Entries from December 1, 2006 - January 1, 2007
Religion de l'aliénation et religion de la liberté
Addendum du 14 janvier 2006:
Ce texte a également été repris sur le site Fravahr.
Ce dernier nous présente autant de paragraphes de l’histoire et de la culture des Aryens (asiatiques), notamment en revivifiant le souvenir et les savoirs accumulés sur la perse préislamique.
Le site Fravahr rappelle que l’Iran est une civilisation des plus anciennes, forte de 2500 ans d’histoire. Cette dernière n’est pas réductible à la République islamique instaurée par Khomeiny ni même, d’ailleurs, la culture iranienne n’est-elle réductible au phénomène religieux du chiisme.
En effet, ce phénomène est somme toute très récent et relativement superficiel et n’occupe qu’une fraction de l’héritage d’un peuple dont la grandeur autant que les origines résonnent depuis les profondeurs immémoriales du temps.
Légende: Célébration du 2500e (en 1971 sous le règne du Chahancha Mohammad Reza Pahlavahi) anniversaire de l’Empire perse, fondé par la Cyrus II le Grand de la dynastie Achéménide. Ici le tombeau de Cyrus le Grand.
C’est en lisant « La grande aventure de l’humanité » d’Arnold Toynbee qu’il m’a fallu prendre conscience de l’importance de la religion pour l’humanité, ses différentes civilisations, nations et communautés.
Pour une raison qui continue de m’échapper, dans son sens philosophique, l’humain doit croire en des dieux, pratiquer des rites et avoir une perspective sur le monde conforme à sa croyance. Ce n’est pas la vérité qui compte contrairement aux propos que tiennent les bigots mais une sorte de farce sociale qu’il est bon de mener. Pour s’en convaincre, il suffit d’en revenir à la maxime de Pascal.
C’est vrai que l’homme de foi mesure les choses de l’esprit à l’échelle de la chair. C’est si vrai que toutes les églises tentent de contrôler les parties « honteuses » de la femme. L’obsession première des religions n’est pas l’au-delà - une chimère invérifiable et même le pape peut en douter - mais ce qui se trouve en dessous de la ceinture.
Plus curieusement encore, les dieux sont redevables envers les hommes. Leur pouvoir n’est qu’une illusion. Les premières civilisations adoptaient les dieux qui servaient les intérêts de leurs « classes » ou protégeaient leur cité. Les paysans réclamaient une garantie pour leurs récoltes et les villes un protecteur contre les pillards.
Les dieux, à l’époque, s’échangeaient comme des kilos de sucre et même les hébreux mirent un certain temps avant de développer jusqu’au bout de sa logique l’idée du dieu unique. En effet, Yahvé cohabitait allègrement avec Baal et Mardouk et s’il était le dieu d’Israël, d’une nation, d’autres cités pouvaient avoir le leur. Le pouvoir de « Celui qui est » ne garantissait pas la réussite de la razzia dans le domaine d’un autre dieu.
Les prophètes israélites ne cessèrent de rappeler le peuple d’Israël à l’orthodoxie mais combattaient-ils les autres dieux ou le changement qui affectait un peuple désormais établit sur sa terre? Les Juifs ne sont pas prosélytes et même respectent-ils plus que n’importe quel autre monothéisme les croyances des autres. Yahvé a fini par devenir le dieu de l’humanité entière mais dans le judaïsme, d’autres monothéistes peuvent accéder au paradis. Seuls les sept premiers commandements suffisent pour se qualifier et si les Juifs doivent en observer six cent vingt, c’est uniquement parce qu’ils ont une mission particulière a accomplir, en attendant le retour du mashiah.
Aristote, de son coté, nous apprend que l’homme est un animal social. Napoléon estimait que ce n’est pas Dieu la vérité mais la religion car par elles les sociétés se cimentent. C’est peut-être pourquoi l’empereur tenait tout à la fois à ce que le Vatican soit témoin de son sacre mais pas nécessairement à ce que ce soit le Saint-père qui lui appose la couronne.
Le sacrilège de Napoléon, s’il en a commis, n’était pas d’avoir défié Dieu mais d’avoir rompu une tradition, celle de l’hypocrisie dont Pascal parlait si bien. D’ailleurs, pour sauter du coq à l’âne, que reproche-t-on au pape? De ne pas être en phase avec son temps en refusant le préservatif et le mariage homosexuel. Nul ne reproche à l’institution catholique d’exister… c’est peut-être qu’elle pourrait encore être utile si seulement elle évoluait.
L’Occident a crû se débarrasser des superstitions en inventant le communisme. Pourtant et rétrospectivement, quoique Raymond Aron l’avait démontré dès 1955 dans « L’opium des intellectuels », le marxisme était une religion, une religion séculière, sans dieu mais une qui donne un sens bien déterminé à l’Histoire. Le monde avait un début, les sociétés communistes primitives et une fin, la société communiste universelle, sans État donc sans péché. Car l’État c’est la force qui applique la loi mais l’homme nouveau sera pieux et il n’aura donc plus besoin de la Loi. Entre les deux, une ère de jahiliya (c’est ainsi que les musulmans appellent l’ère arabe qui précéda la révélation coranique: une ère d’ignorance) où l’iniquité règne à travers des modes de production profondément inégalitaires : esclavagisme, servage, capitalisme.
Il nous faut donc abandonner un certain nombre d’idées fausses sur les religions car les catégories habituelles qui nous aident à les comprendre nous rendent aveugles à un certain nombre de développements. Je m’explique. Zeev Sternhell dans « Les anti-Lumières » fustige un Vico pour qui la société humaine n’est pas née d’un contrat mais d’une croyance. L’idée des lumières est que les hommes, conscients et rationnels, se sont associés comme autant d’unités pour former, de leur agrégation, une société où chacun avait un rôle à jouer et se servait tout en servant les autres. Sécurité, liberté et bonheur étaient la clé de ces contrats qui ne furent pas toujours très bien respectés à travers les ages. Vico, lui, estimait que les hommes se sont liés entre eux à travers des mythes, des croyances, des légendes, il insiste sur le rôle des poètes (ces derniers ne transmettaient-ils pas la tradition orale dans les sociétés primitives?). Les croyances, devenues religions plus ou moins bien structurées se sont donc construites avec le temps, enrichies par l’expérience humaine et se sont trouvées être les mieux adaptées pour assurer la cohésion sociale. Il fallait croire pour vivre ensemble, il fallait croire en la même chose, partager les mêmes espérances, les mêmes craintes, la même perspective et donc supporter ici bas notre condition parfois misérable.
