Entries from May 1, 2007 - June 1, 2007
Inquiétants prolégomènes de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy
Le président-élu, Nicolas Sarkozy, aurait proposé à Hubert Védrine le poste de MAE. A priori, pour une majorité présidentielle élargie à la gauche, rien de surprenant. D’ailleurs, avec Védrine au gouvernement Jospin, la diplomatie française s’était illustrée par un regain d’intérêt envers la question des Droits de l’Homme dans le monde.
Bien que Védrine ne soit pas un atlantiste fervent, le président-élu manifestait par ce choix sa cohérence avec ses promesses électorales en faveur du retour de la patrie des Droits de l’Homme. En effet, Védrine aux AE, c’est aussi envoyer un signal appréciable par l’ensemble de nos partenaires étrangers ; une manière de dire que nous serons attentifs aux valeurs universelles de la DDHC sans pour autant colorer notre politique étrangère d’une tonalité néoconservatrice. Mais seulement voilà, Védrine réserve sa réponse et, si j’en crois le JT de 20h de France2 d’aujourd’hui, aucun socialiste ne veut entrer seul dans le futur gouvernement.
Or, ce n’est pas tout, Sarkozy va rappeler de Washington notre ambassadeur, Jean-David Lévitte. Toujours d’après France2, Lévitte sera son « sherpa ». C’est ici que ça coince car cette nomination n’est pas en phase avec les idées que le candidat a défendues devant les Français. Lévitte est le monsieur ONU de la diplomatie française sous Jacques Chirac. Selon ses thèses (d’après d’Éric Aeschliman et Christophe Boltanski dans leur livre Chirac d’Arabie), l’ONU devient le forum obligé de toute initiative d’envergure sur la scène internationale.
À l’heure où la Chine bloque toute initiative énergique du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la question du Darfour, cette nomination annoncée fait grincer des dents. L’ONU n’est pas la meilleure amie des défenseurs des DDH et c’est encore peu de choses que de le dire. Les représentants arabes et musulmans poussent également au sein du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (dont la première présidence fut confiée à la Libye et dont les principaux membres actifs sont des pays si peu démocratiques, comme la Tunisie, c’est tout dire!) et à l’Assemblée Générale de la même institution pour faire voter un texte bannissant toute expression critique envers les religions.
L’ONU, c’est aussi l’organisme qui parraine le projet d’Alliance des Civilisations où se positionne l’islamiste Mohammad Khatami au rang de grand « sage ». C’est aussi l’ONU l’instance internationale la moins capable de se réformer avec la Ligue Arabe. Et c’est aussi l’ONU l’instance qui n’aurait jamais permis l’intervention de l’OTAN au Kosovo pour éviter un massacre de masse à l’occasion d’une rare prise de conscience de la part de nos leaders occidentaux en faveur du devoir d’ingérence humanitaire.
Malheureusement, nos amis de gauche qui pourraient relever les incohérences des choix « sarkoziens » et jouer leur rôle d’opposition et qui, il y a dix ans, bataillaient ferme contre un Chirac qui inaugurait la politique de l’autruche face aux violations chinoises des DDH sous prétexte de contrats commerciaux; ces amis là ont déjà tout oublié au nom de leur anti-américanisme primaire.
En effet, tous saluent aujourd’hui la diplomatie chiraquienne, trop heureux d’avoir entendu la France dire « merde » aux Yankees en 2003. L’ennemi commun les a tous rassemblés et, en passant, il a permis à la gauche de se rallier aux réactionnaires. J’entends par là les relativistes et je précise, car la plupart ne l’ont toujours pas remarqué, que le relativisme moral nous provient de la droite royaliste du XIXe siècle (cf : les « pères » du positivisme), pas de la gauche!
Que la gauche trahisse, à Dieu ne plaise, elle est libre et elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Mais elle n’est plus le parti du mouvement et du progrès et, tout à fait par hasard sans doute, jamais elle ne s’est permise autant qu’aujourd’hui de distribuer blâmes et satisfecit aux uns et aux autres. Les ultramontains sont à gauche, désormais.
