Entries from April 1, 2007 - May 1, 2007
La République contre la Nation
Vive la République, et, par dessus tout, vive la France! - Nicolas Sarkozy lors de son discours au soir du premier tour
Le résultat pourrait en être une aggravation de cette tendance bien française à ne pas entreprendre à temps les réformes requises par la marche d’un monde avec lequel, pourtant, nous sommes interdépendants (le déclin de la France doit être compris en termes relatifs, en comparaison avec nos voisins et non en des termes absolus qui conduisent aux explications les plus farfelues). Par ailleurs, nous connaissons la fin tragique de la IIIe République où l’absence d’un président élu au suffrage universel direct peut se compter dans les causes qui ont mené tout droit à l’instauration par les parlementaires du régime de Vichy (bien que ce président pourrait tout aussi bien choisir de collaborer, sa dignité l’en aurait, en toute fidélité à la France, fortement dissuadé). Nous connaissons également la fin de la VIe qui a failli se produire au profit d’un coup d’État militaire.
Revivifier notre démocratie passe par le maintient du lien direct entre le Politique et les français. Ce dernier doit passer par l’affermissement du lien entre les élus et leurs électeurs et non entre les États-majors des parti c’est-à-dire entre l’aristocratie républicaine et les appareils de l’État.
Sur l’histoire du Second Empire, je fais référence à l’ouvrage de Pierre Milza dans « Napoléon III » (notamment les chapitres sur « La politique extérieure de l’Empire (1861-69) » et le chapitre « Difficultés intérieures et libéralisation du régime (1862-68) ».
On se référera également avec beaucoup d’intérêt à l’article de Jean Tulard : « Napoléon III : un européen convaincu » (Historia n°37). En ligne.
Une opinion contrastée sur l’Empire et la démocratie peut se trouver sur le site Napoléon III, dernier souverain de France. « L’Empereur était-il démocrate? » de Jean Garrigues (L’Histoire n°211, juin 1997)
Sur l’Ultracisme et l’histoire des droits en général, on se référera à l’œuvre de René Rémond, « Les droites en France ».
Pour le reste, les cours d’histoire du lycée devraient avoir suffit!
Qu’est-ce que l’identité nationale selon le candidat UMP Nicolas Sarkozy? Voici le clip officiel de campagne du candidat:
L'identité nationale
envoyé par sarkozyfr
Alain Finkielkraut chez les sophistes
Il est parfois fastidieux de dialoguer et de raisonner. Cette sensation, peut-être, certainement même, l’avez-vous ressentie plus d’une fois. Car c’est avec une sensation d’accablement que j’écris ces lignes mais aussi avec l’énergie qui s’évide face à la tâche qui paraît colossale de décrire l’indicible, l’embrouillé, l’amorphe, l’embusqué, le trompeur, c’est à dire ce qui ne se présente pas clairement.
Ceci dit, pour m’efforcer d’être plus explicite et de poser les jalons de la compréhension j’envisage ici toute une série de termes pour décrire, encore maladroitement, cette chose indicible : duplicité, duperie, mascarade… contraction de la pensée, pensée qui s’émancipe de l’obligation de la pesée et de la contre-pesée, pensée qui combat certains amalgames pour en introduire d’autres, pensée qui se projette sur l’autre en son propre vice, pensée de combat car pensée dont le but est de jeter le discrédit, pensée qui se meut dans la boue plutôt que pensée flottant au-delà de la nuée, pensée qui est dans la main du sophiste une arme que l’on trempe dans la chair d’un autre.
En effet, cette duplicité, l’art oratoire, certains lui ont donné des noms, elle s’appelait dans l’Antiquité le sophisme, aujourd’hui, elle a produit le « politiquement correct » ou encore la « pensée unique » voire le « terrorisme intellectuel ».
L’idée ici n’est pas d’inonder le lecteur de considérations mais de transmettre à mon tour ce que Alain Finkielkraut m’a transmis. En effet, je limiterai mon sujet en m’intéressant à trois individus : Tariq Ramadhan, Alain Finkielkraut et Franz-Olivier Giesbert. Car je viens, en effet, de regarder la dernière émission « Chez F.O.G. » sur le site Internet de France 5 où l’on peut écouter (semaine du 9 avril 2007) « débattre » Alain Finkielkraut et Tariq Ramadhan.