Faut-il abandonner l’héritage des Lumières dans ce qu’il a de plus subversif c’est-à-dire la raison, cet outil mortel pour les idoles? Difficile de se résigner à devenir l’un des leurs, aliéné par des croyances du genre de celles qui vous interdisent de construire la roue puisque le dieu local est le disque solaire. L’un des vices de la religion est bien là car par cet exemple on explique pourquoi les sociétés précolombiennes n’avaient jamais utilisé la roue. Sans la roue, impossible de transporter efficacement des marchandises lourdes donc de poursuivre le développement de la civilisation au delà d’un certain seuil critique. De même, apprend-t-on, que les civilisations précolombiennes virent dans les Conquistadores les anges de la mort dont parlent leur prophéties… ils ne s’opposèrent donc pas à la destruction de leur civilisation puisque les dieux l’avaient voulu.
Un certain nombre de religions, enfin, toutes, bloquent à un moment où à un autre le progrès. D’abord, le but du croyant c’est le paradis pas d’améliorer son sort et celui de ses enfants dans le monde d’en bas. Ensuite, parce que le coeur des religions est constitué de dogmes forcément rigides, il y a à peu près 100% de chances que la classe qui s’occupe d’officier au nom des dieux s’oppose à un moment ou à un autre au progrès et aux mutations d’une société donnée. Le meilleur exemple aujourd’hui nous est donné par l’islam.
Or, en dépit du fait que nous le savons, il semble que nous ne débarrasserons pas l’humanité des religions. Ce serait même dangereux de le faire car l’homme sans religion se comporte souvent comme un flan. Le relativisme c’est un peu cette chose qui rend l’homme coupable des changements qu’il a introduit dans ce monde. L’automobile, l’aviation ou encore les flatulences des troupeaux de bovins en surnombre - parce qu’en dépit des farines animales, nos amies les bêtes n’ont jamais été aussi choyées - creusent le trou dans la couche d’ozone. Qu’est-ce qu’un relativiste? Un païen misanthrope? C’est-à-dire un adorateur de l’ordre naturel mais sans l’homme?
Si les dieux antiques furent créés pour rendre un culte à la puissance collective de l’homme (dixit Toynbee), quid des dieux post-modernes? Des dieux nihilistes peut-être… essayons d’explorer cette voie. Le nihilisme n’aurait jamais été possible sans la défaite de la religion, défaite infligée par les Lumières (qui du coup dament à Dieu sa majuscule). Si les Lumières voulaient remplacer les vérités fallacieuses par la vraie Vérité, le nihiliste applique à la Vérité vraie la même méfiance que le philosophe des Lumières à la religion héritée. On retombe dans le travers qui fait croire que l’homme est mauvais par nature et que donc, tout ce qu’il produit est suspect. Ses totems reflètent sa méchanceté : la nation, son système international, sa société contractuelle et jusqu’à ses médicaments chimiques Ce qui est artificiel est à rejeter, ce qui est bio est à acclamer.
L’homme devrait donc changer de philosophie. De la philosophie guerrière issue du monde grec, guerrière car d’elle sort la prétention à changer le sort de chacun, il faut « réapprendre » la philosophie de l’adaptation. C’est l’homme qui doit changer - puisqu’il est mauvais, pas la nature des choses. D’où peut-être cet enthousiasme envers les philosophies et religions orientales qui professent précisément l’art de l’adaptation. En Inde, société de castes, l’ascension sociale n’est possible que dans une vie ultérieure pourvu que mal né dans celle-ci nous oeuvrions suffisamment bien pour bien naître dans la prochaine vie. Confucius, de son côté, ne veut pas tant bouleverser l’ordre social que convaincre chacun d’y trouver sa place. La théorie du battement d’ailes du papillon pékinois qui provoque un ouragan en Floride semble prendre tout son sens.
Donc la question qui se pose est la suivante: puisque nous ne pouvons nous passer de religion, quelque soit sa forme, peut-il se créer une authentique religion de la liberté, de la démocratie et du progrès?
C’est encore un philosophe des Lumières qui donne la réponse: Rousseau et sa religion civile. Nulle part cette leçon n’a été mieux comprise qu’en Amérique. Et, à vrai dire, uniquement dans un pays des Amériques: les États-Unis (l’Amérique Latine demeure très pieuse au sens traditionnel du terme ou alors elle cède aux avatars du marxisme-léninisme et le Canada, aussi bien coté soit-il dans l’index des IDH est une société assez largement anti-Lumières, je m’expliquerais un de ces jours sur ce dernier point). Voilà une nation, les É-U, qui ne doute pas d’elle-même au point de sombrer dans le nihilisme et est prête à se lever comme un seul homme, après deux guerres mondiales et une guerre froide, pour se défendre. Ébahis, les européens s’indignent. Ces américains croient encore en leur manifest destiny et en cette maxime néoconservatrice qui est, indirectement, anti-Pascalienne: American power is for good .
La religion civile américaine étonne, suscite l’admiration d’une minorité et la réprobation d’une majorité parce qu’elle conjugue deux termes antinomiques : foi et révolution. Cette religion américaine accepte toutes les autres et les organise comme dans un marché, ce qui leur permet de cohabiter pacifiquement sans s’entre déchirer en emportant dans leur sillage une nation en lambeaux. La religion civile les neutralise dans leurs penchants intégristes parce qu’elle a su s’imposer comme la religion de la liberté, la seule qui répond à l’aspiration universelle de l’homme à la liberté. Elle est supérieure à toutes les autres.
Pis encore, dépités, nos clercs d’ancien régime constatent que la religion civile made in USA donne un sens à cette liberté plus puissant encore que les faveurs des 72 vierges promises au martyr. Un sens qui ne la réduit pas à une sorte de liberté contrôlée pour un prétexte céleste: la manifest destiny c’est la foi que le monde sera un jour débarrassé des tyrans et cette apocalypse - dans le sens précis d’une révélation et non d’une guerre catastrophique - ne révèlera pas un nouveau Christ (ou alors un Christ américain, c’est-à-dire un Christ libéral car la fonction de la religion, comme on l’a déjà vu, est de permettre l’adoration de la puissance collective de l’homme) mais un millénarisme enfoui en chacun de nous: la quête du bonheur. D’ailleurs, que Dieu bénisse l’Amérique n’est pas insultant en soi, pas plus que le Dieu qui bénit un pape bardé d’or.