Reste à savoir ce que veux (et ce que peut) celui pour qui les Français ont voté. Je me risquerai à avancer trois explications. D’abord, si Nicolas Sarkozy n’est manifestement pas homme à se laisser dicter sa conduite, il a du apprendre la patience. En effet, les sorties de nombre de parrains de la droite, tels Jean-Pierre Raffarin et MAM à l’automne dernier, rappelaient au président de l’UMP qu’en matière de politique étrangère « la constance » est un impératif. Certains allaient jusqu’à menacer le futur candidat des conséquences désastreuses d’une démarche diplomatique différente que les Français ne manqueraient pas de sanctionner dans les urnes. Il est donc possible de penser qu’ils se sont mués en protecteurs de l’orthodoxie en matière diplomatique et qu’ils verouillent en Nicolas Sarkozy l’expression de ses préférences en ce domaine.
Ils surfent, pour ce faire, sur la confusion généralisée entre les mobiles d’une droite chiraquienne qui n’est pas plus humaniste que la gauche et qui croit avoir gagné à ses thèses l’ensemble de l’opinion. Il est vrai que l’épouvantail américain les a bien servis dans leur numéro d’illusionnistes en ferrant les français dans l’amalgame entre la défense des DDH et la politique de la canonière. En réalité, derrière cette rhétorique simpliste, se cache exactement le discours des despotes qui se défendent contre les « odieuses » ingérences des défenseurs de la liberté. Dommage que les leaders d’opinion, en France, se soient laissés prendre au jeu et laissent également les français mal informés sur la question.
Ceci dit, cette apparente unité du camp UMP contre son candidat en matière de politique étrangère à sans doute convaincu Nicolas Sarkozy de louvoyer le temps de consolider sa stature de président et de voir venir. Mais quoi donc?
L’autre explication possible, en effet, est que les États-Unis eux-mêmes sont en pleine débâcle diplomatique et que les républicains ont perdu la majorité aux dernières élections législatives. Car, avec la pression de l’opinion publique, avec la pression des démocrates dans les Chambres et pour cause de difficultés en Iraq, l’administration Bush s’assoit à la table des négociations avec les représentants des mollahs. Le moment n’est donc pas propice pour Nicolas Sarkozy de transformer la politique étrangère de la France alors que Tony Blair quittera prochainement le 10 Downing Street et qu’aux États-Unis un candidat démocrate risque de l’emporter en 2008,
Reste que le personnel inamovible du Quai d’Orsay sera la véritable origine de tout blocage. Non content de n’être lié au destin des élus, il demeure quelque soit le gouvernement qui investit le MAE. La commission des affaires étrangères à l’Assemblée Nationale, la création d’un Centre d’Analyse et de Prévisions, les livres, articles et déclarations critiques parus ou faites ici ou là, n’y ont rien changé : le milieu diplomatique français est un monde de praticiens jamais confrontés aux rigueurs et aux exigences de l’étude des relations internationales — de la prospective — dans les think-tanks et autres universités.
C’est ainsi que la France n’a pas vu monter l’Asie et n’a pas saisi les opportunités offertes par les nouveaux acteurs régionaux qui émergent en son sein. La France reste bloquée sur la Chine et la Chine préfère les États-Unis et l’Allemagne. Par exemple : si au moins nous vendions des armes à Taiwan (le dernier contrat remonte à 1994, sous le gouvernement Balladur) au lieu d’envoyer notre Marine aux cotés des navires de la Chine continentale intimider l’île démocratique, la Chine serait bien obligée de nous prêter plus d’attention afin de nous racheter notre sympathie car c’est exactement ce qui se passe avec les Américains. La mollesse en relations internationales ne paie pas même si la modération est souvent une nécessité incontournable.
D’ailleurs, les principes, disait le candidat Sarkozy, ne sont pas négociables et ne permettent pas non plus de gagner des contrats. Il avait raison sur toute la ligne et la piteuse position de la France dans la balance commerciale chinoise, après douze années de flirt poussé, le prouve. Mais un Quai d’Orsay politiquement irresponsable et trop peu confronté à l’évolution de la pensée en géopolitique peut-il saisir à temps les mutations du monde? L’expérience montre que non. Il faut ici plus de rupture que de continuité.
