millions de juifs vivants en Occident que six millions de juifs morts en Israël). N’importe quel État se souciera d’abord de préserver la vie de ses citoyens, si celle-ci était sérieusement menacée, avant de penser à aider son voisin. Que Israël soit le seul État des juifs au monde ne change rien à cette réalité.

Enfin, le régime de mollahs veut survivre. Il est impopulaire, il s’est construit presque par « chance », en manipulant contre le régime précédent toutes les oppositions et une bonne partie des iraniens mais il a pris le pouvoir par la force des baïonnettes, Khomeiny avait promis la démocratie libérale et un baril de pétrole pour tous mais depuis le régime a été confondu dans ses mensonges. Il doit donc engranger les succès à l’étranger, s’engager dans une fuite en avant comme le montrent déjà amplement les provocations d’Ahmadinejad et la ligne rigoureuse maintenue sur le programme nucléaire. Pour se justifier d’avoir précipité les Iraniens dans la misère et l’oppression, pour espérer endormir le sentiment national des Iraniens au profit du rêve de la Oumma islamique, il doit absolument se donner les moyens d’une politique expansionniste, qui seule pourrait compenser la détérioration de l