D’autres ont mieux saisi la portée de cette religion de la liberté. Les clercs musulmans ont compris qu’ils avaient affaire en l’Amérique à un antéchrist. Ils combattent les américains comme ils combattaient autrefois les croisés, ils assimilent l’oncle Sam à un Hubal, une divinité ennemie d’Allah, ou encore au massih dajjal , le messie qui leurrera l’humanité et que les musulmans devront combattre. L’amalgamme n’est pas dénué de fondements mais pas pour les raisons que nos chers anti-américains bien séculiers se sont imaginées. Il faudrait même leur rappeler qu’autant Roosevelt, un liberal c’est-à-dire un social-démocrate parlait de croisade contre le nazisme et en son temps, Lyndon B. Johnson, un autre liberal lançait une croisade contre le communisme. Ces mêmes anti-américains vénèrent Kennedy (probablement parce qu’il est mort assez tôt pour ne pas se faire haïr) mais ce cher Kennedy ne disait pas les choses différemment que George Bush Jr lorsqu’il promettait de répandre la liberté dans le monde entier.
Lyndon Johnson, détesté pour avoir fait la guerre au Vietnam du nord est aussi l’homme des libertés civiles, de l’égalité des races et du progrès social des années 1960. Il y tenait mordicus et c’est un point de son programme qu’il appliqua avec zèle. Il n’y a plus grand monde aujourd’hui pour le reconnaître.
Dans le livre de l’Apocalypse, il est écrit que les nations, séduites, suivront l’antéchrist dans sa guerre contre les vestiges du pouvoir du Christ (juste avant le retour de ce dernier). Les nations de l’antéchrist devant être de loin les plus nombreuses, il n’y a, si je dois en croire Saint-Jean, aucun doute que dans un monde anti-américain les États-Unis sont du bon coté. Israël aussi. Il existe des croyants qui pensent qu’il doit y avoir trois antéchrist avant le retour du sauveur. Le premier aurait été Napoléon 1er qui est présenté comme un boucher… c’est surtout celui qui a répandu les Lumières à travers l’Europe et a donc signé l’arrêt de mort de l’ancien régime et des privilèges de la noblesse et du clergé. Le suivant, c’est moins contestable, est Adolf Hitler. Mais mettre Hitler et Napoléon dans le même sac, cela relève de la bêtise pure et simple. Le troisième reste à venir même si certains ont déjà trouvé leur réponse. En outre, certaines personnes de la gauche, avec leur manie de croire que les faibles (apparents) sont toujours les victimes donc qu’ils sont du bon coté, risquent de manquer une belle occasion de s’illustrer. Quant aux gaillards d’extrême-droite (et même d’une certaine droite conservatrice européenne), de leurs idées, rien de bon ne peut ressortir dans la mesure où ils sont, par principe, opposés à la liberté.
Il est vrai que certains américains d’extrême-droite sont dangereux mais ils demeurent impuissants et le parti républicain est absolument incomparable aux partis de droite du vieux monde. Car, en effet, on pourrait croire que la droite américaine est aussi dangereuse mais ce serait oublier qu’elle n’est pas issue de l’ancien régime mais d’une révolution inspirée par les idéaux des Lumières: aux É-U, tout le monde est lockéen.
Pour conclure, les Lumières sont toujours en chantier et il leur reste à prendre racine dans le monde entier aussi profondément qu’en Amérique et dans certaines autres parties de l’univers habité. La religion civile de Rousseau défend la diversité, il n’y a donc aucune raison d’évoquer un impérialisme qui avance masqué. La religion civile rousseauiste, loin d’être utilitaire, est une spiritualité qui ne laisse pas l’homme désenchanté… elle réclame juste un peu de patience, comme les autres religions. Ultimement, la promesse sera réalisée non dans un après-monde insaisissable, mais dans celui-ci, car chaque peuple développera à sa manière sa religion civile. Mais il faut peut-être les hâter en ce sens car, sans électrochoc, ceux qui endorment les peuples auraient la part trop belle.
Cette formule - de la religion civile - demeure l’apanage d’une minorité et la victoire n’est pas acquise. Malgré tout, il faut rester confiant car les ennemis de la liberté peuvent toujours rugir et s’adonner à des actions spectaculaires, leur pouvoir ne repose que sur la peur et l’effroi qu’elles provoquent. Cette crainte, à son tour, repose sur l’illusion de leur puissance. Or, ceux qui ne construisent que des barreaux ne disposeront pas, à l’image de l’URSS qui s’effondra soudainement en révélant tout le mensonge sur lequel le rêve communiste s’est construit, de l’arsenal spirituel et matériel qui donne aux démocraties une puissance aussi substantielle qu’invincible.
Léviathan
L’Intégration a-t-elle échoué ?
Rédigé par Koenigstiger
Les émeutes de novembre 2005 ont (encore une fois) relancé l’éternel débat sur l’intégration.
Certains politiciens ou journalistes, pour souligner, cet état de fait, ont parlé des « émeutes du ramadan 2005 » en nous expliquant le caractère ethnico-religieux de ce qu’ils appelaient un « Djihad ».
Je voudrais ainsi revenir sur l’état de l’intégration en France mais aussi sur ce qu’elle implique. Un des problèmes de l’Intégration est que nous ne savons pas qui intégrer puisque, dans notre pays, la France, les statistiques ethnico-religieuses sont interdites.
C’est ainsi que nous avons vu fleurir toutes sortes de données allant de 5 à 20% de « musulmans » alors que les statistiques généralement acceptées par les spécialistes vont de 8 à 10% de la population totale (une des études les plus sérieuses sur la question, celle de la Brookings Institution, menée par Justin Vaisse et Jonathan Laurence « Integrating Islam » [i] donne le chiffre de 5 millions de musulmans soit 8% de la population métropolitaine ).
Ensuite, alors que les « élites » aspirent à l’intégration des populations immigrées ou d’origine immigrée, elles font tout pour les cantonner dans des catégories qu’elles distinguent des « Français de souche ». Ainsi est née la notion de « musulman ».