Reste l’ultime possibilité : Sarkozy, c’est Chirac! Beaucoup de personnes qui ont vu Chirac monter depuis les années 1970 me l’on répété inlassablement. S’ils ont raison, alors ces louvoiements sont une seconde nature pour le président-élu et il ne fallait pas voter pour lui. Mais il est plus probable que Sarkozy, c’est Balladur avec des nerfs: il n’appartient pas à la tradition chiraquienne; la rupture, pour lui, était avant tout celle d’avec le chiraquisme.
Pour clore ces quelques paragraphes, je déplore que le nom de Pierre Lellouche n’ait été cité nulle part au rang des ministrables. S’il est bien un homme à l’UMP qui mérite de recevoir le portefeuille des affaires étrangères, c’est lui qui depuis des années réfléchit aux incohérences de notre appareil diplomatique et aux remèdes à lui apporter. À gauche, puisqu’il faut ouvrir la majorité, Bernard Kouchner est bien sur une longueur d’onde voisine de celle de Sarkozy, mais alors pourquoi avoir pensé à Hubert Védrine?
En attendant que la présidence de Nicolas Sarkozy s’installe, toutes ces réflexions sont à prendre avec précaution. Elles ne sont qu’un commentaire fondé sur des « rumeurs » et autres fuites glanées par les médias.
C’était Alain Poher…
… ou quand le candidat centriste était attaché aux institutions de la Ve République
L’envie m’a pris d’aller voir quarante ans en arrière ce qu’était le discours du centre-droit (le Centre Démocrate). À l’époque, l’ « ancêtre » de François Bayrou était Alain Poher et il était opposé à Georges Pompidou, « ancêtre » lui aussi, mais de Nicolas Sarkozy.
Il faut observer que Pompidou est alors, en 1969, le premier ministre sortant, depuis un an, du général de Gaulle et qu’Alain Poher, président du Sénat, assure l’intérim à la présidence de la République depuis un mois, suite à la démission du président pour cause de référendum manqué.
Cette discussion sera conduite en reprenant les thèmes abordés dans le discours du candidat Alain Poher à la TV (disponible sur le site de l’INA), le 30 mai 1969, veille du premier tour de l’élection présidentielle.
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Les thèmes du discours
Une campagne qui manque de vivacité
Déjà, à l’époque, la campagne du centriste est qualifiée de « moins vive que celle des autres candidats ». Alain Poher s’en émeut quelques instants, l’explique par ses engagements à l’Élysée, puis passe à un tract énumérant six raisons de ne pas voter pour lui aux élections de 1969. Nous y reviendrons.
Rassembler
Pour le moment, Alain Poher « souhait[e] réunir les français et les françaises de bonne volonté, au-delà des querelles partisanes, pour une politique d’unité nationale ». C’est certainement une des caractéristiques permanentes du centre de se présenter dans la campagne comme les candidats du rassemblement par le consensus. Après tout, le centre n’est-il pas le « juste milieu » (cf. voir le chapître sur l’orléanisme dans René Rémond, Les droites en France)?
Cela s’exprime à la différence de l’UMP, des Gaullistes et des Bonapartistes qui rassemblent les français dans la fonction du chef de la Nation: depuis 1958, c’est le Président de la République.
La réplique à Pompidou: six raisons pour voter Poher
Le tract édité par le Centre d’Information National énumère six raisons pour ne pas voter Poher : 1. « Ce n’est pas un homme de parole » ; 2. « Ce n’est pas un homme d’action » ; 3. « C’est un homme sans caractère », 5. « Un démagogue » ; 4. « Il bluffe » ; 6. « Il préfère les Allemands aux Français, l’étranger vote pour lui ». On peut relever, quarante ans plus tard, que Bayrou est parfois présenté comme un mou même si on n’ose plus lui reprocher d’être le parti de l’étranger, UMP convertie à l’ « européisme » oblige.
La réplique : Pompidou est le premier ministre sortant
Poher cherche à mettre Pompidou devant la responsabilité des évènements de mai 1968 (l’Éducation Nationale) et devant la responsabilité d’avoir nuit à la démocratie (il a empêché les ministres de se rendre au Sénat, il a fait « régner à l’ORTF la tyrannie de l’information officielle »).
Ces déclarations ne sont pas sans échos dans le discours tenu par Bayrou en 2007. Au contrôle de l’ORTF par l’État succède la collusion des milieux médiatiques avec Nicolas Sarkozy. Ce dernier est également le numéro deux du gouvernement sortant, ce qui s’est révélé inexploitable (l’UDF ayant aussi participé à la majorité présidentielle de 2002) au cours de la campagne de 2007, Sarkozy convainquant les français (notamment par son anti-chiraquisme) qu’il incarnait bel et bien la « rupture ».