F.O.G. nous présente Alain Finkielkraut comme « un philosophe controversé et médiatique » et Tariq Ramadhan, de son coté, exploite cette perception de l’auteur de « La défaite de la pensée » d’une manière à la fois si bancale et si peu ordinaire – car elle nous surprend encore.
S’il y a des individus qui sont jetés en pâture pour avoir tort de penser au-delà de la nuée, Alain Finkielkraut en fait résolument partie. Il s’appelle « philosophe médiatique » ou intellectuel le plus controversé de France. « Néo-réac’ » ou simplement, bêtement, « raciste ». Peut-être est-il nécessaire ici de rappeler une morale oubliée des Lumières, car serait-il fondé celui qui dirait de Tariq Ramadhan qu’il est un « philosophe de supermarché » quand bien même l’antagonisme entre lui et Ramadhan serait indépassable?
Quoiqu’il y ait des raisons de soupçonner Tariq Ramadhan d’être un authentique islamiste qui pratique la taqqiya – le droit islamique de la dissimulation de sa pensée ou de ses intentions pour raisons tactiques ou de survie qui est accordé au musulman – nous nous devons, au minimum, de considérer qu’en tant qu’être humain, il lui est du le respect inaltérable de la dignité qui s’incarne en lui, respect de la dignité qui est du à tout être vivant, qui plus est un membre de la même espèce, être pensant et sensible, être qui aspire au bonheur et, peut-être – nous pouvons malheureusement en douter – à la liberté.
Aussi n’est-il pas possible de demeurer silencieux lorsqu’on inonde Alain Finkielkraut de noms d’oiseaux à peine voilés. Car ces insultes à l’égard d’un semblable, même diluées dans le verbe stérilisé des professionnels de la parole, nous touchent directement : elles atteignent à la dignité d’un homme en qui nous pouvons sentir la passion du raisonnement, du savoir et de la rectitude.
D’un autre coté, nous sentons de la fatigue, du désespoir, lorsque nous nous faisons inonder, avant même d’avoir fini nos phrases, d’affirmations partiellement fausses. La tactique Ramadhan consiste à entamer un sujet et, avant de laisser son interlocuteur s’y engager, en entamer un autre. L’idée est d’accabler, de saturer son « adversaire » en espérant qu’il s’éreintera le premier et ce dans l’unique but, non de l’écouter mais de le discréditer. Le dialogue est alors un sport de combat et il s’en retrouve arraché à sa vocation véritable, celle de construire un savoir par l’agrégation, la confrontation et l’évaluation des connaissances et contre-connaissances partagées par le biais du langage.
Ce sport de combat de l’orateur professionnel qui prête aux formes et aux lieux communs une attention particulière fonctionne sur le registre de la séduction et de l’intimidation ; elle conçoit un langage hermétique qui agit sur l’émotivité du sujet plutôt que sur sa raison. Il n’y a, à vrai dire, rien de nouveau dans ce qui s’écrit ici : Platon l’a déjà expliqué à travers ses dialogues avec Protagoras.
Mais justement, ces sophistes modernes, qui, ayant vu leurs prédécesseurs antiques démasqués par Platon et ce même Platon léguer à la postérité la leçon enseignée par son maître Socrate, se gardent bien de faire l’apologie de la beauté extérieure du verbe et se présentent volontiers comme des « philosophes critiques ». C’est-à-dire pour ce qu’ils ne sont pas. Cette « critique » qu’ils mettent en avant est une caricature de la critique, elle consiste justement à qualifier son « adversaire » afin de le disqualifier. Dont acte à travers la présentation de F.O.G.:
1° « Philosophe médiatique », comme cela résonne dans nos oreilles. Le terme médiatique est chargé de négativité lorsqu’on le rapporte à l’Information car ne s’agit-il pas là de dénoncer un traitement de type médiatique de la philosophie c’est-à-dire superficiel, tendancieux, fallacieux? Évidemment, il est permis de surfer sur la vague de la défiance populaire à l’égard des médias menteurs, des médias manipulateurs, des médias qui inéquitables dans le traitement de l’information, des médias qui naviguent dans les limes de la peur, des médias que l’intérêt pécuniaire et les collusions politiques dissuadent d’être d’honnêtes rapporteurs.