Qu’est-ce qu’un musulman ? Un musulman, c’est pour moi quelqu’un qui pratique l’islam, c’est-à-dire qui fait ramadan, qui va à la mosquée de son quartier et qui s’efforce de réaliser les fameux « cinq piliers » de l’islam. Si l’observance du ramadan est relativement élevée parmi les français d’origine maghrébine (puisque c’est d’eux dont on parle), la fréquentation des mosquées est relativement faible (10% selon certaines sources), c’est-à-dire qu’il y aurait tout au plus environ un bon tiers, tout au plus 50% de musulmans pratiquants parmi la « communauté musulmane ». Mais qu’à cela ne tienne, nos « élites » ont cantonné des citoyens français, des hommes et des femmes de tout âge, dans la catégorie « musulmans » tout en expliquant qu’il fallait que ces personnes s’intègrent à la société française.
On peut aussi souligner quelque chose d’assez incroyable. Prenons l’exemple d’un français de seconde génération (c’est-à-dire né en France) dont les parents sont algériens, ce français parle parfaitement notre langue, fait des études supérieures, a des amis d’origine maghrébine mais aussi des amis français « ethniques », boit de l’alcool, n’entretient aucun contact avec la religion musulmane et pourtant, parce que ses parents sont nés en Algérie, parce qu’il s’appelle Mohammed ou Ali, Rachid ou Kader, sera et restera aux yeux de nombreuses personnes « musulman ». Et pourtant, hormis son origine, est-il différent de la plupart des jeunes Français ?
Bien sûr, vous l’aurez compris, j’ai pris un exemple type mais uniquement dans le but de marquer le coup et de dénoncer cette hypocrisie qui consiste à considérer comme nécessairement musulmane une personne issue d’une famille d’origine maghrébine et à les opposer aux « français de souche ».
De récents sondages réalisés par le Pew Center montraient que 49% des « Musulmans » de France (j’emploierai l’expression « musulman » par commodité de langage) se sentaient musulmans avant tout, contre 46% qui se sentaient français. Seul bémol : parmi les moins de 35 ans, cette proportion était respectivement de 51%-40% [ii] .
On peut aussi souligner plusieurs éléments qui montrent une certaine intégration. Tout d’abord, plusieurs statistiques montrent que la plupart des maghrébins de seconde génération ne parlent pas, ou seulement de manière résiduelle, l’arabe ou le berbère. Ensuite, le taux de natalité des immigrées maghrébines (c’est-à-dire des maghrébines étrangères ou devenues françaises par naturalisation donc les « premières générations ») est de 2,8 et ce, à peu près pour toutes les nationalités d’origine ( tunisienne, algérienne et marocaine) selon l’INSEE [iii] .
Dès lors, comment analyser le problème de l’islamisme qui se développe dans les « Cités » ?
Paradoxalement, c’est l’expérience d’un autre pays, outre-atlantique, les Etats-Unis qui peut nous permettre de comprendre notre propre expérience. André Kaspi, dans « Les Etats-Unis d’aujourd’hui », soulignait le fait que les immigrants avaient tendance à s’intégrer mais que leurs enfants avaient tendance à revenir vers une culture paternelle idéalisée et à rejeter l’assimilation tandis qu’à la troisième et à la quatrième génération, cette dernière se réalisait [iv] .
Nous sommes peut-être en train d’assister au même phénomène à la différence que les jeunes maghrébins, totalement acculturés, trouvent leur « salut identitaire » dans une religiosité excessive.
Alors existe-t-il un problème d’intégration en France ? Je serais tenté de répondre de façon nuancée. Culturellement, on peut dire que les maghrébins ont été acculturés pour la majorité d’entre eux. C’est idéologiquement qu’une question nouvelle se pose. Beaucoup de maghrébins, comme l’a montré une enquête récente de la Brookings Institution se sentent français et ont confiance dans le système républicain et démocratique français. Par contre, d’autres rejettent notre démocratie et l’identité française, leur préférant une « identité musulmane » totalement abstraite.
Dans ce cas, il s’agit d’un problème idéologique et identitaire que ne peuvent résoudre les offres d’emplois publics, les allocations ou autres cadeaux mirifiques mais bien au contraire, une réponse adaptée, idéologique et constitutionnelle mais également en rendant à la Nation française, sa gloire qu’ont trop occultée les différentes « repentances ».
Entendons-nous bien : on n’intègre personne au néant. Si les Français dits « de souche » ne sont pas fiers de leur pays, personne ne peut l’être à leur place. Parfois même, ce sont les « immigrés » qui se sentent plus français que les français ethniques !
Bien sûr, on ne demande pas à la France de faire un négationnisme d’état, mais on lui demande de comprendre que ce n’est pas en restant dans le passé, qu’on construit l’avenir. Tant que les Français n’auront pas compris cela, la « question musulmane » restera toujours une grande inconnue dans notre politique nationale.
Koenigstiger
[i] Jonathan Laurence and Justin Vaisse, Integrating Islam (Washington: Brookings Institution Press, 2006). Présentation en ligne.
[ii] Céline Lesnes, « Les musulmans français sont plus tolérants que leurs voisins européens », Le Monde (Paris), 29 août 2006, 11. Lisible en ligne.
[iii] INSEE, Les immigrés en France, Édition 2005 (Paris : INSEE, 2005). Référence en ligne.
[iv] André Kaspi, « Une Nation d’immigrants » dans André Kaspi, Les États-Unis d’aujourd’hui. Mal connus, mal aimés, mal compris ( Paris : Éditions Plon, 2004), 50. Notice sur amazon.fr.
La puissance de la liberté... made in France
Les idées développées dans cet article m’ont été inspirées par le texte « Arrêtez de nous faire chier avec votre laïcité factice » écrit par N.R., une de celles qu’on appelle « beurettes » et qui s’insurge contre la naïveté et la complicité de nombreux intellectuels de notre chère patrie vis-à-vis de l’islamisme.
N.R. estime qu’au nom des idéaux de gauche, les musulmans sont prolétarisés, qu’au nom de la laïcité la critique de l’islam devient tabou – mais que son apologie est permise lorsqu’elle n’est pas un devoir, qu’au nom de l’antiracisme, Mahomet est porté aux nues comme le premier prophète féministe et qu’au nom de tout cela, le Coran est présenté comme le premier manifeste du progressisme.