La réplique : questions sociales
Sur le chapitre social, A. Poher parle du peu de cas que Pompidou aurait fait des rapatriés d’Algérie (les « banlieues » de l’époque!), mais aussi des agriculteurs, des commerçants, des artisans et des cadres (NB : il ne parle pas des ouvriers).
Sarkozy à également, dit-on, de graves problèmes avec les « rapatriés » d’aujourd’hui, les français issus de l’immigration des années 1970-80 (régularisés par François Mitterand). Bayrou, comme Poher hier, cherche à se démarquer. Le centre se présente comme plus attentif et plus ouvert que ses concurrents de la droite sur la question sociale.
La réplique : l’opposition à l’adhésion de la Grande-Bretagne
Poher relève, en outre, que Pompidou s’opposait à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun puisque ce dernier était le PM du général de Gaulle.
Il relève aussi que le candidat de l’UDR a changé d’avis sur le sujet. Si pour Poher, cet argument s’inscrit toujours dans la réplique aux six raisons pour ne pas voter pour lui, nous constaterons, en 2007, que Bayrou comme Sarkozy (et VGE) s’opposent à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Les uns pour fidèles à leur tradition de démocratie-chrétienne, l’autre, estimant que l’Europe ne peut pas s’élargir indéfiniment et qu’il faut fixer des frontières à l’Europe, la Turquie étant en Asie mineure.
En 1969, Poher, européen convaincu, proche de Schumann, est bien évidemment un partisan du oui au Royaume-Uni. Pompidou, en tant que PM gaulliste, a du louvoyer entre 1962 et 68 (quoiqu’il ne faisait pas mystère de son esprit d’ouverture à ce sujet).
La réplique : le Tout Sauf Pompidou
« Mes chers compatriotes, j’ai, en fait, présenté ma candidature pour mener le combat contre Monsieur Pompidou ». Où l’on retrouve ce centre qui se définit assez comme le parti du « ni-ni » dans la plus pure tradition orléaniste (cf René Rémond). En 2007, Bayrou, surfant sur la vague TSS, se présentait comme l’anti-Sarkozy voire le seul à pouvoir le battre. En 1969, Poher surfe sur le TSP et estime que sa candidature permettra aux français de faire un choix « clair », c’est-à-dire d’avoir le choix, devrait-on comprendre.
La réplique : à la rescousse du Sénat.
Les accents parlementaristes ne disparaissent pas pour autant du champ d’Alain Poher. Il reprochait à Pompidou, plus haut, d’avoir fait peu de cas du Sénat. En réalité, il fait référence aux houleuses relations entretenues par de Gaulle et les gouvernements Debré et Pompidou avec la Chambre Haute (cette dernière s’opposera à l’idée que le président puisse être élu au suffrage universel direct).
Car, cette même année 1969, de Gaulle lie sa présidence à l’issue du référendum sur le « transfert de certains pouvoirs aux régions et la transformation du Sénat ». Il s’agit de faire représenter par le Sénat l’activité sociale, économique et culturelle par cent quarante-six sénateurs désignés (outre cent soixante-treize élus des collectivités territoriales). Or, sur le site du Sénat on peut lire que cela aurait équivalu (avec un point d’interrogation lourd de sens) à faire de la Chambre Haute une chambre consultative. Dans la période suivante, 1969-81, la « rénovation réussie » du Sénat réaffirme son rôle de « gardien des libertés », il est « à nouveau associé au travail législatif ».
D’où l’idée que le projet soumis par référendum aux français aurait ôté toute attribution législative et tout droit de contrôle du gouvernement par le Sénat. Or, dans la tradition libérale et parlementaire du centre, il est important de défendre ce contre-pouvoir à l’intérieur du pouvoir législatif.
Dans cet épisode, nous pourrions lire une querelle séculaire entre orléanistes et bonapartistes, entre les « partageux » du pouvoir et ceux qui préconisent un exécutif fort appuyé sur la souveraineté populaire.
La réplique : le candidat de la démocratie.