Le philosophe, au contraire, est perçu avec bienveillance aussi n’est-il pas immonde cet individu qui traite de la philosophie comme ces médias caricaturés traitent de l’information? Cette discipline deux fois et demi millénaire ne mérite-t-elle pas mieux que cela?
2° Mais Alain Finkielkraut, apprend-t-on, est également un philosophe controversé. Manière à peine polie de dire polémique. La volonté de ruiner la réputation d’un individu s’exprime encore une fois par le biais de cette expression construite pour séduire et intimider tout à la fois. Elle séduit cette appellation toute faite, prête à emporter, qui résume dans l’émotion qu’elle suscite tout le mal que les amateurs de l’idéologie de combat pensent d’untel.
Car, à travers ce qualificatif, nous voila prévenus que Alain Finkielkraut ne fait pas l’unanimité et que donc, gare à ceux qui s’aventureront à l’écouter sans être critiques à son égard. La critique devient obligatoire lorsqu’elle s’émancipe de la nécessité d’être exercée avec discernement et parcimonieusement. En effet, il est difficile de voir au nom de quoi il faudrait systématiquement être critique de tout et donc, pourquoi l’être plus particulièrement au sujet de telle personne?
L’intuition a, il est vrai, souvent donné le la à la découverte. En effet, l’Homme ne parvient pas toujours à découvrir et à construire un savoir en commençant par un raisonnement mais il a toujours du aboutir par la pensée. Or, peut-on se laisser intimider par un qualificatif qui inhibe la suite du processus, c’est-à-dire cette étape qui consiste à transférer la découverte par l’intuition à l’évaluation de la découverte par la pensée?
3° Il faut bien en conclure que l’esprit critique n’est pas du coté des sophistes qui se permettent d’installer l’amalgame et brouillent le discernement par l’inhibition, non des sens qui, justement, laissés à eux-mêmes, peuvent encore être utiles puisqu’ils nous trompent parfois, mais de la transmission des perceptions à la raison, elle qui corrige les distorsions en soumettant l’ensemble à l’empire de la logique.
S’il est une « guerre des idées » qui perdure depuis Socrate jusqu’à nos jours, c’est cette immuable opposition entre deux principes de la pensée, l’un qui accorde à la Raison le primat, et l’autre le donne volontiers à la Révélation – prise non pas dans un sens spécifiquement Biblique ou Coranique mais plutôt de l’édification de contes et de légendes comme principes explicatifs de notre univers.
Il s’est trouvé à certaines époques des philosophes pour prendre fait et cause en faveur du sophisme et pour ériger sa mécanique en modèle de sagesse. C’est une tradition ancienne qui a connu ses discontinuités. Nous dénombrerons dans les rangs de ceux là Giambattista Vico, considéré de plus en plus comme le « père fondateur » moderne du courant anti-Lumières car il entreprit dans la première moitié du XVIIIe siècle de combattre les Lumières naissantes.
L’ « échange » qui a pris place sur le plateau de F.O.G. entre Finkielkraut et Ramadhan illustre encore en ce XXIe siècle le choc entre ces deux écoles de la philosophie. Bien que les Lumières aient semblé « remporter » la première manche du combat pour la modernité, il semble se dessiner une puissante contre-offensive des héritiers des sophistes (relativistes moraux, antiracistes idéologiques, révisionnistes et négationnistes, islamistes, etc.) et que le combat de ce XXIe siècle si « spirituel » est précisément de confirmer et de rasseoir solidement les bases de la Civilisation sur le projet des Lumières.
PS: On ne peut qu’être davantage poussé à lire et relire « Les Anti-Lumières » du philosophe Zeev Sternhell.
Voici en trois parties l’émission chez FOG dont Alain Finkielkraut a été l’invité le samedi 14 avril.
Outre Franz-Olivier Giesbert, nous y retrouvons Tarik Ramadan, Aziz Zemoury et Natacha Polony:
Partie I
Partie II
Partie III