Je reconnais la dedans une critique au vitriol de l’attitude de notre « intelligentsia », une critique semblable celle que j’ai déjà livré dans ces colonnes mais je dois aussi prendre garde à une tendance de ces « combattants de la liberté », tendance qui se revendique ouvertement « islamophobe », donnant là une raison d’être à un concept élaboré par les islamistes pour combattre la liberté d’expression lorsqu’elle dessert leurs intérêts.
En outre, cette tendance « islamophobe » s’approche dangereusement des idées « contre-Lumières » développées par un certain nombre d’ennemis, voici deux siècles, de la nation française issue d’un nationalisme émancipateur, dit libéral ou civique. Aujourd’hui, parce que ce libéralisme et cette tolérance leurs paraissent incapables d’endiguer la montée de l’islamisme, ils voudraient tout simplement revenir en arrière, aux temps où au nom de la croix, le croissant fût vaincu d’abord à Lépante en 1571 et à deux reprises aux portes de Vienne, en 1529 et 1683.
Non, mon propos n’est pas de défendre l’islam. L’islam, c’est un mot valise disait Elie Barnavi dans son dernier livre, « Les religions meurtrières ». Bien des choses contradictoires se disent et se font au nom de l’islam. L’islam est l’otage des hommes – et probablement leur création – aussi se prête-t-il également au jeu des uns et des autres, des obscurantistes et des laïques et du fanatisme comme de la tolérance. L’islam n’est donc pas un objet d’étude car le définir est aussi inutile que de tenter de prouver – ou de réfuter – l’existence des dieux.
Je suis tenté de dire dans un élan bien involontaire de nihilisme que l’islam n’existe pas. Qu’à force d’être pluriel, l’islam n’est plus tandis que l’islamisme, par contre, est. Il est l’islamisme, cette idéologie avec une vision intelligible du monde qui fixe les modalités de l’action du militant. Il donne un sens à la vie qui ne peut accepter ni l’humanisme ni la démocratie ni l’égalité ni la liberté. L’islamisme est un terme suffisamment précis pour que l’on sache immédiatement de quoi il s’agit, pas l’islam. C’est aussi et surtout une idéologie qui doit être combattue avec la plus grande fermeté, exactement comme hier le fascisme italien, le nazisme et le communisme soviétique, pour ne citer qu’eux.
Ces « combattants de la liberté » « islamophobes » sont en réalité nos obscurantistes à nous. Certainement pas les équivalents des islamistes mais nos anti-Lumières qui, au nom d’une culture occidentale devenue chez eux un monolithe, entendent combattre l’islam comme une nation ennemie. Dans leurs mots la France n’est plus la fille des Lumières mais redevient peu ou prou la fille aînée de l’Église aux temps où les chassepots firent merveille contre les troupes des autres Cavour, Garibaldi et Mazzini. La France, entend-on, doit se défendre contre l’islam comme hier Charles Martel refoula les « sarrasins » depuis Poitiers. L’islam est perçu comme une vague de barbares qui s’en prennent à l’Occident comme hier Attila à l’Empire romain ou encore, et cela vous surprendra peut-être, comme Adolf Hitler entendait refouler les slaves, « ces sous-hommes », au-delà de l’Oural.
Cette conception du combat pour la liberté n’est pas celle des Lumières, elle n’est pas celle de la France des idéaux universels des droits de l’Homme, elle n’est pas celle de la France du Code civil, elle n’est pas celle de la France émancipatrice de Carnot Lazare et de Condorcet. Cette certaine idée de la France est parallèle à celle que Johan Gottfried Herder se faisait de l’Allemagne. Une nation ethnique ou la nation d’une ethnie assimilationniste, une nation de culture vindicative, une nation chrétienne, une nation où la communauté, la coutume et le préjugé social – devenu national – sont érigés en articles de l’identité française. Cette seule France, pensent-ils, peut lutter contre l’islam – et comment ne pas y voir l’émulation de ce qu’est devenu le monde islamique? – car l’autre, la France des laïcs, la France républicaine, la France émancipatrice, la France libérale, la France égalitaire, celle la même, a trahit la France éternelle, la France de Marianne au sein à l’air a débauché celle de Jeanne la pucelle.
Mettons nous d’accord sur une chose avant d’aller plus loin. Le nationalisme n’est pas et ne sera jamais de ma plume ce terme péjoratif qu’il est devenu aux yeux de la majorité des français, à cause de cette « intelligentsia » qui a voulu tuer la France pour que la paix des androgynes lui succède. En revanche, j’ajoute que je suis de ceux qui préfèrent téter le sein de Marianne que de contempler le fossile de la vulve immaculée de Jeanne.
Le nationalisme, Le Pen n’en est pas le champion. Ni lui ni de Villiers ni Mégret ni Chevènement. Mais Rousseau et Napoléon Bonaparte qui, chacun à sa manière, ont œuvré à la naissance de la Grande nation, du nouvel Empire de la Liberté qui, par delà le christianisme et les identitarismes, renverse les privilèges de caste et les pouvoirs arbitraires qui s’abritent derrière la défense de sanglants particularismes ethniques et religieux. La France clame que l’Homme, où qu’il soit, aime la liberté et notre Nation entend lui rendre ce goût universel qui lui a été confisqué par les tyrans et leurs complices, les clercs.
Il existe donc deux nationalismes qui constituent la face lumineuse et la face sombre de la modernité. Deux nationalismes desquels la France ne procède pas à égalité. Les citoyens par anticipation Turgot et Voltaire passent avant les retardataires Renan et Taine. La nation française n’est pas de la même graine que la nation allemande Elle est née concomitamment à la Liberté (moderne). Le français exista dès l’instant où les rois dont les frères et les cousins étaient membres de cours étrangères cessèrent de verrouiller l’Europe à leur profit et cessèrent de dicter aux citoyens français en devenir leurs devoirs et leur condition misérable. Ce n’est pas la monarchie la grandeur de la France, c’est la République et l’Empereur de la République.