Poher se présente enfin comme le candidat « qui est capable de rétablir, en France, la démocratie ». Bayrou ne dit pas les choses très différemment en 2007 lorsqu’il fustige l’ « UMPS » et un régime qui donne « trop peu » de pouvoirs aux assemblées.
On pourrait penser que Poher cherche à plaire à ceux dont le cœur balançait entre de Gaulle et les soixante-huitards. En effet, plus haut il s’engageait à être ferme face à la « subversion » mais sensible à la souffrance des rapatriés et ouvert sur toutes les catégories socioprofessionnelles. S’il ne parle pas d’étudiants ni d’ouvriers, c’est peut-être que la gauche s’occupe déjà de ces thèmes. Le candidat du CD ne les leur disputera pas dans son discours du 30 mai.
« Je condamne l’instabilité ministérielle de la IVe République. »
Bayrou semble, sur ce point, ne pas se souvenir de la leçon, lui, qui préconise le retour au parlementarisme intégral et l’application du mode de scrutin proportionnel.
Mutatis mutandis, quarante années s’étant écoulées, il n’en exprime pas moins une différence de taille avec Poher qui promettait de défendre « sans défaillance la constitution de 58 » qu’il a votée « et qui peut nous protéger contre le retour au passé ».
Le Franc sera défendu.
Le Franc fort, c’est Raymond Poincaré, mais c’est aussi la politique pratiquée par tous les minitres de la IIIe République et dont les fondements ont été posés par la monarchie de Juillet (Rémond, p300): « défendre à tout prix le franc ; maintenir, ou restaurer, l’équilibre budgétaire (id.). Autrement dit, la défense du rentier français, de son « bas de laine ». Mais, dans les années 1960, nous dit René Rémond, « la France s’est convertie à la modernisation: elle a découvert la croissance. La mystique de l’expansion a supplanté le culte de l’équilibre et de la mesure. »
Ainsi donc, Poher promet « une politique d’expansion économique et de progrès social ». En réalité, au « ni-ni » succède l’incorporation de thèmes de gauche et de droite. À mi-chemin plus exactement, encore un « juste milieu ».
Sur ce point, il y a une nette différence d’avec les gaullistes, héritiers d’un bonapartisme qui, même s’il est parfois difficile à situer entre gauche et droite, diverge au delà des apparences de la rhétorique du rassemblement. En effet, ces derniers ne rechigent pas au dirigisme, à l’État fort et interventionniste, tandis que les orléanistes et héritiers réclament d’abord un « gouvernement à bon marché ».
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Deux philosophies politiques de droite
Poher contre Bayrou?
Plus en arrière, en réalité, ce sont deux conceptions différentes du politique qui s’affrontent entre un héritier du gaullisme (et du bonapartisme) et un héritier de l’orléanisme. C’est le parlementarisme, le régime de la représentation catégorielle (les partis), le respect de la procédure législative (le débat en assemblée), le dada du centre ; c’est le peuple (souveraineté populaire), le suffrage universel direct (le lien fort du chef de la nation avec le peuple), et un exécutif fort, le dada du bonapartisme.
De Poher et Bayrou, le premier, plus sensible à l’expérience de la IVe, appuie sans hésiter la Ve République. Ce dernier modèle, un hybride semi-parlementaire, permet finalement de rallier à la droite le centre-droit et s’est même fait accepter par la gauche.
Bayrou, en revanche, se veut plus orthodoxe… sauf que Poher était le deuxième homme tandis que Bayrou est le troisième. Pour le premier, exister s’envisage dans un modèle de république qui tend à consolider les majorités et à diminuer l’impact parlementaire des petits. Le troisième se bat pour faire exister, en toute indépendance, son parti.
À moins que le système du quinquennat, et des législatives qui prennent place cinq semaines après les présidentielles, n’ait altéré les délicats équilibres de la constitution de 1958.
Le troisième homme face au deuxième
Auquel cas, l’attitude d’un Bayrou n’est pas nécessairement éloignée de celle qu’aurait eu un Poher. En effet, les déclarations d’attachement de ce dernier à la dernière République se produisent, somme toute, dans un cadre institutionnel différent et dans le cadre d’un meilleur positionnement sur l’échiquier politique. Bayrou doit transformer l’essai, ses 19% du premier tour tandis que Poher peut se contenter d’être plus conservateur.
Bayrou face à la « République quinquennale » ou le partage du pouvoir contre la séparation des pouvoirs
Le cadre institutionnel ensuite fait que les législatives qui se produisent systématiquement cinq semaines après les présidentielles et de ce fait elles ne permettent pas de soumettre le gouvernement à l’approbation du peuple, à aucun moment, en cours de mandat. En 2004, seules les régionales avaient donné une indication… mais sans que la réalité du pouvoir n’en soit affectée.
Or, nous observerons qu’un pays à régime présidentiel comme les États-Unis, organise, à mi-mandat, des élections législatives. Le quinquennat est certainement une des causes de cette tentation centriste de jouer le thème de l’anti-système. En 1969, Poher s’élève contre le « pouvoir réservé » mais pas contre les institutions, en 2007, Bayrou va plus loin, il veut changer les institutions.
En somme, pour nous inscrire dans l’histoire longue, nous pourrions penser la Ve République quinquennale (amendée 2001) comme plus conforme aux vues d’une certaine pensée bonapartiste et plus éloignée de celle des orléanistes. En effet, ces derniers accordent au système des partis la primauté or, les premiers s’accordent sur la suprématie présidentielle. D’un coté, Bayrou veut le partage du pouvoir avec l’introduction d’une dose de proportionnelle, de l’autre, Sarkozy cherche à démêler les pouvoirs en retirant au président de la République certains pouvoir de nominations, notamment au Conseil Constitutionnel.
L’éthique du président « bonapartiste »
En revanche, en parlant de pensée bonapartiste, il faut noter qu’en 1969, le référendum perdu, le général de Gaulle démissionne. Or, cette attitude n’a pas été celle de Chirac ni en 1997 ni en 2005. De Gaulle s’est comporté en toute fidélité au principe du lien entre le peuple et le président, le chef de la Nation, et, une fois celui-ci rompu, le président s’en va.
Jacques Chirac a eu, tout au contraire, l’attitude d’un président du type IIIe ou IVe République. Il a accepté de régner sans gouverner, ce qui paraît contraire à l’esprit de la Ve République. Mais dans ce règne existe encore le domaine réservé du président (le chef des armées et la politique étrangère, voire l’article 16 et la possibilité de gouverner par ordonnances) qui est illégitimement entre ses mains dès lors que le peuple a exprimé son rejet pour le locataire de l’Élysée.
Nicolas Sarkozy au pouvoir, allons nous vers un régime présidentiel?
Pour finir, j’évoquerais la faveur d’Édouard Balladur pour un régime présidentiel. Cela consisterait à renforcer le rôle du parlement, comme octroyer un pouvoir de contrôle étendu aux commissions et donner la possibilité au parlement de sanctionner le gouvernement lorsqu’il ne respecte pas les provisions des projets de loi votés en chambre (par exemple concernant la loi sur l’équilibre financier de la sécurité sociale) tout en renforçant le rôle du président (et probablement en finir avec la fonction du PM).
C’est une voie dont a parlé Nicolas Sarkozy l’année dernière. Édouard Balladur, lui-même, ne croit pas que ça soit possible dans les circonstances actuelles car le président et la majorité parlementaire sont de la même couleur. Ils sont donc moins tentés, nul ne subit les désagréments de la cohabitation.
Balladur estime, en outre, que la seule voie parlementariste acceptable passe par une bipolarisation de la vie politique grâce au scrutin uninominal à un tour, afin de « bâtir des majorités et des oppositions solides ». Balladur relève, enfin, que le personnel politique est plus enclin à en finir avec l’élection au suffrage universel du président de la République qu’à basculer dans un régime présidentiel mais qu’en revanche, dans la voie parlementaire, il n’est généralement pas favorable non plus au scrutin uninominal (Jean Garrigues, « ITW de Monsieur Édouard Balladur », ancien Premier ministre, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, propos recueillis le 10 octobre 2002. En ligne.)
Dès lors se dessinent deux voies qui ne présentent pas les mêmes garanties de stabilité. Refusant le scrutin uninominal à un tour, Bayrou promet à la France une IVe République bis, c’est-à-dire l’instabilité qui ne manquera pas de caractériser la VIe République. Le partage du pouvoir c’est le lien avec le peuple passé au tamis des partis et des professionels du parlementarisme. Pour faire un peu de mauvais esprit, c’est une manière de déposséder le peuple de ses prérogatives, de l’associer au pouvoir à travers l’écran de fumée des partis pour mieux l’en éloigner, en réalité.