La nation allemande naquit, tout au contraire, de la rancœur, de la volonté de revanche et du complexe d’infériorité d’une intelligentsia attachée à l’ordre ancien et ulcérée par les succès du Premier empire. Cette nation est née contre la Liberté. Ces philologues allemands sont les inventeurs de la prison des peuples, ils inséminèrent les Allemands d’une haine mortelle contre la France et contre les idéaux émancipateurs des Lumières. D’ailleurs, ces sentiments là n’allaient pas être étrangers, un siècle plus tard, à toute une génération de français contemporains de Renan et passablement antisémites. La nation allemande du XIXe siècle, jusqu’au nazisme et 1945, la Révolution nationale du Maréchal, le fascisme italien, le totalitarisme communiste étaient les ennemis de la liberté et de tout ce que chérit la France.
Pour combattre l’islamisme – et non pas l’islam – la France du XXIe siècle ne peut se permettre un retour aux idéaux anciens. Aux anti-idéaux anciens pour mieux dire, à ceux qui disent l’immuabilité de la condition humaine, cloîtrée dans l’ignorance et la misère qui en découle inéluctablement. La France a une histoire mais elle n’en est pas prisonnière. Ce qui fait les français c’est un ensemble intemporel de valeurs partagées, libérales et égalitaires, et une disposition vis-à-vis d’un passé assumé mais dont les contradictions sont, en pratique, dépassées. Qu’au nom de la laïcité, il se soit trouvé des sots qui voulaient interdire les sapins de Noël participe non pas de la défense de la laïcité mais d’un projet aux accents totalitaires qui veut déplumer les français de leur histoire et, finalement, les assimiler férocement à un culte nihiliste. La négation de l’histoire, comme son contraire le culte des formes passées de la condition humaine, n’est en aucun cas constitutive d’une nation française qui est issue des Lumières et ne connaît plus la nécessité d’un nouvel Édit de Nantes ni, son corollaire, la tentation de sa révocation. En cela nous demeurons en France des hussards de la Révolution.
Ce n’est pas la défense de la laïcité, de la démocratie et des idéaux Révolutionnaires qui amènera la France à courber l’échine face à cette fantasmagorique invasion islamique. Des chiffres exagérés sur l’immigration, cités par-ci par-là, et selon lesquels l’Europe deviendra dans un demi-siècle Eurabia et la France Frankistan sont aussi fallacieux que les théories du complot qui ont cours de l’autre coté de la Méditerranée. Comment vingt millions de musulmans deviendraient-ils majoritaires dans une Europe de quatre cent quatre-vingt millions d’habitants, en l’espace de seulement cinquante ans? Quel taux de natalité devraient-ils avoir pour se multiplier par vingt-quatre à l’heure où les frontières se ferment à l’immigration? Manifestement, il serait très largement au dessus des capacités biologiques de leurs femmes! Et qui a dit que tous sont les ennemis de la civilisation occidentale? Les sondages, quoique parfois inquiétants, particulièrement en Angleterre, détachent bien deux grands groupes d’Européens de confession musulmane : ceux qui défendront avec nous notre liberté commune et ceux qui tombent déjà sous la coupe des sophistes islamistes. Que n’avons-nous besoin de leur opposer nos sophistes nostalgiques de Godefroy de Bouillon?
D’ailleurs, ces mêmes sondages placent les français de confession musulmane ou descendants de parents musulmans comme étant les mieux intégrés d’Europe. Ce n’est pas un hasard en dépit du délitement de notre système d’éducation! En effet, la France a inventé un concept qui réaffirme la volonté de la nation d’amener à elle comme ses propres enfants les immigrants qui s’établissent sur notre sol par vagues successives. Juifs, polonais, italiens, espagnols, portugais, arabes, chinois et africains, par l’école, peuvent s’intégrer. Il n’a jamais été question d’assimilation et de maintenir que Poniatowski ne pouvait pas être français tant qu’il ne changeait pas son nom. La nation française, pour être ouverte et d’adhésion libre ne peut souffrir non plus du multiculturalisme qui invente des communautés et trace entre elles une frontière étanche. Parce que la nation française repose sur le génie créateur de l’individu, il faut à chacun des droits égaux aux autres, des droits aussi élargis que possible pour accentuer le déchaînement des énergies créatrices, il faut aussi une liberté égale pour tous, une liberté qui ne connaît ni la race ni la religion, et il faut des conditions de succès égales. En résumé, il s’agit ici d’une appartenance sans tâche à la nation, en vertu d’un esprit des Lumières qui distingue clairement entre les sphères de la vie, publique et privée, condition sine qua non pour extirper à jamais les privilèges – et leur corollaire, les inégalités – qui briment, justement, le génie qui en chacun de nous n’attend qu’une opportunité favorable de s’éveiller.
En France, l’exigence d’intégration est une demande de cœur et d’esprit pas une réclamation de la chair et du gourdin. L’intégration, au contraire de l’assimilation, accepte que les français soient de couleurs différentes et de religions différentes. L’intégration va au-delà de ces apparences et s’adresse à chacun en son for intérieur : tout humain qui s’identifie aux valeurs françaises issues des Lumières est potentiellement un français. Comment, d’ailleurs, les valeurs anti-Lumières, qui nient que l’Homme puisse changer sa condition, pourraient-elles concevoir que des êtres nés de parents non français puissent devenir français?
L’assimilation ne marche pas parce qu’elle découle d’une définition de la nation qui ne se fonde pas sur des valeurs universellement partageables. Tout être humain est fondé à résister à l’assimilation, fondé à résister à ce qui le dépouille de son humanité. Mais nul n’a besoin de résister à l’intégration alors qu’il suffit de dire non et néanmoins vivre en tant qu’étranger sous la protection des lois françaises. Parce que personne n’est forcé d’être français, le pari de la nation française est que tous, pénétrés des idéaux révolutionnaires, les défendront avec d’autant plus d’ardeur. Ils défendront ce carré de liberté face aux assauts du despotisme d’ancien régime et de ses réminiscences et ils en prouveront la valeur supérieure face aux armées des ennemis de la liberté. Ce pari là est gagné depuis Valmy, en 1792.
Et si la Révolution a marqué le pas face au fanatisme d’un Robespierre et aux affres de la terreur, elle n’en est ressortie que grandie d’avoir armé le monde entier contre le totalitarisme. C’est bien pour qu’aujourd’hui, pour combattre le totalitarisme nouveau qui prétend se lever au nom du Coran, ce soient ces mêmes valeurs qui en triomphent, maniant le sabre et la persuasion au service de ces puissants idéaux : ceux qui au nom des valeurs de « Liberté, égalité, fraternité », au nom de l’égale dignité de tous les hommes, refuseront le relativisme des uns – nihilistes – et des autres – anti-Lumières – et abattront les ennemis de l’humanité et émanciperont ceux qui, temporairement, sont tombés sous leur influence.
Léviathan
Deux mois de réflexion: le point
NB: Certains visiteurs semblent toujours éprouver des difficultés pour commenter. Pour éviter de vous retrouver face à une page blanche, n’entrez rien dans le champ « Author URL » mais mettez plutôt les liens de vos blogs dans le corps du message.
Chers lectrices, chers lecteurs,
Je m’arrête un instant pour poster un sommaire des articles publiés au cours des deux premiers mois d’existence de ce blog. C’est qu’en parcourant les statistiques et les index des liens internes les plus fréquemment visités, je me suis rendu compte que la plupart de mes visiteurs s’arrêtent à la première page. Aussi ai-je pensé qu’il était approprié de poster ici un récapitulatif de tout ce qui a été écrit dans ces colonnes, par ordre chronologique et par catégories.
Par ailleurs, je ne vous cache pas que je suis en manque d’inspiration et, à vrai dire, un peu malade ces derniers jours aussi mon rythme s’en retrouve considérablement affecté. Néanmoins, j’espère que mes visiteurs trouveront ce récapitulatif utile et, du même coup, que vous apprécierez d’autant plus ce blog que je continue d’alimenter parce que vous êtes toujours là.
Merci de votre fidélité.
Deux mois de blogging: le sommaire
Dans la catégorie « Analyses/Histoire »
- La première entrée dans cette catégorie est un commentaire de texte sur le « Manuel des lois de la guerre sur terre », publié en 1881. En réalité une réflexion présentée de manière concise sur les différentes sources du droit à l’origine du droit moderne de la guerre et sur la prise de conscience, dans l’ère industrielle, des ravages d’échelle tout aussi industrielle que provoque la guerre.
- Par la suite nous enchaînons sur le Moyen-Orient avec, d’abord, une présentation du documentaire réalisé par le MEMRI sur « La réaction arabe et iranienne aux attentats du 11/9 » . Ce documentaire révèle une réalité inquiétante du monde islamique: la haine des Juifs, de l’Amérique et de l’Occident en général s’y répand rapidement.
- Après visionnage du documentaire, dans « L’islamisme, un totalitarisme qui a de l’avenir », suit une analyse des causes de la montée de la haine dans cette partie du monde. Sans présumer qu’ailleurs dans le monde un phénomène similaire n’existe pas , il s’agit essentiellement de retracer les causes historiques, sociologiques et politiques qui ont produit un monde arabe aujourd’hui grignoté par le fanatisme religieux. Que ce fanatisme s’exprime au XXIe siècle est une source d’inquiétude supplémentaire: ce qu’il manquait aux Inquisiteurs et ce qui ne manque pas aux islamistes, c’est la technologie moderne, l’État organique né de la Révolution industrielle et ses instruments de contrôle lesquels pavent la voie du totalitarisme et le fait que l’ère de la propagande de masse est aujourd’hui largement entamée.
- Sur un autre registre, « La politique israélienne de la France, 1948-68 » fait écho à l’actualité où, récemment, Michèle Alliot-Marie menaçait la Heyl Ha’Avir d’abattre les chasseurs qui violeraient l’espace aérien libanais. Cette énième péripétie dans les relations franco-israéliennes m’a amené à m’interroger sur un épisode inédit de la relation que les deux pays entretiennent depuis 1948: l’alliance tacite des deux nations entre 1954 et 1963. Si cette dernière date marque la rupture de la relation spéciale nouée entre Paris et Tel-Aviv, 1967 marquera un retournement total de la diplomatie française au Moyen-Orient. À l’origine de ce renversement, un simple retour à la tradition diplomatique du Quai d’Orsay et le retour de la politique arabe de la France.
Dans la catégorie « Explorer\Approfondir »
- Dans les « Réseaux islamistes en France: reportage diffusé sur M6 » , Mohamed Sifaoui réalise un reportage où il infiltre un réseau terroriste européen à partir de la France. Cette enquête le mènera au « Londonistan » où des partisans avoués du Djihad prêchent en toute liberté. Plus que l’infiltration en elle-même, il est intéressant d’observer la logique des djihadistes: les occidentaux et les infidèles en général sont des porcs.
- L‘émission Arrêt sur images consacrée à la critique du travail de Mohammed Sifaoui présente une polémique étonnante. En effet, Mohamed Sifaoui est prit à partie pour mettre en scène de manière sensationnelle ses reportages. En réalité, on voit ici s’affronter deux écoles qui, l’une, minimise le danger islamiste au nom du refus de l’amalgame musulman=terroriste et, l’autre, incarnée pourtant par un musulman, tire la sonnette d’alarme face au danger global qu’incarnent les mouvements djihadistes.
- FoxTV, la chaîne de Rupert Murdoch honnie par nos médias présente un documentaire intitulé « Obsession: la guerre de l’islam radical contre l’Occident » . Ce documentaire est assez effrayant mais il donne néanmoins le ton juste pour peu que l’on tienne compte du fait que le fanatisme demeure encore à ce jour l’apanage d’une minorité en terre d’Islam. D’ailleurs, les réalisateurs dudit documentaire ne se lasseront pas de nous prévenir. Ceci étant dit, cette minorité grandit de jour en jour et, surtout, elle est hyperactive. Face à elle, ni les libéraux du monde islamique ni les despotes ne parviennent, ni même souvent ne tentent, d’enrayer le tsunami qui s’annonce.
Dans la catégorie « Opinion\Vu d’ailleurs »
- Dans « La Turquie et nous » , Koenigstiger, l’autre tavernier du blog, estime que la candidature de la Turquie à l’entrée dans l’U.E. est une chance car elle force les européens à se définir. Au delà de cette candidature, l’Europe a-t-elle une essence propre ou encore, doit-elle se définir comme un espace économique où les membres entretiennent des relations privilégiées ou, de manière plus « profonde », en référence à sa culture judéo-chrétienne?