Nicolas Sarkozy, de son coté, s’il poussait la réforme de l’État dans ses ultimes conséquences, séparerait définitivement les pouvoirs pour adopter, à la Montesquieu, à l’Américaine diront certains, un régime présidentiel, qui place le président au delà des partis, qui préserve le lien fort qui lie le chef de la Nation au peuple. Respectueux des procédures démocratiques ce modèle peut s’avérer (de nos jours très relativement) autoritaire, il fait craindre au Centre une marginalisation des tiers partis, le retour du plébiscite napoléonien et de l’homme fort, un appauvrissement de la représentation parlementaire.
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Nota Bene
Rappelons que les Orléanistes sont caractérisés par René Rémond comme plus attachés au parlementarisme qu’à la forme du gouvernement. Monarchie ou République, ça ne leur importe pas tant que ça. Rappelons également qu’il existe dans le courant bonapartiste contemporain deux déclinaisons principales : les dynastiques et les républicains. René Rémond rattache le courant Gaulliste-RPR-UMP à cette vénérable tradition française.
Enfin, deux points de détails, Alain Poher conclut par ces mots, dans cet ordre : « Vive la France, vive la République ». Je relève qu’aujourd’hui nous les entendons le plus souvent dans l’ordre inverse quoique Nicolas Sarkozy, au soir du premier tour, inventait une formule originale en disant : Vive la République, et par-dessus tout, vive la France ».
Ce que cela signifie? Probablement pas grand chose dans le cas d’Alain Poher, mais je me risquerait à donner de l’importance à un détail que le locuteur n’a peut-être pas mûrement pensé: nous pouvons que relever que faire passer la République avant la France n’est pas ingénu, bien que ça ne les oppose pas forcément. Mais il y a chez Alain Poher, descendant politique et philosphique des orléanistes, comme une odeur du peu importe la forme du gouvernement, c’est bien la France qui en ressortira.
France! Élève toi!
Nicolas Sarkozy est élu avec une confortable majorité et je ne peux que m’en réjouir.
Il a été choisi pour une mission essentielle pour la France. Il faut relever notre patrie, la rendre à elle-même, l’élever d’entre les nations, nous enfler de fierté pour notre drapeau et notre histoire.
Notre nouveau président vibre au doux son du nom de France. La France mérite notre amour immodéré parce que d’entre toutes les nations, elle est unique. Notre nation est libre et éclairée; elle charrie dans son sillon l’esprit des Lumières. En effet, Nicolas Sarkozy parle de l’identité nationale telle que l’ont ressentie Jaurès et Renan, Napoléon Ier et De Gaulle, Napoléon III et Clémenceau.
Comme hier, comme demain, mais ça doit être souligné aujourd’hui plus qu’un autre jour, c’est un honneur et une fierté d’être français. Ce n’est pas de ma faute, je ne suis que bien né mais dans ce passeport je plébiscite la France à chaque instant.
Aujourd’hui la droite est saine et plus que jamais, elle est le parti du mouvement. Elle adhère à la démocratie sans ambiguité, elle adhère au progrès et à la liberté sans compromis, elle adhère aux valeurs de la Révolution, elle les redresse même à la dignité qui jamais n’aurait du leur être otée.
Ceux qui aidèrent l’Amérique à construire la liberté, ceux qui refusèrent le Congrès de Vienne, ceux qui se rendirent à Potsdam, reçoivent aujourd’hui un hommage appuyé.
Car, en effet, la patrie des Droits de l’Homme est de retour dans l’arène mondiale, la Grande Nation prête à relever les défis de la mondialisation et la pionnière de l’Europe s’apprete à relancer l’Union.
Et c’est un fils d’immigré, ce nouveau président… et vous savez, comme moi, que nombreux sont les grands français qui furent faits du même métal. Deux mille sept est un tournant dans l’histoire de France car en un homme sont rassemblées les plus nobles valeurs de la Nation.
Impossible n’est pas français et fatalité ne fait pas partie de son vocabulaire. Ni du notre!
France ! Élève toi !