- 665 000 morts en Iraq…d’après le Lancet C’est l’étude polémique publiée par des chercheurs britanniques qui, à partir d’une méthode « alternative » de comptage en arrivent au décompte effarant de 665 000 tués à cause des violences, en Iraq, suite à l’invasion du pays par les troupes de la coalition. Pourtant, le nombre tout comme la méthode retenue ne sont pas innocents: derrière un résultat aussi discutable que la manière d’y parvenir se cache une volonté d’accabler l’Amérique.
- Peut-être l’aurez-vous remarqué, l’homme qui parle le plus de « Choc des civilisations » s’appelle Jacques Chirac. Le président de la république veut tout faire l’éviter et, pour cela, il encourage le projet d’Alliance des civilisations mis en place grâce à un partenariat entre Tayyip Recep Erdogan, José Luis Zapatero et Kofi Annan. Dans « La France contre les Lumières: petite histoire d’une conversion » nous découvrirons que la France de Chirac n’est plus exactement la patrie des Lumières car elle a effectué, au nom du monde multipolaire à venir et du dialogue des cultures, des choix qui s’inspirent des thèses des ennemis des Lumières.
- Malek Boutih sur l’antisémitisme, l’antiracisme dévoyé et le sionisme nous livre une pensée rationnelle et profondément empreinte de tolérance, une tolérance tous azimuts. Le militant d’SOS Racisme, aujourd’hui membre de la direction nationale du PS, nous livre les réflexions d’un militant anti-raciste qui n’a jamais dévié de son objectif: combattre le racisme, tous les racismes. En effet, le combat de sa vie n’est pas partagé par tous les antiracistes et il a été, en somme, détourné de son sens par d’autres qui, comme ceux du MRAP, autorisent l’émergence de nouvelles formes de racisme au nom du combat antiracisme.
- Robert Redeker est sans conteste le citoyen français qui a le plus défrayé la chronique cet automne. Menacé de mort pour avoir publié un article extrêmement critique sur l’islam, le philosophe est aujourd’hui obligé de vivre cloïtré du philosphe mais en même temps, ils condamnèrent les propos du philosophe. La pétition de soutien à Robert Redeker permet de remettre les pendules à l’heure : il n’y a pas d’équivalence possible entre une opinion et l’appel au meurtre. Par ailleurs, la critique de l’islam ne doit pas être mise hors la loi! Ce serait donner raison à ceux qui, lors de l’affaire des caricatures, estimaient que l’éthique de responsabilité devait obliger à l’autocensure. En effet, il faudrait tenir compte de la susceptibilité de nombreux musulmans et être pour nous-mêmes des censeurs avisés.
Dans la catégorie « Polémique\Idéologique »
- David Hirsh et Jon Pike, des universitaires britanniques, poussent un cri de révolte contre l’antisionisme rampant de l’establishment intellectuel de leur pays. Dans « Connaître les limites », ils dénoncent le traitement infâme réservé aux universités israéliennes qui, sous prétexte d’occupation de la Cisjordanie par Tsahal, ont été mises sous embargo par leurs consoeurs anglaises. Plus que de dénoncer l’embargo intellectuel et culturel d’Israël, les auteurs montrent que l’antisionisme britannique est particulièrement virulent, qu’il reprend mot pour mot les thèmes de la propagande palestinienne et qu’il ne découle pas d’une position de principe: il est idéologique.
- André Malraux, prophète? Dans « André Malraux et l’émergence de la menace islamiste », nous découvrirons un pan de la pensée de Malraux sur l’islam. Pour Malraux, l’islam est une force en marche que rien n’arrêtera. L’auteur écrit cela dans les années 1950 et donc il n’établit pas encore la distinction élémentaire entre islam et islamisme. Pour ma part, j’ajoute une petite pincée en comparant l’idéaltype islamiste à ceux de deux autres grands courants totalitaires du XXe siècle : le nazisme et le soviétisme.
- Le discours du Pape à Ratisbonne à déclenché, une fois n’est pas coutume, les foudres du monde islamique. Dans « Benoît XVI, la violence et l’islam: pourquoi le Pape s’est fait des ennemis », il s’agit de démontrer que l’islamisme a de solides alliés en Occident. D’abord les relativistes qui, au nom de la très variable géométrie des valeurs, en viennent à excuser l’identité islamique fascisante qui, petit à petit, prend corps et, puisqu’à chaque culture ses valeurs et qu’il ne faut point juger, alors il faut comprendre et s’engager dans la voie du compromis. Cette voie du compromis est à son tour exploitée par des islamistes télégéniques pour qui, au nom de la mixité et du multiculturalisme, les sociétés européennes doivent accepter un certain de valeurs islamiques. Bien entendu ces valeurs tendent toutes à bannir la critique de l’islam et à n’autoriser, à vrai dire, que les discours lénifiants sur l’islam.
- Le terrorisme islamiste n’est pas un terrorisme comme un autre : c’est un terrorisme d’extermination . En effet, le discours anti-terroriste post-11 septembre introduit un amalgame entre tous les mouvements terroristes. Or, s’il existe différentes phases du terrorisme, des nihilistes russes du XIXe siècle aux terrorismes de la décolonisation, il existe aussi différents types de terrorismes. Le terrorisme islamiste entend tuer les infidèles et les mauvais musulmans simplement pour ce qu’ils sont. L’ambition islamiste est globale, son objectif, c’est la conquête du monde et son asservissement à l’islam comme prédit, semble-t-il, par les hadiths de Mahomet. À ce titre il est apocalyptique et rien de l’apaisera. Il est donc urgentissime de le distinguer des terrorismes basques, corses, nord-irlandais ou même de celui d’une certaine branche du sionisme lors de la guerre d’indépendance d’Israël afin, justement, d’éviter une bonne fois pour toutes cet écueil du relativisme: « ce que certains appellent des terroristes sont pour d’autres des résistants ».
Dans la catégorie « La quadrature du cercle »
- Pour finir, une note d’humour avec Tomer Sisley qui se présente comme mi-Juif mi-Arabe,. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d’ennemis qu’il a sur terre et les difficultés qu’il a éprouvées à respecter strictement tous les commandements de ses deux religions. D’ailleurs, s’il les respectait, il n’aurait le droit que de boire de l’eau le mercredi après le coucher du soleil. Il n’a vraiment pas de bol!
Bonne lecture!
Léviathan




